ACHEVÉ D’IMPRIMER le sept mars mil huit cent quatre-vingt-dix-neuf PAR DARANTÏERE, IMPRIMEUR A DIJON POUR J. CHARLEMONT, PROFESSEUR A PARIS EN VENTE A L’ACADÉMIE DE BOXE OUVRAGE DU MÊME AUTEUR L’ART DE LA ROXE FRANÇAISE ET DE LA CANNE (Un volume iii-8 raisin de 315 pages, imprimé avec soin sur papier de luxe, couverture en couleur, magnifiquement illustré d’un portrait en pied de l’auteur et de 100 figures en photogravure intercalées dans le texte.) J. Charlemont, Professeur de boxe française et de canne, Officier d’Académie J. CHARLEMONT HISTORIQUE ET BIOGRAPHIQUE SOUVENIRS, NOTES, IMPRESSIONS, ANECDOTES MICHEL PISSEUX, CHARLES LECOUR, AMAND LEBOUCHER, HUBERT LECOUR, CHARLES DUCROS, LOUIS VIGNERON, J. CHARLEMONT, ETC. PREMIÈRE ÉDITION PARIS A L’ACADÉMIE DE BOXE 24, RUE DES MARTYRS AYANT-PROPOS L’Angleterre possède depuis longtemps déjà son histoire de la boxe et plusieurs auteurs ont fait sur ce sujet de très intéressantes études. Nous aurions voulu, nous aussi, écrire une histoire complète de notre belle boxe française, mais cette tâche que nous avons entreprise de grand cœur et que nous aurions été si heureux de mener à bien, n'a pas pu être entièrement remplie suivant nos désirs. Les documents sérieux sur la boxe sont fort rares et souvent nos recherches sont restées sans résultats de plus les anciens maîtres ont malheureusement disparu sans nous faire héritiers des renseignements précieux qu’ils auraient pu nous donner sur le passé, aussi avons-nous été dans l’obligation de laisser dans l’ombre ce que nous pourrions appeler la naissance de la boxe. Mais si nous n’avons pas déchiré ce voile impénétrable, nous avons pu cependant réunir un certain nombre de documents, de faits, d’anecdotes qui, joints à nos souvenirs AVANT-PROPOS personnels, nous ont permis de présenter au public le présent ouvrage. Pour n’être pas tout à fait complet, il n’en sera pas moins très utile à ceux qui voudraient plus tard écrire l’histoire de la boxe française. C’est, du moins, notre vœu le plus cher. Dans certaines des biographies qui figurent dans ce livre nous nous sommes montré parfois sévère pour les anciens, pour les jeunes aussi bien que pour nous-même. Mais qu’on n’aille pas nous accuser de haine, de jalousie ou de mauvaises intentions! Loin de là! Tout en reconnaissant à chacun ses qualités et ses défauts, nous n’avons eu qu’un désir, qu’un seul but, celui de dire toute la vérité et de faire connaître tels qu’ils sont les hommes qui appartiennent à l’histoire de notre art. N’est-ce point, d’ailleurs, faire œuvre de justice que d’exposer sans flatterie, mais aussi sans partialité, ce qui peut intéresser les générations à venir? Redde Gæsariquæ sunt Cæsaris, etquæ sunt Dei Deo... (1). (1) Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appar- LE PUGILAT CHEZ LES ANCIENS Les sociétés des premiers âges estimaient que la force physique est un des meilleurs et des plus salutaires dons que la nature puisse offrir à l’homme. Alors, en effet, l’homme devait se protéger lui-même et, les armes défensives et offensives n’existant point, il fallait qu’il se servît de l’arme la plus simple et la plus naturelle, de celle qui se trouvait à sa portée — il passait donc son temps en des exercices utiles qui assouplissaient ses muscles et le préparaient à la lutte. Le gymnase était ouvert à tous; les femmes avaient leurs heures pour venir s’y former on y envoyait les enfants comme on les envoie aujourd'hui à l’école; c’était le complément obligatoire de toute éducation. Dans un livre remarquable où sont consignées les principales merveilles de la force et de l’adresse, M. Guillaume Depping l’a parfaitement dit à l’origine des peuples, la religion n’était, au fond, que le culte de la nature extérieure — on adorait la beauté physique sous les noms de Vénus et d’Apollon, et la force physique sous les traits majestueux d’Hercule. Les plus grands artistes de l’antiquité se réservèrent comme une faveur le droit de tailler les statues des lutteurs, et Damoas, qui était compatriote de Milon de Croto ne, garda pendant tonie sa vie l’honneur d’avoir sculpté dans le marbre l’image de ce géant qu’aucune force humaine ne pouvait ébranler. Plus tard, la bible créa le type de Samson, qui, d’un coup d’épaule, renversait des piliers de granit sur le front des Philistins épouvantés. Il est vrai que, depuis, l’esprit a fait son chemin, qu’il a marché vers nous et qu’il a fini par l’emporter sur la matière — et c’est évidemment un grand bien mais peut-on affirmer que la matière ait été complètement vaincue ? Non certes. Et comment l’aurait-elle été, d’ailleurs? A-t-on donc supprimé le corps? t C’est parmi les Grecs que se forma tout d’abord une classe spéciale de gens dont l’unique but était de développer leur force physique les états qui souvent n’étaient pas assez puissants pour protéger tous leurs membres, encouragèrent cette tendance en établissant des jeux publics consacrés à tous les exercices du corps. Ceux qui s’y adonnèrent, furent nommés athlètes d’un mot qui veut dire «travail» et qui peut, par extension, signifier combat En ces époques primitives, les batailles se livraient de près, corps à corps pour ainsi dire. Si donc le peuple grec a été le vainqueur de la puissance la plus formidable de l’Asie, c’est dans sa force physique seulement qu’il faut chercher le secret de ses triomphes. L’éducation gymnastique qu’il donnait aux enfants et aux jeunes gens, lui constituait pour l’avenir des guerriers robustes et rènommés, sur les bras desquels la patrie pouvait reposer sans crainte. Les Grecs s’étaient pénétrés du fameux axiome Mens sana in corpore sano. Ils considéraient la gymnastique comme la troisième partie de l’instruction, les belles-lettres et la musique étant les deux autres. Amoureux de la beauté corporelle, sous sa forme masculine aussi bien que sous sa forme féminine, ils s’appliquaient à la rendre parfaite et ne la séparaient point de la beauté morale. Lire beau, vertueux et courageux étaient trois choses qui, dans leurs idées, allaient de pair, comme être difforme, vicieux et lâche. La gymnastique faisait partie non seulement de l’éducation mais de la médecine, qu’ils confondaient avec l’hygiène. Les palestres étaient dédiés à Apollon, dieu de la médecine, et les maîtres des palestres prenaient souvent le titre de médecins. Si, maintenant, nous considérons, d’un côté, l’importahce que les Grecs attachaient aux exercices du corps et leur vie entière passée dans les gymnases, et de l’autre dans les productions de leurs écrivains et de leurs artistes, ce culte de la forme, cet équilibre de toutes les facultés, cette expression complète de la beauté en tous genres qui les ont rendus nos maîtres, nous attribuerons justement à leur éducation spéciale, c’est-à-dire à la gymnastique, une bonne part de leur génie. Platon avait été athlète, et même on conjecture qu’il dut son nom à la largeur de ses omoplates. Quant aux artistes, c’est dans les gymnases et dans les arènes de lutteurs qu’ils choisissaient leurs modèles (1). Puissante et vaillante nation que cette nation grecque ! Mais elle cessa de l’être quand ses enfants, énervés par les plaisirs et la mollesse, n’eurent plus la volonté ni le courage de retourner à leurs jeux sains et fortifiants: la mort du corps précipita la mort de l’âme. v On pouvait croire que cette nation vivrait éternellement dans la plénitude de sa virilité et qu’elle donnerait des lois au monde elle tomba tout à coup, parce qu'après les nuits orgiaques, les débauches, les festins, les libations, ses enfants trouvèrent leurs boucliers trop lourds et ne surent plus manier la lance. Alors, la Grèce tout entière fila aux pieds d’Omphale. Le repos fut pour elle le commencement de l’inertie n’ayant plus de mouvement, elle n’eq.t plus de vie. Tous les exercices du gymnase, des plus simples aux plus compliqués, ont le même but faciliter le jeu des organes nécessaires à l’entretien de l’existence, favoriser le développement du corps* consolider l’ossature, fortifier la constitution. (1) Encyclopédie du XIX e siècle. Non seulement les membres, fréquemment exercés, acquièrent plus de vigueur et plus d’agilité, les tendons plus de souplesse, mais l’économie du sang humain étant une, l’activité communiquée à l’une des fonctions profite à toutes les autres; la circulation du sang, devenue plus active, répartit plus également les matériaux nutritifs et empêche que certaines parties absorbent la nourriture des autres la respiration, la digestion deviennent plus rapides et la déperdition des forces exigeant une réparation, l’appétit prend une vitalité nouvelle. Le point important est de faciliter aux poumons leur rôle car tout poumon gêné est un poumon malade. Comment? En augmentant la capacité de la poitrine par le travail des muscles de celle-ci, du dos, du ventre et des bras. Tels sont, en quelques mots, les résultats hygiéniques de la gymnastique ils s’étendent plus loin encore. L’inaction a pour conséquence fatale l’atrophie de certains muscles et l’inaptitude desmembresaux fonctions correspondantes; au ralentissement de la circulation correspond l’affaiblissement du cerveau, cause de décadence pour tout l’organisme, aussi bien pour les facultés intellectuelles que pour les forces musculaires. De là des irritations, des névroses, l’exagération, la sensibilité, la mélancolie, l’hypocondrie et tous les maux imaginaires ou rqels que ces infirmités entraînent. La gymnastique modifie heureusement les excitations de l’appareil nerveux et rétablit l’équilibre avec l’appareil musculaire. Il n’y a pas de maître d’armes triste a écrit Alfred de Musset, et il avait raison. La gymnastique est ainsi éminemment salutaire aux littérateurs et à tous ceux qui surexcitent leurs facultés cérébrales, en répartissant dans tous les membres le sang que le travail intellectuel fait affluer au cerveau. Déplus, si on la pratique avec soin, elle donne à l’homme la connaissance de ses forces, lui inspire la confiance en lui-même, double son énergie et lui permet, à l’occasion, soit d’échapper à un danger personnel, soit de porter un secours efficace. Son utilité, sa nécessité même n’est donc plus mise en doute mais elle n’occupe pas encore, surtout dans l’éducation, la place que tous les hommes compétents voudraient lui voir attribuer. L’Angleterre et, après elle, la Belgique sont cependanten progrès sur les autres nations. M. Taine, dans ses Etudes sur la vie anglaise, dit que les étudiants d’Oxford et d’Eton partagent très inégalement leur temps entre les études littéraires etscientifiques et les exercices corporels, et que l’inégalité se trouve être en faveur de ces derniers. A la gymnastique proprement dite ils joignent tous les autres jeux du sport la natation, la course à l’aviron, le cricket, la boxe et se trempent ainsi ces tempéraments vigoureux qui sont l’apanage des races fortes. Montaigne l’a bien pensé Je veux que la bienséance extérieure et l’entregent et la disposition de la personne se façonnent quant et quant à l’âme. Ce n’est pas une âme, ce n’est pas un corps qu’on dresse c’est un homme il ne faut pas faire à deux, et, comme dit Platon, les dresser l’un sans l’autre, mais les conduire également comme une couple de chevaux attelés au même timon. Jean-Jacques Rousseau partageait Lavis du vieux sage français quand il écrivait dans son Emile — C’est une pitoyable erreur de croire qu’on entrave la formation de l’esprit en exerçant le corps. Que l’élève unisse un jour la raison d’un sage à la force d’un athlète ! Ce que conçoit l’esprit humain lui vient par le conseil des sens; le matériel est la base fondamentale de l’intellectuel c’est pourquoi il faut exercer les sens et les membres comme étant des instruments de notre intelligence, et précisément à cause de cela il faut que le corps soit sain et vigoureux. Nous ne nous arrêterons pas, dans le cours de cette petite introduction, sur les divers exercices dont se compose la gymnastique. Notre livre a pour but l’historique de la boxe, et c’est de la boxe seule que nous voulons parler. Les Grecs l’appelaient Pugilat C’était l,e combat à coups de poings. Il n’est pas besoin d’ajouter que cet exercice, ainsi que celui de la lutte, remonte à la plus lointaine époque. Les premiers hommes, pour vider leurs différends et leurs querelles, ont évidemment recouru tout d’abord aux armes les plus simples, c’est-à-dire à celles que la nature leur fournissait. Les Grecs perfectionnèrent le pugilat au point d'en faire un art tout particulier, ayant ses règles et ses finesses, et dont on s'instruisait sous des maîtres. Aussi, dans les siècles les plus reculés, voyons-nous des héros et des princes qui mettaient leur principal mérite dans la force de leurs poings. Tel était, entre autres, Amycus, roi des Bébryces, qui ne permettait aux voyageurs étrangers de quitter ses états qu’après avoir lutté avec lui au pugilat; — il avait toujours triomphé, quand l'argonaute Pollux, attaqué par lui, le vainquit et le tua. — Un petit-fils de cet Amycus, nommé Eryx, s’acquit aussi une grande réputation comme pugiliste. Au dire de Platon, c’est lui et Epéus, constructeur du fameux cheval de bois qui causa la ruine des Troyens, qui introduisirent le pugilat parmi les exercices des athlètes. On l’enseigna, dès lors, dans tous les gymnases de la Grèce. Il fut admis au nombre des jeux qui se célébraient soit à titre de divertissement public, soit pour honorer les funérailles des morts, soit pour rendre hommage aux dieux. Nous le voyons dans Y Iliade figurer parmi les jeux funèbres de Patrocle. IY Odyssée nous le montre en usage chez les Phéaciens, à la cour d'Alcinoiis, avec les autres jeux destinés à fêter l’arrivée d’Ulysse. Cependant, malgré cette vogue, le pugilat ne fut reçu qu’assez tard aux jeux Olympiques ce fut seulement vers la xxiu Olympiade que l’athlète Onomaste, de Smyrne, remporta le premier prix proposé pour cet exercice. Les Grecs pratiquaient deux sortes de pugilat. Dans l’un, ils avaient la tête et les poings absolument nus, et, dans l’autre, leurs poings étaient recouverts d’espèces de gantelets garnis de plomb, appelés cestes, et leur tête coiffée d’une calotte, nommée ampholide, et destinée àgarantir les tempes et les oreilles. Les cestes se composaient de plusieurs courroies ou bandes de cuir, entrelacées de façon à couvrir le dessusde la main et les premières phalanges des doigts, et qui, passant sous la paume de la main, venaient s’attacher par plusieurs circonvolutions autour du poignet et de l’avant-bras. La première chose que faisaient les pugilistes, sitôt qu’ils se trouvaient en présence, était de s’affermir sur leurs pieds, d’élever leurs bras, les poings fermés, à la hauteur de la tête; de les étendre en avant, en arrondissant le dos et les épaules, et de mettre, par cette attitude, leur tête à couvert des coups de poing. Les meilleurs pugilistes, chez les Grecs, sortaient de Rhodes, d’Egine, de l’Arcadie et de l’Elide. Les plus célèbres d’entre eux furent Glaucus et Mélancomas. Glaucus n’était pas d’abord un lutteur de profession c’était un simple laboureur. Son père l’ayant aperçu, un jour, entrain d’enfoncer d’un coup de poing le soc de sa charrue, devina par ce seul trait quelle serait la vigueur de son Fils et le conduisit aux jeux Olympiques. Là, Glaucus concourut pour le combat du cesté mais pressé par un adversaire plus adroit et plus exercé, il allait succomber quand son père lui cria — Frappe, mon fils, comme sur la charrue ! Ranimé par cette parole, le pugiliste redoubla d’ardeur et la victoire lui resta. Quant à Mélancomas, il fut l’ami de l’empereur Titus, et l’orateur Dion Chrysostomen’a pas dédaigné d’écrire, son panégyrique. Mélancomas restait des heures entières les bras étendus en face de son adversaire, qui cherchait en vain à pénétrer jusqu’à lui et se brisait en efforts impuissants contre ces deux barres d’acier. On dit qu’il pouvait demeurer deux jours consécutifs dans cette position fatigante. Par cette manœuvre, il fermait pour ainsi dire toutes les issues à son antagoniste, qui, de guerre lasse, finissait par lui céder le prix. Mélancomas sortait de la lutte sans avoir donné ni reçu un coup de poing. On voit, dans plusieurs auteurs anciens, la description des combats du ceste (que nous reproduisons plus loin). Valerius Flaccus a décrit, dans ses Argonautiques, celui de Pollux^et d’Amycus, roi des Bébryces. Théocrite dans une de ses Idylles, a traité le même sujet. Virgile dans V Enéide, a aussi chanté le combat d’Entelle et de Darès. C’était en Sicile, aux jeux donnés par Aceste pour célébrer l’anniversaire de la mort d’Anchise. Le prix de la course venait d’être remporté par Euryale. Il est proposé un double prix pour le combat du ceste au vainqueur, un taureau couvert de bandelettes d’or; au vaincu, pour le consoler, une épée et un casque brillant. Sur- le-champ, fier de sa force, Darès paraît, et sa présence excite un long murmure... On lui cherche un rival; mais personne, dans une si grande foule, n’ose affronter un tel adversaire et prendre en main le ceste. Aceste alors gourmande le vieil Entelle, jadis vaillant et bouillant héros, mais qui, glacé par l’âge, était resté immobile, assis sur un banc de gazon, pendant que Darès tenait son insolent discours. Ranimé tout à cou p par la voix d’Aceste, Entelle se lève, et jette au milieu de l’arène deux cestes, d’un poids énorme, dont le vaillant Eryx avait coutume d’armer ses mains pour le combat, et qu’il attachait à ses bras par de fortes courroies. La vue de ces deux effroyables cestes, armés de sept lanières de cuir garnies de lames de fer et de plomb, surprend les spectateurs. Le plus interdit de tous, c’est Darès, qui refuse ces armes. Le combat a lieu, cependant, mais avec d’autres cestes. Enée fait apporter des cestes égaux, dit le poète, et des armes pareilles sont attachées aux mains des deux combattants. Virgile décrit ensuite les péripéties de cette lutte, dans laquelle le veil Entelle finit par demeurer vainqueur de Darès, et il la décrit évidemment d’après les luttes de ce genre, telles qu’elles avaient lieu de son temps. On y voit à merveille ce qu'étaient les combats du ceste chez les Romains, et combien ces jeux cruels étaient de leurgôut Dans ce combat, sans l’intervention d’Enée, Entelle fendait la tête de Darès d’un coup de son ceste. Entelle venait de montrer la puissance de son arme, il venait d’en frapper un taureau entre les cornes; il avait brisé le crâne, et l’animal était tombé mort à ses pieds. Libravit dextra media inter cornua cestus (1) Arduus, effractaque illisit in ossa cerebro. Sternitur, exanimisque tremens procumbit humi bos. (1) De sa main droite, se dressant de toute sa hauteur, il abat son ceste au centre des cornes, et lui brisa la cervelle. Le bœuf s’abat, et, sans vie, tout pantelant, il s’affaisse à terre. INTRODUCTION Sans la pitié d’Enée, même sort attendait Darès. C’est ainsi que les empereurs assistaient aux jeux du cirque, intervenaient parfois en faveur du vaincu et lui sauvaient la vie. Par les effrayants détails qui accompagnent, dans Virgile, le récit du combat d’Entelle et de Darès, on peut juger que les anciens appelaient jeux de véritables combats, et souvent des combats meurtriers. COMBAT D’ENTELLE ET DE DARES AUX JEUX DONNES PAR AGESTE POUR CELEBRER L ANNIVERSAIRE DE LA MORT D ANCHISE Maintenant que celui qui brûle pour la gloire Vienne, le ceste en main disputer la victoire. Il dit et, pour flatter les vœux des concurrents, Leur propose deux prix, deux honneurs différents Au vainqueur un taureau dont la corne dorée De longs festons de laine et de fleurs est parée D’une éclatante épée et d’un casque brillant Le vaincu recevra le tribut consolant. Aussitôt, au milieu d’un doux et long murmure, Darès paraît, tout fier de sa haute stature Darès, qui de Paris seul balança le nom Darès, de qui le bras, sous les murs d’Ilion, Près du tombeau d’Hector, par un combat célèbre Honorant ce héros et sa pompe funèbre, De l’énorme Butés, ce Bébryce orgueilleux, Qui comptait Amycus aux rangs de ses aïeux, Terrassa la fureur, et de sa main puissante Coucha son front altier sur la poudre sanglante. Il se lève, il prélude; étendus en avant, Ses deux bras tour à tour battent l’air et le vent. II montre leur vigueur, montre sa taille immense Et du prix qu’il attend s’enorgueillit d’avance. On cherche un adversaire à ce jeune orgueilleux, Mais nul n’ose tenter ce combat périlleux. Alors fier, et déjà d’une main assurée Saisissant le taureau par sa corne dorée Fils d’Anchise, dit-il, si glacé par l’effroi Nul n’ose à ce combat s’exposer contre moi. Pourquoi ces vains délais et cette attente vaine? Ce taureau m’appartient, ordonnez qu’on l’emmène. Ainsi parle Darès d’un air triomphateur. Les Troyens font entendre un murmure flatteur, Et réclament pour lui les honneurs qu’il demande. Alors, le vieil Aceste, avec douceur gourmande Entelle, son ami, son digne compagnon, Assis à ses côtés sur un lit de gazon. Entelle, lui dit-il, de ton antique gloire N'as-tu donc conservé qu’une oisive mémoire? Et d’un cœur patient verras-tu sous tes yeux Enlever sans combat un prix si glorieux? Où donc est cet Eryx autrefois notre maître, Ce dieu que la Sicile en toi crut voir renaître ? Où sont tes fiers combats, ces dépouilles, ces prix, En pompe suspendus à tes nobles lambris ! — La peur, dit le vieillard, gardez-vous de le croire, N’affaiblit point en moi l’ardeur de la victoire Mais l’âge éteint ma force et de ce faible corps La glace des vieux ans engourdit les ressorts. Si j’étais jeune encore, si j’étais à cet âge, Qui de cet insolent enhardit le courage, Sans prétendre à ce prix dont son cœur est flatté, J’aurais d’un tel rival rabattu la fierté. 11 dit, et de ses mains fait tomber sur le sable De cestes menaçants un couple épouvantable, Arme affreuse qu’Eryx, en marchant aux combats. Autrefois enlaçait à ses robustes bras. L’assemblée en silence en contemple la forme; Chacun tremble à l’aspect de cette masse énorme Où, du fer et du plomb couvrant le vaste poids, La peau d’un bœuf entier se redouble sept fois. Darès même a senti chanceler son audace. Enée avec effort soulève cette masse, Il déroule en ses mains, il en parcourt des yeux, Et le volume immense, et les immenses nœuds. Darès, reprend Entelle, à cet aspect recule Et que serait-ce donc si du terrible Hercule Il avait vu le ceste et le combat fameux Que de sang autrefois rougit ces mêmes lieux? L’arme que vous voyez, si vaste, si pesante De votre frère Eryx chargea la main vaillante Et des crânes rompus et des os fracassés Les vestiges sanglants y sont encore tracés Avec elle il lutta contre le grand Alcide Par elle j’illustrai ma jeunesse intrépide Avant qu’un trop long âge eût blanchi mes cheveux, Et que le temps jaloux domptât ces bras nerveux. Mais si ce fier Troyen craint ce terrible ceste. Si c’est le vœu d’Enée et le désir d’Aceste, De cette arme à Darès je fais grâce en ce jour A son ceste troyen qu’il renonce à son tour Marchons portons tous deux dans ces luttes rivales Et des dangers égaux, et des armes égales. Alors montrant tout nus et tout prêts aux combats Son corps, ses larges reins, ses redoutables bras, Et sa vaste poitrine, où ressort chaque veine, Seul il avance, et seul semble remplir l’arène Puis le héros troyen prend deux cestes égaux Lui-même il les enlace aux bras des deux rivaux Prêts à lutter d’ardeur, de courage et d’adresse. Sur ses pieds à l'instant l’un et l’autre se dresse Tous deux, les bras levés, d’un air audacieux, Se provoquent du geste et s’attaquent des yeux. Soudain commence entre eux la lutte meurtrière Leur tête loin des coups se rejette en arrière L’un jeune, ardent, léger, frappe et pare à la fois; Entelle, plus pesant, se défend par son poids Mais ses genoux tremblants le portent avec peine Son vieux flanc est battu de sa pénible haleine. Mille coups, à la fois hâtés ou suspendus, Sont reçus ou portés, détournés ou perdus, Tantôt dans leurs flancs creux les cestes retentissent, Sur leurs robustes seins tantôt s’appesantissent L’infatigable main erre de tous côtés, Marque leurs larges fronts de ses coups répétés, Frappe, en volant, la tempe et l'oreille meurtrie, Sous leceste pesant la dent éclate et crie. En telle, courageux avec tranquillité, Oppose à son rival son immobilité, Et par un tour adroit, par un coup d’aûl habile, Brave, trompe ou prévient sa mesure inutile. Tel qu’un fier assaillant, contre un antique fort Qui, sur le haut des monts, brave son vain effort, Ou contre une cité, théâtre d’un long siège, Tantôt presse l’assaut, tantôt médite un piège. Autour de ses remparts, va, vient, et sans succès Tente, autour du vieillard défendu par sa masse, Darès joignant la ruse, et la force et l’audace, Tourne, attaque en tous sens, frappe de tous côtés. Entelle, résistant aux coups précipités, Lève son bras, suspend l’orage qu’il médite Darès Ta vu venir, se détourne et l’évite Entelle, frappant l’air de son effort perdu, Tombe de tout son poids sur la terre étendu, Tel, aux sommets glacés que l’aquilon tourmente, Tombe et roule un vieux pin de l’antique Erymanthe, Troyens, Siciliens, par mille cris divers De joie et de regrets, frappent soudain les airs. Aceste le premier accourt et sa tendresse Dans son vieux compagnon plaint sa propre faiblesse. Le héros se relève et la honte et l’honneur, La confiante audace, aiguillonnent son cœur Son courage s’irrite encor par sa colère; Il s’élance et poursuit son superbe adversaire, Et tantôt tour à tour, et tantôt à la fois, Les deux cestes ligués l’accablent de leur poids Moins prompte, moins pressée, et moins tumultueuse Sur nos toits retentit la grêle impétueuse. La main suit l’autre main, les coups suivent les coups Point de paix, point de trêve à son brillant courroux 11 le chasse d’un bras, de l’autre et le ramène, Et Darès, en tournant, parcourt toute l’arène. Empressé de calmer ce combat trop ardent, Enée avec pitié voit ce jeune imprudent, L’arrache à son rival, et plaignant sa disgrâce: Malheureux! où t’emporte une indiscrète audace? Pourrais-tu méconnaître une invisible main, Et dans le bras d’un homme un pouvoir plus qu’humain ? Fléchis devant un dieu, les destins te l’ordonnent. De Darès aussitôt les amis l’environnent Chacun d’eux à l’envi soutient entre ses bras Ce malheureux qu’on vient d’arracher au trépas, Tremblant, abandonnant sa tête chancelante, Vomissant à grands flots de sa bouche écumante Des torrents de sang noir, et les tristes débris De ses os, de ses chairs, déchirés et meurtris. Pour conduire aux vaisseaux la victime échappée Ils partaient, oubliant le casque et l’épée. On leur remet le prix de ce combat fatal, Et le taureau doré demeure à son rival. Tout rayonnant d’orgueil, de gloire et de joie Soyez témoins ici, fiers habitants de Troie, Dit-il d’un ton superbe et toi, fils de Vénus, Vois, par ce que je suis, ce qu’autrefois je fus Dans ma jeune saison, et quel sort ma vieillesse Gardait à ce Darès si fier de sa jeunesse. Il dit, et se présente en face du taureau Dont fut récompensé son triomphe nouveau, Se dresse, et, d’une main ramenée en arrière, Entre sa double corne, atteint sa tête altière, Brise son large front du crâne fracassé Le cerveau tout sanglant rejaillit dispersé Et, tel qu’un bœuf sacré sous la hache succombe, Le taureau sous le coup tremble, chancelle et tombe. Eryx ! s’écrie alors le vainqueur orgueilleux, Reçois cette victime, elle te plaira mieux Que ce Troyen sauvé de ma main meurtrière. J’ai vaincu, c’en est fait, j’ai rempli ma carrière; Je dépose mon ceste, et renonce à mon art. Virgile. COMBAT DE POLLUX CONTRE AMYCUS POLLUX Joie et salut ! Quel peuple habite ces climats? Joie et salut ! Des gens que je ne connais pas ! POLLUX Ne crains rien, je suis juste ainsi que mes ancêtres. Moi, craindre! Ab ! tes leçons demandent d’autres maîtres. POLLUX Un rien t’aigrit, ton cœur est irascible et vain. Je suis tel que tu vois. Vais-je sur ton terrain? POLLUX Viens-y, tu recevras l’offrande hospitalière. Garde-la pour mes dons, crois-moi, n’y compte guère. POLLUX Puis-je à cette onde au moins m’aller désaltérer? Souffres-tu de la soif? Tu peux t’en assurer. POLLUX De quel prix faudra-t-il te payer cette grâce ? Il faut, le bras levé, combattre un homme en face. POLLUX Avec le poing ? l’œil fixe, un pied ferme en avant? Il faut tendre le poing, dans cet art sois savant. POLLUX Du ceste il faut m’armer? Mais où donc est l’athlète ? Tout près. Vois s’il ressemble à quelque femmelette. POLLUX Quels gages dois-je mettre, et quels seront les tiens ? Vaincu, je suis à toi vainqueur, tu m'appartiens. POLLUX Le combat est celui des oiseaux de carnage. Oiseaux, lions, n’importe, et tel sera le gage. Il dit, et de sa conque il frappe alors les cieux. A ce signal on voit, couverts de longs cheveux. Sous des platanes verts les Bébryces paraître. Castor vers le vaisseau qu’Iôlcos a vu naître Retourne, de la Grèce appelle les héros. Le ceste arme déjà la main des deux rivaux. La courroie à leurs bras de ses replis l’enchaîne Et respirant la mort, ils entrent dans l'arène. Ils s’efforcent longtemps, et d’un effort pareil, De présenter le dos aux rayons du soleil, Mais plus adroit, Pollux eut enfin l’avantage. Des rayons de soleil, il couvre le visage Du géant, qui, d’un pas, la rage affermie, S'avance, des deux mains cherchant son ennemi A frapper le héros déjà même il s’apprête, Le bras était levé Pollux plus prompt l'arrête, Le frappe, et du menton atteint l'extrémité. A ce coup, le géant encore plus irrité, Poursuit Pollux, son corps est courbé vers l’arène. Des Bébryces joyeux les cris frappent la plaine De leur côté les Grecs animent les héros. Ils craignent que, luttant dans un étroit enclos, Le géant, comparable aux enfants de la terre, Ne fît tomber sur lui sa masse tout entière. Mais Pollux va, revient, l 'évite, tourne autour De l’une et l’autre, mais le frappe tour à tour, Et du fils de Neptune il contient la colère. L’autre, étourdi des coups, un instant se modère, Sa figure gonflée a rétréci ses yeux Le sang sort de sa bouche, alors d’un cri joyeux Les Grecs font à leur tour retentir le rivage. Ils se plaisent avoir par un insigne outrage Sa joie et son menton sanglants, déshonorés. Pollux voulant porter des coups plus assurés, Partout en même temps l’attaque, le harcèle Et voyant qu’Amycus plein de trouble chancelle, Lève le bras le ceste, aussi pesant que prompt. Retombe, et jusqu’à l’os lui dépouille le front. Le géant renversé roule sur le feuillage. 11 se relève, alors le combat se rengage, Le ceste tour à tour frappe et meurtrit la chair. Mais Amycus, frappant le fils de Jupiter, N’atteint que la poitrine, et lui, sur son visage, Porte des coups honteux le sanglant témoignage. Haletant de fatigue, inondé de sueur, Il réfléchit, ses efforts épuisent sa vigueur, Et le fils de Neptune est un homme ordinaire. Tandis qu’il s’affaiblit son superbe adversaire Sent sa vigueur encore croître par le combat Son corps a plus de force, et son teint plus d’éclat. Muse, dis-moi comment le héros de la Grèce Terrassa le géant tu le sais, ô déesse. Chante donc, et permets que ma voix à ton gré Interprète aux mortels ton langage sacré. Amycus concevant une grande pensée, S’approche de Pollux sa main gauche avancée, Lui saisit la main gauche, en arrière soudain INTRODÜCÏION Sa tête hors des coups s’incline, et l’autre main Du côté droit soulève un formidable ceste. Le moment à Pollux allait être funeste Mais il baisse la tête, avance sous le bras Et plus près du géant, son ceste avec fracas Frappe la tempe gauche, à l’épaule s’arrête. Un sang noir aussitôt lui jaillit de la tête. Du poing gauche Pollux frappe l’autre côté, Vers la bouche, et du coup les dents ont craqué Il frappe encore, le ceste a brisé la mâchoire. Alors Amycus tombe, et 'cède à la victoire. Humble, existant à peine, étendu sur le dos, Il lève en suppliant ses mains vers le héros. Tu daignes, fier Pollux, écouter sa. prière: Tu pardonnas mais lui te jura par son père, En attestant des mers ce puissant souverain, Qu’envers les étrangers il serait plus humain. LA BOXE EN ANGLETERRE Rien ne ressemble moins à la Grèce que l’Angleterre rien ne donne moins l’idée d’un Grec qu’un Anglais, et pourtant c’est la Grande-Bretagne qui a continué, en fait de pugilat, la tradition antique (1). Oui, de l’Angleterre nous est venue la science de la boxe c’est là qu’elle est pratiquée avec une ardeur commune à toutes les classes de la société. La boxe, de l’autre côté de la Manche, est l’argument péremptoire de plus d’une discussion politique ou sociale elle constitue véritablement le classique discours en trois poings c’est un moyen tout britannique d’appuyer son dire c’est la réponse à toute parole malsonnante d’un gentleman ou d’un coekney c’est enfin le noble art of self défense. Les gens du peuple, surtout, n’ont pas d’autre manière de vider une querelle, de terminer une affaire d’honneur et de se faire justice eux-mêmes. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les deux braves Anglais se sont mis en position de boxer, les poings levés, les yeux dans les yeux, tout prêts à échanger avec une mutuelle prodigalité' les plus formidables coups de poing dont les humains puissent se gratifier. La boxe chez les Anglais est vraiment un art, et, à ce titre, elle (1) Guillaume Depping, Le. s Merveilles de la force et de l’adresse. 2o est impérieusement soumise à Inobservation de certaines règles qui ont force de loi et dont chaque article est rigoureusement exécutoire. L’un de ces articles défend expressément de frapper l’adversaire qu’un coup a jeté à terre, et il est sans exemple que celte prescription ait jamais été violée. Le premier précepte de Fart du boxeur est de se tenir constamment couvert avec un avant-bras en demi-flexion, tandis que Faulre bras doit porter de vigoureux coups de poing à l’adversaire. Il arrive souvent qu’un coup bien appliqué fait jaillir le sang, qu’on appelle, en termes de boxe, du clairet c’est le nom que les Anglais donnent aussi au vin de Bordeaux. Tant que l’un des deux champions n’a pas demandé merci, le combat continue, à moins qu’il ne soit jeté à terre par un coup violent mais un des caractères les plus saillants et en même temps les plus curieux de la boxe, c’est le sang-froid et l’impassibilité des boxeurs. En France, si deux hommes du peuple, à la suite d’une vive altercation, en viennent aux voies de fait, il est rare qu’elles ne soient pas accompagnées d’injures réciproques, de gros mots exhalés par la colère en Angleterre, c’est tout différent. Un homme se croit-il offensé par un autre sans mot dire, sans récrimination, il se met en devoir de boxer, et l’offenseur, qui observe le même mutisme, se met aussitôt en posture tous deux se portent en pleine poitrine ou en plein visage des coups de poing à assommer un bœuf; ils les reçoivent avec une placidité, avec un silence qu’interrompent tout au plus quelques aoh ! ou un énergique goddam. Le combat terminé, chacun replace son chapeau sur sa tête, essuie le sang qui coule de ses blessures et s’en va à moins que le nombre ou la force des coups reçus par le plus faible ne l’ait mis dans l’impossibilité de remuer, ce qui arrive quelquefois. Ce sont des gentlemen qui se sont expliqués, dit la galerie, et on se contente de porter le moribond à la pharmacie la plus voisine. L’art de boxer s’apprend à Londres, comme à Paris l’escrime, et des professeurs renommés enseignent, par la théorie et la pratique, la manière de se défendre ou d'attaquer à coups de poing. Un bon boxeur jouit en Angleterre d’une position tout exceptionnelle il compte des admirateurs fanatiques, enthousiastes de son talent, et il ne tarde pas à s’amasser une fortune, en démontrant par principe ce bel art que l’Anglais place au-dessus de lous les arts d’agrément. Si la boxe n’était en usage que comme moyen de défense ou de répression, il n’y aurait aucun motif pour lui préférer le duel à l’épée ou au pistolet, au contraire mais, ce qu’il y a de déplorable dans cette habitude de pugilat, c’est qu’on est arrivé a en faire un spectacle public, un jeu sanglant, une lutte sauvage, à l'occasion de laquelle des paris importants sont engagés, tout comme s’il s’agissait d’une course de chevaux ou d’un combat de taureaux. Ici, c’est le sang humain qui coule, à la grande satisfaction des parieurs,, qui font des vœux pour que Tom soit assommé en cinq minutes, ou que John' crache sa langue et ses dents au second coup de poing. Hourra ! pour le solide boxeur qui a couché tous ses rivaux à terre un grognement pour le pauvre diable qui, en perdant la vie dans la lutte, a fait perdre en même temps mille guinées à ses partenaires. En vain les lois anglaises défendent-elles expressément les combats de cette nature, dit M. de la Clôture, tous les jours elles sont éludées, parce que l’esprit national, rendu plus fort qu’elles par une longue durée, ne peut s’habituer à leur obéir. En outre, la certitude de l’impunité vient perpétuer l’abus. Le ministère public ne peut, en effet, dans la Grande-Bretagne, ni poursuivre ni connaître légalement d’un délit, s’il n’y a dénonciation expresse et préalable, signée par un certain nombre de personnes recommandables. Aussi les feuilles publiques annoncent-elles ouvertement que tel jour, à tel endroit et à telle heure, il doit y avoir assaut entre deux boxeurs célèbres, et jamais la police n’intervient pour empêcher cette violation scandaleuse des lois, parce que, de mémoire d’homme, aucun cas de dénonciation ne s’est produit. Bien plus, des seigneurs, l’élite de la nation, élèvent chez eux des hommes qu’ils destinent à ces sortes de combats, qui attirent de nombreux spectateurs parmi les plus hautes classes de la société, à tel point que souvent on voit de riches gentlemen faire quinze et vingt lieues à cheval afin d’assister à ce spectacle, qui pour eux va de pair avec les courses de chevaux. L’auteur de V Anglais à Paris après s’être demandé s’il devait comprendrë dans les nobles exercices du sport le vulgaire et cruel boxmg, s’écrie Oui et non. Oui, parce que les hommes du plus grand monde assistent, comme toutes les autres classes de la société, à ces hideuses et sanglantes prouesses de la force brutale, et les encouragent, les sanctionnent ainsi de leur présence. Non, parce qu’il n’y a que des malheureux, des plus infimes rangs sociaux, qui, moyennant quelques poignées d’or, descendent dans une ignoble arène pour s’y faire affreusement mutiler et souvent pour y recevoir ou donner la mort. Outre la cruauté d’un pareil jeu, il faut encore déplorer l’influence pernicieuse qu’une semblable coutume ne peut manquer d’exercer sur les masses, en entretenant chez elles une froide insensibilité pour les souffrances les plus vives, et en les habituant à voir couler le sang avec indifférence, presque avec satisfaction. C’est surtout à ce point de vue que les moralistes se sont élevés contre l’usage de la boxe mais ils ont toujours prêché dans le désert l’habitude en est trop profondément enracinée chez le peuple anglais pour que les remontrances ou les exhortations des écrivains aient le pouvoir de la détruire. La boxe était déjà en honneur en Angleterre du temps du roi Alfred, et l’histoire cite les coups de poing de Richard 111. On pourrait même remonter plus haut, car, dans ses notes d’Ivanhoë, Walter Scott raconte que Richard Ier, étant prisonnier en Allemagne, fut provoqué par le fils de son geôlier à une lutté à coups de poing et tua son antagoniste en le frappant sur l’oreille. Shakspeare, qui a mis en scène ce Richard Ier, nous le montre aussi gagnant le cœur et la main d’une jeune princesse pour avoir fait convenablement le coup de poing en sa présence. Mais, en vérité, ce n’est guère qu’au commencement du xvme siècle qu’on vit les boxeurs se disputer une somme d’argent fournie par les souscriptions d’amateurs. Les règles suivies jusqu’à ce jour et qui déterminent les conditions de la lutte sont l’œuvre de Jack Broughton, habile pugiliste, qui les composa et les fit adopter par le monde du sport, le 10 août 1743. Les exhibitions de combat à l’épée avaient commencé à décliner sous le règne de Georges Ier la boxe les remplaça dans la faveur publique. C’est Jack Broughton qui obtint le premier, des suffrages de la foule, le titre très recherché depuis lors par ses descendants, de champion de V Angleterre (Champion of England). J1 mourut Après lui, ce titre échut à Tom Johnson, dont le premier assaut date de 1783. Mais Johnson, qui possédait une vigueur musculaire surprenante, ne déploya jamais J’élégance d’un de ses successeurs, John Jackson, auquel on donna le surnom de gentleman de la boxe (gentleman-boxer). Jackson était répandu dans le meilleur monde; on voyait même l'héritier de la couronne d’Angleterre assister quelquefois à ses assauts. Lord Byron, qui affectionnait la boxe, se vante, en plusieurs endroits de ses ouvrages, d'avoir eu pour maître cet habile artiste. Les partisans de la boxe en Angleterre sont fort nombreux, ils se comptent par milliers, et la boxe y est presque regardée comme une institution nationale. C’est là seulement qu’on trouve des boxeurs de profession, c’est-à-dire des hommes qui se distinguent par une force prodigieuse de muscles, une insensibilité aux coups qui passe toule croyance, une sapté magnifique, qui résiste à des chocs terribles, sous lesquels succomberaient les hommes ordinaires; et ce n’est point, comme on le croit généralement, l’habitude des combats qui leur donne ces avantages, car les débutants qui s’essayent pour la première fois à ces luttes sanglantes ressemblent, sous ce rapport, aux sujets vieillis pour ainsi dire dans la pratique. C’est par des préparations préalables, par une éducation spéciale, par le régime, en un mot, que ces hommes arrivent pour ainsi dire à se faire un nouveau corps et de nouveaux organes. Ce régime spécial a reçu le nomgénérique d’entraînement, jet, dans le vocabulaire des boxeurs anglais, celui de Condition. C’est grâce à l’entraînement que le boxeur se met en mesure de pouvoir vaincre un homme d’une force supérieure à la sienne, de même qu’un cheval de course bien entraîné est à même de battre les plus fins coureurs. L'Encyclopédie du xixc siècle rapporte que ce régime se compose de deux opérations distinctes et successives d’abord, débarrasser le corps de la graisse et du superflu des liquides abreuvant le tissu cellulaire, but auquel on arrive par les purgatifs, les sueurs et la diète. Ainsi le sujet sera purgé cinq ou six fois, à deux jours d'intervalle, pour être soumis les autres jours àl’ensemble des moyens les plus énergique- ment sudorifiques, tels que bains de vapeur, boissons Jchaudes, aromatiques et stimulantes, tandis qu’on l'entoure et le surcharge de couvertures de laine, à la sortie desquelles il se trouve soumis à des frictions générales, ainsi qu'au massage des membres et aux mouvements répétés des articulations. Mais si l’on se bornait à cette opération première, il est évident que l’on arriverait promptement à spolier de toutes ses forces l'homme le mieux portant. Aussi passe-t-on bientôt à la seconde partie du régime, ayant pour but de développer les muscles et d’imprimer plus d’énergie aux fonctions nutritives, ce qui s'obtient par un exercice graduel et régulier, entrant en combinaison avec un système convenable d’alimentation composé surtout d’éléments qui, sous un petit volume, fournissent aux organes des matériaux essentiellement réparateurs c’est-à-dire, en définitive, qu'après avoir évacué les parties inutiles, on reporte durant quelque temps le mouvement nutritif sur les muscles, ne s’occupant plus, pour ainsi dire, que d’eux seuls. Les dispositions morales, enfin, sont aussi l’objet d’un soin particulier; l’homme que l’on entraîne, par exemple, est constamment accompagné de son directeur, qui s’occupe de l’amuser par des histoires gaies et plair santés, d’écarter de lui toutes les circonstances pouvant susciter de l’impatience ou de la colère. En un mot, on lui apprend le sang-froid, le courage, l’égalité d’âme, qualités que l’expérience nous démontre chaque jour être d’une aussi grande importance dans un combat que la force musculaire elle-même. Il y a, en Angleterre, des entraîneurs tout aussi fameux que leurs, élèves^ eux-mêmes. On voit qu’il n’est pas aussi facile de s’improviser boxeur qu’on pourrait le supposer de prime abord, et qu’il faut avoir de véritables dispositions naturelles pour s’astreindre volontairement aux conditions et prescriptions corporelles que ce pénible métier exige. Il est vrai que, grâce aux bienfaits de l’entraînement, un homme répare lui-même la parcimonie ou l’indifférence que la nature lui avait témoignée en le formant ses membres augmentent de volume, ses muscles acquièrent de la dureté, deviennent saillants, élastiques au toucher et se contractent avec une force extraordinaire, sous l’influence du choc électrique toute sa personne se modifie et se pare des attributs de la force; l’abdomen s’efface, la poitrine se bombe; la respiration, ample, profonde, est capable de longs efforts l’épiderme est devenu ferme, lisse, nettoyé de toute éruption pustuleuse ou squammeuse. Mais le signe particulier et obligatoire du boxeur, c’est d’avoir la peau d’une transparence extraordinaire placée devant une bougie allumée, la main d’un boxeur convenablement préparé doit être pour ainsi dire diaphane et rosée; l’uniformité de coloration est exigée absolument, parce qu’elle indique une régularité parfaite dans lacirculation du sang. Un autre résultat à l’obtention duquel tendent les efforts des entraîneurs est celui de la fermeté dermoïde de la région axillaire. Il faut que lescôtes de la poitrine ne tremblotent pas pendant les mouvements des bras, et que les tissus paraissent complètement adhérents aux muscles sous-jacents. L’entraînement est donc d’une nécessité impérieuse pour les boxeurs, et l’un d’eux, le célèbre Brougthon, un des plus vaillants champions de l’Angleterre, fut vaincu en 1740, après seize années de continuelles victoires, pour avoir refusé de se soumettre de nouveau à l’entraînement. Un coup qu’il reçut sur le front le mit hors de combat, en produisant sur-le-champ un gonflement de la face qui l’empêcha d’ouvrir les yeux. Autrefois, l’annonce d’une séance de boxe se faisait dans les journaux de sport, entre autres dans le Bells'Life, dont un des rédacteurs était presque toujours choisi pour referee (arbitre). Dès que cette annonce était faite, les paris s’engageaient et atteignaient parfois le chiffre de 3.000 à 4.000 francs. L’argent était généralement versé au bureau du Bells’Life. Aujourd’hui, les combats de boxe sont organisés le plus souvent par des particuliers, mais les plus importants le sont par le National Sporting-Club et généralement les cc Référées (arbitres) sont membres de ce club. Les enjeux sont déposés soit au Club, soit à l’un des journaux desports, il y en a plusieurs, le plus important est le Sporting Life, qui est le Bells’Life d’autrefois. Voici de quelle façon se passe une représentation de boxe on établit dans une plaine un carré de six mètres en tous sens l’en- ceinte étant ainsi préparée, et le public rangé tout autour, les champions entrent dans l’arène ils sont généralement du même poids et proportionnés l’un à l’autre tous deux sont suivis de quelques amis portant des bouteilles d’eau fraîche, des citrons et du vinaigre.- Les boxeurs doivent avoir la tète découverte et se mettre nus jusqu’à la ceinture c’est dans la lice même qu’ils quittent leurs habits. Le juge donne le signal détinitif aussitôt les boxeurs, suivis respectivement de leurs témoins, s’avancent au milieu de l’arène et se donnent la main. Les deux premiers témoins les imitent, et les quatre personnages se placent de manière à former une croix ensuite chacun des deux adversaires se pose, se met en garde, observe son antagoniste et cherche à lui porter des coups. Lorsque les deux hommes se serrent de près, les deux bras sont constamment en action de l’un ils tâchent de frapper leur antagoniste, tandis que de l’autre ils s’appliquent à se couvrir le corps et à parer les coups qui leur sont portés; toutefois, le poing qui paraît destiné à garder la défensive prend souvent l’offensive et porte des coups aussi terribles qu’imprévus. Aucun coup ne doit porter au-dessous des hanches. Lorsqu’un des combattants a été renversé, ses témoins le relèvent et le font asseoir sur leurs genoux; les adjoints agissent également en lui faisant boire de l’eau fraîche et du jus de citron ils le lavent avec une éponge et l’encouragent; mais tout cela doit se faire avec une extrême prestesse, car il n’est accordé à quiconque est renversé ou étourdi par la violence du coup qu’une minute de répit pour reprendre ses sens quand la minute est écoulée, il a le droit de se relever et de recommencer la lutte, mais s’il dépasse les soixante secondes, il a perdu l’enjeu de la boxe. 11 est, au reste, d’usage qu’après chaque coup violent on profite de la minute accordée pour reprendre haleine, et il n’est pas rare de voir deux boxeurs s’arrêter ainsi trente ou quarante fois dans un combat qui dure une heure et demie. La durée de la lutte ne se définit pas à l’avance elle varie selon la force des boxeurs, et aussi selon l’importance des coups échangés on a vu des combats durer cinq minutes, d’autres se continuer des heures entières. On cite une lutte dont le souvenir est resté dans la mémoire de tous les cockneys de Londres et qui dura quatre heures trois quarts, pendant lesquelles l’un des boxeurs tomba, étourdi, cent quatre-vingt seize fois. Quand un champion avoue qu’il est vaincu, il présente la main à son adversaire, un de ses témoins prend l’éponge et la jette en l’air. C’est le signal de la défaite. Les coups les plus dangereux sont ceux qui frappent le dessous de l’oreille, l’entre-sourcils et l’estomac. Le coup porté entre l’angle de la mâchoire gauche et le cou est le plus sensible, parce qu’en cet endroit existent des vaisseaux sanguins qui amènent le sang du cœur à la tête; ces vaisseaux venant à s’engorger par suite de la violente compression réagissent sur le cerveau, ce qui fait perdre connaissance, pendant que le sang coule abondamment des oreilles, du nez et de la bouche. Celui qui vise entre les sourcils est à peu près sûr de la victoire, car la pression entre deux corps durs, tels que le poing et l’os frontal, produit une forte ecchymose qui envahit immédiatement les paupières celles-ci, d’un tissu très lâche, incapable de résister à ce débordement, se gonflent aussitôt, et ce gonflement obscurcit la vue. Dans ces conditions, un lutteur se trouve entièrement à la merci de son adversaire. Aussi ne manque-t-il pas, pour faire disparaître le gonflement qui s’est produit et qui le rend aveugle, d’v pratiquer une incision à l’aide d’un canif. Cela fait, il imbibe ses paupières de vinaigre — et est prêt à recommencer. Un autre avantage du coup porté entre les sourcils, c’est qu’il rend furieux d’ordinaire celui qui le reçoit. Or, le principe du vrai boxeur est de garder son sang-froid. Tant qu’il sourit, dit-on, un boxeur n’a pas perdu. Si, par malheur, un combattant se luxe les jointures de la main en voulant porter une trop vigoureuse attaque, il prend un peu de cire qu’il tient entre ses doigts fermés pour les soutenir. Mais l’usage de la cire seule est autorisé. Quand les témoins aperçoivent un autre objet, le boxeur coupable a immédiatement perdu. Voici maintenant plusieurs combats extraits du Boxiana, traité spécial de boxe anglaise, et de Y International. Deux champions, Iiumphries et Mendoza, combattirent ensemble le 20 septembre 1790. Iiumphries était très renommé depuis une victoire qu’il avait remportée sur le boxeur Martin, lé 3 mai 1786, en présence du prince de Galles, du duc d’York et du duc d’Orléans, qui se trouvait alors à Londres. 11 était regardé comme supérieur à tous ses contemporains, lorsqu’on songea à lui opposer un nouveau rival qui faisait concevoir les plus belles espérances c’était un juif nommé Mendoza. La rencontre eut lieu à Odiham dans le Hampshire. Le billet d’entrée était d’une demi-guinée. La foule des spectateurs attirée par cette rivalité était trop considérable pour l’enceinte; des pugilistes gardaient l’entrée contre l’invasion populaire ils furent renversés, et un torrent de curieux se rua malgré eux autour du petit théâtre où parurent bientôt les deux anlagonistes. On les accueillit l’un et l'autre avec de grands applaudissements. Humphries était galamment vêtu ses bas étaient de soie à coins brodésen or des nœuds de couleur ornaient ses chausses de fine flanelle. Mendoza était au contraire d’une grande simplicité il porta le premier coup mais en se retirant il glissa et tomba sur le dos. Humphries le laissa se relever. Mendoza le frappa de nouveau et le jeta à terre. Les partisans d’Humphries. commencèrent à craindre. Cependant après plusieurs avantages partagés, après des coups furieux portés dans les yeux, dans l’estomac et sur les reins, Mendoza, tout défiguré et renversé, perdit connaissance. On l’emporta dehors; c’est là un des accidents les plus ordinaires et les moins fâcheux de ces luttes barbares. La défaite de Mendoza augmenta sa célébrité loin de la diminuer. On avait remarqué en lui des qualités qui le distinguaient d’Humphries. S’il n’avait pas autant de grâce et d’élégance que ce dernier; s’il n’avait pas son sang-froid et sa force, il savait, en revanche, mieux se mettre en garde, il avait plus de vivacité; et, en somme, les vrais amateurs lui accordaient beaucoup de science; car boxer, aux yeux des Anglais, n’est pas seulement un art, mais une science. Pour exceller dans ce genre d’escrime, il ne suffit pas d’avoir de l’inspiration, d’être armé de muscles vigoureux, il faut savoir faire usage de ces qualités suivant les règles. Après son triomphe, Humphries écrivit à un gentilhomme qui le protégeait, M. Bradye, ce billet laconique Monsieur, j’ai battu le juif et je me porte bien. Humphries. Ce combat eut un grand retentissement en Angleterre, et il fut l’occasion d’une sorte de renaissance du pugilat, qui était en décadence depuis quelques années. Le héros du deuxième combat est Tom-Crig. Il était né à Bitton. à quelques milles de Bristol. A l’àge de treize ans, il quitta son pays et vint à Londres. Là, il fît successivement plusieurs métiers manuels. De temps à autre il boxait, tantôt sérieusement, tantôt en artiste. Peu à peu il trouva la profession lucrative, et, s’adonnant tout entier à la science des coups de poing, il devint célèbre à sa manière. Une victoire qu’il remporta sur un nommé Jean Belcher le plaça au premier rang parmi les pugilistes. Les plus célèbres affaires de Crig, depuis qu’il était parvenu au faîte delà gloire pugiliste, furent celles où il triompha de Molineaux, en 1811. On avait aussi une grande opinion de ce dernier c’était unhomme de couleur il avait assez bonne grâce, et, après Crig, il ne craignait personne. Le dernier combat de ces deux champions eut lieu à Thistleton-Gap, dans le comté de Rutland, devant vingt mille spectateurs. La liste de pairs d’Angleterre, des généraux, des gentlemen illustres qui étaient dans cette immense assemblée, occuperait une page entière. Lalutte eut onze parties ou tours (rounds). Au second coup, Crig eut la bouche ensanglantée au troisième, ileutunœil tout bleu; autour suivant, il fut plusieurs fois renversé mais à la fin il reprit l’avantage, et dès le septième tour on prévit aisément la. défaite du mulâtre Molineaux celui-ci perdit bientôt ses forces, etdes applaudissements universels, mêlés d’exclamations de vive Crig ! annoncèrent la fin du duel. On rapporte, chose à peine croyable, qu’il y eut presque des émeutes dans un quartier de Londres, pour s’informer des détails de cette affaire. Le gain de Crig, dans cette journée, fut de dix mille francs et celui de son patron, le capitaine Barclay, de plus de vingt-cinq mille francs les paris s’élevèrent à un million. L’éditeur d’un journal, YEdinburghStar fit remarquer à cette occasion qu’une souscription ouverte en faveur des prisonniers anglais en France n’avait pas produit une aussi forte somme. Les amateurs de pugilat donnèrent un grand dîner à Crig; il occupa le siège d’honneur, reçut le titre si envié de Champion d’Angleterre des ducs et des comtes -lui adressèrent des harangues, et la compagnie, avant de se séparer, lui vola une coupe d’argent du prix de cinquante guinées. Hâtons-nous de dire cependant que'ces rémunérations et ces honneurs exagérés sont des exceptions fort rares dans la carrière des boxeurs. La plupart de ces malheureux athlètes reçoivent tôt ou tard dans ces luttes terribles des blessures dont ils meurent presque toujours. S’ils parviennent à sauver leur existence, ils sont bientôt oubliés et méprisés quand ils ont perdu leurs forces, et leur vieillesse est presque toujours misérable car il est fort rare qu’ils aient assez de raison pour conserver sur leurs énormes bénéfices de quoi la rendre indépendante, Voici un troisième combat emprunté à V International Edward Wilmot et un autre pugiliste de renom s’étant rencontrés dans un public-house résolurent de se battre sur les lieux pour disputer un prix de deux cents francs. Hommes et femmes se rangèrent autour de la salle, et les deux combattants en vinrent aux mains. La lutte fut des plus acharnées. Les coups pouvaient comme grêle de part et d’autre. On se cassait une dent par ci, une mâchoire par là, et les spectateurs, les femmes surtout, applaudissaient avec enthousiasme chaque fois qu’on entendait résonner un coup de poing sur la figure de l’un des deux pugilistes. Le combat dura une heure et quart. Les deux boxeurs étaient encore debout, couverts de sang des pieds à la tête, mais faisant vaillamment leur devoir. Minuit venait de sonner il fallut quitter le public-house. Mais les combattants ne pouvaient pas se séparer sans avoir vidé la question. On se trouvait non loin de Waterloo-Place à l’extrémité de Regent-Street. Entre le Mail çt Charing-Cross est une rue sans issue qu’on appelle Carlton-Gardens, et habitée par l’aristocratie anglaise. Les deux boxeurs s’arrêtèrent près de la maison de M. Gladstone, à deux pas de la colonne du duc d’York, et recommencèrent leur combat de bêtes féroces. Il va sans dire que les spectateurs du public-house les avaient suivis sur le terrain. La lutte recommença plus terrible que jamais. Elle dura une heure environ. La vue du sang les avait exaspérés tous les deux; ils combatlaient avec une sorte de rage; le réverbère éclairait de loin leurs faces ensanglantées, ils s’essuyaient de temps en temps le visage, afin de -pouvoir se distinguer l’u.i l’autre. Wilmit luttait avec frénésie; enfin il reçut sur le crâne un coup si formidable qu’il s'affaissa tout de son long comme une masse, en poussant un soupir il était vaincu. On le transporta à l’hôpital sans connaissance deux heures après, il était mort. Son cadavre avait été si horriblement mutilé dans la lutte, que sa femme ne put reconnaître son identité que par ses vêtements ! C’est le jeudi 11 octobre, en l’an de grâce 1866, à deux pas du Strandetde Regent-Street, les rues les plus populaires de Londres, que cette scène a eu lieu ! Comme complément à ce qui précède, nous allonsfaire assister le lecteur au service funèbre d’un célèbre pugiliste. R en ne sera plus propre à lui donner une idée des mœurs britanniques. Un matin du mois de novembre 1865, Londres et toute l'Angleterre apprirent avec stupeur la mort du célèbre boxeur Tom Sayers toute la presse britannique s’émut, et nous ne voudrions pas affirmer que certains journaux de Londres ne s’encadrèrent pas de noir mais ce que nous pouvons assurer pertinemment, c’est que tous consacrèrent des articles de fond à rappeler les formidables coups de poing de ce dernier des gladiateurs ainsi que se plaisait à le nommer le Daily Telegraph. Tom Sayers, quelque peu enclin à l’ivrognerie, comme tout bon Anglais doublé d'un, boxeur, s’éteignit dans toute sa gloire, à l’âge de trente-neuf ans, au moment même où l’illustre lord Palmerston, qui fut aussi un pugiliste à sa manière, rendait le dernier soupir. Londres fit de splendides funérailles aux deux grands hommes mais si l’on vit un extravagant jeter des diamants et des anneaux d’or dans le tombeau du ministre, 30.000 visages mélancoliques accompagnèrent le char qui portait à sa dernière demeure celui dont les coups de poing restaient gravés dans tous les cœurs. La procession funèbre, disait le Telegraph rappelait celle de lord Wellington, et s’étendait sur un espace de trois milles dans les rues de Londres. On a peine à croire aux démonstrations qui eurent lieu au cimetière deHighgate. «Il faut venir en Angleterre, lisons-nous dans V International de Londres, pour assister à de pareils spectacles, où se trouve réuni tout ce qu’impose de respect la mort qui passe et tout ce qu’inspire de tristesse la conduite d’une foule immense accourue pour rendre honneur au favori du public anglais.» Tom Sayers était mort à Camden-Town, chez un bottier de ses amis c’est de là que partit le cortège funèbre. Le corps avait été placé sur un char traîné par quatre magnifiques chevaux immédiatement suivait le tilbury du défunt dans ce tilbury, si connu par ses excentriques couleurs et par ses ornements de mauvais goût, était assis le chien, l’ami fidèle de Tom. La pauvre bête avait un crêpe autour du cou et regardait mélancoliquement toute cette foule qui criait et poussait des groans e n guise de soupirs; puis venaient des voitures de deuil dan* lesquelles avaient pris place la fille et les deux fils de Tom Sayers une bande de musiciens faisaient entendre la marche de Saül; enfin, suivaientà pied lesenthousiastes admirateurs de la boxe et du pugilat. Toutes les fenêtres étaient garnies de monde plusieurs fois il y eut bataille, et les policemen durent demander des renforts pour empêcher la foule d’envahir le char. Ce fut bien pis lorsqu’on arriva au cimetière. A la foule qui précédait, entourait ou suivait le cortège, venait se joindre la foule non moins grande qui stationnait aux abords de Highgate. Il est impossible de décrire la scène qui en résulta. Les grilles du cimetière sont arrachées les plus agiles sautent par dessus les tombes, renversent leurs voisins, font le coup de poing (et quels coups de poing ! des coups de poings inspirés par la circonstance et qui sont un hommage au défunt), font le coup de poing, disonsnous, avec la force constabulaire tout cela pour pouvoir jeter un dernier regard sur le cercueil de Tom Sayers. Des cris, des jurons, voilà ce que l'on entendait. Enfin, vers six heuresdu soir, lafoule consentit à se disperser et à laisser le pauvre mort dormir en paix. Bref, cet homme coup-de-poing, qui avait vécu en ivrogne et était mort de même, eut des funérailles accompagnées de plus de marques de sympathie de la part du bas public anglais que celles du duc deWellijigton et de lord Palmerston. Si l’illustre guerrier, disait le Telegraph, était le iron duke (le duc de fer), on peut dire que Tom Sayers avait, lui aussi, du fer dans les veines. Mais nous n’avons pas tout conté aujourd’hui, dans l’un des plus beaux cimetières de Londres, dans Highgate, s’élève un magnifi- que monument en marbre. Il a la forme d’une tour massive. Le médaillon du défunt en orne la façade; au pied est couché un chien. Ce splendide monument est élevé à la mémoire de Tom Saye'rs, le célèbre boxeur. Les frais en ont été faits par le moyen d’une souscription publique, qu’ont ouverte les amis et les admirateurs du défunt. L’Angleterre ne pouvait moins pour la mémoire du héros du duel terrible qui eut lieu à Fanborough, le 17 avril 1860, duel dont d'univers entier s’est un moment occupé, et qui a été célébré par un poème épique, la Tommiade, duel dans lequel l’Amérique, on le* sait, était aux prises avec l’Angleterre. On raconte que le philosophe Gavarni, traversant un samedi soir — jour de paye — la place Maubert, s’écria en considérant un chiffonnier ivre étendu dans le ruisseau L’homme, roi do la création ! On se demande naturellement l’exclamation qu’il aurait poussée s’il avait assisté à la boucherie du public-house et aux funérailles nationales de l’immortel Tom Sayers. Grâce aux liens qui unissent la Grande-Bretagne au continent, cet exercice de combat et de gymnastique ne pouvait se localiser en Angleterre; il a donc, comme tant d’autres importations d'Outre-Manche, passé le détroit et acquis son droit de cité en France. C’est ainsi que, pour une certaine partie de notre jeunesse, les exercices de la salle d’armes se complètent par ceux de la boxe et on l’a admise comme partie intégrante de toute bonne éducation civile. Avec cette humour qui la caractérise, notre jeunesse n’a même pas hésité à la définir ainsi La boxe est le chemin le plus court pour aller d’un poing à un autre On ne traite plus dédaigneusement ce moyen de défense naturelle qu’on a longtemps regardé comme devant être le partage exclusif du bas peuple; aujourd’hui, le charme est rompu et les professeurs de boxe comptent parmi leurs élèves assidus les plus grands personnages du monde aristocratique, artistique et financier. Comment la dextérité et la souplesse française triomphent-elles, à cette heure, de la force dont les Anglais sont si vains? C’est ce que nous allons dire dans la troisième partie de notre introduction. Frappés des causes physiques de l’infériorité des Français, des professeurs habiles sont parvenus à égaliser les chances des lutteurs en pana- chant agréablement la boxe anglaise de quelques éléments de notre ancienne savate, et de la fusion de ces deux moyens d’attaque et de défense combinés est née enfin la boxe française, qui affirme de prime-saut sa suprématie sur son aînée. Désormais, le poing perfide de la perfide Albion n’est plus à redouter ce que le poing des vaincus de Waterloo ne pouvait toucher jadis, le pied l’atteint maintenant avec une grâce, une élégance et une sûreté de jeu qui défient toute comparaison MICHEL DIT PISSEUX Ce professeur célèbre connu sous les noms bizarres de Michel dit Pisseux, était né à la Courtille en 1794; fils de boulanger et boulanger lui-mème, il habitait ce quartier. A cette époque, il y avait, dans les barrières de Paris, de nombreux établissements cabarets, bals et bouges fréquentés par une population de bas étage des plus à craindre; on s’y battait constamment et il fallait avoir bons poings, bons pieds et bons yeux, avec cela du courage et surtout de l’audace pour s’aventurer dans un milieu aussi dangereux. Michel Pisseux était un de ceux qui ne craignaient pas de fréquenter ces lieux si dangereux pour les gens paisibles et honnêtes. Il devint même la terreur de ce quartier. Le comte d’AHon-Shée, dans ses mémoires si curieux sur les premières an nées du règne de Louis-Philippe(i), a esquissé le portrait de ce Michel. Il l'appelle Michel Casseux. Il pouvait avoir, dit-il, trente-six ans; son visage était terne et marqué de peti!e vérole, ses yeux gris pleins de ruse; ses membres étaient longs et osseux; ses grandes mains et ses doigts noueux semblaient avoir la dureté du bois; ses gestes rapides et désarticulés rappelaient les mouvements de l’ancien télégraphe. Il portait une veste et un large pantalon en drap brun, une casquette d’où pendait sur le côté un énorme gland... Quoique habitué qu’il était au milieu de ces gens batailleurs et de mauvais àloi, craint et très redouté dans le quartier de la Courtille, il était d’un caractère très doux et n’aimait ni les dis- (1) Mémoires du vicomte d’Aulnis. putes ni les batteries, il les évitait le plus souvent qu’il pouvait. Intelligent, il avait profité du contact de cette ignoble population, pour en observer les différents coups qu’elle pratiquait dans leurs combats ainsi que leurs différentes manières de se battre. Il en fit un résumé, classa les coups qui lui paraissaient les pluspratiques, et en composa une théorie appelée l’Art de la savate 11 ouvrit une salle dans son quartier et donna le premier des leçons de ce nouveau sport. A la suite des succès qu’il obtint, il quitta la eourtille pour prendre une nouvelle salle dans un quartier mieux fréquenté; c’est ainsi qu’il s’installa rue Buffaut, faubourg Montmartre. La vogue de la savate battait son plein. La classe riche, les célébrités artistiques et littéraires, accouraient prendre des leçons la savate était devenue à la mode. Il donna aussi des leçons de canne; nous avons dit ailleurs qu’il avait publié une théorie de la savate, ainsi qu’une théorie de la canne. On le disait de première force à ces deux exercices, ainsi qu’au bâton. On cite parmi ses élèves les plus marquants le duc d’Orléans et lord Henri Seymour. A propos de lord Henri Seymour, fort connu sous le surnom de Milord l’Arsouille, nous trouvons, dans les mémoires du comte E. Dalton-Shée, un portrait qui ne ressemble en rien à celui que la légende lui a fait, à tort ou à raison, par rapport aux excentricités qu’on lui a attribuées. Le Jockey-Club fut fondé en 1833. Pour en faire partie, il fallait être membre de la société d’encouragement qui avait pour but l’amélioration de la race chevaline en France. Chaque membre du cercle payait à son entrée 450 francs, et 300 francs, les années suivantes. Le premier comité fut composé des fondateurs de la société d’encouragement. MM. Henri Seymour, président, prince de la Moskowa, Rieussec, Delamarre, Maxime Caccia, comte Demidoff, Fasquel, Charles Lafitte, chevalier de Machado, de Normandie, comte de Cambio, écuyer du duc d’Orléans, Ernest Leroy. (( Le Jockey-Club occupa d’abord le premier étage de la maison formant l’angle du boulevard et de la rue du Helder. Henri Seymour, second fils de la marquise d’Harford, lord par courtoisie, avait été élevé à Paris, près de sa mère. a Quoiqu’il parlât purement le français, il avait tous les goûts de la gentry anglaise les exercices du corps, les courses et la manie des paris. Petit, mais vigoureux, doué d'une adresse extraordinaire, bon cavalier, de première force à l’escrime, à la boxe, il avait acquis un développement musculaire qui n’était plus en rapport avec sa taille. Il n’avait jamais voulu aller dans le monde, mais à sa majorité, vers 1824, un revenu de trois cent mille francs et une indépendance absolue lui avaient donné une position à part sa salle d’armes était un centre de camaraderie, ses écuries de course un luxe alors inusité. Il s’était trouvé à la tête d’amis trop nombreux pour être sincères; on avait usé et abusé de sa confiance, et n’ayant pas en lui l’indulgence des natures supérieures, il avait tourné à la misanthropie; il supposait le mal par vanité de ne pas être dupe aussi fallait-il distinguer entre ses actes et ses paroles, celles-ci méchantes, n’épargnant personne, ceux-là honnêtes, charitables, souvent généreux. Dans les paris et les courses, c’était avec passion qu’il voulait gagner, l’enjeu lui était indifférent. Deux traits compléteront le personnage afin d’être sans rival en quelque chose, il avait exercé pendant des années le petit doigt de sa main droite au point avec ce seul doigt de lever un poids de cent livres à la hauteur de son épaule, de telle sorte que sa main entière eût porté à peine davantage; dans le même but, il avait étudié à fond les difficultés grammaticales de la langue française et proposait à tout venant des paris sur l’orthographe de certains mots. Il fumait sans cesse, et a puissamment contribué par son exemple à généraliser en public la mode du cigare. La physionomie intéressante deM. de Normandie mérite ici quelques lignes en passant. «c En 1835, lord Seymour avait donné sa démission, un vote de l’assemblée générale désigna comme président M. de Normandie. Après un Anglais, un Anglomane. Non seulement Normandie parlait la langue avec l’accent d’un insulaire, montait excellemment à cheval, et courait avec succès comme gentleman rider mais il avait les manières, le sang-froid, le physique, et jusqu’à la chevelure- rousse d’un Anglais de théâtre; il était aimable, gai en dedans. Une personne l’ayant présenté un soir dans un intérieur de la bourgeoisie parisienne comme un nouveau débarqué d’Albion qui ne savait pas un mot de français, de jolies dames l’examinèrent avec curiosité, chuchotèrent d'abord entre elles, puis, enhardies par son flegme imperturbable, firent peu à peu tout haut sur l’étranger les réflexions les plus singulières. Il échangeait, de loin en loin, quelques mots d’anglais avec son introducteur. Enfin, une gentille étourdie étant venue lui offrir une tasse de thé, il la remercia en français, et, au milieu de la consternation générale; prit dès lors part à la conversation. Avec une grande simplicité il possédait le vrai courage un mari ayant à se plaindre de sa femme et de lui, le provoqua, l’injuria et le frappa en plein boulevard; Normandie refusait de se battre; quelques membres du Jockey, se mêlant de ce qui ne les regardait pas, jugèrent qu’il y avait sujet à réparation. Soit! dit Normandie, et allant sur le terrain il essuya, le sourire sur les lèvres, le feu de son adversaire, mais il refusa de tirer. Cette fois les plus raffinés durent convenir que l’honneur était satisfait. Le 24 février 1836, M. de Normandie a été remplacé par Joseph-Napoléon Ney, prince de la Moskowa, élu par 36 voix sur 59 votants; les 23 autres voix données au marquis de Boisgelin, qui fut nommé vice-président, ainsi que le comte de Cambis. Nous avons dit que la classe riche, les célébrités littéraires formaient la clientèle habituelle de Michel Pisseux. 11 en fut de même pour les professeurs qui vinrent à la suite. Nous ne cite- LA BOXE FHANÇA1SE rons pas les noms de tontes les personnes aristocratiques qui suivirent les cours de la savate, ce que nous devons constater, c’est la misère dans laquelle sont morts tous les professeurs de cetle époque. Michel Pisseux a été du nombre de ceux-là, ri eut une fin si malheureuse qu’il fut dans la nécessité de recourir à la bienfaisance de ses anciens élèves. Vers 1 864, il habitait encore à Montmartre, dans une petite maison ancienne, où Gavarni, le célèbre dessinateur, envoyait de temps en temps son jeune fils porter un louis à son ancien professeur. Plusieurs anciens élèves de Michel Pisseux agissaient de même envers lui. C’était à ce moment un grand vieillard à cheveux blancs et barbe blanche, il pouvaitavoir tm75 environ. Il mourut quelques années après, oublié de sa génération et presque inconnu de la nouvelle, il avait alors 75 ans. CHARLES LECOUR Jean-Antoine-Charles Lecour est né le 12 mai 1808 à Oissery, commune de l’arrondissement de Meaux, département de Seineet-Marne. Il commença très jeune à prendre des leçons de savate, il eut pour professeur le célèbre Michel Pisseux, fort réputé à celte époque. C’était en 1824, il avait alors 16 ans, et était, paraît-il, très fort pour son âge. Ses aptitudes et sa passion pour ce genre d’exercice, lui firent faire des progrès rapides. En 1830, il était professeur et tenait une salle, rue du Faubourg-Montmartre; plus tard, il la quitta pour prendre celle du Passage des Panoramas, que nous avons bien connue. Sur ces entrefaites, arrivèrent à Paris deux professeurs de province, Loze de Toulouse et Leboucher de Rouen. C’est avec ce dernier que Charles Lecour prit des leçons de canne et de bâton, qu’il enseigna ensuite de pair avec la savate. Au temps de ses débuts, Paris ne pouvait opposer aucun adversaire sérieux aux boxeurs anglais. Les Parisiens d’alors ne connaissaient guère que la savate sport peu noble, mais indispensable aux viveurs de 1830, qui, lord Seymour et le vicomte do Labattut à leur tète, fréquentaient les bals populaires et la descente de la courtille. Il y avait des luttes épiques entre les beaux de la barrière et les beaux du boulevard et malheur à qui n’eût pas su lancer le coup de pied dans les règles. Aussi les jeunes gens du monde cultivaient-ils la savate ou le chausson. Un savetier célèbre en ce temps-là, Michel Pisseux, allait donner des leçons chez le duc d’Orléans et chez lord Seymour. Un jour Charles Lecour figura chez lord Seymour dans un assaut de savate contre la boxe anglaise il se mesura avec le célèbre boxeur anglais Owen-Swift. L’Anglais, très habitué au ring, prend sur Charles Lecour une supériorité immédiate telle, qu’il n’est plus possible au champion français de placer un seul coup. (Dans un assaut semblable, aussi chez lord Seymour, Loze eut le même sort que son collègue). Cette défaite loin de décourager Lecour, bien au contraire, lui indique qu’il y a tout à changer dans la méthode en faveur de l’époque, il se décide à prendre de sérieuses leçons d’un boxeur expérimenté justement arrivait à Paris un professionnel anglais nommé Adams, qui devait se rencontrer dans un match avec Owen-Swift le combat eut lieu dans le bois de Vincennes, Swift, sortit vainqueur de ce pugilat qui ne dura pas moins d’une heure et demie. Charles Lecour, présent à ce combat, se rçndit compte immédiatement qu’en alliant les deux méthodes, la savate et la boxe anglaise, on formerait un ensemhle des plus sérieux comme moyens de défense. C’est alors qu’il se fit présenter à Adams qui était resté àParis, et put ainsi prendre aveclui un certain nombre de leçons. Grâce à ces leçons de boxe anglaise réunies à la savate, Charles Lecour forma ce que l’on appela à juste titre la boxe française. Nous tenons de Charles Lecour lui-même les lignes qui précèdent, c’est donc par erreur qu’Alexandre Dumas, dans un de ses ouvrages, le fait aller prendre des leçons de boxe en Angleterre. Ce qui est incontestable (sans être toutefois l’importateur des coups de poing en France), c’est qu’il a apporté un perfectionnement à la vieille méthode, car Michel Pisseux, Loze, Leboucher et d’autres encore, enseignaient déjà à cette époque le travail des poings. C’est aussi -à tort qu'on a prétendu que les anciens professeurs enseignaient, à titre de coups de poing, le LA 130X15 FRANÇAISE coupde la .Musette, coup porté avec la paume de la main pour relever le nez de l’adversaire c’étaient les gens de barrière qui s’en servaient dans leurs combats. Charles Lecour fit bientôt florès à Paris. Aucune salle d’armes ne compta plus de noms aristocratiques que la salle du passage des Panoramas, où venaient régulièrement travailler en vareuse de flanelle rouge, MM. le duc de Mouchy, le prince Etienne de Beauvau, le comte de Boisgelin, marquis de Noailles, marquis de Üreux-Brézé, baron Gourgaud, comte Clary, Nestor Roqueplan, comte de la Rochefoucault, comte Vigier, comte Walewski, baron de Bazancourt, Théophile Gautier, Marc-Carthy, comte d’Alton- Shée, Léon Darlu, comte de Niewkerke, Victor et Henri Cuvillier, les frères Guérin, etc. C’est vers cette époque qu’il donna des leçons à Eugène Sue qui, dans son roman les Mystères de Paris parle de lui et de sa méthode enseignée au principal personnage le prince Rodolphe, les terribles coups delà fin Il allait aussi professer en ville, notamment chez lord Seymour, rue Taitbout, et chez Alphonse Karr, dans son pavillon de la rue de la Tour-d’ Auvergne. Théophile Gautier assistait aux leçons en tenue truculente, un bonnet à gland d’or posé sur des longs cheveux. Taillé en herculp, le poète avait un poing proportionné; et Banville, dans ses Odes funambulesques a célébré la vigueur de ce poing, Qui, sur la tête du More, Fait cinq cent vingt pour son écot. En 1846 et 1847, il prit part aux grands assauts de boxe qui se donnaient au cirque et qui faisaient fureur (nous donnons plus loin des comptes-rendus de ces assauts). Les champions anglais étaient Thomas Kay, TomCribb etLazarus. Ils tiraient ensemble. Les champions français étaient Charles Lecour, Hubert Lecour et Charles Latois. Ils tiraient également ensemble. En même temps, d’autres assauts étaient donnés, par Leboucher et Loze, salles de la Redoute, Montesquieu et Valentino. CIRQUE OLYMPIQUE BOXE. BATON ET SAVATE On vient de donner au cirque Olympique un spectacle qui, s’il avait lieu le soir, attirerait tout Paris. Nous voulons parler des assauts de la représentation diurne où ont figuré Charles Lecour et son frère, Thomas Kay, Charles Latois et autres boxeurs anglais ou américains. La savate, puisqu’il faut l’appeler par son nom, passe, ou du moins a longtemps passé pour un genre de combat crapuleux, où pouvait seul s’exercer Le pâle voyou, Au corps chétif, au teint jaune comme un vieux sou. En effet, on n’avait guère vu que d’affreux bandits en bourgerons troués, en casquette arrachée, en chaussure éculée faire, avec les mains, ces gestes mystérieux et sinistres, effroi du citadin paisible, ces mouvements du pied, qui forçaient la patrouille surprise à s’asseoir au milieu des ruisseaux. M. Charles Lecour a réduit en art cette escrime des truands, cette boxe de la cour des Miracles il l’a élevée du premier coup à la hauteur de la boxe anglaise. Revus et corrigés par lui, ces gestes ignobles ont pris de l’élégance et de la grâce à l’aide de la statique et de la dynamique, il a augmenté la force des coups, trouvé des retraites et des parades inattendues. Un homme instruit dans la boxe française se défend des pieds et des mains, et frappe avec les quatre membres comme avec quatre fléaux. Avec cet art, plus de surprise nocturne on peut oublier sa canne, ses pistolets de poche, mais l’on n’oublie jamais ses jambes ni ses bras. Comme gymnastique, et en dehors de toute idée de lutte, les exercices deM. Lecoursont excellents, en ce qu’ils emploient également toutes les parties. L’épée grossit le bras droit aux dépens du gauche, qui ne travaille pas. Ce spectacle a commencé par un assaut de canne entre Lecour et son frère. Le public a été émerveillé de cette rapidité inouïe, de cette dextérité sans égale, de ces attaques et de ces ripostes promptes comme l’éclair et il a compris qu’entre les doigts des frères Lecour, la canne valait l’épée de saint Georges. A l’assaut de canne avait succédé un assaut de boxe, entre Thomas Kay et un autre boxeur américain, avec toutes les formalités usitées en Angleterre. Aux deux angles de la plateforme, sur laquelle se passait lalutte, se tenaient les deux parrains des champions, qu’ils recevaient un genou enterre et soutenaient entre les bras après chaque prise. Ces boxeurs étaient des gaillards herculéens et bien plantés, dont les muscles faisaient saillie sous les maillots roses et ils se portèrent des coups qui auraient obtenu l’approbation des maîtres et, sans les gantelets rembourrés, causé de terribles contusions. Dans. le combat de savate et de boxe, les frères Lecour ont été souples, gracieux, agiles et forts comme des tigres leurs pantalons orange rayé de noir rappellent le costume de Saltabadil les zébrures ont un singulier caractère de sauvagerie et de férocité qui conviennent aux félins, aux barbares et aux gladiateurs la savate ainsi comprise est presque de la danse commé l’entend Perrot. Seulement, chaque entrechat fait une meurtrissure, si le pied qui voltige àhauteurd’œil *ne rencontre pas en route le poing d’un Un charmant combat est celui qui a lieu entre Thomas Kay, le colosse aux formes athlétiques, et Charles Latois, jeune homme élégantet mince, et en apparence beaucoup moins robusteque son D’un côté, c’était la force, et, de l’autre, l’adresse. Ici la pureté classique; de l’autre, un jeu hardi, imprévu, étincelant, plein d’illuminations romantiques. Thomas Kay porte des coups terribles, mais Charles Latois n’en reçoit jamais. Vous voyez un coup de poing lui arriver en plein sur sa figure fine et distinguée. Vous croyez qu’il va avoir le nez aplati, ou l’œil poché, pas du tout. Avec une légère inflexion du corps en arrière, le cnup est évité et le poing ne frappe que l’air. L’antagoniste a beau se fendre, Latois a Féchine plus flexible que l’autre n’a le bras long; d’ailleurs les muscles déliés ont, quand ils se détendent, la raideur de ressorts d’acier et ce lutteur élégant, qui semblejouer et voltiger, ne touche pas un corps sans y laisser toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. La représentation s’est terminée par un exercice au bâton à deux par les frères Lecour. 0 brave caporal Trimm ! qui te figurais avoir tracé en l’air une arabesque bien compliquée avec le bout de ta canne, que fuserais humilié et ravi en voyant le bâton de M. Lecour faire des huit, des seize et des lacs à désespérer les plafonneurs de FAlhambra ? Théophile Gautier. La Presse, lundi 16, mardi 17 août 1847. CIRQUE DES CHAMPS-ÉLYSÉES PUGILAT. ASSAUTS DE CANNE ET DE BATON PAR LES FRÈRES LECOUR DE PARIS. ASSAUT DE BOXE PAR DES BOXEURS AMERICAINS ET ANGLAIS Il faut du nouveau, toujours du nouveau, tel est le refrain sempiternellement jeté dans les oreilles du directeur du cirque, que tiraillent les concurrences de toute espèce. D’abord MM. les grands seigneurs de l’Hippodrome, puis les cirques de Saint-Pétersbourg, de Londres, de Madrid ajoutez à cela Mabille, le Châleau-Rouge, Enghien, le Château des fleurs, et tous les concerts, cafés-concerts, etc qui s’organisent chaque jour autour de ce bel établissement. Aussi ce bon M. Gallois se met-il en quatre; il entend lutter avec son collègue S. M. l’Empereur de toutes les Russies, qui, comme chacun sait, s’est fait directeur de cirque; il vient de lui arracher Mlle Caroline et les frères Loisset, et il lui prépare plus d’un tour de sa façon que nous ne révélerons pas, dans la crainte que leterrible autocrate n’attente aux jours de son brave collègue. Quand on a des empereurs pour rivaux, sans compter tous les autres, le métier devient rude et il faut toujours être sur le quivive si on ne veut être distancé. On est tenu d’avoir des idées, ce qui, autrefois, était chose tout à fait de luxe pour les directeurs de manège. Donc, M. Gallois a eu une idée ! Il s’est dit qu’à une époque où il n’était plus permis de se servir d’une épée, où, de par la Cour de cassation, on était condamné à supporter une injure sans pouvoir en tirer vengeance, il serait peut-être bon d’offrir à notre jeunesse dorée un spécimen de la façon dont les lords anglais éclaircissent leurs discussions et un aperçu de la manière en usage chez les titis parisiens pour arranger leurs différends. Donc, jeudi dernier, nous étions convoqués au cirque hâtonsnous de dire que nous avons été témoins d’un spectacle merveilleux qui fera courir tout Paris. On ne peut se faire une idée de la beauté de la salle du cirque vue de jour le soleil frappant sur les fenêtres éclaire çé palais mauresque de la façon la plus coquette ses rayons passant à travers les vitres coloriées chatoient, miroitent et vous renvoient toutes les couleurs de l’arc-en-ciel la salle est mille fois plus jolie, plus brillante, éclairée ainsi par les dix mille becs de gaz du firmament qu’elle ne le serait éclairée par le luminaire pyrotechnique le plus complet. Les exercices ont commencé par un assaut de canne exécuté par les frères Leçon r. Chapeaux bas ! Messieurs, s’il vous plaît ! M. Lecour est un homme de génie, rien que cela. Il a p r is un art en enfance, la savate, le chausson, puisqu’il LA ROXE FRANÇAISE faut l’appeler par son nom, et il a créé des principes, des règles, un code, puis il s’est mis à enseigner. Voulez-vous savoir quels ont été ses élèves? MM. les membres du Jockey-Club, le duc Alexandre Dumas, Théophile Gau- tier, qui, lorsqu’il rencontre un homme impoli, lui enlève gentiment son chapeau avec le bout du pied M. le duc d’Orléans, qui était arrivé à une force remarquable enfin vingt autres, et des plus illustres, dont la litanie serait trop longue à placer ici. Mais qu’est-ce donc que la savate que l’affiche appelle puérilement pugilat parisien? C’est la boxe française. Écoutons Alexandre Dumas, voici la définition comique qu’il en donne Quand je faisais partie de la garde nationale, et que mon sergent, avec grand’peine, m’avait fait faire demi-tour à droite, il s’arrêtait, haletant, s’essuyait le front avec son mouchoir, puis me disait d’une axu’x lente, accentuée et solennelle, afin de rendre la démonstration plus lucide Maintenant, Monsieur Dumasse, demi-tour à gauche est exactement la même chose que demi-tour à droite, excepté que c’est tout le contraire. Allez ! Eh bien ! pour me servir de la démonstration de mon sergent, qui m’a toujours paru la figure la plus claire de l’école de peloton, je redirai après lui La boxe est exactement la même chose que la savate, excepté que c’est tout le contraire. Allez ! En effet, l’Anglais dans la boxe — la boxe est la savate de l’Angleterre — a perfectionné l’usage des bras et des poings, tandis qu’il n’a considéré les jambes et les pieds que comme des ressorts destinés à rapprocher ou à éloigner le boxeur de son adversaire. Tout au contraire, dans la savate, qui est la boxe de la France, le Parisien avait fait de la jambe et du pied les agents principaux, ne considérant les mains que comme armes défensives. Il en résulte que l’Anglais perd toute la ressource qu’il peut tirer des pieds, tandis que le Français perdait toute l’aide qu’il pouvait espérer des mains. Charles Lecour entreprit de réaliser cette splendide utopie, ce suprême perfectionnement de fondre ensemble la boxe et la savate il étudia la boxe anglaise, et de ses études est née la savate contemporaine avec cet art terrible qui met l’homme qui LA BOXE FRANÇAISE' Je possède en état de lutter non seulement avec un homme plus fort quelui, maisavec quatre hommes d’une puissance supérieure à la sienne. Ce qu’Alexandre Dumas, ce que d’autres que leur goût, leurs études conduisent à tout étudier, à tout apprendre, avaient vu, le public est maintenant appelé à l’admirer à son tour ce spectacle, pas plus que celui des boxeurs anglais, dont nous parlerons tout à l’heure, n’a rien d’effrayant, rien de repoussant. MM. Lecour sont vêtus de jolis pantalons rayés et de chemises roses ils ont le sourire sur les lèvres avant, pendant et après le combat, et si grande est leur adresse, leur agilité, leur prestesse à parer les coups, qu’on n’a pas un moment de crainte. Ils ont exécuté un assaut de canne, une lutte de savate et un assaut de bâton, et dans les trois exercices, ils ont été couverts d’applaudissements. Le salut avec la canne est vraiment merveilleux la rose couverte est la plus jolie arabesque dessinée au bâton que l’on puisse voir les voltés, les écarts de côté, les coups de travers pleuvent drus comme grêle l’œil ne peut suivre le bâton qu’on entend siffler et avec lequel, à coup sûr, on tiendrait en échec un détachement de soldats armés. Quant à la savate, c’est impossible à expliquer, c’est une succession de coups étourdissants qui, s’ils n’étaient retenus, tueraient un homme sur la minute, quand la jambe s’arrête, les mains marchent, puis mains, pieds et jambes fonctionnant, les deux hommes fondent l’un sur l’autre, tourbillonnent, et après s’être roulés gracieusement dans la poussière, ils saluent le public en souriant. Maintenant voici les boxeurs anglais N’ayez pas peur, il n’y aura ni œil poché, ni dents cassés, ni yeux arrachés; — MM. Kay, Percy et Latois sont de rudes joueurs, mais ils ont pris dans leur force même, dans leur profonde science, le moyen de représenter au public parisien une véritable boxe, sans attrister en rien ce spectacle ils se donnent de terribles coups, mais leurs mains sont gantées; leurs figures sont fréquemment et bien violemment atteintes, mais la peau des boxeu s ne ressemble pas à la nôtre elle est à l’épreuve du coup de poing. Nous avons donc enfin de véritables boxeurs dans toutes les conditions du genre, des boxeurs entraînés — un boxeur s’entraîne comme un cheval — dès qu’un homme a traité avec un boxeur, il lui donne un entraîneur qui ne doit plus le quitter ni le jour ni la nuit, et ce, pendant six semaines, pour surveiller l’entraînement. Le sujet en train doit se lever à 6 heures et se coucher à 9 heures au sortir du lit, il prend un œuf cru, sans défaire le jaune, dans un demi-verre de vin de Xérès — puis il fait une promenade de trois kilomètres avant de déjeuner et u*ne pareille après. Les promenades au pas doivent être entremêlées de petites échappées de 200 mètres à toute vitesse pour amener une suée que l’entraîneur sèche immédiatement en frottant énergiquement le pugiliste. Après cette promenade, on doit, disent les préceptes de l’entraînement, se livrer à un exercice modéré, tel que bêcher Ja terre, rouler une brouette, sonner des cloches. Si par hasard un peu de fatigue arrivait, une heure de sommeil est autorisée. Pour l’alimentation, les spiritueux, le lait, les soupes, tous les ragoûts et les aliments épicés, les viandes grasses sont rigoureusement interdits. L’entraîneur surveille avec soin tout ce que le sujet en train consomme, et il le pèse tous les jours pour diminuer proportionnellement l’alimentation car il faut, avant tout, arrivera un poids de condition — deux pugilistes doivent être de poids rigoureusement égal, une livre de moins donne une infériorité réelle les champions de l’Angleterre, qui sont les boxeurs de Londres, accordent cependant aux boxeurs de province cinq livres de plus, ce qu’on trouve énorme. L’entraîné ne doit point fumer, ni entrer dans les endroits où l’on fume il ne doit point être marié, et l’entraîneur couche dans sa chambre pour en interdire l’entrée à toute femme. La boxe, comme chacun sait, fut toujours en grand honneur en Angleterre. Parmi les amateurs, on cite le roi Georges IV, le comte Eldon, qui futchancelier, lord Byron, le duc de Wellington, le marquis de Waterford, le comte de Munster, sir Robert Peel. Au couronnementde Georges IV, sa majesté voulut que la principale entrée de Westminster fût gardée par les premiers boxeurs de Londres, sous le commandement de Oribb, célèbre champion d’Angleterre, à l’exclusion de la force militaire ou de la police. Un célèbre professeur de boxe,M. Gully, a été nommé membre du parlement par un collège nombreux. La force pour la boxe n’est pas la quali té la plus essentielle. Noon Owen, Swifï (le prodige), Gurtis (le favori), qui passent pour les plus habiles boxeurs, ne pesaient en moyenne que 112 livres chacun; le fameux Head, qui ne fut jamais vaincu, ne pesait que 125 livres, et il battit Gregson, dont le poids était de 188 livres et la taille de cinq pieds huit pouces. Le cirque a voulu nous donner une idée complète de la boxe. Deux boxeurs d'égale force, d’égale taille, en même condition, se sont présentés assistés de leurs parrains et d'un arbitre puis, après s’être serré la main, ils ont commencé. Dire la quantité de coups qu’ils se sont administrés est chose impossible. L’attaque, le contre-simple, le puer riposter, le coupé dessous, le double-contre, se succédaient sans intermittence; les pugilistes ont fait trois pauses, assis sur les cuisses de leurs 'parrains. D’après la règle de la boxe, ils ne doivent se reposer que trente secondes aussi avons-nous entendu l’arbitre crier time, et la lutte a trois fois recommencé M. Kay est incontestablement plus fort il a battu M. Percy. Après M. Percy est venu M. Latois. M. Latois est petit, maigre, il a vingt ans tout au plus à la puissance, à la force de M. Kay, il oppose un système de boxe tout à fait particulier; il est charmant de légèreté, d’agilité et d’audace à la fois il exécute des retraites et des feintes d’attaques de la façon la plus originale et la plus habile à la fois aussi quoique vaincu, a-t-il été constamment applaudi. Nous sommes convaincus que ce spectacle est appelé à avoir un grand succès et nous ne saurions trop engager M. Gallois à ajouter ces exercices au spectacle du soir dans le jour les femmes n’iront pas au cirque, et tout spectacle où ne viennent pas les femmes est mort-né. Véritablement, ce serait grand dommage. Charles de Matharel Le Siècle, lundi 16 août 1847. Les frères Victor et Henri Cuvillier étaient des élèves assidus de la salle, ainsi que les frères Guérin, dont l’un, taillé en hercule, était maire de Saint-Germain. Ils se réunissaient en groupes et allaient dans les barrières chercher des types et les inviter à venir faire de la savate à la salle avec eux tout le monde gardait ses chaussures de ville, on se flanquait alors des coups atroces. Ceci se passait bien entendu en l’absence du professeur, qui un jour rentra au moment où on ne l’attendait pas. Il se fâcha à un tel point et s’exprima de telle sorte à l’égard de ses élèves, que ceuxci, très nombreux, quittèrent la salle et allèrent chez Leboucher il faut avouer qu’ils n’en furent pas satisfaits. En 1848, Charles Lecour céda sa salle à son frère Hubert, pour se mettre dans l’industrie. Néanmoins il conserva quelques leçons particulières à la salle d’armes Pons, ainsi qu’au cercle des éclaireurs dont les chefs étaient le général Ney d’Elchigen, le comte Ferry d’Esclands et l’académicien Legouvé". En 1875, de la fusion du cercle des éclaireurs et de la salle Jacob on forma l’Ecole d’escrime française. Charles Lecour fut nommé professeur de boxe française. Il avait à ce moment pour élèves le jeune duc de Luynes, le duc de Rivière, le prince de Béthune, le baron Préménil, de Coppens, le vicomte de Coubertus, le comte de Chevillé, le comte de Lyonne, le marquis de Sassenay, le vicomte de Pully, Goupil, Louis Gaillard, Corthey, G. Laroze, etc., etc. En 1884, il quitta l’école d’escrime française et cessa complètement de donner des leçons. Il fut remplacé par Jules Leclerc sa carrière était terminée, il mourut àEpinal, le 19 juin 1894, âgé de 86 ans. LEBOUCHER Leboueher (Louis-Amand- Victorin), est né à Rouen, département de la Seine-Inférieure, le 14 septembre 1807, fils d’un huissier rouennais, dit-on. Personnellement, ses exploits n’étaient guère portés du côté de la procédure, sa plume à lui c’était la canne ou le grand bâton. Taille 1m65, presque imberbe, petite moustache, cou un peut court, épaules droites. Bien musclé, poignets et mains assez affinés, pieds petits, cambrés. Il en était quelque peu fier, et portait de préférence le soulier mi-découvert sur lequel tombait, les jours de grande sortie surtout, un pantalon noir à la hussarde. Il faut dire qu’avec sa longue redingote noire, son chapeau hauteforme à la crâne, il avait un peu l’allure de ce qu’on appelait sous l’empire un Décembriseur. Le masque avec cela n’était pas enchanteur, et sans avoir absolument une tête de boule-dogue, il y avait de cela. Il n’avait pas non plus une voix de ténor, il s’en manquait de quelque peu. Leboueher sous ses formes assez rudes cachait un cœur excellent, il était charitable, très serviable, et de relations agréables. Il y avait en lui deux contrastes la brute et le sentimental. Un peu de bonne musique et il s’attendrissait jusqu’aux larmes, il était susceptible de repentir. C’est comme professeuret tireur de canne qu’il apparut surtout à notre sens, incomparable, brillant, on peut dire le mot. A son arrivée à Paris, il s'installa d'abord rue de la Michodière, puis en 1855, il succéda au père Larribeau, un des survivants du radeau de la Méduse, une vieille réputation en canne eten boxe, d’ancienne école, mais qui n'était pas sans mérite. Lorsqu’il reprit cette salle qui se trouvait située, 13 bis, passage Verdeau, l’ancien professeur avait placé à la porte une enseigne composée de petits bonshommes mobiles, en bois et habillés, représentant les divers exercices qu’on enseignait à la salle, canne, boxe, sabre et escrime. Leboucher ne voulut pas de ce genre d’affiche assez ingénieux je ne veux pas de pantins ici, disait-il, enlevez-moi ça, et les donnant à Auguste, fils du gymnasiarque Poirier — Tiens, voila pour faire Guignol. — Il fut, croyons-nous, le premier qui abandonna la canne extra-légère des anciens tireurs. Il est vrai qu’à cette époque on avait la mauvaise habitude et l’imprudence de tirer sans masque, commesi la canne n’était pasavant tout une armesérieuse de défense, et nullement faite simplement pour chatouiller ses adversaires, souvent nocturnes. Sa canne de démonstration, à lui, était un énorme cornouiller, très lourd et dont la sensation devait être fort désagréable à quiconque l’éprouvait, et qui, on peut le dire, en sentait tout le poids. Il était vraiment superbe, sa... trique à la main; il était flamboyant. Déplus, findémonstrateur, presque savant. A ce moment, il n’était plus le même homme au résumé, sa méthode presque neuve consistait à tirer à fond, par développement, il ne touchait pas toujours doucement. Il enseignait la défense dite du voyageur, en trois leçons, et beaucoup d’étrangers, de passage à Paris, venaient à la salle pour apprendre rapidement à se mettre en état de défense. Nous avons vu chez lui des personnages très marquants, et il comptait au nombre de ses élèves des célébrités de tous genres nous y avons notamment vu. le grand maître Rossini. Il donnait souvent, dans la salle du passage Verdeau, des soirées qui étaient très recherchées par les amateurs comme Théophile Gautier, Pierre Dupont, Darcier, etc., etc., et là, en petit comité, il produisait des talents divers, tels que tireurs, lutteurs et hommes forts. Vers 1852, Reboucher avait un excellent prévôt nommé Lecomte qui le quitta à cette époque pour ouvrir une salle à son compte. Il s’installa d’abord 20, rue du Vert-Bois, et donnait ses leçons dans la salle du jeu de Siam. Il changea ensuite, pour aller s’établir rue du Château-d’Eau, au bal Saint-Jean, qui devint plus tard le xixe siècle. Contrairement à son professeur qui était très dur pour les élèves, Lecomte était, lui, très doux, bon démonstrateur, très aimé des élèves qui préféraient prendre la leçon avec lui. Fort tireur à la canne et à la boxe, d’une grande agilité, tirant le jeu haut et le jeu bas très bien. Il commença avec un petit nombre d’élèves, parmi lesquels: Charles Deburau, legrand mime du théâtre des Funambules, Alexandre Guillon, artiste des Variétés, Buisselet, l’homme à la boule, de l’Hippodrome, et Auguste Massin, ingénieur mécanicien, plus tard surnommé le Roi des bras tendus. Il paraît que le célèbre mime, Jean-Gaspard Deburau, que Jules Janin, appelait le plus grand comédien de l’époque, a donné des leçons de boxe et de canne à ses acteurs des Funambules, ainsi qu’à son fils Charles lorsque celui-ci était jeune. Voici une petite anecdote de circonstance le concernant Deburau père était allé un jour se promener â Romainville, en compagnie de sa femme en rentrant le soir, il fut attaqué par trois vagabonds par bonheur sa canne ne le quittait jamais et il s’en servit en maître; un des trois assaillants fut tué d’un coup de canne. La police lui reprocha cet accident et l’inquiéta à ce sujet. Mais grâce à l’intervention de hautes influences, il n’y eut pas de suites désagréables pour lui. L’argument qui servait de reproche était celui-ci étant donné votre supériorité à cette arme, vous auriez dû vous contenter de vous défendre et ne pas frapper ainsi que vous l’avez fait. Ce même reproche fut adressé un jour à Gharlemont fils, qui, attaqué par deux adversaires armés de cannes, se défendit modérément; néanmoins le cornouiller qu’il avait à la main était d’un poids suffisant pour abîmer ses adversaires tout en restant pour ainsi dire sur la défensive. On lui disait que, comme professeur, il aurait dû se contenter de parer. Il faut être fort ignorant des exercices de défense et des moyens de combat, pour croire qu’il suffit de parer les coups des adversaires pour en avoir raison et les mettre soit en fuite, soit hors de combat. Eh bien, il est regrettable de le dire, il existe des personnes pour tenir des raisonnements semblables. Gomme boxe, Leboucher fut pour ainsi dire le novateur de la boxe de combat son enseignement était brutal et instinctif on allait chez lui surtout pour apprendre à se défendre contre les rôdeurs de barrières, ou autres personnages de même acabit; il vous enseignait la manière de vous défendre contre un goujat, de corriger un cocher brutal; il connaissait à fond (nous ne voudrions pas dire pour les avoir pratiqués) tous les coups plus ou moins canailles de ces drôles; il avait contre eux des parades inattendues, des ripostes étonnantes et il vous les apprenait à merveille. Il engageait ses élèves pour faire la pratique (c'était son mot) à aller de temps en temps dans les bals publics mal famés et y essayer de se casser la g.... avec quelques voyous (c’était très pratique). Un amateur bien connu et que nous citerons encore, parce que son nom revient chaque fois qu’on parle d'exercices du corps M. Eugène Paz nous racontait que le soir, lorsque Leboucher voyait arriver ses habitués à sa salle du passage Verdeau, il ne manquait pas de demander aux plus robustes, à ses préférés Eh bien! s’est-on battu un peu hier? vous savez, mes enfants, sans cela, vous n’arriverez jamais à rien. Il a été en grande partie le promoteur des rentrées violentes, des passements de jambes, des enfourchements, etc. Le eoup de pied de pointe de devant, proscrit à cette époque et encore aujourd’hui en salle, était un de ses coups favoris, et vraiment de surprise. Il introduisit beaucoup de coups de poing dans sa méthode. Il démontrait aussi quelque peu la boxe anglaise pure; il n’y était pas très fort, il était un peu court de taille et ne voulait se produire que là où il était et se sentait remarquable. C'est pour cela que, quoique démonstrateur de premier ordre pour cette époque, il ne tirait pas en public. Sa méthode un peu brutale était aussi dangereuse pour lui que pour les autres; avec un homme très fort, de haute taille, il s’engageait trop, et le corps à corps pouvait ne pas lui réussir. S'il avait été un peu moins brutal, il aurait fait fortune ce ne fut pas son cas. Il y avait grand nombre de caboulots dans le fau- bourg Montmartre, où il portait toutes ses économies, et quand la dive bouteille avait illuminé son petit nez vermillonné de boxeur anglais, ça allait mal pour le client, la leçon devenait dure (lui prononçait: sévère). Plus d’un lâchait la suite de l’enseignement après avoir payé les nombreux cachets qu’il avait eu soin de faire prendre d’avance. Notre ami Cœurderoi, quoique solide et résistant, fut de ceux-là; néanmoins tenant à écouler son reliquat de cachets, il se promenait souvent dans le passage Verdeau, avec l’espoir d’y rencontrer son professeur, ce qui arriva naturellement. — Leboucher — voyons, Monsieur Edouard, vous m’en voulez donc; — Vous n’en voulez donc plus? Bast! Cœurderoi se laissa faire et reprit ses leçons, mais alors bien décidé à lui rendre coup pour coup et avec usure. 11 faut dire que cet échange d’amabilités ne rappelait en rien le jeu Charlemont et Chauderlot de gracieuse mémoire, ça manquait d’élégance. Voilà que le père Leboucher n’en voulait plus. C’était, disait-il, Cœurderoi qui était le brutal. Pour un comble, c’en était un, passons. Nous avons sous les yeux une caricature du célèbre Daumier, accompagnée d’un texte qui donne bien l’idée de l’enseignement donné par lui; intitulée une leçon de boxe chez Leboucher en Leboucher: il fallait parer! il fallait parer!... Ce coup-là vous a été démontré tout à l’heure... C’est le coup du prince Rodolphe... je vous l’avais expliqué et j’avais pourtant bien mis les points sur les i... — Sacristi!... vous auriez bien dû ne pas me les mettre sur les yeux... enfin c’est peut-être votre manière de marquer vos cachets !... Malgré cela, il était très soucieux de son art, et lorsqu’il organisait des assauts, longtemps à l’avance il se préoccupait de les rendre intéressants, et ne négligeait rien pour s’assurer le concours des professeurs les plus renommés, et les amateurs les plus remarquables; d’escrime, de canne, de boxe et d’exercices de force. Ces assauts donnés dans les salles Montesquieu, Valentiuo, la Redoute, au Casino des Arts et chez Markowski, obtenaient toujours beaucoup de succès. Leboucher était aussi un grand amateur et fin oonnaisseur en matière de lutte nous savons tous que la lutte est un exercice r,A BOXE FRANÇAISE spécial, et qu’il faut chercher loin pour trouver un homme de lutte, de canne et de boxe. Un seul à notre connaissance a été un peu tout cela y compris les exercices de force; c’est Rambaud, dit la Résistance, qui avait sa salle rue des Ecuries-d’Artois de second ordre comme démonstrateur, mais un rude gars; grand, bien fait du haut en bas, intelligent; s'est fait admirer et payer largement à la cour d'Egypte. Béni soit le ventre de la mère qui t'a porté lui disait un jour le kédive (Ismaïl Pacha). Il avait été le professeur de Henri Joignerey, ancien hercule, qui tenait encore dernièrement, à Montmartre, une salle d’exercices de force. Il avait conservé pour la Résistance une admiration et un culte persistants. Leboucher aussi le tenait en haute estime. Cœurderoi nous racontait, qu’en 1876, il avait rencontré la Résistance à la Chaux-de-Fonds, en Suisse. Il n’était plus jeune, un peu coloré par ceci et cela, un peu boursouflé il avait bien aimé beaucoup de choses à son retour du Levant il avait fait de la lutte en Grèce, et était resté deux ans à bien boire, bien chasser et bien manger son gibier; il ne s’était arrêté qu’à la fin de ses capitaux. Quand il le rencon- tra, à la sortie de la gare de cette ville, il était habillé en marin et montrait à cette population très horlogère, mais peu mari- time (1000 mètres au-dessus de la mer), quoi? un poisson quelconque empaillé, ratatiné, qu’il appelait un Raquin. Les naturalistes ayant la mauvaise habitude deprononcer Requin, mais la Résistance, n’y regardait pas de si près. Entre temps, il faisait quelques poids, et encore assez proprement et gracieu- sement. C’était encore un vigoureux reste. Peu de temps après, Charlemont le rencontrait en Belgique, à Anvers, il tenait une baraque, à la foire de cette ville. En effet, il eût été difficile de reconnaître en lui l’homme superbe qu’il avait été. Revenons à Leboucher et à la lutte, qu’il adorait, théoriquement. Il fut le découvreur, le lanceur d’Arpin, surnommé le terrible Savoyard, l’homme au fameux coup de lutte dit le coup d’Arpin. 11 l’utilisa et l’exploita même à outrance. En somme il réveilla la lutte endormie, oubliée, organisa de nombreuses et formidables séances à Montesquieu où il produisit et mit en relie! les Rabasson, les Crest, dit le Taureau de la Provence, Rivoire l’homme de marbre, Pujol dit Pile de Pont (le marin célèbre de la Belle-Poule). Marseille le vieux (le premier tombeur d’Arpin), puis plus tard Etienne le Pâtre, Richoux (rudes hommes),etc., etc. Avec sa compétence, ses souvenirs et son imagination, l’ami Joignerey nous a souvent parlé de ces magnifiques luttes. Là aussi, à Montesquieu, on vit de brillantes parties de boxe plus ou moins fantaisistes, pas très savantes, mais puissantes et gracieuses les exécutants étaient Rambaud dit la Résistance déjà cité, Louis Vigneron qui fut plus tard surnommé f homme-canon de l’Hippodrome de Paris, dont nous donnons plus loin la biographie. Les deux hommes étaient remarquables de puissance, de plastique. C’était vraiment une belle chose. Un des plus beaux assauts de boxé, parmi ceux qui eurent lieu au Casino des Arts, en 1850, sous la direction Leboucher,fut sans contredit celui de la Résistance et de Bernard de Bordeaux. Ce dernier, grand, bien proportionné, était hercule et lutteur comme son adversaire. Dans le midi de la France, on le surnommait le Roi des lutteurs. Comme professeur de boxe à Bordeaux il jouissait d’une grande réputation. L’assaut fut des plus intéressants et fit grande sensation dans la salle. Du commencement à la fin, les deux champions combattirent avec une ardeur égale, il eût été difficile de préjuger du résultat final. Ce fut la Résistance, qui, par un magnifique coup d’arrêt, termina ce mémorable assaut. Bernard touché en pleine poitrine alla tomber à terre, à la grande surprise des spectateurs qui applaudirent à outrance. Un autre assaut moins important eut lieu àlasalleMontesquieu, en 1853, entre Arpin le terrible Savoyard et la Résistance. Arpin, qui avait été vaincu à la lutte pour la première fois l’année précédente, par Marseille aîné, espérait-il se rattraper à la boxe? en tous cas, il avait mal choisi son adversaire, car il fut battu complètement. r,A BOXE FRANÇAISE LA DÉFAITE D’ARPIN DIT LE TERRIBLE SAVOYARD, A LA SALLE MONTESQUIEU Il y a quelque temps on voyait à Paris une réunion d’hommes réputés pour les plus forts lutteurs et athlètes du midi de la France, du reste tous ces hommes pour la plupart avaient acquis une célébrité justement conquise. On remarquaitparmi eux, comme lutteurs Arpin, ditle terrible Savoyard, considéré, à juste titre, comme le plus fort, le plus élégant, le plus gracieux et le plus savant. On remarquait en seconde ligne, Blas, l’Espagnol, dit Sans-Pitié, brun, surnommé pour son ardeur et son intrépidité à la lutte. Rabasson, dit le Petit-Paysan, lutteur infatigable Bouyard, dit le Tailleur de pierre de Rémoulins Creste, dit le Taureau de la Provence; Anthelme, dit Baboula Plantevin, dit le Roi des lutteurs Rivoire, de Lyon, dit le Corps de fer Henri, de Paris L’Océan, Bacquet, l’ Artilleur, etc. Mais le plus redouté était Arpin. 11 avait par ses succès répandu une telle terreur autour de son nom, qu’il n’était aucun mortel qui osât se mesurer avec lui il avait été proclamé le roi des vainqueurs. Mais cependant vint un jour où un jeune téméraire jeta un défi au terrible Savoyard. Ce jeune homme n’était autre que Marseille, le héros de sa ville natale, qui lui donna son nom, l’enrichit de ses faveurs. Aussitôt qu’Arpin fut informé qu’un rival lui était arrivé de la Provence, il se hâta de faire savoir au jeune présomptueux qu’il tenait à sa disposition 200 francs, s’il parvenait à le renverser dans les règlements etconditions de la lutte, mais Marseille, repoussant l’offre d’Arpin, lui fit répondre qu’il tenait non pas 200 fr. mais 500 francs à sa disposition ou à celle de tout autre qui parviendrait à le renverser. On fixa un jour, et comme on pense grand bruit parmi les admirateurs d’Arpin on n’était plus habitué à voir défier le terrible Savoyard. Enfin, le jour fixé, à dix heures précises, Arpin paraît dans l’arène, le regard fier, la tête haute. Arpin est un colosse, un cou de taureau attaché à ses épaules d’une largeur et d’un modèle admirables, des bras vigoureux et solidement attachés, un torse d’hercule, en un mot l’image de la force et de la vigueur, c’est vraiment le terrible Savoyard. Marseille paraît à son tour; c’est un jeune homme mince et nerveux qui semble chétif auprès de son adversaire, enfin le Gladiateur, et l’Hercule Farnèse — tout est prêt Tous les cœurs battent d’émotion à la vue de ces deux hommes; toutes les poitrines sont haletantes, bientôt les deux rivaux se donnent la main, et la lutte s’engage. Arpin saisit Marseille entre ses bras puissants, mais celui-ci se glisse comme un serpent, et se précipite sur son adversaire avec une impétuosité sans égale. Arpin semble étonné de le voir si résolu, et respirant à pleins poumons, ils se tordent se baissent se relèvent tout ce qu’il y a de ruses, de feintes, de souplesse et d’adresse sont déployés par ces deux rudes jouteurs des gouttes de sueur ruis- sellent sur le corps nu d’Arpin, tandis que le corps de Marseille semble un marbre il y a 45 minutes qu’ils sont auxprises et la victoire n’est pas encore décidée. Qui l’emportera du terrible Savoyard ou du Meunier de laPalu? l’on respire à peine Tout à coup unhourrah retentit dans l’enceinte ! L’un des deux adversaires a roulé dans la poussière... C’est le vainqueur des vainqueurs ! ! C’est Arpin J ! ! Les luttes furent bientôt défendues par la police de l’Empire. Sous prétexte de quelques accidents, comme par exemple celui arrivé à la salle Valentièo, où la Résistance boxant à la française contre Dickson, boxeur anglais, Rambaud assailli par une grêle de coups de poing, s’était précipité sur son adversaire, l’avait littéra- lement envoyé à terre à la volée d’un coup de hanche en tête, mais l’épaule du fils d’Albion était déboîtée. Après tout il n’y avait pas eu mort d’homme, mais il y avait paraît-il autre chose ! ! ! L’impératrice Eugénie trouvait les luttes schoking les beaux athlètes qui s’y faisaient admirer portaient ombrage à Madame, son impérial époux ne pouvant montrer des formes aussi splendides, ni ressembler de près ni de loin à un Apollon la jalousie (qualité essentielle d’une Espagnole de race) lui rongeait lecœur, elle fit interdire les luttes publiques, voilà !... De ce contact avec les lutteurs, Leboucher avait encore tiré parti de quelques coups ou passes qu’il introduisit dans sa méthode, car, nous le répétons, c’était un fin, très fin observateur, et homme d’assimilation du reste, il n’était pas Normand pour rien. Leboucher a formé quelques élèves d’une certaine force, entre autres Alexandre Colmant, qui fut aussi un mécanicien de génie (ce n’est pas trop dire) on vint le chercher rue Turgot, pauvre petitconstructeur, pour fabriquer l’aiguille du chassepot. Elève des écoles du soir, il s’était fait lui-même. Sa situation créée par les Soubeyran, Baricant, etc., se traduisit, au bout de trois ans, par trois cent vingt mille francs versés comptant à Colmant. Mais le cerveau avait trop donné, il mourait fou trois mois après; c’était un ami intime de Cœurderoi, toujours vivant; lorsque venait minuit, après cinq à six bocks, Colmant parlait mécanique, rentrait chez luiet travaillait. Gaillard vigoureux, faisant proprement 61 livres à bras tendu, gros, fort et intelligent, très compétent et fin appréciateur d’hommes et d’exercices. Nous devons lui rendre cet hommage mérité. Comme boxeur, Alexandre Colmant tirait un peu bas, jamais très haut, mais sévèrement comme disait le maître. Fréquentaient encore la salle Dr Edward, Principe, Ladislas Joicki, de Castro, Eugène Paz, Cœurderoi, etc., etc. Leboucher était le démonstrateur par excellence, malheureusement il n’était ni travailleur ni patient il ne pouvait pas tenir longtemps un élève, ça l’ennuyait; aussi, s’en débarrassait-il, d’une manière ou d’une autre; surtout il avait le soin de se faire payer d’avance un grand nombre de cachets, l’élève pouvait ensuite s’en aller. Trop souvent absent de sa salle, ses prévôts, le plus souvent bien médiocres, ne pouvaient le remplacer avantageusement, cela lui causait un grand préjudice. Le dernier grand assaut donné par Leboucher eut lieu le 10 avril 1866, Salle du xixe Siècle, rue du Château-d’Eau, à 8 h. 1/2 du soir. Louis Mérignac, tort jeune à cetle époque, et sous le surnom de le tireur noir, représentait l’escrime la boxeetlacanne étaient représentées par Gilbert, 1er maître au bataillon des chasseurs de la garde impériale, et son prévôt; Papy 1er maître aux zouaves de la garde, et son prévôt J. Charlemont, 1er maître, au 99e régiment de ligne, et son prévôt; la lutte Antoine Dornier et Pierre le Savoyard (cocher de son métier); la gymnastique Alfred Perrier la démonstration de la canne par le jeune fils de Leboucher âgé d’une dizaine d’années environ. Un orchestre complétait l’attraction de la soirée. Trois mois après, il donnait aussi son dernier assaut intime dans sa salle du passage Verdeau. A propos de ces deux derniers assauts, voici une petite anecdote qui complétera bien le portrait et le caractère de celui qui, quoi qu’on en dise, fut un chercheur, un novateur. Le 25 mars 1866, Leboucher écrivait à Charlemont, caserné au fort d’Aubervilliers, le priant de venir le voir; il avait, disait-il, à lui parler au sujet d’un assaut qu’il organisait. Ce dernier se présenta à la salle, et fut reçu parDevost, le prévôt de l’établissement, qui lui dit que son maître était en ce moment chez un marchand de vins de la rue de la Grange-Batelière, et que s’il y allait, de vouloir bien lui dire qu’un élève M. sujet anglais, l’attendait pour prendre sa leçon. Charlemont fit la commission. Leboucher lui répondit lepantre peut attendre, j’ai son pogne! ! Ce n’est pas ça, j’organise un grand assaut pour le 10 du mois prochain, — veux-tu y tirer? — Quelles sont vos conditions? — Je te donnerai vingt francs. — C’est entendu. Monsieur Leboucher, vous pouvez compter sur moi. — Alors bois un verre avec moi. Sur ce, il fit venir une excellente bouteille du meilleur bordeaux, c’était, disait-il, pour sceller le contrat verbal l’élève attendait toujours. Il proposa à Charlemont de venir se promener avec lui (il faisait beau temps) il prendrait une voiture à l’heure et on reviendrait dîner au Palais-Royal. C’est lui qui paierait. Celui-ci remercia, ses affaires l’attendaient. Le jour de l’assaut vint, la soirée fut fort brillante, et bien réussie; il y eut beaucoup de monde. Jl était à peu près 11 heures, la sortie était effectuée; il fallait régler les comptes c'était le service de police, les pompiers, le droit des pauvres (prélévation sur la recette brute, exigence qui nous paraît fort injuste), la musique (et ses droits d’auteur), les affiches et circulaires, les tireurs, les lutteurs, enfin la salle, legazet le personnel. On cherchait partout le directeur de l’assaut; il était disparu. On le chercha longtemps mais on n’alla pas à l'église, persuadé qu'on ne l’y trouverait pas c’est chez un marchand de vins qu’on le découvrit, attablé devant une jolie bouteille et un verre plein. Ses amis le pressèrent, lui disant que tout le monde l’attendait, les sergents de ville, les tireurs de l'armée devaien t ren trer à l’heure, les zouaves à Saint-Cloud, les chasseurs à Versailles; on le fit dépêcher à venir régler ses affaires. Ah ! il n'était pas content, le père Leboucher il fallait l'entendre jurer et tempêter, — il n'y avait, plus d’amis, on ne pouvait plus lui rendre service, tout le monde voulait de l’argent. En fin de compte, les maîtres de l’armée, obligés de prendre le dernier train, partirent et en furent pour leurs frais. Dans le mois de juin de la même année, Charlemont reçut une lettre du prévôt de Leboucher, Devost, lui disant que son maître allait donner un assaut à son bénéfice, et le priait de vouloir bien lui prêter son concours. Charlemont lui répondit que si l’assaut était vraiment à son bénéfice, il n’hésiterait pas un seul instant à lui être agréable, mais sachant de bonne part que le bénéfice était pour Leboucher, il le priait de dire à celui-ci, qu’il se tenait à sa disposition pour celte soirée, moyennant un cachet de vingt francs, plus la remise du cachet qu’il lui devait pour l’assaut du 10 avril dernier le tout payé avant de travailler, bien entendu. La réponse se fit longtemps attendre, et ce n’est que l’avant-veille de l’assaut que Leboucher prévint Charlemont qu’il acceptait ses conditions et qu'il comptait sur lui. Le jour de l’assaut et à l’heure dite, Charlemont était prêt, en tenue, ses gants aux mains il était dans le vestiaire attendant son tour, ce moment approchait il dit à Devost d'aller prévenir son maître, qui était dans la salle, qu’il ne tirerait pas si ses deux cachets ne lui étaient pas comptés d’avance, ce qui était convenu dans le cas contraire, il entrerait dansda salle et expliquerait au public pourquoi, étant prêt, il ne tirait pas. Sur ce,Leboucher tout grognant arrive dans le vestiaire. Alorstu ne veux pas tirer, Charlemont ? — Si, Monsieur Leboucher ! vous le voyez bien, je suis prêt, à mon poste, mais, chose convenue, chose due. — Alors il faut que je te paye d’avance? — Naturellement, puisque vous ne voulez pas me payer après. Tiens, lui dit Leboucher, en faisant une horrible grimace et prenant deux louis dans sa poche, — tiens, prends, et je ne les regrette pas. Merci, Monsieur Leboucher, je vais les gagner sans bouder. Cette petite anecdote n’est pas isolée, dans son genre; presque toutes les personnes qui ont eu affaire à Leboucher la connaissent par expérience. C’était vraiment un homme original, presque inexplicable; ainsi, par exemple (ce qui lui arrivait souvent), il rencontrait un ami, un camarade, eh bien ! il ne regardait pas à la dépense déjeuners, dîners et soupers, voiture de luxe (il disait qu’on était mieux qu’en fiacre), café, théâtre, bal, etc., etc., cela lui coûtait cent francs, deux cents francs, il n’y regardait pas, il aimait à s’amuser, mais pour payer une pièce de cinq francs qu’il devait, c’était le diable pour la faire sortir de sa poche, tout le monde savait cela au fond un bon homme ne manquant pas d’esprit. Il avait parfois de bons mots. Un jour, dans un assaut qu’il donnait à Montesquieu, Louis Vigneron faisait des exercices de force, parmi lesquels il en exécutait un qu’il nommait le désespoir des bras tendus; cela consistait àtenir à bras tendus, latéralement et horizontalement, un poids de 25 kilos dans chaque main et assis sur une chaise comme i 1 restai t très longtemps dans cette position, un Monsieur, qui se trouvait tout près de Leboucher lui demanda pourquoi Vigneron restait si longtemps dans cette position? — C’est parce que, répondit celui-ci, il attend que quelqu’un soit assez fort pour venir le remplacer. Une anecdote nous revient en mémoire. Un jour, en 1862, après une représentation du Cirque d’été, Leboucher se trouvait attablé au café du Cirque, avec Henri Foucart, professeur de gym- nastique, père des trois petites Foucart qui travaillaient au cirque. Henri Foucart était d’une assez grande force musculaire, et d’un caractère assez violent. Ce soir-là, la conversation était engagée sur la boxe française Leboucher vantait les avantages du coup de pied, il prétendait que, un coup de pied bas bien lancé pouvait mettre immédiatement un homme hors de combat. Foucart avec vivacité prétendait le contraire, et offrait à Leboucher d’en faire l’expérience sur-le-champ, ce qui fut aussitôt accepté par celui-ci ils se mirent en garde, et le temps de le dire, Foucart s’affaissa en poussant un cri. On le releva le tibia brisé d’un coup de pied bas que Leboucher lui avait porté. Nous nous rappelons aussi une autre anecdote d’un ordre un peu plus gai. Leboucher, assez noctambule, etboulevardier par excellence, rentrait un jour après minuit, après avoir sonné plusieurs fois à sa porte, son concierge, homme de petite corpulence, et de force au-dessous de la moyenne, vint lui ouvrir. Leboucher, furieux d’avoir attendu, le gronda fortement, et fît un geste comme pour le frapper le concierge, qui ordinairement redoutait son locataire et craignait de recevoir des coups, étendit instinctivement le bras son poing rencontra l’œil de Leboucher, et le lui contusionnasi fortement que le lendemain, le célèbre professeur avait un poche-œil des plus caractérisés. Ce petit accident, qui en était un gros pour son amour-propre, fut bientôt connu dans toutes les salles, et l'on en rit beaucoup. Leboucher fut plus de quinze jours sans sortir de chez lui. — Nous nous- rappelons que nous allions lui rendre visite, et qu’il nous dit avec des larmes dans les yeux Croyez-vous qu’il n’est pas terrible et humiliant pour un des premiers professeurs de France d’être pareillement touché par un pipelet... Pendant ce temps le pauvre concierge, tout tremblant dans sa loge, déléguait nombre de personnes auprès de Leboucher pour s’excuser et obtenir de lui son pardon, qu’il lui octroya gracieusement le premier jour qu’il sortit, ce qui ne surprit personne, car il n’était pas aussi méchant qu’il en avait l’air. En somme c’était une personnalité très remarquable, et depuis qu’il est disparu, on n’a pas revu un professeur de canne qui puisse lui être comparé. En 1843, Leboucher publia un petit traité de canne très intéressant, composé de 25 leçons, orné de 37 planches dont le portrait de l'auteur, format petit in-8 de 54 pages, édité à Paris. Puis en 1855, il fit paraître une petite théorie de la boxe française, grand in-8 de 40 pages, ornée de 16 planches, éditée à Bruxelles. En 1853, il fit une 2e édition de la boxe française, revue et augmentée, format in-16 de 36 pages, ornée de 36 planches, éditée à Paris. Leboucher mourut à Paris, passage Verdeau, n° 13 bis, le 7 septembre 1866, âgé de 59 ans. Il laissa deux jeunes enfants un petit garçon et une petite fille qui furent élevés par la charité. Aujourd’hui ils font tous deux partie des ordres religieux. HUBERT LEGOUR Hubert Lecour était, comme son frère Charles, originaire de Oissery, petite commune de l’arrondissement de Meaux (Seine-et- Marne). Né le 30 mai 1820, il avait douze ans de moins que son frère. Il fit son apprentissage dans la gravure, mais ne pratiqua pas son métier; il commença très jeune à travailler, avec son frère, les exercices auxquels celui-ci s’était adonné. Vigoureux, mais surtout très souple, il était merveilleusement doué pour pratiquer ces exercices qui demandent agilitéetvitesse. 11 partagea l’engouement de son frère pour les exercices de défense, s’assimila rapidement les principes que son aîné avait déjà posés et, très épris de la perfection, s’efforça avec lui de compléter cette méthode qui tendait à^donner à chaque coup son maximum d’efficacité et de vitesse en éliminant les mouvements inutiles et dangereux. C’est cette méthode que les deux frères résumaient ainsi attaque sans préparation jeu de face. Un jour il partit pour Saint-Quentin, avec un nommé Bataille (nom prédestiné) auquel il s’associa pour mon 1er une salle de boxe dans cette ville. Ils donnèrent un assaut d’ouverture dans lequel ils tirèrent ensemble; Hubert Lecour obtint un grand succès. Si l’assaut fut brillant, les affaires de la salle ne le furent pas; il LA ROXË FRANÇAISE dut revenir à Paris auprès de son frère, et ce n’est que plus tard qu’une réunion d’amateurs passait annuellement un traité avec lui pour qu’il vînt se fixer à Saint-Quentin pendant quelques mois. Une salle était mise à sa disposition et un minimum de recette lui était assuré. Chaque année il organisait un assaut auquel prenaient part ses plus forts élèves. Charles Lecour venait ordinairement y tirer avec son frère. Là ne se bornait pas le programme Hubert Lecour aimait énormément la musique; il était doué d’unejolie voixet possédaitaussi le don de bien dire la chansonnette. Avec plusieurs amateurs de la ville, il entremêlait les exercices de boxe et de canne d’intermèdes musicaux et ces séances mixtes prenaient le nom d’assauts-concerts. Nous avons sous les yeux lecompte-rendu d’une de ces réunions, que nous publions plus loin, à laquelle 800 personnes avaient assisté dans la salle des Variétés, à Saint-Quentin, et nous y trouvons l’écho de la sympathie que Hubert Lecour avait su en peu d’années s’attirer de la part de tous. ASSAUT-CONCERT Des assauts de boxe, des voltiges de cannes, des chansonnettes, des romances, avec cela faire une soirée, est-ce possible? C’est ce que toute notre ville se demandait depuis quinze jours oui, une soirée complète, commençant à huit heures, et de laquelle 800 personnes ne sortaient qu’après minuit et cette soirée nousl’avons eue, lundi dernier, à la salle, des Variétés. 11 y a cinq ans à peu près, un artiste modeste, sans protection, sans autre ressource que l’amour du travail, vint s’établir à Saint-Quentin. Qu’avait-il donc pour assurer son avenir ? La boxe et la canne. S’il s’était annoncé, s’il avait écrit Avec ce que je sais, je prétends gagner de quoi vivre je me ferai de tous mes élèves des amis intimes, qui seront cités pour leur excellente conduite, qui consentiront à se montrer en public; j’arriverai à réunir, pour nous voir, ce qu’il y a de plus honorable dans notre ville, on aurait répondu C’est la prétention d’un fou. Eh bien ! voilà ce que M. Lecour est parvenu à réaliser. Le pauvre de plus le trouva toujours prêt à venir solliciter la charité publique nous voudrions qu’il nous permît de mentionner, en dehors même des concerts, pour lesquels onlui doit de la reconnaissance, des actes cle bienfaisance qui lui font le plus grand honneur. Empressons-nous de le constater la salle des Variétés a présenté lundi un aspect de jeunesse et de gaîté. Tous ceux qui avaient été à même de reconnaître en M. Lecour un homme de cœur, et un beau talent, ont voulu, sans espoir de s’amuser beaucoup, lui donner une marque réelle de sympathie, et lui prouver combien on regrettait son départ. La foule qui se pressait lundi pour trouver une place aux Variétés doit inspirer le désir d’imiter M. Lecour, d’arriver à obtenir une semblabble ovation, et personne, nous le certifions, n’a regretté ni son temps, ni son argent; la soirée a été belle. Maintenant rendons compte de ce que nous avons vu, et surtout supprimons les initiales des noms de ceux que nous avons applaudis, pour donner entièrement leurs noms, ils nous en voudront peut-être, toute la ville nous en remerciera. Le rideau se lève. Des collégiens nous saluent, se saluent, se menacent du poing, s’attaquent; et la salle de s’écrier des collégiens si gentils, si adroits, si pétulants, ne seront jamais des sots. Ce sont les jeunes Gervoise, Museux, Geoffroy et Descaudins. Viennent ensuite voltiger avec les cannes, MM. Amédée d’Estrées, Stuard, Decaudins, Jules Dournel, H. Mercier; tous ont exécuté les exercices les plus plaisants, les plus extraordinaires, les plus difficiles, avec un ensemble de grâce, de légèreté, de vivacité, tel qu’on se demandait pourquoi on avait pu jusqu’alors délaisser un talent qui devrait avoir incontestablement une grande et salutaire influence sur la santé et le caractère des jeunes gens, et en les fortifiant, les mettre à même de répondre à tous les faux braves, aux misérables qui voudraient les attaquer. Couverts les uns après les autres d’applaudissements unanimes LA BOXE ERANÇAISE réitérés, ces messieurs -ont pu voir comment ils avaient été appréciés et jugés. Jeunes hommes bien placés dans la société, ayant reçu une belle éducation, l’élan est maintenant donné par vous. C’est à qui voudra figurer, se montrer dans nos fêtes publiques. L’union fait la force; l’union profite aune ville; les artistes, les hommes de talent et de mérite sont dans toutes les classes de la société. Particulièrement MM. H. Mercier et Jules Dournel, ont fait de la gymnastique et sur ce point, ils nous ont montré qu’on ne peut plus rien leur apprendre. Nous avons eu du bonheur à crier bravo, bravissimo, et toute la salle a fait comme nous. Les frères Lecoursur la boxe et sur la canne sont passés maîtres; c’était connu à Paris ils avaient fait leurs preuves; mais à qui ne les avait pas vus travailler, il aurait été impossible de se faire une idée de ce qu’ils sont, de ce qu’ils savent. On s'anime, on s’impressionne, on craint, on admire quand ils se saisissent, quand ils se frappent, quand ils font voltiger leurs cannes, quand ils parent les coups. C’est l’éclair, la foudre les bras, les mains, les jambes, les pieds, la tête, les yeux, tout agit, tout marche en même temps. D’ailleurs il est facile de s’en convaincre, une distraction, même dans le jeu, pourrait devenir terrible. La salle s’est émue, et d’une triple salve d’applaudissements nous avons tiré cette conséquence: les deux frères Lecour réussiront en tous lieux. On pouvait se contenter de nous montrer comment on boxe, on voltige, et Dieu merci ! le public n’aurait pas eu à se plaindre. Mais notre ami M. Lecour est aussi un chansonnier à part sans imiter en rien Levassor,il estpresque aussi original, presque aussi plaisant que lui. lia créé les Orphéonistes; nous les avons entendus chanter avec une précision, un accord parfait, un de nos plus beaux chœurs. 11 n’est pas possible, après ce chant, de croire que notre Orphéon cessera d’exister, si M. Lecour quitte Saint-Quentin. Des applaudissements ont accueilli M. Rigault, à son entrée sur la scène, et jamais sa belle voix de baryton n’a eu ni plus de puissance, ni plus d'entrain. Le roi de la Montagne, à chaque couplet s’échauffait, et une triple salve d’applaudissements lui a prouvé la place qu’il occupait aujourd’hui dans l’estime de ses concitoyens. Ami de M. Lecour, il devait se placer au premier rang dans cette soirée, et il n’y a pas manqué. Et ce concerto de flûte de M. Armand Patuzet, qui nous a fait connaître, dans ce jeune instrumentiste un véritable talent de plus dans notre ville, forçant l’orchestre et la salle à l’applaudir. Et ce concerto de trombone de M. Daub instrument qu’on penserait ne devoir jamais articuler que quelques sons d’accompagnement. Une seule fois nous avons entendu un concerto de trombone au Conservatoire, par un des élèves qui gagna le prix, il ne l’a point exécuté aussi bien que M. Daub. Cette soirée nous a encore révélé la présence, dans notre cité, d’un pianiste distingué, d’un ancien professeur au Conservatoire de Rouen, M. Barré. Après avoir fait connaissance avec nos chanteurs il est parvenu à les diriger, à les maintenir, à prouver ce que vaut un bon accompagnateur. Un professeur de piano nous manquait, la place est prise. Nous avons enfin entendu deux chansonnettes de M. Lecour, malgré des exercices si fatigants de boxe et de canne jamais il ne fit autant de plaisir. A minuit, après une Promenade aux Champs-Elysées, l’excellent artiste fait ainsi, avec simplicité, avec émotion, avec âme, ses adieux, à toute la ville, sur un de nos airs les plus populaires, sur l’air de Muse des bois Cinq ans... déjà? quittant le grand village, Sans autre appui qu’un bâton à la main, Marchant tout droit, portant léger bagage, Leste et joyeux j’arrive à Saint-Quentin On m’accueillit, je travaille, j’espère, Et l’amitié m’enchaîne à ce pays. Il faut partir tout finit sur la terre. Au loin, partout je veux peindre nos fêtes, Gomment j’appris à goûter le bonheur Je chanterai vos airs, mes chansonnettes, Le souvenir soulagera mon cœur. Plus d’une fois, en rêve, je l’espère, Je reverrai ce généreux pays, Et je dirai tout finit sur la terre, Oui, c’est ici ma première patrie, J’y reviendrai, c’est là mon seul désir Je reverrai la bonne Picardie, J’y reviendrai pour ne plus en partir, Le pauvre artiste, oh ! du moins il l'espère, Saura gagner le choix de son pays Et je dirai tout finit sur la terre. Il faut partir... Au revoir mes amis ! Ces derniers mots à peine prononcés, toute la salle applaudit. Les élèves et les amis de M. Lecour l’entourent, lui serrent la main, et disent assez haut pour être entendus Vous ne nous quitterez pas. Ainsi s’est terminée cette véritable fête de famille. G. Le Courrier, journal de Saint-Quentin, 23 mai 1847. Peu de temps après être revenu se fixer à Paris, il succédait à son frère qui abandonnait en partie l’enseignement delà boxe, pour se livrer à l’ihdustrie dans laquelle il y gagna beaucoup d’argent. C’était en 1848. Il prit part aux assauts du cirque Olympique, en compagnie de son frère, ainsi qu’à d’autres assauts donnés à la Redoute, à Montesquieu, à Valentino, et à la salle Saint-André (aujourd’hui Théâtre Mondain). Il y tira souvent avec succès, mais il échoua devant plusieurs tireurs dont la réputation était justement établie, tels que Bernard de Bordeaux, Gabriel de Nîmes, La Résistance et Cadet de Moissac ces derniers devaient leur avantage autant à leurs moyens physiques, qu’à leur jeu varié. Lorsque nous avons connu Hubert Lecour, en 1865, il avait la taille d’un mètre 68 centimètres deux centimètres de plus que son frères Charles; moins trapu que lui, plus élancé, plutôt maigre, bien équilibré pour être le tireur vif que nous avons connu il était brun, portait toute sa barbe ainsi que de longs cheveux myope, il se servait de lunettes; agréable au physique et très affable. Il avait pour prévôt un nomméEtienne Méki, sujet Maltais vieux, petit, maigre, les cheveux très noirs, épais et longs, portait la raie fort de côté la barbe également noire, longue et peu fournie les yeux noirs vifs et brillants. Il était courageux, et marchait la pointe des pieds complètement en dehors il avait la démarche exagérée des maîtres de danse. Affligé de hernies, il ne futjamais tireur ni de canne ni de boxe, ses moyens physiques ne lui permettaient pas malgré cela, il rendait de grands services à la salle, car il donnait très bien la leçon. Vers 1852, Hubert Lecour épousa une excellente pianiste avec laquelle il chantait des duos dans les soirées. A partir de ce marnent, il ne parut plus dans les assauts publics uneconvention passée entre lui et sa femme le lui interdisait, mais chaque année il donnait un assaut dans sa salle du passage des Panoramas, au bénéfice de son prévôt Etienne un certain nombre de tireurs étaient convoqués à y prendre part. Jusqu’en février 1867 Hubert Lecour eut deux salles à Paris, l’une passage des Panoramas (galerie Montmartre, n° 27), l’autre dans le quartier des écoles, rue de Tournon, n° 9. La liste serait longue de tous les noms qui y ont défilé pendant cette période d’environ vingt années, de toutes les personnalités marquantes qui ont fréquenté les salles ou pris des leçons particulières avec Hubert Lecour. Parmi les derniers que nous avons connus, nous citerons MM. .A. Cuvillier, Eugène Paz, Crété de Paluel, de Rajon, Fernand Eggly, Rivaud, Hubert Brierre, Bernard deSéramont, Jules Planquette, sculpteur et son fils Robert, l’auteur des Cloches de Corneville qui fut longtemps le prévôt de Hubert, puis un boursier bien connu que ses amis appelaient le Grand Louis. Long, maigre, nerveux, avec des jambes démesurées, le Grand Louis était un jouteur redoutable. Excellent boxeur, possédant une détente incroyable, son coup de poing cinglait l’air comme un coup de fouet, et dans l’assaut, il rugissait comme un Arabe. Enfin, le docteur Menière, le plus fort et le plus savant entre tous. Sa bonne éducation, ses manières d’hommedumeilleur monde n’avaient pas peu contribué àfaire tomber les préventionsqui s’attachaient encore à la canne et surtout à la boxe française, aux exercices dérivés de l’ancienne savate. Il mit à profit ses nombreuses relations pour s’efforcer de faire comprendre l’importance alors trop méconnue des exercices physiques. Il fut aussi l’un des plus chauds promoteurs du mouvement qui commençait alors à se dessineret devaitprendre tant d’importance après laguerredel870. Grâce en grande partie à .lui, la boxe et la canne prenaient rang parmi les sports les plus aptes à favoriser le développement de la jeunesse. C’est ainsi qu’après avoir été admis dès 1853 comme professeur au collège Chaptal et dans plusieurs grandes institutions, il était appelé, en novembre 1865, à donner ses leçons au collège Rollin et à partir de décembre 1866 à l’Ecole polytechnique. Il dut alors renoncer à sa salle de la rue de Tournon, n’ayant plus assez de temps à y consacrer. Mais il conserva sa salle du passage des Panoramas. Hubert Lecour est mort prématurément à l’âge de 51 ans, le 2 juillet 1871, des suites d’une fluxion de poitrine. Sa salle fut reprise par un professeur sortant de l'armée, qui se nommait Raynal. Il la conserva pendant quelques années, puis quitta le professorat de la boxe pour reprendre son ancien métier de peintre en voituye. Cette salle est aujourd’hui occupée par une académie de peinture dirigée par lesympathique Rodolphe Julian, un ancien, un vrai amateur de lutte et de boxe. CHARLES DUCROS Charles-Jean-Antoine Ducros était né à Montpellier (Hérault), en 1824, taille moyenne 1 mètre 67 centimètres environ, d’allnre un peu épaisse; c’était un bon professeur, il faisait des élèves solides, il avait aussi une bonne leçon de défense, mais nous devons le dire, plus méthodique, plus raisonnée que celle de Leboucher. 11 avait eu pour professeur un nommé Surgis qui, orphelin très jeune, vendait des contre-marques à la porte des théâtres de Paris, puis il suivit des saltimbanques dans les foires; ceux-ci lui apprirent la boxe, la canne et le bâton; il était petit, très musclé et fort solide; il était un de ceux qui osèrent se mesurer avec le fameux boxeur anglais Torn-Cribb. Sa salle se trouvait au coin de la rue Saint-Denis et de la rue de Rivoli, chez la mère Lesage, qui tenait un commerce devins, à l’emplacement même occupé aujourd’hui par les magasins de nouveautés A Pygmalion Sa salle était surtout fréquentée par les porteurs et les forts de la halle on y pratiquait la boxe et la canne, mais beaucoup le bâton. Charles Ducros nous racontait qu’en assistant comme élève aux assauts intimes donnés par son professeur à la salle, lorsqu’on tirait le bâton, on entendait souvent des avertissements de ce genre prononcés parles spectateurs gare les gam- billes! — Gare la tronche!.. Aïe! (C’était gare les jambes et gare la tête). Surgis mourut à l’Hôtel-Dieu, à la suite d’un refroidissement ! Charles Ducros succéda à son professeur et transporta le siège de la salle, rueSaint-Antoine, n° 100. Peu de temps après, il s’installa définitivement, rue Beautreillis, n° 9, où nous Lavons connu. Il cumulaitdeux professions entrepreneur de peinture en bâtiment, une partie de la journée, et professeur de boxe, canne, etc. le soir. Tenon, professeur d’escrime, était attaché à l’établissement. Parmi les principaux élèves de la salle Ducros,nousciterons les artistes peintres Castellani, Roll Alfred, Beaufeu Pierre, Arthur Ranc, sénateur aujourd’hui Mallet, marchand de meubles, faubourg Saint-Antoine, grand et fort, un vrai colosse, très redoutable, surtout à la boxe anglaise; Durupty Eugène, ouvrier typographe, taille moyenne, élancé mais très solide, ne paraissant pas ce qu’il était; Princhette, également ouvrier typographe, grand, très solide et en même temps très savant; Blazioski, fabricant de robinets, les frères Buquet, Auvray, Caquet Eugène, Fritz, Dalmas, Leroy, Marius Martin, May, Guillemin Casimir et Lacaisse. Ce dernier était en même temps élève du célèbre Arpin, pour la lutte. Il débuta en 1862, place Maubert, chez Bertrand, directeur de luttes dans les foires. Il avait alors 18 ans. Elancé, souple, d’une agilité surprenante, il joignait à ces différentes qualités une force musculaire peu commune. A 24 ans, il levait, en deux temps, un haltère pesant 165 livres et faisait des bras tendusavecdes poids de 25 kilos. Peu scrupuleux dans le choix des moyens pour combattre un adversaire, il était devenu aussi redoutable que redouté. En 1867, Eugène Paz organisa de grandes luttes, dans son gymnase, 34, rue des Martyrs. On voyait figurer sur l’affiche les noms des premiers champions français, tels que: Béranger, le bel athlète parisien, Crest, le taureau de la Provence Lacroix, Alfred, le beau modèle parisien Lacaisse, Jems, Charpentier, Dumortier, l’agile Lyonnais Pujol, le colosse de la Gironde et enfin, Arpin, le terrible Savoyard. Il nous souvient, et d’autres ont dû en conserver le souvenir, qu’à la première séance, Deligne et Lacaisse luttèrent ensemble et qu’au moment où ils se disposaient à entrer dans l’arène, Crest, régisseur des lattes, vint dire au dernier des deux de se laisser tomber ce jour-là, que Deligne tomberait la prochaine fois. Lacaisse refusa net de se prêtrer à toute combinaison réglée à l’avance, ajoutant qu'il préférait être vaincu sérieusement plusieurs fois, que de tomber seulement une fois son adversaire dans une lutte de convention. Les deux rivaux étaient à peine en garde, que Deligne passa un collier de force à son adversaire celui-ci, pour se faire lâcher, lui mit les doigts sur les yeux. La seconde reprise fut en tous points semblable à la première et M. Paz dut intervenir. A la troisième reprise, nouveau collier de force de la part de Deligne cette fois son adversaire lui appuya fortement ses doigts sur les yeux; Deligne lâcha priseet se retira de l'arène. Le collier de force n’étant pas admis dans une lutte courtoise, le lutteur a le droit de se servir de tous les moyens propres à s'en débarrasser. Peu de temps après, Lacaisse était compris parmi les premiers champions de la lutte, et surnommé le lutteur d’acier il tombait le terrible boulanger chaque fois qu’il luttait avec lui. Impressario des Folies-Bergère, il présenta Pietro en 1884, Tom Cannon en 1889, et le Turc Yousouf en 1895. La plupart des élèves cités ci-dessus tiraient dans les assauts publics et à la salle; mais Mallet et Durupty étaient les seuls de la salle pouvant tirer avec le professeur. Les assauts annuels donnés à la salle se composaient généralement de plusieurs parties. 1° Les assauts de boxe française et anglaise; 2° assauts d'escrime, sabre et canne sous la direction de Tenon, professeur à la salle. La soirée se terminait le plus souvent par une séance de lutte, la salle était alors aménagée à cet effet. Nous avons vu parfois la jeune fille de Charles Ducros faire assaut de fleuret avec son professeur, Tenon, qui, lui, faisait ensuite assaut de canne et de sabre avec le sympathique Tessier qui assistait à tous les assauts publics ou privés donnés à Paris. Charles Ducros ne donnait pas d’assauts publics, mais il y paraissait lui et ses élèves. Nous l’avons vu tirer plusieurs fois dans des assauts où il prêtait son concours; c’était d’abord dans la salle Chef, rue du Harlay, au Marais, puis au salon des Folies de Belleville dans un assaut donné par Louis Vigneron le lundi 25 décembre 1865, LA JîOXE FRANÇAISE jour de la fête de Noël, au bénéfice de Théophile Darche qui s’était brisé un pied, et de Tessier. Une autre fois c’était à la salle Molière, 159, rue SaintrMartin, encore au bénéfice de Tessier èt de Théophile Darche, c’était en 1868. La dernière fois, nous l’avons vu dans un assaut d’armes donné par le maître Rugé, à la salle de la Redoute, rue Jean-Jacques-Rousseau. Ce soir-là, il tirait avec son prévôt Durupty il fallait être connaisseur pour distinguer le plus adroit du maître ou de l’élève. Durupty fît un second assaut de boxe française avec Princhette, un excellent tireur avec lequel il faisait jeu égal. Peu de temps après, Hubert Lecour donnait un assaut à la salle de la rue de Tournon; trois élèves représentaient la salle Ducros c’était Durupty, Charles Buquetét Princhette ils se sont mesurés avec les premiers élèves de Lecour pour la boxe française. Les qualités presqueidentiques des tireurs ont fait valoir la bonne méthode des deux professeurs, à la satisfaction générale des amateurs distingués présents à cet assaut. Un assaut remarquable eut lieu au gymnase Gesel, actuellement dirigé par Césari. Durupty se mesura à la boxe anglaise avec Raynal, successeur de Hubert Lecour. D’abord un mot sur Durupty. Vers 1873 il était dans toute la puissance de ses moyens, la boxe anglaise était son sport favori, il était devenu pour ainsi dire insensible aux coups ses poings et ses avant-bras étaient tellement durcis par l’exercice et par leur développement naturel, qu’il était pénible de prendre la leçon ou de faire assaut avec lui ses parades, ou ses ripostes lorsqu’elles étaient parées, vous meurtrissaient les bras, il en résultait que la plupart des élèves préféraient prendre la leçon avec Princhette qui était moins dur. Cette petite dissertation était nécessaire pour expliquer les incidents de l’assaut dont nous parlons. L’assaut fut mené vigoureusement de part et d’autre; la reprise ne le céda en rien au début et finalement Raynal, qui était pourtant un solide gaillard et dur aux coups, se sentantpar trop serré par son adversaire, lui fit un passement de jambe et le renversa; l’assaut se termina ainsi, le jury en ayant décidé la cessation. Comme la boxe anglaise n’est en quelque sorte qu’une question d’endurance, l’on n’avait pu, sur le moment, se faire une opinion mais quelques jours après, Durupty, accusé par Raynal d'avoir mis du plomb dans ses gants, alla le trouver à sa salle ce dernier maintint le propos ajoutant que tous les coups qu’il avait reçus sur son corps étaient marqués. Durupty protesta de sa loyauté et provoqua son adversaire à un combat à poings nus devant un nombre de témoins déterminé, lui laissant le choix de l’époque de la rencontre. Raynal refusa, son médecin lui- ayant interdit tout assaut. — Ainsi se termina cette affaire des poings durs. Charles Ducros était le seul de nos professeurs qui ait pu se mettre en face des boxeurs anglais. Un jour, à l’étonnement général, il fit égalité avec le célèbre Cribb. 11 était un peu rageur. C’est lui qui, à la salle Montesquieu, jeta ses gants au visage de ce colosse de Vigneron qui, abusant de sa force, ne s’était pas arrêté après un coup touché. La scène fut comique. Vous étiez touché, vous deviez annoncer le coup, Monsiéur Vigneron, s’écria Leboucher, qui dirigeait l’assaut. — Vous, répondit Vigneron, je vous en rends dix-huit de vingt. — Je crois bien, riposta Leboucher de sa voix au timbre enchanteur, parce que vous avez de grandes jambes ! Charles Ducros et Vigneron finirent par s’embrasser, aux applaudissements du public. Ducros a eu beaucoup de bons élèves, dangereux, surtout au coup de poing, en raison de l’étude approfondie qu’ils faisaient de la boxe anglaise. Son premier succès, et qui le posa en réputation, fut un assaut remarquable avec le fameux boxeur anglais Cribb. Les deux champions,face à face, se mesuraient de l’œil, mais il était difficile pour le champion anglais de surveiller son adversaire en le regardant dans les yeux, car Ducros louchait très fort d’un œil. Dans la première partie, Ducros fut battu et reçut un coup de poing formidable qui le renversa à terre étourdi. Cribb appela son second, lui ht prendre une éponge et du vinaigre et donna à son adversaire lessoins que nécessitait son état. La deuxième partie fut plus favorable cette fois au champion français. Il se tenait bien et portait de nombreux et violents coups à son adversaire. Malgré son sang-froid apparent, il rageait comme de coutume. Cette fois, il prit le dessus et termina par un terrible coup de poing qui renversa son adversaire à terre. Aussitôt, il prit l’éponge et le vinaigre et rendit à Cribb courtoisie pour courtoisie. Le public cria bravo FL, LA HOXrc FRANÇAISE Voici comment Martin devint un élève de Ducros. Martin était modèle chez les artistes peintres, et très apprécié dans sa profession doué d’une grande force physique, très batailleur, cherchant noise par agrément, un mauvais coucheur, quoi. Un jour il provoqua dans la rue un jeune homme dont les apparences le trompèrent, car au moment où il levait le bras de haut en bas pour le frapper, il reçut de celui-ci et directement un coup de poing d’une détente si vigoureuse qu’il #fut littéralement assommé et ne put continuer le combat. Un instant après, il demandait à son adversaire, tout en lui faisant remarquer qu’il paraissait bien moins robuste que lui, comment il avait pu lui porter un pareil coup, qu’il s’était souvent battu, mais qu’il n’avait jamais reçu un coup semblable. Son adversaire, qui n’était autre que Durupty, se mit volontiers à sa disposition pour lui expliquer le coup direct dont il s’était servi, en ajoutant qu’il était élève de Charles Ducros, et que ce coup .n’était un secret que pour les personnes qui ne faisaient pas de boxe, qu’à la salle, on le démontrait à tous les élèves. A partir de ce jour, Martin devint un fervent de la boxe chez Ducros, et ne fut plus batailleur. C’est Martin lui-même qui plus tard nous racontait l’incident et son étonnement du terrible coup direct qu’il avait reçu. Nous avons dit que Mallet était le plus redoutable des élèves de Ducros, à la boxe anglaise. Il mesurait 1 m85 et pesait 110 kilos, avec cela fortement musclé vous voyez d’ici le colosse. Un jour deux boxeurs anglais, de passage à Paris, adressent un double défi à Ducros et à Mallet; ceux-ci acceptent; rendez-vous fut pris, la rencontre eut lieu au gymnase Thévelin, rue de Berri. Le premier assaut commença par Mallet et le plus fort des deux boxeurs étrangers. L’Anglais, beaucoup plus vif que son adversaire,!^ portait de nombreux coups que celui-ci recevait fort bien, mais qui le gênaient beaucoup néanmoins il reprit l’avantage par une série de coups des plus sérieux et termina par un coup si terrible que l’Anglais fut jeté en bas de l’estrade, tellement étourdi qu’il resta longtemps à se relever et abandonna la partie. Le deuxièmeassaut entre Charles Ducros etle denxièmeboxeur anglais allait commencer ils étaient en train de mettre leurs gants, lorsque l’Anglais, apprenant qu’il avait devant lui le pro- fesseur de celui qui venait de vaincre son camarade, serra la main à Ducros et ne voulut pas boxer, pour essuyer, disait-il, une défaite certaine. Ducros allant un matin à Bercy commander une provision de vin pour entretenir ses muscles, alla déjeuner dans une gargote où les débardeurs, les ouvriers du port avaient l’habitude de prendre leurs repas. Un débardeur réputé pour la terreur de Bercy se trouvait là; voyant un monsieur bien mis qui paraissait le regarder d'un mauvais œil (nous avons dis que Ducros louchait très fort), le prit à partie par des plaisanteries de mauvais goût. Ducros, qui était aussi hargneux que rageur, prit la balle au bond et dit à celui qui se moquait de lui je vous ai bien entendu je vois aussi très clair et suis prêt à vous le prouver. En même temps il se levait. Le débardeur voulut se lancer sur lui et reçut un formidable coup de poing sous le menton qui le fit culbuter pardessus une table rendu furieux, il se relève et veut se jeter de nouveau sur son adversaire, mais cette fois, il reçut une correction telle qu’il ne put se relever. Ducros dut battre en retraite en bon ordre, car tous les débardeurs se préparaient à lui faire un mauvais parti. Il n’y a qu’un Dieu, un soleil et un Lucioni. Beaucoup doivent se rappeler encore cette annonce aussi originale que prétentieuse qu’on voyait au fronton d’une baraque à la foire au pain d’épice. Lucioni, un Corse, avait été, disait-il, premier maître au 8e régiment de zouaves. 11 pouvait avoir 1 m 70, blond; comme barbe il portait l’impériale il avait la physionomie militaire, bien musclé, il paraissait assez fort. Il tenait annuellement une baraque à la foire au pain d’épice, à la barrière du Trône (actuellement place de la Nation). Il provoquait les professeurs, maîtres, prévôts et amateurs, à venir se mesurer avec lui (ou bien avec des compères), soit à l’épée, au sabre, à la canne, à la boxe et à la lutte il connaissait un peu chaque exercice, mais n’était fort à aucun d’eux. C’était en réalité un saltimbanque dans le sens vrai du mot. Il avait comme salle d’armes une baraque sous les arcades du chemin de fer de Bastille-Vincennes, rue de Lyon. Un débit de vins et liqueurs faisait partie de l’établissement; cela lui rapportait sans doute plus que les leçons, car si l’on y voyait quelquefois des curieux et des pochards,on n’y voyait pas souvent d’élèves. Là, il donnait des représentations comme à la foire, avec parade à la porte. Un jour, par fanfaronnade (car s'il était Corse de naissance, il était plutôt Gascon par tempérament), il eut la malencontreuse idée d’adresser un défi à Ducros et à ses élèves, en leur offrant une prime de 500 francs. Le professeur et ses deux premiers élèves Mallet et Durupty acceptèrent le défi et se rendirent chez Lucioni, et à la canne comme à la boxe lui donnèrent une telle leçon, qu’il dut s'en rappeler longtemps. Ces messieurs réclamèrent la prime avec l’intention de la verser au profit des pauvres du quartier, mais ils ne purent l’obtenir. 11 y eut scandale, on alla chez le commissaire de police, mais on ne put rien obtenir, étant donné que Lucioni ne possédait pas la sommede 500 francs. Il disparut de Paris peu de temps après depuis on n’eut plus de ses nouvelles. Charles Ducros aimait son art, non seulement à cause des avantages qu’il en retirait, mais aussi pour lui-même. Toujours au milieu de ses élèves, souvent il arrêtait un assaut et donnait des conseils aux adversaires. C’était un cours improvisé qu’il faisait à ses élèves. Il était le plus heureux des hommes lorsqu’il voyait, dans lés assauts entre élèves, une belle série de coups donnés à propos par ses leçons sous forme de conseils, il était toujours intéressant, et souvent ses élèves se trouvaient à faire cercle autour de lui sans s'en apercevoir aussi était-il aimé d’eux ! Par exemple, s’il se trouvait dans la salle un élève par trop paresseux ou manquant de dispositions physiques, il lui disait carrément mon cher garçon, restez ici si vous voulez, mais je dois vous prévenir que vous perdez chez moi votre temps et votre argent. Cela juge bien l’homme. Atteint d’une maladie de poitrine, il cessa de donner des leçons et quitta sa salle en 1879. Il mourut le 1er octobre 1880, âgé de 5G ans. LOUIS VIGNERON Louis Vigneron est né à Paris le 11 avril 1827 son père était ouvrier menuisier et avait fait les campagnes d'Espagne, dans les dragons, sous Napoléon 1er. Ce dernier fit apprendre à son fils le métier de tourneur mécanicien. Dès lors, ouvrier, Vigneron travailla de son état à Belleville, chez M. Bréval, ingénieur, ami de M. Damoy, l’artiste peintre paysagiste bien connu. Il faisait, paraitil, l’admiration de ses camarades, pour sa force naturelle. Il prit ses leçons de savate avec Guérineau, au grand déplaisir de son père, qui, malgré une grande antipathie pour cet exercice, était très fier de le voir tirer dans les assauts, et applaudir par le public. Avec ce sentiment d’orgueil paternel, il disait alors c’est mon fils ! En raison de la faiblesse de sa vue, Vigneron dut quitter son métier de mécanicien. C’était en 1848, il alla à Rueil, prit une petite salle chez un marchand de vins, et donna ses premières leçons à raison de 25 centimes la leçon, au 6e bataillon de la garde mobile, troupe composée de 24 bataillons. Créée, a-t-on dit, en vue de la révolution de Juin, cettetroupe fut en effet licenciée peu de temps après. Vigneron revint à Paris et reprit momentanément son premier état il ouvrit une salle de boxe chez M. Rognon, marchand de vins, au coin de la rue Crussol et de la rue de Malte il y donna des leçons le soir, et tous les mois, il donnait des petits assauts intimes. Les élèves payaient les frais de la soirée. Dans l’intérêt de la boxe, il est nécessaire de rétablir la vérité sur un incident qui a toujours été mal interprété. On a dit que Vigneron, en faisant assaut, avait d’un coup de pied jeté son adversaire par une fenêtre, il y a erreur. Voici les faits exacts Louis Vigneron se trouvait un jour, et par hasard, avec plusieurs de ses amis, Chaussée Ménilmontant, près du bal portant pour enseigne Au galant jardinier chez un marchand de vins, nommé Viscardi. Il y avait deux salles au premier la seconde donnait derrière sur les jardins et avait deux étages; le terrain étant en contre-bas de ce côté, on peut encore le voir aujourd’hui, rue Etienne-Dolet. Toutes les maisons de la rue Ménilmontant sont semblables et construites sur une colline c’est dans cette seconde salle qu’étaient réunis Vigneron et ses amis c’était simplement une petite salle de marchand devins, avec quelques tables pour boire on n’y faisait jamais ni boxe ni autres exercices Vigneron et ses amis ne se réunissaient que pour causer, rire et boire; rien de plus. A un moment, on plaisanta, en s’amusant. Charles Neveu, un ami de Vigneron, le saisit aux jambes et fit des efforts pour le renverser à terre. Vigneron, plus grand, le saisit à bras le corps, l’enleva et le lança derrière lui l’autre trébuchant en arrière, passa par une fenêtre ouverte dont la rampe était trop basse le malheureux alla tomber sur un baquet de blanchisseuse, et mourut six heures après. Il eut le temps de faire une déposition en faveur de son ami Vigneron, déclarant qu’aucune raison de haine ni de vengeance n’avait pu être le mobile de sa chute mortelle et que le résultat de l’accident incombait à lui seul il ne voulut pas qu’on poursuivit son ami, mais ce dernier ne put éviter quinze jours de prévention. Les parents n’en voulurentjamais à Vigneron, qui du reste devait plus tard épouser la sœur de son infortuné ami. Le mariage n’eut pas lieu, la jeune fille mourut d’unemaladie de poitrine. La boxe n’est donc pour rien dans cet accident; c’est ce que nous voulions constater. C’est à partir de 1850, que la réputation de Vigneron commença à naître Leboucher avait à ce moment la vogue pour les assauts de la salle Montesquieu, qui faisaient fureur. Il y avait foule, on voyait, stationnant à la porte de la salle, un grand nombre d’équipages de toutes sortes. Il vint un jour voir Vigneron, à sa petite salle delà rue Grussol :deux élèves, prévôts de Vigneron, tiraient ensemble et faisaient un assaut fort beau, c’étaitLucet et Philippe. Leboucher demanda à Vigneron de vouloir bien les inviter à prendre part, comme tireurs, à son prochain assaut, ce qui fut décidé, et en même temps, comme il n’avait pas de tireur capable pour mettre en face de Rambaud, dit la Résistance, il demanda à Vigneron s’il voulait tirer avec lui celui-ci accepta en adressant un défi à la Résistance. Rambaud, qui avait pris ce surnom bizarre de la Résistance, était ouvrier boulanger. Beau garçon, grand, bien découplé; c’était la grâce dans la force. La Résistance fut le favori du public jusqu’au jour où parut Louis Vigneron, qui lui adressa le défi dont nous parlons plus haut. Ils tirèrent trois fois ensemble, en trois séances séparées à une semaine d’intervalle. Les résultats des deux premiers assauts furent indécis au troisième Louis Vigneron battit complètement son adversaire et termina par un de ses admirables revers de pied dont les amateurs se souviennent encore. Les deux prévôts de Vigneron tirèrent à ces trois séances et furent fort applaudis. Vigneron était le tireur le plus redoutable qu'on eût connu sa haute taille, sa force colossale, le mettaient hors de pair. On lui reprochait d’avoir le jeu large et de manquer de vitesse il est certain qu’il paraissait moins rapide que Hubert Lecour, Ducros et Charlemont, le dernier venu mais ses partisans répondaient qu’obligé, en raison de sa force extraordinaire, de modérer la détente de ses coups, il ne pouvait donner toute sa vitesse (Ils avaient sans doute raison). La vérité est qu’en raison de la force de Vigneron il aurait fallu le voir dans un combat sérieux, en face d’un tireur de sa taille et de son poids. En 1852, le directeur de l’Hippodrome de Paris fit construire comme succursale les Grandes Arènes Nationales rue de Lyon, près de la place delà Bastille. Cette immense arène populaire ne donnait que deux représentations par semaine, le dimanche et le lundi. En dehors des exercices du cirque, on y faisait de la boxe française et de la lutte à mains plates. Les champions delà boxe étaient Vigneron, la Résistance et Blanc ceux de la lutte Antoine Dornier et le fameux Arpin, le terrible Savoyard. Un jour que M. Arnaud, le directeur de l'arène, se désolait de ce que la Résistance, indisposé, ne pouvait tirer ce jour-là avec Vigneron, n’ayant personne pour le remplacer, Arpin lui dit Si vous voulez, je le remplacerai, je connais mon ^affaire, à la boxe je ne crains personne. Le directeur satisfait en informa Vigneron qui accepta avec plaisir. Si Arpin était à cette époque le roi de la lutte, il n’était pas celui de la boxe. Il a pu illustrer un coup de lutte qui porta son nom, mais à la boxe il ne pouvait illustrer que les coups qu’il recevait. Lorsque le combat commença, il eut beau faire des bonds extravagants, des attaques insensées, et déployer toutes les ressources dont il se croyaitcapable vains efforts. Vigneron, toujours calme, le recevait chaque fois par des coups d’arrêt, en pleine poitrine ou à la figure; plusieurs fois il l’attaqua par ce qu’il appelait la dix-huitième (chassé croisé) et le faisait sauter en bas de l’estrade, sur laquelle ils tiraient tout ce que pouvait faire Arpin, c’était de remonter sur l’estrade, pour en redescendre presque aussitôt, aux grands éclats de rire des spectateurs qui s’amusaient beaucoup de cette partie acharnée. Mais quelqu’un qui ne riait pas, c’était une belle Marseillaise, qui vendait des gâteaux et des oranges aux spectateurs: l'amie d’Arpin, rendue furieuse par la défaite de son ami, et ne pouvant contenir sa colère, résolut de le venger. Pendant que nos deux athlètes faisaient le tour de l’arène dans un char romain pour recevoir les bravos des spectateurs, la belle Marseillaise se cacha derrière la loge où s’habillait Vigneron elle s’était armée d’un grand sabre de gendarme, servant à la pantomime de RoTiert Macaire et Bertrand. Au moquent où Vigneron allait entrer dans sa loge, elle leva le sabré en l’air pour le frapper, lorsqu’un piqueur, qui avait tout vu, prévint Vigneron qui n’eut que le temps de rentrer dans sa loge au moment même où le coup fendait la porte. Le personnel accourut ainsi que le directeur qu’on s’était empressé d’aller prévenir; on expulsa immédiatement l’irascible et orgueilleuse Marseillaise. En 1853, Vigneron commença à donner de grands assauts à Belleville, les principaux tireurs étaient ses prévôts Lucet, Philippe, Blanc et Baptiste, quatre des meilleurs tireurs de cette époque, paraissant dans tous les assauts l’un d’eux, Blanc, un brave ouvrier monteur en bronze dans les appareils d’éclairage, fut tué par une explosion, tandis qu’il travaillait de son métier. En 1854, Leboucber donnait des assauts à la salle Valentino. C’est lui qui eut l’idée de mettre en face de Vigneron le fameux boxeur anglais Dickson, qui prétendait battre les boxeurs français avec leurs moyens, c’est-à-dire avec leurs bras et leurs jambes. Beaucoup d’anciens amateurs ont encore présent à la mémoire le magnifique assaut de Vigneron, tirant à la boxe française contre Dickson à la boxe anglaise, dans la salle Valentino. Présent à cet assaut, il nous souvient que dans le vestiaire, avant l’assaut, nous vîmes Dickson, un homme magnifique de taille et de muscles, paraissant sourire en voyant Vigneron habillé, mais changeant d’attitude lorsque celui-ci mit son torse à nu. Néanmoins, il disait en anglais à quelques-uns de ses compatriotes qui se trouvaient là, que Vigneron ne tiendrait pas trois minutes devant lui on répéta le propos à Vigneron qui devint très pâle et paraissait ému mais il reprit aussitôt son assurance et ne tarda pas à prouver à Dickson, aux applaudissements frénétiques de la salle, la supériorité de la boxe française sur la boxe anglaise. Nous publions ci-dessous une pièce de vers composée à l’occasion de ce mémorable assaut elle dépeint bien toutes les phases de la rencontre. ENTRE DICKSON ET VIGNERON A LA SALLE VALENTINO Dickson, boxeur anglais, orgueilleux des succès Qu'il avait mérités près du public français, Dédaignait les combats qu’à Paris on démontre. Vigneron le premier provoque une rencontre. Chacun des deux tireurs devra, dans ce combat, User de ses moyens pour ce grand pugilat. Des partisans zélés, en eux pleins de confiance, Mesurent à prix d’or l’Angleterre et la France. Les juges sont choisis... les champions élus S’avancent sans trembler, bras et poitrines nus; Ils sont fiers et dispos, sans signe d’arrogance, Respectant en secret leur mutuelle vaillance. Ils se serrent la main, immobiles et froids, Ainsi que ces athlètes modèles d’autrefois. L’élégance et la force est leur double partage. Ils ont le même poids et presque le même âge. Dickson, jarrêts tendus, les bras en raccourcis, Observe, suit de l’œil les gestes ennemis. Vigneron, de son pied jouant avec adresse, Eblouit son rival par sa grande souplesse. En vain de ses deux bras il éloigne de lui Ce pied provocateur qui toujours le poursuit Il se découvre enfin, en laissant un passage Au coup qui le soufflète au milieu du visage. Bravos pour le Français! retentit aussitôt Des camps si différents dans tout Valentino. L’impassible Dickson veut venger sa défaite Il charge avec transport, toujours le pied l’arrête. Soit au flanc, soit au front, ce pied rapide et fort Du poing bien exercé paralyse l’effort. Un choc dans l’estomac fait craindrepour sa chute. Jamais riches et lords présents à cette lutte N’avaient pris intérêt aux droits de leurs pays. Gomme ils s’intéressaient à de simples paris. L/Anglais s’épuise en vain devant son adversaire Qui, toujours souriant, domine sa colère, Et finit le combat par le plus brillant coup Qu’il frappe adroitement derrière le cou. Dickson chancelle alors en renversant sa tète Vigneron généreux, dans sa chute l’arrête. Le public satisfait proclame le vainqueur, Le maître sans rivaux par l’adresse et le cœur. Depuis, l’Anglais vaincu voulait une vengeance Il choisit pour boxer Rambaud, la Résistance, Qui se sentant battu malgré tous ses efforts, Contre les droits prescrits veut lutter corps à corps, Seul moyen d’esquiver les poings de l’adversaire, Dont le bras se demet en mesurant la terre. Les spectateurs surpris, ignorant ce malheur, Saluent de leurs bravos la chute du boxeur. Vigneron aussitôt s’élance dans la lice, Provoquant le vainqueur contre toute justice. Il veut venger Dickson ! ! Rambaud, par son refus, Semble avouer à tous qu’il se tient pour vaincu. Depuis ce jour, Paris admire un champion. La Résistance aussi le voit dans Vigneron. S’il voulait protester, qu’il tente l’aventure. Le public au plus digne offrira la ceinture. Comme on peut le voir dans les huitderniers vers ci-dessus, il y eut une deuxième rencontre entre Dickson et la Résistance elle se termina par un coup de lutte que ce dernier porta à Dickson, et lui cassa l’épaule. On lui reprocha cet acte de brutalité, étant donné qu’il était un peu coutumier du fait nous l’avons vu parfois agir brutalement, et bien peu généreusement avec des amateurs peu expérimentés. Nous avons vu tirer Vigneron à la salle Montesquieu, à la salle Barthélemy, à la Redoute, ainsi qu’au Waux-Hall, avec tous les tireurs de cette époque il avait toujours la supériorité sur tous les professeurs, prévôts ou amateurs. Blas, l’Espagnol, dit sans pitié qui était plutôt lutteur que boxeur, était fort brutal son emportement et sa violence faisaient que beaucoup de tireurs refusaient de tirer aveclui Currel,un petit méridional, très leste mais tireur ordinaire Gabriel de Nîmes, qui fut tué à la bataille d’Inkermann, était maître au 6e régiment de ligne, un fort et adroit tireur qui fit subir un échec à Hubert Lecour. Dans un assaut à la salle Montesquieu, il tira avec Vigneron qui lui infligea une défaite complète. Rambaud dit la Résistance était, par sa force, le seul tireur susceptible de tenir tête à Vigneron. Nous avons souvent entendu dire que Vigneron avait été à Londres pour boxer, ou bien qu’il n’avait pas voulu boxer avec les Anglais dernièrement encore quelqu’un nous affirmait l’avoir vu boxer à Londres et être battu, à une époque où Vigneron était à Paris il n'y a rien de vrai dans tout ceci. C'était en 1855, pendant l’exposition du Palais de Cristal, à Londres. Leboucher, qui a toujours été remuant, était parti pour Londres, avec l’intention d’y organiser des assauts. Il avait en effet demandé à Vigneron de venir de suite l’y rejoindre, mais ce dernier, qui connaissait bien son homme, pour être par trop intéressé, partit avec son matériel et se mit lui-même en relation avec un directeur de salle. Ils ne s’entendirent pas, et il revint à Paris, sans avoir rien fait à Londres. On aurait prétendu que Leboucher, qui flairait une bonne affaire, en faisant boxer Vigneron avec les Anglais, le lui aurait demandé et que* celui-ci aurait refusé. Ce point, nous n’avons pu l’éclaircir, mais en tous cas, si Vigneron avait refusé, dans les conditions où il se trouvait, il aurait eu parfaitement raison et aurait, en cette circonstance, fait preuve d’une grande clairvoyance. Voici pourquoi 1° on lui aurait mis en face de lui un boxeur de sa taille et de son poids, mieux exercé que lui à la boxe anglaise et entraîné pour le combat. 2° Il n’aurait peut-être pas trouvé de boxeurs anglais qui eussent accepté qu’il se servît de ses jambes. A notre point de vue, il eût fallu que, dans les deux cas, Vigneron fût entraîné d’une manière spéciale, comme le sont les Anglais pour le combat. A notre sens, il aurait eu raison de refuser dans les conditions où il était. Il a donc été à Londres, sans boxer, ni refuser de boxer. D’ailleurs Vigneron ne se méprenait pas sur sa valeur en boxe anglaise. Il nous racontait qu’un jour, Guningbam, boxeur anglais, de quelque célébrité, avec qui il était en grande intimité, lui avait dit Vigneron, votre travail de boxe anglaisé est peu sérieux, si je boxais avec vous, je voudrais vous faire asseoir sur vos banquettes, dans les quatre coins de votre salle, et cela dans l’ordre que je vous indiquerais à l'avance pour chacun des quatre coups. — Je voudrais bien voir cela, lui dit Vigneron. — L’assaut eu lieu aussitôt, et Vigneron alla s’asseoir quatre fois aux endroits désignés par son ami Cuningham. De cet assaut très intime, il en avait laissé ignorer les détails à presque tous les membres de sa salle. Il nous l’avait raconté pour nous confirmer dans notre opinion sur la sévérité du jeu anglais, et la fantaisie de presque tous les coups applaudis par le public. C’est vers 1856 que Vigneron se maria, et ouvrit sa salle de la cité du Waux-IIall. Avant d’en donner la description, nous allons conter une petite histoire survenue par suite de cette ouverture. Lorsque Vigneron voulut ouvrir sa salle, il eut une affaire avec M. Mirabeau, la terreur de Bel levi lie et du canal Saint-Martin, dont on lui avait conseillé de se concilier la bonne volonté, sans laquelle il lui aurait été impossible de tenir fructueusement et sans danger une salle dans le quartier. Une entrevue ménagée entre eux se termina par une rixe sans témoins, sur le bord désert du canal. Voici comment: Vigneron invita M. Mirabeau à dîner, lui témoignant ainsi de sa condescendance il lui proposa d’abord l’apéritif et, pour cela, l’emmena dans un endroit écarté et lui dit Mirabeau, c’est ici que nous allons trinquer ensemble puis il se mit en garde. L’autre fort surpris, mais confiant dans sa grande force, dit: c’est comme ça, eh bien! à nous deux. La bataille commença; Mirabeau levait les jambes très haut, Vigneron en profita et maltraita tant son adversaire, que celui-ci l’assura dès lors de son bon vouloir, mais ils ne se fréquentèrent jamais. Lorsque Mirabeau vint au milieu de ses camarades, les yeux pochés, la figure déformée, ceux-ci lui demandèrent qui l’avait arrangé ainsi, lui affirmant que, pour le venger, ils allaient faire l’affaire à l’autre. — C’est Vigneron, dit-il ! il est mon maître et je vous défends à tous de toucher à un cheveu de sa tête: respectez-le comme moi-même, sinon gare à vous. — Ils se le tinrent pour dit, et Vigneron ne fut jamais inquiété par eux. Les ressources avouables de M. Mirabeau provenaient de la subvention que lui faisaient quelques jeunes filles qu’il couvrait de sa protection, mais comme il avait de grands besoins d’argent, que le canal n’était pas couvert à cette époque, il pratiquait fréquemment le coup du frère François, et en pêchant à la ligne, il cherchait le macchabée pour lequel une prime lui était payée. Un jour il fut pris; il était en train de pêcher tranquillement comme de coutume, lorsque M. M commissaire de police du quartier, vint à passer par hasard «Eh bien, Mirabeau, ça mord-il? — Non, monsieur le commissaire, ça ne mord pas. — Mais où sont donc vos asticots? avec quoi pêchez-vous donc? Et en même temps, il prenait des mains de Mirabeau sa ligne après laquelle il n’y avait que, pour la forme, un bout de fil, sans hameçon, ni asticot. Venez avec moi, dit le commissaire, ça va mordre, et en même temps il fit signe à quatre agents de la sûreté (qui se trouvaient là comme par hasard) ceux-ci arrêtèrent M. Mirabeau. Arrivé au commissariat, on ouvrit une porte, un monsieur parut et dit c’est lui en désignant Mirabeau. Eh bien, ça mord-il? lui dit le commissaire. — Je suis pris, dit Mirabeau. Le Monsieur qui venait de paraître avait été à moitié assommé et jeté au canal, la veille au soir, mais très vigoureux, et fort nageur, il avait traversé le canal entre deux eaux et avait attendu, avant d’en sortir, que ses noyeurs fussent partis, pour aller chez le commissaire faire sa déposition. C’est le monsieur que Mirabeau cherchait, en pêchant sans hameçon ni asticot. Mirabeau fut condamné au bagne et y mourut. La salle Vigneron était située, cité de Waux-Hall, n° 6. Cette cité se fermait la nuit par une grille de fer un côté donnait rue du Marais, l’autre rue du Château-d’Eau plus tard elle fut raccourcie par la percée du boulevard Magenta, de sorte que l’établissement Vigneron se trouvait à l’entrée de la cité près dudit boulevard. La salle se trouvait au rez-de-chaussée, une entrée particulière yétait ménagée pour y pénétrer. On entrait généralement par le café c’était quelquefois une raison de se rafraîchir avant d’avoir chaud, et aussi pour faire voir aux passants qu’on allait prendre ses leçons, cela posait. A la porte, des tableaux représentaient des boxeurs et des hommes forts. En entrant, le comptoir était à gauche à droite quelques tables et un billard, qui disparut plus tard. Devant soi, la petite salle; pas grande, en effet! 6 mètres 40 centimètres de longueur, 3 mètres 87 centimètres de largeur et 3 mètres 13 centimètres de hauteur. Ce qui n’empêchait pas que les jours d’assauts intimes, cent personnes y trouvaient place. Comment?... Des banquettes simples, en bois, peu larges tenaient lieu de sièges les élèves y plaçaient en dessous leurs petites boites marquées d’initiales et contenant leurs vêtements de travail. Quelques paires de fleurets, sabres, cannes, gants de boxe et de canne, garnissaient les murs, ainsi que trois énormes bras moulés en plâtre, ceux de Vigneron, Wolf et Louis le mécanicien. Ces bras sont aujourd’hui dans la salle Charlemont. Deux anneaux, un trapèze et une barre fixe avec ses deux montants, qu’on hissait au plafond, au moyen d’une petite poulie. C’était amusant d’y voir Vigneron exécuter des. échappements de jarrets, étant donné son grand corps et le peu de hauteur du plafond. Un coussin fixé au mur servait aux élèves à s’exercer les bras et lesjambes. 11 y avait aussi un tableau dont nous donnons ci-dessous le texte. «Les Anglais et lès Français, chacun de leur côté, prétendent à la supériorité de leur système M. Louis Vigneron, confiant dans la boxe française, porte un défi à tout boxeur anglais qui voudrait tenter l’expérience il se tient constamment à leur disposition. Signé Louis Vigneron. Du fond de la salle à gauche on passait dans un petit endroit occupé par une grande table ronde, sur laquelle les élèves se faisaient servir des rafraîchissements. Les douches, peu appréciées à cette époque, manquaient à la salle. Tout à côté, une petite salle vitrée et sablée dans laquelle on faisait des exercices de force, à l’aide d’haltères et de poids de toutes sortes. 11 y avait aussi une magnifique barre fixe en acier, prove- nant de lord Seymour (dit milord l’Arsouille) et la pièce de canon posée sur deux tréteaux. Le logement du maître se trouvait au-dessus. C'est M. Frédéric Lahaye, ancien élève et ami de Vigneron, qui occupe actuellement, pour son commerce de peaux, l’ancienne salle de son professeur. Nous avons dit que le dessous des banquettes était garni par les boîtes contenant les vêtements de travail des élèves, et marquées de leurs noms en entier, ou seulement de leurs initiales, ce qui donnait lieu à d’aimables plaisanteries. On complétait les initiales par d’autres lettres qui formaient des rébus, des jeux de mots de circonstance. Personne ne s'en fâchait; au contraire. Si on travaillait sérieusement, à la salle, on s’y amusait également, et cela dans les termes de la plus franche camaraderie. En 1858, Vigneron débuta à l’Hippodrome, place et avenue d’Eylau, actuellement avenue Victor-Hugo, près l’arc de triomphe de l’Étoile. Comme hercule,' 11 était aussi remarquable que comme boxeur; cependant au commencement de sa carrière, il levait si mal une haltère de 44 kilogs, que, pour empêcher la poignée de lui glisser dans la main, il la rayait au préalableà l’aide d’un burin. Par un constant exercice, il était parvenu à développer sa force d’une manière exceptionnelle. C’est à celte époque que nous l’avons connu il était dans toute la plénitude de sa force et de son agilité. Il était grand de taille: lin80 environ, bien fait, pesant 98 kilogs, un peu voûté et gaucher il avait le côté gauche sensiblement plus fort que le côté droit, ce qui ne l’empêchait pas, ufie fois en garde, d’avoir une splendide attitude; affable, d’une physionomie agréable et sympathique. Il levait de son bras gauche, à la volée, trois poids de 20 kilogs pesant exactement 120 livres, ce qui constitue un véritable tour de force, et demande une force musculaire d’ensemble très rare. Quant aux exercices de bras tendus avec des poids de 20 kilogs entourés de 13 kilogs de plomb, il ne les réussissait qu’en trichant un peu, c’est-à-dire en engageant les poids sur les poignets; en réalité il ne faisait bien à bras tendus que des poids de 25 kilogs, ce qui d’ailleurs est fort difficile. Il levait aussi en deux temps un haltère de 81 kilogs au-dessus de sa tète. 11 portait sur son épaule une pièce de305kilogs avec laquelle il marchait, et la faisait partir étant toujours sur son épaule. C’est avec cette série d’exercices extraordinaires qu’il fut engagé à l’Hippodrome et qu’il fit ses débuts. Il eut un brillant succès. Il était magnifique avec cette pièce de canon sur son épaule; il paraissait si bien à son aise, qu’on aurait dit que la pièce et lui ne faisaient qu’un. Malheureusement l’objet de son triomphe fut plus tard celui de son malheur. Ici se place un incident. A une représentation de l’Hippodrome, au moment où il tira son canon, sur son épaule, un spectateur, négociant en grains à Avignon, tomba en bas de l’estrade où il était placé et se démit l’épaule il attribuait cet accident à la bourre du canon, qui d’après lui l’aurait frappé à l’épaule. D’autres prétendaient au contraire qu’il n’avait pas été touché, que la peur l’avait fait tomber à terre, où il se blessa. Des expériences eurent lieu et démontrèrent que la bourre ne pouvait pas porter à cette distance. Il en résulta un long procès que Vigneron perdit il fut condamné à 10.000 fr. On Rendit son matériel et tout ce qu’il possédait son père racheta le tout et le lui rendit. De 1858 à 1859, Vigneron fit une tournée en province, en compagnie et sous la direction de l’inimitable impressario Rossignol- Rollin, sa pièce de canon l’accompagnait partout; il lui dut de nombreux succès galants. En son absence, son prévôt Lucet dirigeait la salle. VIGNERON A LYON On lit dans la Gazette Lyonnaise Les luttes qui ont lieu à l’Alcazar, sous la direction de M. Rossignol Rollin, continuent d’attirer les amateurs de ce genre de spectacles qui sont nombreux à Lyon, et les athlètes font de leur mieux pour exciter l’enthousiasme et obtenir les bravos du public. Mais cette année M. Rossignol Rollin a voulu rendre son spectacle plus attrayant, et il a eu la bonne fortune d’engager M. Vigneron connu sous le nom de l’Homme Canon. M. Vigneron ne s’ex- plique pas C’est la force physique portée à un degré encore inconnu. On peut dire de lui avec vérité: il faut le voir pour le croire. L’Etoile des Hercules du Nord et des autres points cardinaux a pâli leurs bras de fer sont surpassés par les muscles d'acier de M. Vigneron jamais en effet on n’avait traité les kilogs les plus lourds avec tant de légèreté et de laisser aller jamais on n'avait songé à jongler avec des boulets d’un pareil calibre, joints à d’autres exercices tout aussi extraordinaires enfin le spectacle se termine par une pièce qui a fait beaucoup de bruit, une pièce de canon à laquelle M. Vigneron sert d’affût, pendant que le coup part, sans éprouver la moindre commotion. Demain M. Vigneron, par suite d’un pari, doit ajouter à ses exercioes un tour de force que personne n’a exécuté avant lui il a parié de marcher en portant sur sa main, le bras tendu perpendiculairement, un sac de farine du poids de 125 kilogrammes. Voici de quelle façon M. Rossignol Rollin a annoncé ce nouvel exercice, au risque de se faire écharper pour ses affreux jeux de mots. Après le son du canon viendra le tour de la farine, et M. Vigneron s’en tirera sans être moulu. On peut prédire que le caissier aura le sac. Nous ne savons si le caissier a eu le sac, ce que nous savons c’est que Vigneron a enlevé le sien, aux chaleureux applaudissements des spectateurs il avait gagné son pari. Quelques jours après, Vigneron était à Toulon. Le directeur de l'administration des bagnes de cette ville vint le voir et l’invita à venir chez lui, l’informant qu’il avait un fils âgé de 25 ans tellement fort au chausson (sic) qu’il n’avait jamais trouvé de tireur capable de le battre et qu’il ne croyait pas qu’il pût y en avoir, que son fils mettait toujours un enjeu de 1000 francs contre qui voudrait accepter. Sur le moment, Vigneron fut assez surpris de la proposition après avoir réfléchi que 1000 fr. étaient une somme onéreuse pour le perdant, mais aussi une aubaine pour le gagnant, il accepta le pari, à condition toutefois que, s'il perdait, il ne prendrait pas de revanche (naturellement), laissant à son partenaire la même liberté de se retirer s’il perdait. Le rendez-vous fut pris pour le lendemain matin. Vigneron fut présenté au jeune homme la réception fut très courtoise et des plus sympathiques. Rossignol Rollin fut un des témoins en compagnie de plusieurs officiers de marine; une dizaine de personnes invitées étaient présentes. Les conditions présentées et acceptées de part et d'autre, l’assaut commença. Vigneron fort émotionné, non pas qu’il n’eût pas confiance, mais la somme élevée qu’il espérait posséder en était cause. Vigneron gagna les témoins étant tous d'accord, on lui remit de suite les 1000 fr. A la demande de son adversaire il lui accorda autant de revanches que celui-ci le voulut, de sorte qu'ils firent dix assauts que Vigneron gagna.. La journée se termina par un magnifique souper offert à toute la société, puis Vigneron emporta ses dix mille francs, les éloges et les sympathies de son adversaire ainsi que des personnes présentes. ( Récit d'un officier de marine.) Vigneron revint à Paris à partir de ce moment, il donna de nombreux assauts à la salle du Waux-Hall (Bal Pilodo), rue de la Douane. 11 donnait aussi des petits assauts dans les environs de Paris Saint-Germain, Ghatou, Asnières et autres localités. 11 rayonnait dans toute sa gloire. Son jeu de combat se composait des coups de pied bas, des coups d’arrêt, de la 18e (que nous nommons chassé-croisé) et des coups de poing. Il n’enseignait le coup de pied haut et le dégagé (coup de pied tournant) que pour assouplir ses élèves et leur permettre de briiler dans les assauts contre des adversaires moins forts. Il s’est toujours refusé à admettre les coups de bas ventre prisés par la population interlope des bords du canal Saint-Martin. Il attachait une grande importance aux coups de poing qui, disaitil, peuvent se placer dans un théâtre, dans un salon, lieux où l’espace trop restreint ne permet pas de porter des coups de pied ces derniers se remplaçaient par ce qu’il appelait la grêle (série de coups de poing de figure, de poitrine, de revers, au flanc et sous l’oreille). On a souvent fait à Vigneron le reproche d’avoir comme clientèle des gens mal cotés. En effet. Vigneron, à ses débuts comme professeur, avait conservé des relations avec une certaine quantité d’athlètes et de lutteurs dont la pluparl laissaient fort à désirer sous le rapport de la tenue, mais il faut dire aussi qu’il cherchait le plus possible à évincer cette clientèle. Il nous souvient que la présence de certains individus donnait souvent lieu à une scène qui, quand on en était témoin pour la premièrefois, paraissait inquiétante pour la sécurité du maître de la maison. Voici ce que c'était: d’aimables vauriens, souteneurs pour la plupart, mais tous très solides, qui se tenaient dans le petit café précédant la salle de boxe, demandaient à y pénétrer pour s’y amuser un peu. Vigneron, très poli, leur répondait invariablement Messieurs, cela m’est impossible de vous laisser entrer, vous devez le comprendre. Les personnes qui sont là sont des gens bien, qui ne veulent pas être mêlés, à la fripouille. Les souteneurs avalaient ce compliment sans la moindre protestation. En un mot, il tenait à la tenue de sa salle et à la moralité de ses élèves il ne recevait pas tout le monde. Les assauts qui se donnaient à cette époque n’avaient pas le caractère de la spécialité presque tous les exercices de défense et autres y étaient représentés épée, sabre, canne, bâton, boxe française et anglaise, lutte, force, gymnastique, équilibres, fléau, bilboquet. Vigneron était très adroit dans la plupart de tous ces exercices. Leboucher avait même introduit, dans plusieurs de ses assauts, la défense du fantassin armé du fusil, baïonnette au canon, contre le cavalier monté sur son vrai cheval et armé du sabre de cavalerie. C’est en raison de la diversité des exercices qui figuraient dans les assauts, que nous sommes obligés de citer quelques noms, qui sont en dehors de la boxe. Nous citerons au hasard, parmi les noms des élèves de Vigneron, ceux dont les noms nous reviennent à la mémoire. MM. le baron Emile Erlanger, banquier, qui, en dehors de ses leçons, faisait une petite renie viagère de 60 fr. par mois à son professeur. En raison de la confiance qu’il avait en lui, il lui remettait souvent des sommes assez importantes (4.000 fr.) pour distribuer aux pauvres. Michel Chevalier, sénateur, professeur d’économie politique, et son frère, Auguste Chevalier, député le fils du duc de Persigny, ministre de Napoléon Ilf le fils Pineau, chapelier de l’Empereur Napoléon III le colonel Hubert de la Hayrie, mort dernièrement général de division en retraite; Henri de Pêne, rédacteur en chef du P avis- Journal Charles Dindeau, artiste peintre, ex-préfet, actuellement député de l’Ardèche, auteur du tableau représentant Vigneron, le torse nu. Ce tableau se trouve à la salle Charlemont. De Maupas le commandant Rigaud, du 20e bataillon de chasseurs à pied les frères Alfred et Jules Bernheim, manufacturiers Gendrop, marchand boucher, amputé d’une jambe à la suite d’une piqûre de mouche charbonneuse et son ami Rigaud Ludovic, Richer de Forges, Georges Barré, comptable; Auguste Combe, dit Mulhan, employé de commerce; Frédéric Lahaye, négociant en cuirs; Picart, comptable Alfred Roll, l’artiste peintre bien connu, auteur de la Grève des mineurs et de la Fête du 14 juillet. Parmi les élèves qui prenaient part aux assauts publics et intimes, nous nous souvenons de quelques-uns qui tiraient très bien Emile Lamand, taille moyenne, trapu et solide, était très dur, il répétait souvent la théorie de la boxe ou de la canne, avec Vigneron. Son frère, Eugène Lamand, était plus petit mais très gracieux Eugène Bastien, taille moyenne, un beau tireur, souple, très correct, a été nommé 1er maître en arrivant au 11e régiment de ligne. Emile Rive, un tireur peu commode tirant fort bien, mais rageur comme son camarade Augustin Grégoire Jules Dufour, un des bons élèves de la salle, grand et beau garçon, très fier du reste de montrer les doubles muscles de ses bras, et son biceps étonnant. Très fort sur les haltères èt la barre fixe, personne ne faisait mieux que lui les rétablissements en avant et la traction d’un bras. 11 s’est fait aéronaute, et a eu, sous le pseudonyme de Duruof,des aventures célèbres. C’est lui qui, en compagnie de sa femme* a été sauvé par des marins, en pleine mer du Nord, où son ballon, après des péripéties sans nombre, était allé tomber. Rs furent sauvés par le capitaine en premier Baskan et son second Oxlex. Auguste Gaulet, fondeur en cuivre, et son ami Léon Guyénot, deux bons et sérieux tireurs Joanny Delique, industriel, tireur élégant, fin et doux; Plet. qui mourut d’un coup de pointe de sabre reçu dans un assaut Ferdinand Jean, chimiste distingué, excellent tireur de grande vitesse; Edouard, employé de commerce, beau tireur, belle tenue; Vavasseur, dit Trompette Alexandre Dudouie, comptable, tirant très bien, et faisant souvent, dans lesassauts, l’exercice du fléau Alfred Bernheim, tireur sérieux et vif, fut très heureux un jour de savoir la boxe pour battre un lutteur bien connu pour sa force et son adresse, et marchand de contre- marques aux Délassements Tessier, ouvrier passementier, un des bons tireurs de la salle Montesquieu, froid et très dangereux Guérineau, camionneur aux chemins de fer, avait été le professeur de Vigneron, grand, sec, voûté, très fendu il manquait de grâce dans son jeu, mais il était dangereux par sa manière de lancer des coups de pied droits, qu’il dirigeait au creux de l’estomac, avec une vitesse extraordinaire de caractère assez vif, il était redouté dans le quartier de la Çourtille, où plusieurs fois il avait mis des hommes hors de combat d’un seul coup de pied. Guérineau n’était pas un professeur savant Gustave Refauvelet, bijoutier, un des meilleurs élèves de la salle Théophile Darche, dit Toto, qui avait eu autrefois une salle, rue du Harlay, au Marais Tenon, tambour de la garde nationale; Pécoul, Bareiros, qui faisait toujours des entrechats en tirant le sabre et la canne Chapelle, un fort tireur à la canne, aussi laid qu’il tirait bien, ce qui prouve qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Parmi les amateurs de la salle Vigneron, il y avait une pléiade d’hercules de première force, dont les exploits suffiraient à remplir un fort volume; nous en citerons quelques-uns Bruneau, dit Bonneau, encore vivant, était tueur aux abattoirs et inventeur du masque employé dans les tueries municipales il dut à son invention du masque une grande fortune. Ce grand amateur d’exercices était un très beau garçon, bien taillé, qui, durant douze ou quinze ans, représenta le dieu Mars dans le cortège du bœuf gras. Doué d’une force herculéenne, il jouait agréablement du piano et chantait des romances sentimentales. Un autre chanteur à la voix fluette, Auguste Massin, dit le Roi des bras tendus, chantait des airs de Pierre Dupont avec un poids de 25 kgs dans chacune de ses mains, ses bras horizontalement tendus; Louis le teinturier, un honnête ouvrier dont nous ne nous souvenons pas du nom de famille, égalait presque Massin, mais nechantait pas Anatole Leperdriel, dit Vigneron fils Char- les de Paris, dit le Cocher, Lioult de son nom de famille; Darcier, le chanteur bien connu, fort comme un athlète, qui écrivait son nom sur la muraille avec un poids de 20 kilos David Davant Louis, le mécanicien, l’homme aux essieux de voitures, le plus fort entre tous, mais aussi le plus paresseux Gerbault Cœurderoi Chabot, l’homme à la pierre Jules Lefebvre, qui tient le gymnase de la Madeleine, cité du Retiro Louis de Lyon, bien connu à Paris; Paul Flamion, l’homme au tonneau; il était capable de manger sa contenance. Charles Letouzé, du plateau des buttes Chaumont; Alexandre, dit Alexandrini, l’homme au bilboquet, un bel homme fort et adroit il devint un équilibriste hors ligne, fit fortune en voyageant. Il eut la malencontreuse idée d’abandonner ses exercices d’équilibre, pour inventer le truc de l’obusier, qui consistait à recevoir dans les deux mains un obus pesant six livres environ. Alexandrini eut une fin malheureuse. Faisant partie d’un grand cirque de passage à Manchester, il avait pris place, avec son obusier et un caisson contenant la poudre, dans une cavalcade, se promenant à travers les rues. Une étincelle de cigare tomba dans ce caisson et Alexandrini fut à son tour changé en obus. Il mourut sur le coup. Comme son professeur Louis Vigneron, il est mort au champ d’honneur. Mansuy, gymnasiarque Couture, l’homme serpent du Cirque d’hiver; Ernest Merret, équilibriste amateur, très distingué, faisant ses exercices de bilboquet sur des échasses. Un grand nombre de tireurs de l’armée prenaient part aux assauts; parmi les meilleurs: Papy et Renaud, des zouaves de la garde; Gilbert et Maurice, des chasseurs à pied de la garde; Pargon, du 1er grenadiers; Barrère et Gairaud, du 1er voltigeurs de la garde; Roessel, Laurent et Meffray, du 2e voltigeurs; Arnaud et Giraud, du 3e voltigeurs; Pellé, Augé, Ponsolle, Gastet Gouteron, du 4e voltigeurs de la garde; Chauderlot, Duchêne, Mouret, Gérard et Bazin, des chasseurs à pied; Derotte, caporal clairon; Etienne, Fournier. Des différents régiments de ligne Cauvain, Galgan, caporal, Bouillet, Cornu, Choffin, Hivard, Lacour, Morin, Chauvelot, Faucon, Pellemer, Comte, Roux, Doryal, Bugnot, Liébin, Cabat, Lepetit, Goalirat, Lansoeigne, Vachet, Noël, Dautiez, François, Bosqui, sapeur au 78e de ligne et Verdier, du 14e de ligne (Le maître d’armes de ce dernier régiment se nommait Fleuret, nom prédestiné). D’autres dont les noms nous échappent. De 1860 à 1870, il y eut une belle période, les exercices ne chômaient pas. En dehors des grands assauts que Vigneron donnait à Paris, il en organisait aussi à la campagne, l’été. Le dimanche ce n’était pas le moindre attrait; nous nous souvenons de plusieurs belles réunions auxquelles nous avons pris part, à Chatou, Asnières, Saint-Germain, etc. On partait le matin de bonne heure, dans un immense char-à-bancs dont le milieu était garni d’une grande planche dans toute la longueur de la voiture; une deuxième planche, qui superposait lapremière, était percée de grandes ouvertures, servant àyplacerles bouteilles et les verres quine pouvaient ainsi se renverser. On cassait la croûte en route et on se rafraîchissait car il faisait chaud, c’était au printemps. C’était aussi le nôtre; c’est avec plaisir que nous nous rappelons ces heureux moments; il faisait bon vivre, on était jeunes, gais et dispos, et la belle pièce de canon nous accompagnait toujours. Une de ces belles journées, c’était à Saint-Germain. L’assaut devait avoir lieu à 3 heures après-midi, dans le manège des cuirassiers de la garde impériale, misgraeieusement par le colonel de ce régiment à la disposition de Vigneron. Pendant qu’on déjeune dans la forêt, on fait promener en ville la pièce de canon et les engins que Vigneron devait enlevef. A deux heures et demie, on annonce l’ouverture des bureaux par trois coups de canon, comme l’indiquait le programme. La toiture du manège n’était qu’un grand vitrage composé de petits carreaux qui donnaient le jour à l’intérieur. Lorsque Vigneron fit partir sa pièce de canon sur son épaule, comme de coutume, il ne resta presque pas de carreaux en entier; heureusement il y avait tout autour de la toiture une partie couverte en bois, et comme les specta'eurs s’étaient retirés en arrière pendant qu’on tirait le canon, ils furent garantis et personne ne fut atteint par les éclats; Vigneron qui pourtant se trouvait au milieu ne fut pas atteint; il fit même le tour de la piste, son canon sur l’épaule, resta un moment sur une jambe et jeta son canon à terre. A ce moment il était comme atterré de voir tant de débris de verre couvrant le sol. Le colonel des cuirassiers, présent à l'assaut, le consola en lui disant qu’il prenait à sa charge les carreaux cassés. On dîna bien et de bon appétit, on fit de belles promenades et on revint à Paris le soir, toujours dans la grande voiture, satisfait d’avoir passé une excellente journée où l’hygiène avait bien eu sa part. Quelques-uns de la société restèrent à Saint-Germain, c’était la fête des Loges. Heureux temps! qu’êtes-vous devenus et combien en reste-t-il de ceux qui étaient de la fête avec nous? Le nombre des assauts donnés par Louis Vigneron est tellement grand, qiie nous ne possédons qu’une faible partie des programmes de ses différents assauts. Nous ne voulons pas les reproduire en entier, mais nous rappellerons, pour mémoire, les exercices exéculés par Vigneron dans chacun de ces assauts. Dimanche, 21 juin 1863, Salon des Folies de Belîeville. Dans cette séance, Vigneron fait répéter sa théorie de canne; il fait ensuite un assaut de boxe française, exécute une série d’exercices de force et termine par le double coup de canon tiré sur son épaule (poids de la pièce, 305 kilogs), et l’enlèvement de ladite pièce, montée sur son affût, (poids, 1122 kilogs). Mardi, 8 mars 1864, Salle du Waux-Hall. Vigneron fait répéter sa théorie de canne par Valentin, son élève, âgé de 13 ans, et sa théorie de boxe française, par Eugène, également son élève. Ensuite il exécute une série d’exercices de force de la plus haute difficulté, dont la promenade autour de l’enceinte, avec la pièce de canon sur l’épaule et le double coup de canon tiré également sur l’épaule. Enfin il termine en enlevant sur le dos, cette pièce montée sur affût; poids total, 1122 kilogs, y compris l’homme chargé de faire feu. M. Vigneron maintiendra ce fardeau à 40 centimètres du sol, pendant 20 secondes, sans qu’aucun appareil ne se trouve dessous. Dimanche 18 septembre 1864, fête de Ménilmontant, dans la salle de bal de M. Willis. Vigneron exécute un assaut de boxe française et un assaut de canne, puis toutes ses séries de tours de force il termine en tirant le canon sur son épaule et par l’enlèvement de la pièce montée sur son affût. Mardi 15 novembre 1864, Salle du Waux-IIall. A cette séance, la pièce de canon se repose. Vigneron n’enlève ni ne tire le canon. Cette fois il exécute une série de six exercices de force, parmi lesquels l’enlèvementd’une demi-pièce de vin, du poids de 115 kilogs à bout de bras, développée sans secousse. La personne qui exécutera ce tour comme lui aura le droit d’emporter la barrique, elle pourra ainsi, au lieu de porter des canons, en boire. Vigneron fait répéter sa théorie de canne par M. Jules, âgé de 11 ans; sa théorie de boxe française par M. Eugène, ses élèves, et fait un assaut de boxe française. Samedi 18 février 1865, grand salon de M. Gelin, chaussée Ménilmontant, 4. Cette fois encore la pièce de canon est au repos. Vigneron exécute toutes ses séries de tours de force, fait répéter sa théorie de canne par M. Marius, son élève, âgé de 14 ans, fait ensuite deux assauts, l’un de canne, l’autre de boxe française, avec M. Eugène Bastien, son prévôt. Mardi 11 avril 1865, salle du Waux-Hall. Vigneron fait deux assauts, un de boxe française et un de canne. 11 exécute ensuite huit exercices de force, dont la promenade avec la pièce sur son épaule et le double coup de canon tiré également sur son épaule. Lelei juin 1865, salle Vigneron, cité du Waux-Hall, 6. Grande soirée donnée au bénéfice deM Pécoul, professeur à la salle. Exercices pointe, contre-poinle, canne, boxe française, exercices de force et de gymnastique. Dimanche 16 juillet 1865,placedu Trône, cours de Vincennes, Paradis des Roses, ancien Jardin des Délices. Louis Vigneron parait dans deux assauts différents, un de canne et un de boxe française, avec M. Eugène Bastien, maître. Il continue par les exercices de force, entre autres l'enlèvement de la demi-pièce de vin dont nous avons déjà parlé. Il tire trois fois la pièce de canon sur l’épaule et se tient dix secondes sur une seule jambe. Conditions du défi qui lui a été porté par M. John Williams, directeur du cirque de New-York. Le dimanche 30 juillet 1865, fête de Pantin, sous la tente du bal de M. Voisin. Louis Vigneron fait deux assauts, un de canne et un de boxe française, puis des exercices de force. A onze heures du matin l’ouverture de la fête a lieu par un coup de canon tiré sur l’épaule de M. Vigneron. A 3 heures, un second coup de canon annonce l’ouverture de l’assaut, et à 5 heures, un double coup de canon clôture cette magnifique représentation. Le canon est tiré sur l’épaule de M. Vigneron. Dimanche 20 août 1865, fête de Vincennes, Hippodrome Olympique; carré Marigny, près du fort. Un coup de canon annonce l’ouverture des bureaux. Louis Vigneron exécute ses exercices de force et termine par le double coup de canon tiré sur son épaule. Dimanche 10 septembre 1865, fête de Ménilmontant, sous la tente du bal de M. Willis. Louis Vigneron fait deux assauts, un de canne et un de boxe française, il continue par les exercices de force et termine par le double coup de canon tiré sur son épaule. Toute personne qui enlèvera, séance tenante, la pièce de canon debout par la culasse, sera invitée à dîner avec M. Louis Vigneron. Dimanche 24 septembre 1865, salon de l’Elysée-Montmartre. Grandassaut extraordinaire, sous la direction deM. Louis Vigneron, au bénéfice deM. Eugène Bastien, son prévôt, soldat de la classe. La séance se termine par des exercices de force et par le double coup de canon tiré sur l’épaule de M. Louis Vigneron. Mardi 28 novembre 1865, grand salon de M. Perrot, 9, Grande Rue de la Chapelle. Assaut d’armes et grande séance de caisse donnée par les tambours du 9e bataillon de la garde nationale de la Seine. Louis Vigneron prête son concours et exécute des exercices de force. Lundi 25 décembre 1865 (fête de Noël), salon des Folies de Belleville, au bénéfice de MM. Théophile et Tessier. Louis Vigneron fait assaut de boxe française avec Charlemont, et un assaut de canne avec Eugène Bastien. 11 termine par les Dimanche 19 mai 1867, salon des Folies de Belleville. L. Vigneron fait un assaut de canne avec E. Bastien, et un assaut de boxe française avec Charlemont, le phénix de la boxe française. Il continue en exécutant six tours de force extraordinaires, dont le double coup de canon tiré sur l’épaule, puis le double coup de canon, la pièce montée sur l’affût (poids 1.122 kilogs): Dimanche 8 décembre 1867, Arène Athlétique, 51, rue Le Peletier. Louis Vigneron fait assaut de boxe française avec Charlemont et cède à celui-ci son titre de premier champion de la boxe française, ensuite il tire le double coup de canon sur son épaule. Mardi 17 décembre 1867, Arène Athlétique, 51, rue LePeletier. Louis Vigneron fait répéter sa théorie de boxe française, par M. Emile, un de ses premiers élèves, puis un assaut de boxe française et termine par les trois coups de canon tirés sur son épaule. Mardi 10 novembre 1868, salle Molière, 159, rue Saint-Martin. Grand assaut offertà la typographie parisienne, par MM. Tessier, Tenon et Théophile Darche, avec le concours de MM. Louis Vigneron, Charles Ducros, Vincent de Lyon et Charlemont. Louis Vigneron fait un assaut de boxe française? avec Chauderlot et un assaut de canne avec Tessier. Mardi 4 mai 1869, salle Pilodo et Waux-Hall. Dans cet assaut, Vigneron fait répéter sa théorie de boxe française, il fait ensuite un assaut de canne, et termine par un assaut de boxe française. Cet assaut avait été donné à l’occasion d’un défi porté par Vigneron à tous les professeurs et amateurs de Paris. Ce défi s’adressait particulièrement à la salle Lecour qui n’y répondit pas. C’est la salle Ducros qui releva le gant et fut battue en la personne de son représentant M. Malet, le plus fort élève de la salle; Charlemont, qui était le champion, soutenant le défi, fut vainqueur et remporta la médaille d’or. Mardi 18 mai 1869, salle Pilodo et Waux-Hall. Louis Vigneron fait répéter sa théorie de boxe française, et fait deux assauts, un de canne et un de boxe française. Cbarlemont fils, âgé de 6 ans, exécute une démonstration de la canne et de la boxe française. M. Chapelle, élève de M. Vigneron, reçoit son brevet de prévôt. Mardi 21 septembre 1869, salle Vigneron, 6, cité du Waux-Hall. Grand assaut donné à l’occasion du départ de M. Chauderlot. Deux médailles, dont une en or, sont disputées entre MM. Gilbert, des chasseurs delà garde, et Chauderlot. Des brevets de prévôts sont décernés à MM. Dudouieet Edouard. Louis Vigneron fait répéter sa théorie de canne'par M. Chapelle, son élève, qui reçoit son brevet de maître, et termine par un assaut de boxe française avec M. Charlemont. Louis Vigneron donna encore deux assauts à Paris, dont un aü bénéfice des blessés de la guerre, qui eut lieu au manège vélocipédique, boulevard de la Villette. 11 partit ensuite pour Boulogne-sur-Mer où il devait donner une série d’assauts. Le troisième assaut qu’il donna, le mardi 22 août 1871, fut son dernier. Dans l’énumération que nous donnons ci-dessus, nous voulons indiquer combien l’exercice de la pièce de canon était familier à Vigneron. Malgré ce travail herculéen, il ne s’en tenait pas là. Dans presque tousses assauts, nous le voyons paraître trois, quatre et même cinq fois, faire répéter sa théorie de boxe et de canne, et faire assaut de chacun de ces deux exercices, puis les tours de force et presque chaque fois la pièce de canon. Gomme on le voit, il ne manquait pas d’énergie. Vigneron avait comme un pressentiment de l’accident qui devait lui arriver plus tard. Peu de temps avant, il ne voulait plus quitter Paris, pour faire des tournées, et paraissait bien décidé à ne plus faire d’exercices de force, tout au moins son canon, et se consacrer uniquement aux exercices d’adresse. Il commençait à réfléchir et avait en partie perdu ses illusions de jeunesse. Les applaudissements du Cirque, de l’Hippodrome, et du Waux-Hall, le laissaient pour ainsi dire froid il entrevoyait que cela ne le mènerait pas à la fortune. En effet, de l’adrçsse, on peut encore en faire longtemps, mais de la force on ne peut pas en faire toute la vie, et ça ne rapporte pas. La force est le contraire de la souplesse et de l’agilité on ne peut pas être très longtemps très fort, très souple et très vif. Vigneron s’en apercevait bien, ses bras commençaient à s'ankyloser par suite des grands efforts qu’il faisait il perdait en souplesse et en agilité. Il aurait dû cesser plus tôt ses exercices de force. D’ailleurs son médecin l’avait prévenu qu’ayant un anévrisme au cœur, il était dangereux de faire de grands efforts. Au mois d’août 1871 Vigneron fut engagé par un barnum, M. Delahaye pour une tournée de 8 jours, et chargé de former la troupe pour les représentations. Les personnes qui en faisaient partie étaient Vigneron, Eugène Bastien, Ferdinand Estrade dit l’Arpète; Charles de Paris dit le Cocher; François Villiers, dit le Rouget; PerretetBerthon, marchandsde vins. Les représentations devaient avoir lieu, dans l’ordre suivant Boulogne-sur- Mer, Folkestone, Douvres, Calais el revenir à Boulogne-sur-Mer. Il partit de Paris lesamedi 19 août 1871 pour Boulogne. La première représentation eut lieu le dimanche 20, la seconde le lundi 21 cesdeux premières séances avaient eu un succès complet; la troisième devait avoir lieu le mardi 22, jour où il fut tué. Ce jour- là toute la troupe partit le matin prendre un bain à la mer. Vigneron et Bastien seuls savaient nager; ils partirent tous deux en pleine mer pendant que les autres se baignaient au bord. Ils s’arrêtèrent à une bouée pourso reposer un peu. Tout en seremettant en route et en se mettant sur le dos, Vigneron dit à Bastien regardez donc comme je fais bien le mort. 11 ne savait pas, le malheureux, qu’il le ferait réellement, le soir, à 5 heu resrCe jour-là, Vigneron déjeuna avec un marchand boucher qu’il avait connu à Paris pendant le siège. Après le déjeuner, on se rendit au casino, les représentations se donnaient sur la plage. 11 faisait un temps superbe, tout le monde était content, rien ne faisait prévoir la terrible catastrophe. Il y eut d’abord une série d’assauts qui se termina par un assaut de boxe française entre Vigneron et Eugène Bastien. Puis vinrent les exercices de force et enfin l’exercice du canon fait par Vigneron. Quatre hommes le lui mirent sur l’épaule, à l’aide de deux barres de fer, l’une à la gueule, l’autre à la culasse on procédait ainsi habituellement. Une fois bien placé et son canon bien posé, Vigneron commanda Charles, feu! Charles, feu, feu ! Charles, qui probablement n’était pas prêt, ne mit pas le feu au premier commandement, ce ne fut qu’au deuxième qu’il le mit précipitamment et au lieu d’allumer la mèche par le bout, il mit probablement le feu juste à la lumière du canon, car le coup partit aussitôt que Charles posa son cigare. Vigneron, n’entendant pas fuser la mèche, voulut regarder en arrière il déplaça un tant soit peu son équilibre et fut surpris parle coup. On le vit aussitôt chanceler, tout en essayant, d’après cé qu’on a cru voir, de faire passer son canon par dessus la tête mais arrivé au milieu, de la chute, Vigneron vomit un flot de sang et s’affaissa directement dans la position où il était. La culasse du canon lui fit éclater la tète, sans la lui écraser; une des oreilles du canon avait porté à terre et avait ainsi fait basculer le canon. Vigneron s’étendit tout de son long, sans un mouvement de raideur on envoya de suite chercher un médecin qui vint presque aussitôt, le docteur. Bazin, croyons-nous. Devant cet épouvantable accident, tous les spectateurs furent complètement anéantis. On nesavait que faire Bastien prit un seau d’eau et une éponge et lui lava le visage. Aussitôt Vigneron tressaillit et se raidit. On dit au docteurBazin il n’est peut-être pas mort puisqu’il remue. Celui-ci répondit Si en faisant voir que le crâne était déboîtéet brisé en même temps, il faisait remuer la partie supérieure de l’œil et tout le derrière de la tête. C’était fini. On attribue cet accident à la rupture d’un anévrisme au cœur. On télégraphia au père de Vigneron, qui vint chercher le corps de son fils et le fit revenir à Paris. Il fut inhumé le 25 août 1871, au cimetière du Père Lachaise, 62e division, 3e ligne, face à la 63e division, n° 6, dans un modeste tombeau élevé par souscription, sur lequel est posée une pièce de canon en pierre, symbolede ses succès et de son malheur. On aurait pu graver dessus — Celle qui le faisait vivre l’a fait mourir. Ainsi se termina la trop courte carrière de cet homme exceptionnellement superbe, travailleur courageux, doux, bon et sans vanité. Tous ses amis, ses élèves et tous ceux qui l’ont connu, l’ont tenu en haute estime, il n'a laissé que de bons souvenirs et des regrets. Nous qui avons été ses amis intimes, malgré le temps qui nous sépare de ce malheur, c’est le cœur serré que nous écrivons les dernières lignes de sa biographie, qui doit consacrer sa mémoire et le faire revivre dans l’histoire et dans le cœur de ceux qui l’ont connu et aimé. ANECDOTES LE DYNAMOMÈTRE A VIGNERON C’était en 1865, on construisait une très grande maison, boulevard Magenta, à l’entrée de la cité du Waux-Hall, près de la salle Vigneron. De nombreux ouvriers et compagnons maçons y étaient occupés; ils vinrent un jour demander au professeur de vouloir bien leur permettre de visiter la salle, ce qui leur fut accordé, à condition toutefois que ce fût dans un moment où il n’y aurait pas d’élèves. Quand les maçons entrèrent dans la salle, Vigneron était assis sur la banquette, à côté du coussin sur lequel Charlemont était entrain de s’exercer. Les maçons témoignèrent le désir d’essayer leur force. Vigneron y consentit et dit à Gharlemont Montrez donc aces Messieurs comment on donne un coup de poing. Commencez, je vais marquer les points il était monté debout sur la banquette, regardant en haut du pilier en pierre sur lequel était adossé en bas ledit coussin. Très bien», dit il à Charlemont !... 120 ! à vous, monsieur !... 90 ah! vous n’êtes pas fort! — Un autre ah ! mieux, 99 !... Voyons, messieurs, vous êtes bien plus forts que Charlemont, vous vous y prenez mal, voyez son truc ! en donnant son coup de poing, il appuie en portant le poids du corps en avant; essayez très bien ! 115, etc. Les maçons s^escrimaient de toutes leurs forcesà qui donnerait les plus fameux coups. Ils y passèrent tous. Naturellement ils frappaient à faux, le plus souvent, car après avoir frappé, ils se tenaient le poignet, ce qui indiquait qu’ils se faisaient mal. Enfin ils cessèrent, épuisés, ruisselants de sueur. Pendant cette séance, les paris marchaient bon train et les bouteilles de bordeaux aussi. Assis toutautourde la grande table ronde, ils discutaient à qui mieux mieux sur leur supériorité, s’échauffaient très fort, et se promettaient une revanche. Vigneron, assis à côté d’eux, les écoutait sans rien dire il se leva, monta de nouveau surla banquette et leur dit: «Messieurs, ne vous disputez pas inutilement vous êtes tous aussi forts les uns que les autres; approchez-vous, je vais vous mettre tous d’accord regardez!... En même temps il leur montrait un petit objet voyez, messieurs, ce que vous avez pris pour un dynamomètre est tout simplement un gazomètre qui n’a rien de commun avec le coussin, il sert à constater les fuites de gaz. Dire la figure étonnée, penaude, stupide que faisaient ces maçons, est inexplicable ils étaient stupéfaitset paraissaient hébétés en se regardant les uns les autres. Ce moment passé, ils prirent la chose en riant, se promettant bien de se venger sur d’autres qui ne connaissaient pas encore le dynamomètre. Cette farce dura longtemps les élèves s’en servirent pour faire payer force bouteilles de bordeaux à leurs amis qui venaient visiter la salle pour la première fois. LE BICEPS DE VIGNERON Nous avons dit qu’à la salle de boxe de Vigneron, était attenant un petit café où Ton venait se rafraîchir après la séance. Les nouveaux élèves se faisaient un plaisir d’offrir une consommation au maître. Comme après les exercices violents, la soifest ardente, les consommations étaient demandées avec beaucoup d'eau à cet effet on servait une grande carafe dont le ventre rebondi contenait plusieurs litres de liquide. Vigneron prétendait un jour que son biceps était aussi gros que la carafe, chacun se récria, les paris étaient ouverts; on mesura les deux objets 42, centimètres pour la carafe, 42 centimètres pour le bras de Vigneron. Le pari était gagné et largement arrosé. UN HOMME BIEN ENNUYE Un jour Vigneron entrait dans un café, accompagné de cinq de ses amis ils prirent place à une table à côté de laquelle uûe autre table était occupée par six individus. On causait d'exercices et de boxe à la table de Vigneron etplusieurs fois son nom fut prononcé. A la table à côté on se mit à l’unisson on parla, force, adresse, boxe; les uns disaient on dit que Vigneron est un des plus forts boxeurs de France et en même temps un hercule remarquable les autres affirmaient qu'il ne ferait pas bon s’y frotter. Lorsqu’un des six, qui se trouvait justement auboutde la table, près de Vigneron et sur la même banquette que lui, se mit à dire à ses camarades qui parlaient en bien de Vigneron, qu’ils ne connaissaient que par entendre dire Vous me faites mal de vous entendre parler ainsi, car il n’est ni si fort ni si adroit que vous le dites, c’est une réputation surfaite, puisque moi, tel que vous me voyez, je lui ai cassé la figure, etc. Ses camarades assez étonnés lui dirent eh bien tu es un rude lapin. Jusque-là Vigneron et ses amis riaient de bon cœur entreeux, mais comme le héroscherchait à convaincre ses camarades du haut fait dont il se vantait, Vigneron, qui était à son côté, se tourna versluietlui touchant l’épaule Pardon, monsieur, vous avez dit que vous aviez cassé la g à Vigneron !... alors, comme le disent vos amis, vous êtes un fameux lapin! eh bien, moi je suis un de ses élèves, voulez-vous me la casser à moi aussi, vos succès seront augmentés. Notre homme, très surpris de cette proposition à laquelle il était loin de s’attendre, s’excusa de n'avoir aucune raison ni rien à démêler avec lui. Vigneron lui demanda de quel Vigneron il voulait parler et s’il le connaissait bien. — Celui-ci sans se troubler Monsieur, il n’y en a pas deux, c’est bien de Louis Vigneron, l’homme-canon de THippodrome de Paris, dont j’ai parlé il a sa salle cité du Waux- Hall. 11 fit même d’une manière exacte la description de l’établissement et celle delà personnalité du célèbre professeur. Pendant ces explications les amis de Vigneron riaient aux éclats ainsi que ceux de notre gascon qui se doutaient qu’il s’était fourvoyé. Vigneron se leva, se plaçaen face de son casseur supposé puisque vous me connaissez si bien, me reconnaissez-vous? Car c’est bien moi Louis Vigneron, l’homme-canon de l’Hippodrome de Paris, etc. — Ob non, monsieur! balbutia l’autre, ce n’est pas vous, etc. Il ne savait plus comment sortir de cette impasse. Monsieur, vous êtes un farceur, lui dit Vigneron à l’avenir vous ferez bien d’être plus prudent et ne pas vous vanter d’un fait dont vous êtes incapable d’être l’auteur, parce que vous pourriez rencontrer d’autres personnes qui n’auraient pas la même indulgence. Les amis de notre blagueur le voyant si confus et ne sachant pas comment se tirer d’affaire, le forcèrent, pour réparer sa vantardise maladroite, à payer à dîner à toute la société il s’y prêta d’assez bonne grâce, ce qui lui coûta cent vingt francs. C’est le patron de l’établissement, qui vit encore, qui nous raconta cette amusante histoire, nous affirmant que c’était la première fois que Vigneron venait chez lui, et affirmant qu’il voudrait bien le revoir chaque jour. COMMENT, CE JOUR-LA, VIGNERON NE PARTIT PAS EN ANGLETERRE Vigneron avait trouvé un barnum anglais qui l’avait décidé à l’accompagner en Angleterre. Le jour fixé pour le départ, l’Anglais et Vigneron dînèrent ensemble et comme ils devaient prendre un train de nuit, ils firent, pour tuer le temps et gagner l’heure du dépari, d’assez nombreuses stations dans les cafés des environs de la place de la République. Ils finirent par échouer, vers une heure du matin, dans un débit, encore ouvert à cette heure indue, où ils prirent le coupde l’étrier. C’était à qui des deux amis réglerait cette dernière consommation, le porle-monnaie à la main; des individus à allures louches, qui étaient à ce moment près du comptoir, avaient remarqué la manœuvre des porte-monnaie et constaté qu’ils étaient bien garnis, aussi lorsque Vigneron et son Anglais sortirent du débit, ils ne s’aperçurent pas que les individus, au nombre de huit, les suivaient en se dissimulant de leur mieux. Arrivés entre le théâtre de l’ Ambigu et celui de la Porte Saint- Martin, sur un signal, les huit rôdeurs tombèrent sur Vigneron et l’Anglais. A cette attaque imprévue, les deux amis y font face courageusement, Vigneron avec ses pieds et ses poings, l’Anglais avec une canne plombée. Dans la mêlée, Vigneron reçoit de l’Anglais un coup de canne plombée, ce qui ne l’empêche pas de jeter par dessus la rampe du boulevard un des rôdeurs et quand la place fut nette, il descendit quatre à quatre les marches, ramassa le rôdeur sur la chaussée et le colla d’un formidable coup de poing contre le mur. Remonté sur le boulevard pour voir ce que son Anglais était devenu, il tomba entre les bras des agents. L’Anglais avait filé et des huit rôdeurs éclopés et rossés il n’en restait plus qu’un qui avait une bonne raison pour ne pas quitter la place, puisqu’il était mort. On emmena Vigneron au poste; lelendemain tout s’expliqua au commissariat Vigneron mis en liberté rentra à sa salle et n’entendit plus jamais parler de son Anglais. LES CHAPEAUX DE LOUIS VIGNERON Nous avions remarqué que lorsque Vigneron quittait le costume de salle, chemise de flanelle et pantalon de coutil (ce qui lui arrivait rarement), pour endosserla redingote, il avait Iechef couvert d’un superbe chapeau haut de forme dont les initiales M.C., marquées en lettres d’or sur la coiffe, nous intriguaient fort. Un jour qu’on le questionnait sur les initiales, il répondit qu’un sénateur se chargeait de le pourvoir de chapeaux et il raconta que le vieux Michel Chevalier, sénateur, son élève en boxe, lui avait confié qu’il en voulait fort à un de ses collègues du Sénatet que sans arriver à une voie de fait qui ferait scandale, il voudrait bien trouver le moyen de lui jouer un méchant tour. — C’est très facile, lui dit Vigneron, faites-lui le coup du chapeau ! Quand vous rencontrerez votre adversaire dans un couloir, tirez-lui un grand coup de chapeau, de façon à ce que l’arête du haut de votre chapeau vienne frapper votre collègue à la naissance du nez! La leçon ne fut pas perdue quelques jours après, le moment propice étant arrrivé, le sénateur reçut de Michel Chevalier un formidable coup de chapeau qui l’étendit sans connaissance. Personne n’y vit rien et le malheureux sénateur, revenu à lui, se figura avoir été frappé par une congestion. C’est depuis ce temps que Vigneron héritait des chapeaux du célèbre économiste. LA TABATIÈRE A VIGNERON Qui n’a pas connu cette grande boîte, de dimensions excentriques^ l’intérieur de laquelle les doigts de son propriétaire paraissaient ne pas pouvoir pénétrer et que les élèves faisaient remplir à tour de rôle? Quand Vigneron se trouvait en tête à tête avec un de ses intimes élèves, ou un ami, et voulait causer, il allait prendre lafameuse tabatière qui était toujours perchée dans quelqueendroit connu de lui seul. Eh bien ! comment allez- vous, Monsieur un tel ? Savez-vous quelque chose de neuf? en même temps il faisait sauter le couvercle et lui offrait une prise de tabac il en prenait une lui-même avec ses gros doigts et la portait à son nez en baissant le haut du corps en avant et en portant fortement la tête du côté gauche, comme s’il en voulût faire entrer tout le tabac dans la même narine, et la conversation commençait. Ah la bonne pâte d’homme que c’était ! 11 ne prisait ni ne fumait par habitude. Vigneron avait parmi ses élèves deux frères établis marchands bouchers à la Chapelle, jeunes gens très forts, surtout l’un d’eux. Quelque temps après avoir terminé leurs leçons de boxe, ils ins- tallèrent derrière leur étal une salle d’amateurs où se firent des exercices de force, de gymnastique et de la boxe. Ilsconviaient par petites affiches à la main les amateurs de la Villette, et particulièrement les bouchers de l’abattoir. J3ur une de ces affiches, il était dit qu’un des frères ferait plus fort que Vigneron, qu’il exécuterait le même exercice avec un haltère de 110 kilogs, au lieu de 88 kilogs. On vint prévenir Vigneron de ce qui se passait furieux il partit de suite les trouver et leur dit vertement sa façon de penser, ajoutantavec raison: «vous êtes bouchers, vous vivez de votre commerce et moi de mon métier, pourquoi donc par gloriole seulement, sans aucun autre profit, cherchez-vous à me porter préjudice et me diminuer dans l’esprit public ? Je vous défends expressément de faire figurer mon nom, surtout sur vos affiches, annonçant vos exercices, et comme le mal est fait pour aujourd’hui, je prétends que vous rétablissiez les faits par une nouvelle affiche, et ce soirdevant votre public déjà invité, j’enlèverai votre fameux haltère (ce qu'il fit), mais nous devons à la vérité de dire qu’il ne le fit qu’avec peine; on crut un moment qu’il n’y parviendrait pas. 11 s’y prit à trois fois, tandis que le boucher l’enleva du premier coup bien râblé, il était d’ailleurs plus jeune que Vigneron, qui, croyons-nous, avait déjà passé l’âge des exercices de grande force. Enfin les bouchers s’excusèrent et rachetèrent leur faute, tout involontaire, disaient-ils, en offrant un excellent souper, largement arrosé de vins généreux. Incontestablement Vigneron était un hercule coté parmi les plus forts, mais il était aussi de première force à la boxe et à la canne dont l’enseignement aurait pu être pour lui assez rémunérateur, sans se livrer en public aux exercices de force, ce qui lui retirait le prestige vis-à-vis de la société choisie, c’est-à-dire la classe riche. Mais il ne voulait rien entendre, et n’admettait pas que l’on fasse plus fort que lui. Nous disons il n’admetlait pas, c’est une simple réflexion et une opinion personnelle que l’on pouvait avoir de lui, mais ce n’était pas un homme à dire cela. Quand Charles Roussel fit le canon à l’Hippodrome, Vigneron fit tout pour arriver l’année suivante à obtenir un engagement. en faisant plus fort il réussit. Ensuite il proposa à M. Arnaud, directeur de l’Hippodrome, de faire un engagement avec lui par lequel il devait, dans un temps déterminé, faire le tour de la petite piste, un taureau sur son dos; il disait qu’il s’entraînerait tous les jours en prenant la bête toute jeune, il en avait la ferme conviction. On pèut juger par cela de la confianee qu’il avait dans sa force car il n’était ni poseur, ni blagueur il joignait à cela un jeu gracieux, toujours souriant sa physionomie était des plus sympathiques, ses mouvements étaient sans affectation et donnaient de suite le sentiment de sa force etde son adresse. Un soir, sortant d’un assaut, accompagné d’un ami, en passant rue de Bondy, cet ami lui proposa de faire une partie de pyramide ils étaient un peu surexcités par le champagne offert après la représentation. Cet établissement, situé rue de Bondy, était un vrai tapis franc, fréquenté par des souteneurs et la base pègre; c’était une souricière ouverte une partie de la nuit; c’était aussi, croyons-nous, le seul endroit où se jouait au billard ce jeu de pyramide avec 25 ou 30 petites billes de diverses couleurs. On pouvait y jouer plusieurs, comme à la poule; à part les habitués, on allait là plutôt par curiosité, comme chez le père Lunette, au Lapin blanc et chez Paul Niquet. Enfin deux ou trois étrangers ou habitués étaient de leur jeu; un de ces individus, taillé en hercule, discuta un des coups de Vigneron tous deux échangèrent quelques mots vifs. Un des types dit en parlant de Vigneron: «Tu ne te frotterais pas à celui-là, tout mangeur d’hommes que tu es. — Tu crois cela, ah malheur! tiens, regarde! et il allongea un formidable coup de poing à Vigneron qui l’esquiva et riposta d’un fameux coup de pied qui envoya rouler l’individu au bout de la salle. Le patron del’établissementsuivi de nombreux garçons intervinrent et conseillèrent à Vigneron de se retirer (ce qu’il fit), pendant qu’on ferait sortir l’autre par une autre porte. Comme Vigneron rentrait chez lui, en débouchant de la rue de Lancry, au coin de celle du Château-d’Eau, il vit de l’autre côté de la rue une bande de sept à huit individus dont l’un dit «le voilà, aux surins. Les couteaux brillèrent, les assaillants commençaient à traverser la rue Vigneron prit la canne de son ami, courut sur eux, frappa, en jeta deux à terre, puis enveloppé, il se dégagea en faisant des moulinets et des voltes sur quatre faces deux autres sont jetés à terre, tout cela avec la rapidité delà foudre;son amiarrivait, mais le restant delà bande prit la fuite à toutes jambes. Dans l’année 1861, nous nous trouvions en compagnie de Vigneron et d’un nommé Petit, professeur d’escrime et de boxe, il était petit comme son nom, mais un gaillard rudement solide; il avait, nous disait-il, une salle en Amérique. De passage à Paris pour divers achats, il nous raconta une anecdote, que, dans l’intérêt du lecteur, nous croyons bon de reproduire. Nous croyons que Petit n’avait pas de salle à Paris, qu’il donnait des leçons à domicile et dans les collèges il nous raconta en ces termes ce qui suit — J’avais, parmi mes élèves, des Américains de la Louisiane qui meconseillaient d'aller là-bas monternne salle, m’assurant quej’y ferais fortune; je leur répondis que mon ambition n’allait pas ju?que-là, mais comme mes leçons paraissaient se faire de plus en plus rares à Paris, je ne risquais rien d’espérer mieux, d’autant plus que je parle suffisamment l’anglais. Je me décidai donc, et muni de lettres de recommandation, je me rendis à la Nouvelle-Orléans, où je fus bien accueilli. Je passe tous les détails et péripéties de toutes sortes, pour aborder mon sujet. Voici mes débuts: accompagné d’un des Américains auquel j'avais été adressé, nous cherchions dans la ville un local convenable pour une salle de boxe et d'escrime je venais d’en arrêter un nous passâmes dans un quartier assez populeux, et nous entrâmes dans un bar où l’on nous servit de la bière; là, nous parlions de mon nouveau local, quand, dans un groupe placé comme nous près du comptoir, un individu, allongeant le bras, prit mon verre, en but la moitié et le remit à ma place. Je lui dis: Monsieur, vous vous êtes trompé, je suppose, ce verre était pour moi, à moins toutefois que ce soit volontairement et en vue d'une provocation, en ce cas nous allons bien voir. L’individu tourna le dos, froid, ironique, continuant sa conversation avec ses amis. Je dis au garçon ce verre est maintenant pour monsieur, donnezm’en un autre. L’Américain qui étaitavec moi me dit tout bas laissons ces gens pour ce qu’ils valent, je le reconnais, c’estun spadassin, un chenapan. Tout en écoutant, je guettai mon type du coin de l’œil tout à coup, il prend de nouveau ledernier verre apporté, y trempe ses lèvres et le remet à ma place il n’avait pas encore dégagé son bras, que je lui portais un maître coup de poing dans la figure (il fallait cette promptitude, car il était d’usage et admis à la Louisiane, que le seul geslede la main sur quelqu’un, malgré l’injure, autorisait à se servir de revolver) il tomba à terre évanoui, la mâchoire brisée. Avec un grand sang-froid je tirai de mon portefeuille une de mes cartes et j’ajoutai au crayon l’adresse de ma nouvelle salle et posant cette carte sur la poitrine du bonhomme, je dis s’il y a quelqu’un qui veuille prendre la défense de ce sacripan, voici mon adresse, je me tiens à sa disposition. Personne ne bougea. Une fois dehors, mon cicérone me dit bravo ! -mais il est fâcheux que, pour vos débuts, vous ayez eu affaire à cette canaille; il est la terreur du pays, il a déjà tué plusieurs adversaires en duel, ce sont des assassinats, car il n’y a personne ici de sa force à l’épée je répondis quand il voudra, je vengerai peut-être les autres il y a déjà un commencement, et puis c’est au contraire l’occasion d’être quelqu’un dans le pays. J’installai ma salle et fis beaucoup de publicité, aidé d'ailleurs par mon aventure qui courait déjà la ville, d’autant mieux que, paraissait-il, je l’avais si bien touché, qu’il était obligé de garder le lit. Enfin les leçons arrivaient en grand nombre il y avait trois semainps environ que cette affaire s’était passée, je n’y pensais plus, lorsque étant occupé à donner une leçon, le domestique vint me dire qu’un monsieur demandait à me parler de sui te j’abrégeai ma leçon et me rendis au salon. Dans le demi-jour, je ne reconnus pas le type. — Vous désirez, monsieur? Il répondit — «Vous ne me reconnaissez pas, je suis celui que vous avez si lâchement frappé. — Permettez, dis-je, vous m’avez insulté, je vous ai corrigé, nous sommes quittes. — Vous croyez cela! c’est ainsi que vous pratiquez l’escrime, vous avez peur d’un homme qui connaît son affaire !» — Je haussai les épaules en riant — Gela ne vous LA L50XE FRANÇAISE suffit pas, vous y tenez absolument. Je sentais la moutarde me monter au nez mais restais toujours maître de moi. — Allons ! dit-il, pas de phrases, il y a trop longtemps que vous vivez, c’est tout de suite, j’ai mes témoins, prenez les vôtres et partons! — Tout cela dit en criant; je le priai de parler moins haut. — Eh bien! oui, au fait; il serait bon de débarrasser Je pays de votre personne. Mon élève, homme sérieux et bien posé à la Nouvelle-Orléans, était encore à la salle; il accepta d’être mon témoin et d’en prendre un second en route ainsi qu’un médecin. Il proposa aussi, comme lieu de combat, sa propriété, aux portes de la ville et dont le grand jardin était très favorable à une rencontre. Une fois arrivés, nous primes nos dispositions de combat. Mon adversaire était plus grand que moi, sec, nerveux, il paraissait avoir une grande confiance en lui (parbleu d’après ses succès antérieurs). Malgré une méthode surannée, il tirait bien au début, mais fut ensuite visiblement troublé par un jeu probablement nouveau pour lui. Les premières passes furent terribles et témoignaient la haine de mon adversaire; nos deux épées s’engageaient avec une violence inouïe; sous l’impétuosité de mes attaques, je l’obligeai constamment à rompre, tout en ne faisant que des feintes, attendant le moment propice, car forcément, de la façon dont il procédait, il devait se fatiguer vite. Quand je vis qu’il avait dépensé une partie de ses forces en attaques inutiles et qu’une plus grande irritation allait se produire, je levai énergiquement la poignée de l’épée et la pointe ferme et droite, j’allai chercher sa poitrine avec une ardeur tout inattendue pour lui et qui le déconcerta. Il avait beau aller et venir, multiplier ses coups et fouetter l’air de son épée impatiente et furieuse, partout, de tous côtés il rencontrait mon arme; une suprême angoisse s’était emparée de lui, sa poitrine battait avec force, il ne parait plus que faiblement, mon épée lançait des éclairs, je ne lui laissai ni trêve, ni repos, et enfin, passant impétueusement à travers l’incertitude de ses parades, je me fendis à fond et lui plongeai ma lame dans la poitrine, près du cœur. Il lâcha son épée en tombant et me montra le poing en disant — Canaille, tu me paieras cela. Cinq minutes après il était mort. Dire le succès et la réputation que cette affaire me fit, n’est pas croyable, ceux même qui étaient ses amis, probablement parla crainte qu’il leur inspirait, en furent satisfaits. Mais je lui dois d’avoir fait plus vite mon affaire en lui réglant la sienne. J. CHARLEMONT C’est à Lesdain, petit village du département du Nord, qu’en 1839,1e 12 avril (minuit venait de sonner à l’église delà paroisse), Joseph-Pierre Charlemont vit le jour, ou plutôt la nuit on pourrait même dire qu’il ne voyait ni l’un ni l’autre, car à cet âge-là il ne voyait pas encore clair. Ses parents, mi-tisserands, mi-cultivateurs, n’étaient pas heureux.il y avait trois enfants: deux garçons et une fille, Charlemont était le plus jeune des trois. En 1810, ils partirent pour Paris, croyant y trouver la poule au pot, mais comme le bon roi Henri IV n’était plus à cette époque qu’un roi de bronze, paradant sur le Pont-Neuf, ils y trouvèrent la mi- sère,ce qui arrive généralement aux pauvres gens de la campagne qui se figurent qu’à Paris les alouettes tombent toutes rôties. Les chemins de fer n’existant pas encore, il fit la route en diligence de Cambrai à Paris, dans les voitures de Gaillard-Laffite et Cie dont l’administration était rue du Bouloi. Il a toujours cru se souvenir qu’en descendant de diligence, il avait vu des gardes municipaux à cheval ou des carabiniers avec leurs casques et leurs costumes étincelants, qui montaient la garde au Palais-Royal. Pendant 16 ans, il Habita dans le quartier du faubourg Saint- Antoine, rue de Charonne, n° 139, une vieille maison à deux étages, qui existeencore aujourd’hui, la famille habitaitledeuxième étage lambrissé. Comme ses parents n’étaient pas heureux, il fut élevé avec des pommes de terre et des torgnioles, c’est peut-être ce qui lui a donné un avant-goût de la boxe. Quoique né à la campagne, il était vif et ne manquait pas d’adresse; fort espiègle avec cela, il était toujours un des premiers lorsqu’il s’agissait de jeux remuants ou de quelques farces à faire. Il est vrai qu’il n’était pas seul de cette trempe, la graine de gavroche ne manquant pas à Paris. Les maraîchers du quartier en ont vu de dures leurs cloches et leurs châssis cassés avec des pierres, leurs citrouilles chipées, les sonnettes des portes ornées d’un chat vivant accroché par la queue, dérangeaient ces pauvres jardiniers qui croyaient toujours à des visites de clients. Que de pêches, de prunes ou de poires dévalisées et d’arbustes abîmés; mais aussi que de raclées, d’oreilles allongées! dame, c’est tout ce que pouvaient faire ces pauvres croquants, se payer sur la bête. D’autre part, ces pauvres petitsmioches n’avaient jamais de friandises à se mettre sous la dent, ni fruits, ni gâteaux; ils n’avaient pas même le nécessaire, toujours affamés, un boyau vide avec une place attendant toujours un cornet de pommes de terre frites, aussi Charlemont savait bien que le maître charron qui demeurait dans la maison, et qui lui permettait de jouer sur ses gros arbres, avait souvent besoin de faire tirer son soufflet de forge et d’envoyer chercher son tabac à fumer, il n’était jamais loin, et comme par hasard il était toujours là au bon moment, et surtout très vif à faire sa commis- LA liOXE FRANÇAISE sion d’abord ses vêtements ne le gênaient guère comme souliers, la chaussure du père Adam, un pantalon court à corsage, la chemise passant par la fente ménagée derrière pour les nécessités journalières, voilà pour le costume; une tète blonde rappelant une quenouille de chanvre emmêlée. Le plus important et ce qui le stimulait le plus, c’était le cornet de pommes de terre frites qu’il rapportait chaque fois, il savait bien que c’était pour lui, quoique le brave charron faisait semblant d’en manger une ou deux pour lui faire croire qu’il les avait envoyé chercher pour lui-même en lui remettant le cornet il lui disait petit, ne va pas auprès des autres, ils te les prendraient, mets-toi dans ce coin et mange le reste le reste c’était tout.Charlemont se régalait, mais ce qui le gênait fort, c’étaient les paillettes de fer enflammées qui sautaient de son côté pendant que le charron forgeait. Un jour allant à l’asile chez le père Eugène, faubourg Saint- Antoine, il s’arrêta rue de Montreuil pour jouer à la marelle, il déposa à terre son petit panier garni de deux petites tartines de beurre et fromage, blanc quand il voulut le reprendre pour s’en aller à l’école, le panier avait disparu et fut introuvable, ce qui ne le fut pas, c’est l’implacable tripotée en rentrant à la maison. Gomme instruction, le père Eugène montrait au* enfants à faire des petites constructions dans le jardin, avec des petits bouts de bois qu’il découpait avec son couteau. Souvent il envoyait un petit garçon lui chercher trois sous de tabac en carotte. Charlemont ne savait pas ce que c’était, il croyait que ce devait être très bon à manger, puisque le père Eugène en mettait dans sa bouche et le suçait, aussi dési rait-il pouvoir être appelé à faire la commission ce jour vint enfin et Charlemont, tout heureux, allait pouvoir goûter cette gourmandise. Le père Eugène lui donna trois sous il partit chez le marchand de tabac aussitôt servi, il sortit et entra dans une allée, prit dans le paquet un petit morceau qui avait parfait le poids, le mit vivement dans sa bouche et sortit dans la rue il fit une grimace affreuse et cracha le morceau, bien convaincu que ce ne pouvait pas être ça que le maître suçait. Un jour, dans la classe, étant au tableau d’alphabet, il vit le maître retirer quelque chose de sa bouche, et le jeter dans le coin du calorifère; cette fois, pensa notre gourmand, je suis bien sûr de ne pas m’être trompé il guetta le moment propice, alla ramasser l'objet et le mit de suite dans sa bouche, c’était la chique du père Eugène ! A partir de ce moment il n’insista plus, convaincu que c’était mauvais;_en s’informant du reste, il apprit que les hommes chiquaient le tabac. On était nombreux dans la famille Charlemont le père, la mère, trois filles et trois garçons, cela faisait huit; il y en avait trois petits, qu’il fallait ou bercer pour les endormir ou leur donner la bouillie, souvent on mangeait la bouillie, c’était plus tôt fait, puis on allait jouer. On s’esquivait quelquefois pour aller jouer, ruais on le payait en rentrant; il fallait aussi se mettre au rouet, pour dévider de la laine ou du coton, On ne pouvait pas aller jouer, c’était ennuyeux. La table était généralement garnie d’un grande soupière de soupe aux légumes, et quelquefois d’un morceau de fromage de brie, ou bien encore d’un grand plat de légumes fricassés. Quand le fond de la marmite avait un peu brûlé la fricassée, on appelait ça le gratin, c’était à celui des mioches qui l’aurait. Ce n’était pas bon, mais cela garnissait le ventre. Pour boisson, dans un coin de la chambre, le grand pot-à-eau, avec une jatte en terre dessus, jouant l’office de verre. Quand Pierre se levait de table pour aller boire, Paul disait apporte-m’en une jatte. Le dimanche, on mettait le pot-au-feu, on buvait une chopine de vin entre tous. Quelquefois, on montait à la barrière, ou bien on allait faire une promenade dans les champs on buvait une chopine, rarement deux, le vin n’était pas cher et il était bon, mais les salaires étaient très faibles. On ne rentrait jamais pompette. En ce temps-là, il n’y avait pas d’eau dans les maisons il y avait bien des puits, mais l’eau n’était pas potable, il fallait l’aller chercher loin, à la grande fontaine du coin de la rue Basfroid, à au moins mille mètres de la maison. C’était dur pour de jeunes enfants contraints de porter deux seaux d’eau, surtout l’hiver, les mains étaient gelées, l’eau se répandait sur les jambes. Il y avait bien quelquefois un Jean Valjean quelconque qui vous portait un peu vos seaux, mais c’était rare. Les charbonniers vendaient bien de l’eau, mais les malheureux ne pouvaient pas en acheter. Aujourd’hui c’est le contraire, c’est du vin que vendent les charbonniers, mais les pauvres ne peuvent pas en acheter. Lorsqu’on déménageait, il n’y avait pas besoin de déménageurs ni de voitures, toute la maisonnée était de lafête, petits et grands. Le trop simple mobilier était transporté à bras (gare la casse). Gela ne coûtait pas cher, mais quelles suées et quelles courbatures, il y en avait pour huit jours à se remettre de cet assaut. Nous avons dit plus haut que dans la maison habitée par la famille Charlemont, il y avait un puits garni de sa grosse corde en écorce et de son seau de bois en forme de petit baril. C’était là, hiver comme été, le cabinet de toilette du père et des trois fils. Un jour après s’être bien lavé la tête de savon noir, et pour se rincer, Charlemont avait introduit sa tête dans le seau, mais voulant la retirer il ne put y parvenir, et commençait à s’asphyxier, lorsqu’il eut l’idée de se rouler à terre. Une bonne femme, qui se trouvait près de là, vint à son secours, le releva avec son seau toujours sur la tête, mais l’eau s’étant écoulée il pouvait respirer. On ne pouvait toujours pas lui retirer la tête du seau il fallut que le père Golpin, le menuisier, démolisse le seau en le sciant, pour pouvoir délivrer Charlemont de sa gênante coiffure. C’eût été drôle de le voir se noyer dans un seau d’eau, lui qui était déjà fort nageur et qui ne trouvait pas la Seine assez large. Si les liards étaient rares, les sous l’étaient encore plus; Charlemont n’en désirait pas moins jouer aux billes et à la toupie. Alors quand sa mère lui envoyait chercher un sou d’oignons ou de poivre, il se faisait bloquer les billes par un autre, espérant gagner, mais n’ayant pas de chance, il perdait toujours, l’autre ramassait le sou, et lui, les huit billes; les oignons étaient sortis, mais il fallait rentrer à la maison, alors les torgnioles pleuvaient, la mère allait reprendre le sou à l’autre en lui rendant ses huit billes. Le plaisir n’était pas de longue durée pour notre gamin. Une autre fois c’était une toupie qu’il avait trouvée etqu’on venait réclamer presque aussitôt à ses parents; nouvelle distribution. Lorsqu’il avait le bonheur d’en posséder une pour de bon, il lui manquait un fouet pour la faire marcher, cela coûtait un sou, il ne l’avait pas l’épicier d’à côté en avait bien un paquet pendu à sa porte, il était facile d’en prendre un, il n’y avait qu’à tirer, mais ce qui n’était pas facile, c’était de ne pas faire remuer les autres, qu’on apercevait alors de l’intérieur du magasin ne songeant pas à cela, notre gosse se sauvait, entraînant le fouet il était à peine rentré chez sa mère, tenant encore en main le corps du délit, que l’épicier, un être importun, venait réclamer sa ficelle, encore une ration de taloches et ainsi de suite. Au premier étage de la maison, il y avait un ménage de gens très bien, le père petit employé de l’Etat, achetait souvent des jouets à ses petits garçons qu’il ne laissait jamais jouer avec les autres petits vauriens comme Charlemont. Il avait acheté pour ses petits garçons une belle comédie. Un jour notre gavroche, descendant l’escalier, aperçut la porte des voisins du premier ouverte, il entra et vit dans un petit cabinet, la fameusecômédie. Sans hésiter il s’installe et joue avec la belle comédie, parlant à haute voix aux petits pantins qu’il faisait danser! un accordéon se trouvait sous sa main, ravi de la nouvelle trouvaille, il se mit à faire delà musique à tour de bras, lorsque tout à coup il lui tomba, à titre d’accompagnement, pour ses goûts artistiques, une grêle de calottes sur les oreilles. C’était la ménagère de l’appartement des gens bien, qui ne pouvait admettre qu’un petit vaurien entrât dans son appartement et y jouât la comédie en musique avec les jouets de ses chers enfants. Il prend ses jambes à son cou, se sauve chez lui le petit malheureux croyant y être à l’abri, sous la protection de ses parents, il se trompait, la dame du premier ayant à peine raconté le crime du môme, qu’une seconde grêle de calottes lui tomba sur la tête, celle-là lui fut infligée par sa mère qui pensait que la première ne suffisait pas, et puis elle était peut-être convaincue que cela ferait plaisir à la dame bien du premier, en lui montrant qu’elle n’encourageait pas ses enfants à mal faire. Le propriétaire de la maison était aussi grêlé que méchant il ne pouvait souffrir les enfants dans sa cour, aussitôt il leur donnait la chasse et nos oiseaux se sauvaient en criant à pleins poumons et en se moquant de lui. Lorsqu’il pouvait en attraper un, il le réglait pour les autres en lui allongeant les oreilles, mais il avait fort à faire, c’était, entre eux et lui, une guerre acharnée, dans laquelle il n’était pas toujours vainqueur. Ils lui en faisaient voir de toutes les couleurs.il y avait deux cours séparées par une grande porte avec portique on pénétrait dans la première par la porte de la rue, et dans la seconde, par la porte au portique; dans cette dernière demeurait le propriétaire, à un premier, auquel on arrivait par un escalier de bois scellé au mur. Les gamins faisaient exprès du bruit pour le mettre en colère et se sauvaient le grêlé les poursuivait à toutes jambes, et au moment où il passait sous le portique, il recevait sur la tête une vieille marmite en terre remplie d’eau, que les gamins avaient préalablement placée en haut de la porte celle-ci en s’ouvrant faisait tomber 1a. marmite. Une autre fois, à la nuit tombante, c’était une corde qu’ils avaient attachée en travers de sonescalier,puis ils faisaient leur charivari et le proprio ne manquait pas de descendre quatre à quatre, se prenant les pieds dans la corde, et palatrac, vous voyez d’ici la jolie culbute, et les gosses de rire aux éclats. C’étaient des pièges à l’infini, à tel point que las d’être toujours dupé, il ne se dérangeait plus de peur de tomber dans de nouvelles embûches. Les gamins purent alors jouer tranquillement dans les cours; le grêlé se rendit, il était vaincu. Les vignes de Charonne, les belles pêches de Montreuil et les succulentes reines-claude de Bagnolet, recevaient souvent les visites de notre petit maraudeur les attentions touchantes qu’il portait à ces beaux fruits, jusqu’au moment où ils étaient mûrs, auraient pu faire croire qu’ils étaient sa propriété, il n’est pas bien sûr qu’il ne le croyait pas lui-même. Il paraît qu’il ne fut jamais pris, ce n’est pas qu’on ne lui fit pas la chasse plus d’une fois. Un jour entre autres, étant entrés à plusieurs gamins dans une vigne, pour goûter si le raisin était mûr, un paysan les aperçut et vint se placer près de l’ouverture, ayant à la main l’échalasque ceux-ci avaient arraché pour passer il se cacha et les attendit, mais nos maraudeurs le virent et comme ils ne pouvaient passer que par le même chemin, ils s’y décidèrent, en passant l’un après l’autre, par intervalle, mais avec une vitesse telle, que trois y passèrent sans être atteints. Le paysan tenant à deux mains son échalas levé au-dessus de satête, frappait à tour de bras et aurait brisé en deux les reins des mômes s’il les eût atteints; heureusement qu’à chaque fois, il frappait trop tard et à terre. Les trois autres avaient eu le temps de faire le grand tour et de s’échapper. Quant à poursuivre les gamins, il ne fallait pas y songer, autant vouloir courir après la lune, ceux-là avaient comme bicyclettes leurs pieds nus. Un jour qu’il avait fait une razia fructueuse, il eut l’idée d’aller sur les fortifications pour être bien à son aise, à se délecter; au moment où il se disposait a se régaler, quatre pioupious, qui faisaient une ronde, se mirent à sa poursuite. Croyant qu’on allait l’arrêter à cause de sa maraude, il commença à battre en retraite à toute vapeur, mais ses jambes n’étaient pas aussi grandes que celles des troupiers, et puis ils le cernèrent. Serré de près et se voyant pris, il monta sur le sommet et descendit le talus qui s’arrête en haut du mur d’enceinte mais avec une telle rapidité qu’il ne put s’arrêter il eut assez de sang-froid pour poser les pieds sur le mur, assurer son point d’appui et sauter en bas dans le fossé. La hauteur des murs des fortifications est très élevée. Heureusement qu’à cette placeil avait été déposé des ordures et du fumier, qui tout en ne diminuant pas sensiblement la hauteur, diminuaient la dureté du sol, dureté d’ailleurs relative dans le fossé. Il ne se fit aucun mal et resta un moment étourdi de ce saut extraordinaire etaussi du danger auquel il croyait avoir échappé. Les soldats étaient fort effrayés d’avoir été la cause involontaire de ce qu’ils croyaient être un accident, ils n’avaient voulu que chasser l’enfant de dessus les fortifications, puisqu’il était défendu d’y monter. Ils coururent jusqu’à la porte de Montreuil, descendirent dans le fossé et trouvèrent le môme qui, à leur vue, crut avoir échappé à un danger pour retomber dans un autre. Ils le rassurèrent en lui expliquant sa méprise et en lui faisant presque des excuses de lui avoir fait involontairement courir un danger lui se trouva assez satisfait d’en avoir été quitte pour la peur. 11 rentra assez tard, la nuit tombait* il déposa sur la table une partie de son butin et raconta non sans une pointe de fierté le saut qu’il avait fait; ses parents s’attendrirent et ne le battirent pas, les fruits étaient si savoureux, qu’on lui accordait un certain mérite pour le choix qu’il avait fait. Ces fruits ne furent peut-être pas étrangers à l’apaisement des parents qui eux aussi se régalèrent. On le trouvait fort espiègle, mais on avouait qu’il ne manquait pas d’intelligence. Aussi résolut-on de le mettre à l’école communale, chez le père Maltaire. C'était une excellente école communale celle que dirigeait M. Maltaire, rue de Charonne, et qui se trouve actuellement rue Keller. Nous ne croyons pas qu’il en ait existé d’autres aussi bien tenues, avec autant d’ordre et de discipline, tout y était organisé militairement. Nous pensons ne pas nous distraire du cadre de nos souvenirs, en en donnant une description aussi complète que possible. Le maître était vraiment un homme sérieux, capable, ayant une grande influence sijr tous et inspirant le respect le plus absolu. Cinquante ans environ, détaillé moyenne, gras, ventre rebondi, tête presque chauve, couronnée des tempes à l’occiput par des cheveux 'presque blancs; complètement rasé, sauf deux petits favoris également blancs, figure fraîche, honnête et sévère. Comme costume, il portait toujours le pantalon et la jaquette noirs, gilet blanc, cravate blanche, pantoufles de cuir noir, d’une propreté exemplaire. L’établissement se composait au rez-de-chaussée, d’un préau de forme rectangulaire, d’une grande cour sablée et plantée d’arbres; au premier éfage, la salle des classes, plus longue que le préau. L’école pouvait contenir trois cents élèves. Le préau était entouré d’une petite banquette pour permettre aux élèves de s’asseoir à un mètre au-dessus, une planche pour placer les paniers à provisions. Deux grandes banquettes doubles et à dossiers divisaient le préau en trois parties, dans la longueur; celle du milieu plus large que les autres. Sur un des côtés et vers le milieu un bassin en pierre avec robinets d'eau. Au fond à gauche la portedu jardin et un peu plus loin, dans le coin gauche, les cabinets et les urinoirs. Dans le fond et au milieu, un largo escalier qui, plus haut, se divisait en deux parties formant un Y, conduisait à la classe par deux portes placées l’une à droite, l’aulre à gauche. En entrant, de suite à droite ou à gauche l’estrade, au milieu de laquelle était le pupitre du maître à droite et à gauche, CA BOXË FRANÇAISE les pupitres des moniteurs généraux. La classe était occupée pour les deux tiers au moins dans toute sa longueur et dans le milieu par des rangées de tables pupitres avec leurs banquettes fixes, il y en avait de trois dimensions, pour les petits, les moyens et les grands. Un passage était ménagé au milieu et d’un bout à l’autre de la classe. Autour de la classe, à distance égale sur le mur, des tableaux noirs; devant chacun d’eux ét^it incrusté, dans le parquet, un demi-cercle de fer, servant à placer une dizaine d’élèves devant chaque tableau. Au bout de la classe, une porte conduisait à l’appartement du maître. Quand Mme Maltaire (une bonne personne) passait dans la classe, les enfants étaient contents, ils allaient lui souhaiter le bonjour. Dans le jardin qui servait pour les récréations, il y avait un portique avec ses agrès pour les exercices de gymnastique; à cet effet, un professeur venait deux fois par semaine pour exercer les enfants. L’ouverture de l’école se faisait à 8 h. 1/2, mais les élèves pouvaient entrer à partir de 8 heures et attendre dans le préau. A 8 h. 3/4, le maître descendait du grand escalier, grave, imposant; tout bruit cessait alors, on aurait entendu voler une mouche. Les élèves se plaçaient alignés tout autour du préau, les manches des vêtements retroussées jusqu’aux épaules, le pantalon relevé au-dessus du genou les bras allongés en avant, les mains ouvertes, le mouchoir de poche apparent. Aussitôt l’inspection de propreté commençait. Le maître, accompagné d’un moniteur général et de deux autres moniteurs, passait d’abord devant et ensuite derrière les rangs, regardant de haut en bas, la figure, le cou, les oreilles, les bras et les mains, ensuite les jambes et quelquefois les pieds. Lorsqu’un élève avait oublié de se laver, on l’envoyait au bassin, où un moniteur de service le débarbouillait ou le faisait débarbouiller avec une grosse éponge destinée à cet usage. Un autre moniteur était chargé d'accompagner chez eux ceux qui n’avaient pas nettoyé leurs chaussures, afin de les leur faire cirer. Un moniteurqui suivait l’inspection avait pour devoir de prendre note de ceux qui avaient oublié leur mouchoir de poche et d’aller chez les parents le chercher. L’inspection terminée, les élèves se rangeaient par classe, et montaient dans la salle d’étude. Les cours commençaient à 9 heures. Il y avait des moniteurs généraux, des moniteurs aspirants et de simples moniteurs. Le maître se chargeait de l’instruction des moniteurs généraux, ceux-ci de la première classe les moniteurs aspirants de la 2e classe et les moniteurs de la 3e classe. Gomme on le voit, il n’y avait en réalité de professeur que le maître, accompagné des moniteurs généraux qu’il avait formés; en dehors de l’instruction qu’il leur donnait, il ne faisait que surveiller l’ensemble des cours. Une fois montés dans la classe, les élèves se plaçaient à leurs pupitres, on faisait la prière et on commençait les cours. Ceux-ci comprenaient l’écriture, la grammaire, l’histoire et la géographie. A chaque rangée de pupitres, il y avait un moniteur chargé de la surveillance des élèves et de faire les corrections. Les moniteurs généraux étaient répartis dans chaque classe pour la correction des leçons, Lorsque le cours était terminé, le moniteur distribuait un bon point au plus méritant de sa rangée. C’était le plus souvent un de ses camarades qui obtenait le bon point (Partout le favoritisme). On allait ensuite se placer en demi-cercle devant les tableaux noirs qui entouraient la classe. On y faisait la lecture, l'arithmétique et la géométrie. Un moniteur à chaque tableau dirigeait le cours à la fin duquel l’élève qui se trouvait le premier du groupe recevait un bon point. Toutes les marches et changements de cours s’exécutaient en chanlantdeschants moraux et patriotiques. Dans ce cas les élèves marchaient en file, l’un derrière l’autre, les deux mains placées sur les épaules de celui qui précédait. Un moniteur monté debout sur un banc, une baguette à la main, était chargé d’indiquer le titre de la chanson, de donner le ton avec le diapason qu’il tenait à la main et débattre la mesure avecla baguette, sur une planche placée à cet effet sur le pupitre. Pendant les cours, un moniteur général avait la surveillance et la police de la classe un second moniteur avait pour fonctions de se promener dans toute la classe et de délivrer des petites marques en bois à ceux qui en demandaient pour satisfaire un besoin. Il y en avait pour les cabinets et pour les urinoirs. Un autre moniteur était de garde aux cabinets et avait pour attribution de ne laisser entrer que les élèves munis de la petite marque en bois indiquée ci-dessus il la retirait à l’entrée, et la remettait à la sortie. Cette mesure avait pour but de ne pas laisser flâner les élèves en dehors des cours d’étude. A midi, on descendait au préau pour dînera les uns mangeaient ce qu’ils avaient apporté de chez eux, dans leurs paniers les autres pour un sonde petites gamelles contenant, soit des haricots, des lentilles, pois, pommes de terre en purée ou à l’huile, des pruneaux ou une tablette de chocolat. La mère Botte, la concierge'de l’école, avait ce petit monopole elle étslit aidée par son mari, un grand diable qui avait été soldat dans la garde royale il avait un œil crevé, et un doigt de moins; il chiquait et bien des fois on disait qu’il avait laissé tomber sa chique dans les lentilles, parce qu’elles sentaient le tabac. Charlemont ne connaissait pas beaucoup le goût des légumes, car lorsqu’il avait un sou pour son dîner, il n’attendait pas midi pour le dépenser. Le matin, en allant à l’école, il s’arrêtait chez la mère Aubry, rue Saint-Bernard, il achetait un sou de crottes de biche (on en avait 12) ou bien un petit singe montant au mât de cocagne, ou encore, une image. A midi il mangeait son pain sec, à moins toutefois, ce qui arrivait assez souvent, qu'un de ses petits camarades l’invitât à partager son dîner. En échange, il lui promettait sa protection au cas où un autre voudrait lui faire du mal. En été, le moniteur désigné pour le bassin et le lavage des élèves était chargé de distribuer à ceux qui avaient soif de l’eau mélangée de vinaigre. Après le dîner, on passait dans le jardin, c’était la récréation. Souvent le maître choisissait parmi les plus habiles et leur faisait faire des exercices et des jeux, il donnait des bons points pour la course et les sauts. C’était un brave homme. La récréation terminée, on remontait à la classe, toujours en chantant, et on reprenait les études. A quatre heures, on faisait de nouveau la prière, mais cette fois on chantait, soit le domine fac salvum Philippum, soit lefac salvam rempublicam, ou Imperatorem,cela dépendaitde la forme du gouvernement. Nous avons assisté à un de ces changements, aujourd’hui on chantait le premier, demain le second. Ensuite chacun s’en retournait chez soi. Le père Maltaire avait une palette, il la nommait le juge de paix. C’est avec elle qu’il tranchait tous les différends; elle avait à peu près la forme d’un cuira rasoir, avec une langue de cuir au bout (ça pinçait dur). Il poussait le luxe de la faire faire soit en palissandre, soiten acajou le plus plaisant, c’est que c’étaient les parents des élèves qui étaient ébénistes qui fournissaient la palette au père Malt aire, à titre de cadeau. En dehors de la distribution annuelle des prix, tous les trimestres il y avait des récompenses, qu’on donnait en échange des bonspointsobtenuspendant le courant du trimestre. C’étaient des objets pour écrire, pour s’amuser et aussi des vêtements. Tous les ans, le maître prenait des vacances. Son remplaçant, un M. Tasdecrin, dont la figure était grêlée comme une écumoire, était aussi méchant qu’il était laid, ce qui n’augmentait ni son influence ni son autorité sur les élèves il est vrai que ceux-ci ne faisaient rien pour gagner ses sympathies, il n’y avait pas de farces qu’on ne lui fît. 11 avait, en guise de palette, une baguette de jonc qui cinglait fort les doigts. On avait imaginé que de l’ail frotté dans la main ferait casser la baguette, on se faisait punir exprès pour expérimenter le système, mais on ne réussissait qu’à se faire faire plus de mal encore. En résumé c’était une excellente école, qui a du reste produit de bons et savants élèves (il n’est pas question de Cbarlemont, bien entendu). Nous nous souvenons que d’anciens élèves occupant certaines situations venaient rendre visite au père Mallaire et le remercier de ses bons soins. Ainsi un homme seul pouvait instruire trois cents élèves, c’est merveilleux. C’était une belle et excellente école que celle du père Maltaire, rue de Charonne, mais pour Charlemont, qui avait un tempérament spécial, elle ne valait pas les belles baignades des Deux Lions, un charmant petit endroit sur les bords fleuris et pittoresques de la Seine, entre Bercy et Charenton, là il était permis de s’y bai- gner. En lace, était le magnifique château de Bercy, au milieu d’un immense parc très boisé, où on allait cueillir des noisettes, dénicher des nids de pinsons et couper des baguettes de noisetiers pour faire des rossignols. Cinq jours sur six, c’est là qu’il allait à l’école, l’été. C’est vers l’année 1860, que l’on commença à démolir le magnifique château de Bercy, que l’on vendit ses boiseries splendides, ses marbres précieux, ses tableaux de haut prix et sa riche bibliothèque, et que l'immense parc, dessiné par Lenôtre, fut mis en coupe réglée. Le tout: château, meubles et boiseries, parc èt futaies, au prix d’ailleurs énorme et capable pour bien des gens de calmer toutes les douleurs, au prix de 10.500.000 fr. M. Péreire et le Crédit mobilier durent acheter d'abord au prix convenu de 9.500.000 francs. Un simple délai de réflexion fut demandé pour 24 heures par M. Péreire, et pendant ces vingtquatre heures tout lui échappa. Une société, dont faisaient partie MM. de Morny et Aucouston, celui-ci menant l'affaire, arriva, et marché fut conclu pour A peine cette vente était-elle faite que les plus beaux bénéfices se réalisaient par te morcellement des terrains Déjà l’on m’assure, écrivait, le 15 juillet 1860, un reporterde Vlndépen- dance belge, que les acquéreurs ont vendu pour plus de 12 mil- lions de terrains et qu’il leur en reste pour plus de 15. Le propriétaire était M. de Nicolaï, comte de Bercy. 11 n'y venait guère, mais il v tenait beaucoup, et il fallut, pour le décider à cette vente, que le chemin de fer de Vincennes vînt à traverser son parc et effleurer son château jusqu’au perron (1). Une fois, il y eut un mois de vacances pour réparations à l’école, il n’en dit rien à la maison, mais le trentième jour il prévint ses parents qu’il n’y avait pas d’école le lendemain les parents, qui doutaient, allèrent s’informer à l’école; là ils apprirent qu’il y avait un mois que les vacances duraient; notre écolier avait passé un mois aux Deux Lions à prendre des bains (comme un bourgeois), aussi était-il devenu fort nageur. (1) Chroniques et légendes des rues de Pans, par Edouard Fournier. Cette fois, il fut conduit à l’école par son père, qui, en présence des autres élèves et du maître (qui s’interposa), lui administra une correction complète il se consolait en pensant qu’il savait piquer des têtes, faire la planche et tirer sa coupe. L’hiver c’était le canal Saint-Martin, pris par la glace, qui était le lieu de ses distractions et qui l’attirait là encore, il trouvait des jouissances inconnues à l’école du père Maltaire, en même temps c’était aussi pour lui une source de taloches, car à force de glisser sur le canal et de donner le coup de patin, ses sabots se trouaient et se cassaient en un rien de temps. Lorsqu’il n’.y avait pas de glace, on montait sur des radeaux, des plats-bords servant de communication, du bord de l’eau aux bateaux; c’était amusant, maisaussi gare en rentrantà la maison, les sabots cassés, les vêtements mouillés, la mère n'entendait d’autres raisons pour les raccommoder et les sécher, qu’une bonne râclée, ce qui n’empêchait pas d’en recevoir une seconde quand le père rentrait le soir et que la mère lui avait fait le récit des exploits de son fils pendant la journée. Lorsqu’il croyait avoir droit à une correction, il ne rentrait que le soir, au moins il n’en recevait qu’une, quelquefois elle pouvait compter pour deux, mais il aimait mieux cela. Un soir que ses parents se désolaient de ne pouvoir rien en faire, il leur avoua qu'il préférait travailler (c’était un précurseur de ses aptitudes), parce qu’on gagnait de l’argent et qu’on pouvait alfer le dimanche aux Funambules voir jouer Débureau, Vautier et Deruder. Le père Gharlemont prit avec lui son fils à l’atelier, il lui fit garnir sesnavettes, puisil trouva un brave tisserand qui voulut bien le prendre avec lui et lui faire pousser la navette; il lui donnait 50 centimes par jour. L’ouvrier était content de l’enfant, et lui donnait 5 sous de pourboire, le dimanche les parents s’empressaient de lui prendre son argent et de le mettre de côté pour, soi-disant, acheter une belle blouse au gamin comme les ventres étaient plus pressés que la blouse, on achetait du pain. On essaya de le mettre à l’école du soir, chez les frères; malheureusement il y avait, tout à côté de l’école, la mère Boivin qui vendait des pommes de terre frites, qu’on mangeait dans une petite salle, où l’on fumait aussi des feuilles de noyer ou de tilleul; on s’y amusait bien jusqu’à 10 heures, l’heure de la sortie de l’école. Comme Charlemont ne pouvait pas aller à la messe le dimanche puisqu’il travaillait jusqu’à midi, on le raya de l’école, il ne la regretta que pour la petite salle de la mère Boivin. A cette époque, à Paris, le travail était dur pour les enfants; dès 7 ou 8 ans on les envoyait à l’atelier, un morceau de pain sous le bras et 4 sous dans la poche, 2 sous pour déjeuner à 9 heures, 2 sous pour diner à 2 heures. On commençait à 6 heures le matin et on finissait à 10 heures le soir, hiver comme été il fallait partir de bonne heure car il y avait loin, pour aller à l’atelier. Paris a toujours été grand pour les malheureux, et se coucher tard c’était dur pour des enfants de cet âge. La mère donnait à son fils une veste d’artilleur qu’on lui avait donnée et qui lui descendait sur les jarrets, les manches dépassaient ses mains de 25 cent.; l’enfant paraissait tout honteux d’être affublé ainsi et hésitait à s’en aller; alors la mère lui disait Va, mon fieu, tu n’auras pas froid avec ça et le môme partait. L’hiver était rude, il y avait près de 6 heures de veillée; on allumait les quinquets vers 4 heures. Quand les enfants fatigués sommeillaient, les patrons les réveillaient avec une bonne calotte ils n’étaient ni humains ni doux de ce tempslà, ceux qui occupaient les enfants; en revanche ces pauvres petits mioches ne les aimaient pas et paraissaient déjà prendre en grippe la société qui les traitait si mal. Si faibles qu’ils étaient, ils acceptaient la lutte et ils étaient souvent vainqueurs, ils se vengeaient comme ils pouvaient. Le moment où l’on allumait les quinquets pour la veillée durait de 15 à 30 minutes, suivant que les ouvriers mettaient plus ou moins de temps pour boire leur demi-setier; pendant ce tempslà les gamins allaient flâner près de la barrière où ils trouvaient presque tous les jours deschopines de vin à passer. Voici comment ils procédaient On avait le droit de passer à la barrière une seule chopi ne parpersonne; ceux qui voulaienten passerplusieurs s’adressaient à un gamin qui se trouvait toujours présent avec intention, car son flair le trompait rarement. — a Veux-tu me passer une chopine, mon petit garçon? — Oui, madame. »La personne passait la barrière, descendait le faubourg du Temple, et allait attendre un peu plus loin le gamin et la chopine; elle le remerciait simplement. Le gamin passaitalors la barrière, prenait à gauche le chemin de ronde, allait repasser en dehors à la barrière de l'Orillon, qui se trouvait à 150 mètres environ de là, où il vidait la chopine avec ses camarades qui l’attendaient. La dame aussi l’attendait, mais vainement. Comme ce manège se répétait souvent, les personnes qui avaient été dupes rencontraient quelquefois les gamins, qu'elles pensaient reconnaître et les interpellaient! — Ce n’est pas toi, mon petit garçon, à qui j’ai remis une chopine hier soir pour la passer à la barrière?... Quelle naïveté, comme si le gamin allait dire oui la réponse était toute prête ! — Non, madame, ce n’est pas moi ! — Mais il me semble bien te reconnaître! — Vous vous trompez !... d’ailleurs maman ne veut pas que je fasse des commissions... La farce était jouée à qui le tour? Nous disions que les ouvriers qui occupaient des enfants n’étaient pas très bons, c’était sans doute l’époque qui voulait cela, car aujourd’hui on se garde bien de maltraiter les enfants. Il y eut dans la partie du châle (métier Jacquart) un individuqui était bien connu pour sa brutalité, il lançait avec force et de travers les navettes qui piquaient les doigts des enfants et déterminaient des panaris. Les parents ne disaient rien. Il fut pourtant condamné à plusieurs années de prison pour avoir tué un enfant en le frappant cela ne l’avait pas adouci, car il était toujours aussi brutal qu’avant, Charlemonten sait quelque chose. Un jour un patron qui occupait six ouvriers et autant de gamins déménagea son atelier et occupa ouvriers et gamins à cette corvée. Il chargea ces derniers de traîner une voiture à bras, chargée de pavés utiles pour les métiers notre futur professeur se trouvait aux brancards; à un moment la charge glissa brusquement en arrière, il en résulta des avaries à la voiture le patron la lui fit conduire à réparer et lui retint, sur sa semaine, les frais de réparation, 3 francs sur 7 qui lui revenaient. Du coup il n’osa plus rentrera la maison, c'était le dimanche, que faire?... Il alla à la fête de Belleville, voir l'homme sauvage (il n’avait pas besoin d'aller jusque-là pour cela), il faut bien se distraire quand on est seul et triste. Le soir, il alla aux Funambules pour quatre sous il mangea un chausson aux pommes, deux sous de marrons et un verre de coco, et après! il était une heure du matin, il fallait aller se coucher, il y alla, mais ce fut sous le péristyle de l’ Ambigu, où deux agents vinrent troubler son sommeil et le conduisirent au poste, de là chez le commissaire qui le questionna, fit venir son père, auquel il conseilla de ne pas maltraiter son fils, qui en somme avait été modeste en ne dépensant que soixante centimes dans toute sa journée. Pour faire la fête, c’était peu. La foire au pain d’épices, barrière du Trône, approchait; rien n’intéressait autant les gamins de Paris; c’était leur fête. On ne pouvait pourtant pas y aller les poches vides, il fallait avoir de l’os, au moins un sou; comment faire pour se le procurer? voilà! on démolissait des bateaux au bord de la Seine ou du canal, on ramassait les vieux clous et quelquefois un objet qui n’était pas un vieux clou, on le mettait avec, cela pesait plus lourd, le chiffonnier d’à côté donnait un sou, rarement deux, cela suffisait pour aller à la barrière du Trône. On aurait de la peine à s’imaginer ce que quatre ou cinq bambins ayant chacun un sou peuvent faire pour s’amuser dans une fête pareille. C’est un tour de force, un travail d’imagination, que seuls les gamins peuvent réaliser. Le sou était divisé autrefois en quatre liards nos cinq ou six fêtards partaient, décidés et joyeux, les yeux grands ouverts, leurs blouses aussi étaient ouvertes aux coudes et les pantalons aux genoux; leurs têtes blond filasse ressemblaient à des chardons, cela ne fait rien, ils marchaient en jabotant comme des pies et racontant tous ce qu’ils avaient fait l’année précédente cela les aidait pour la présente fête. Les voici arrivés. Ils viennent de loin, ils ont beaucoup marché et ont chaud et soif. Vite voilà le célèbre marchand de coco avec sa fontaine luisante, ses grands gobelets d’argent et sa belle sonnette. Un verre M’sieu, le gobelet mousse, il est appétissant, chacun se le passe et en boit une lampée, tout le monde est rafraîchi et cela coûte un liard. On gobe les parades, on regarde les jeux et les magasins, on jabote toujours, on est content. Mais on casserait bien une croûte, le marchand de pain d’épice est à côté quatre petits cochons ou un cornet de petits pavés, on boulote, on n’a plus faim. On va aller dans les bascules, pour cela on attend que le maître du manège vous appelle pour faire le poids on monte pour rien. Aux chevaux de bois, on fait la même chose, ou bien encore, on attend que tout le monde ait payé les places, s’il y a des chevaux de libres, on saute vivement dessus au moment où ils commencent à tourner, en ayant soin de ne pas se faire prendre, et en route !... Maintenant l’estomac est vide, c’est l’heure du dîner on sent l’odeur de friture, le marchand de pommes de terre frites n’est pas loin, vite deux sous de frites en deux cornets (on en a davantage), on se fourre de la graisse jusqu’aux oreilles, cela ne fait rien on a bien dîné avec deux verres de coco pour tous, cela fait le compte. Tout va bien, la fête bat son plein, un bruit d’enfer vous brise le tympan, ce sont les comédiens sur leurs estrades avec leur musique infernale. Il faut aller voir les lutteurs, les hommes forts ! Laroche, les frères Masson, Ancelin et Dubois de Saint-Denis, toutes les célébrités de l’époque. On s’approche tout près, la séance est commencée, on entend les... bravos ! l’amateur, et des... il n’y est pas! il y est, ce sont les luttes allons voir ça les autres, n’est-ce pas, ehMachin on cherche un trou à la toile de l’établissement, on en fait un s’il n’y en a pas, parfois on reçoit à travers la toile un énorme coup de poing sur le nez on saigne, la foule s’amasse, on discute, on dispute, on va se laver et c’est fini on a vu tout de même. On peut aussi passer sous la toile lorsque tout le monde est occupé à regarder et on sort par la même porte. On se place aussi sur l’estrade, tout près du barnumqui dirigela parade et fait l’annonce; il vous fait mettre sur la tête une grosse tête de carton pour faire la parade, alors il vous fait entrer pour rien dans la baraque, on a le soin en bon frère de lui dire M’sieu, mes camarades sont là ! — Eh bien! qu’ils entrent aussi, et alors tout le monde va à la comédie. C’est grande fête. Nous ne suivrons pas les gamins dans toute la fête, ce que nous savons, c’est qu’ils ne dépenseront pas leurs liards mal à propos en tirant àla loterie, ils savent très bien qu’on ne gagne presque jamais, ou alors c’est un objet qui coûte un liard et qu’on paie deux sous tout en gagnant. Cela n’a pas de charme, il vaut encore mieux deux sous de berlingots, on se régale et cela dure longtemps. Enfin avec un sou chacun, ils passent une des plus belles journées de leur existence et qui fait époque ils s’en souviennent toute leur vie. Si on s’amusait bien à la foire au pain d'épice, il y avait encore d’autres plaisirs qui avaient aussi leurs charmes et ne coûtaient rien. En sortant de l'école, .on se détournait de son chemin on allait à la Bastillle jouer dans le grand éléphant, dont parle l’illustre poète Victor Hugo, dansses Misérables. On racontait des histoires de voleurs qui vous donnaient lachairde poule. On affirmait qu’il en venait coucher toutes les nuits, que Fradiavolo en était le chef; on regardait où ils avaient bien pu laisser des traces, on croyait en voir partout dans les coins sombres, on avait des émotions. Mais en rentrant à la' maison ilétait tard, onfaisait connaissance avec le martinet et on allait coucher sans souper, c’étaient aussi des émotions. Place de la Bastille, on allait aussi voir le grimacier, qui vendait du poil à gratter et vous en fourrait dans les oreilles. Le casseur de cailloux, hein! s’il vous flanquait un coup de poing comme ça sur le nez, disait-on, est-ce qu’il vous l’aplatirait?... mince !Le père la Pêche nous avait aussi pour clients; on faisait lalulte à deux, nez à nez, bouche à bouche pour attraper le petit pavé en pain d’épice suspendu à sa ligne parfois il y avait un petit garçon et une petite fille qui luttaient ensemble, il fallait alors entendre les réparties du père la Pêche à la bonne heure ! jeune homme, vous avez au moins de la galanterie pour Mademoiselle, vous savez qu’elle a oublié son mouchoir et vous lui essuyez le nez avec votre langue en échange elle a failli vous mordre le nez tout à l’heure, et tant d’autres plaisanteries qui nous amusaient. Il nous faisait jouer le puits artésien, qui consistait à prendre quelques petits pavés dans une mesure de litre en bois, pendant qu’il frappait dessus avec une baguette de jonc. Des spectateurs nousen régalaient d’un cornet de temps en temps. C’était une aubaine, le père la Pêche nous disait alors ouvrezvos magasins, c’était les bouches qu’il voulait dire. On voyait aussi (toujours sur la place de la Bastille) l’homme aux pavés, mais ceux-ci n’étaient pas en pain d’épioe. Les escamoteurs qui faisaient disparaître Rotomago, dans une carafe, avec de la poudre de per- linpinpin ou celle de patagon, une poudre miraculeuse, qui avait la vertu de faire courir les filles après les garçons, comme les chiens après les coups de bâtons. On voyait aussi le chanleurdont le violon était faitd'une vessie, et pui s Beaumester qui composait et chantait ses chansons joyeuses et patriotiques, qu'un garçon ayant un œil crevé, accompagnait en tournant l’orgue de barbarie. La place de la Bastille paraissait être une fête permanente, celle du Château-d’Eau aussi. Là on voyait la baleine, à côté, des hercules enlevant des poids de 200kilogsà bras tendus, poids qui ne pesaient que quinze livres. Un qui était intéressant alors, c’était Pradier, l’adroit et l’inimitable bâton iste. Le tour quenousaimions le plus à lui voir faire, et qu’il exécutait si bien, c’était lorsqu'il plaçait debout sur son nez un bâton au bout duquel une pile de 50 pièces de 2 sous se tenait en équilibre d'une main, il donnait un coup de baguette sur le bâton, et les 50 pièces de 2 sous tombaient toutes sans exception dans le gousset de son gilet. Voilà un tour que nous eussions voulu pouvoir faire, parce que nous aurions eu desphénomènes en poche. On appelait ainsi unsou, par rapport à sa rareté dans nos poches. Les places de la Bastille, du Château-d’Eau, du Châtelet, de la Madeleine, du Pont d’Austerlitz, du Pont Neuf et les Champs- Elysées, étaient autant de lieux d’amusement pour les flâneurs, on y voyait de tout. C’étaient des jongleurs avec desplats, des poignards et des boules en cuivre des danseurs de corde qui dansaient aussi la polka sur des œufs; le cheval savant qui désignait Ja demoiselle la plus jolie et la plus amoureuse de la société c’était encore l’homme caoutchouc l’homme sauvage, capturé par le capitaine d’un bateau lavoir dans H le de la Grande-Jatte, qui mangeait du feu et des peaux de lapins; le petit bossu, qui faisait passer sa bosse par devant, moyennant la somme de dix sous; l’avaleur de sabres. 11 y avait aussi un individu qui faisait disparaître dans son nez de grands clous de charpentier. Plus inléressant était le marchand de plumes qui écrivait et dessinait fort bien avec son pied il n’avait pas de bras. Il y avait encore le montreur d’ours des Pyrénées les chiens et les rats savants, les chanteurs, les panoramas, les guignols, la lanterne magiqueet les somnambules qui disaient ce quevous aviez dans vos poches, pendant que d'autres dans la foule vous débarrassaient de votre bourse et autres objets. Au carnaval, à la mi-carême, on suivait les chars en courant, d’un bout à l’autre de Paris, toujours chaussés des souliers du père Adam, c’était moins gênant, on ne faisait pas de faux pas. On criait à la chienlit, on courait après de petits bonshommes de pain d’épice ou des poignées de dragées que les masques jetaient, on rigolait, on était heureux. Il y avait aussi, pendant le carnaval, le père Leroy, costumier dans le passage delà Boule- Blanche, bien connu des gavroches du faubourg Saint-Antoine, costumé et monté sur sa rossinante; on eût dit d’Artagnan faisant son entrée dans Paris. Il parcourait ainsi tout le quartier Saint- Antoine, suivi de plusieurs centaines de gamins qu’il faisait chanter Ah ! mardi gras, n’t’en va pas sans des crêpes, etc... Il leur jetait des dragées et les faisait pêcher à la ligne avec des pains d’épice et parfois des harengs saures. C’était une cohue et des bousculades impossibles. On était heureux à cet âge; ces plaisirs- là ne coûtaient rien le soir on rentrait à la maison, avec une faim, je ne vous dis que ça. On vous tortillait un trognon de pain sec, comme on eût fait d’une brioche, nul besoin de brosse à dents après c’était le temps des bonnes mâchoires. On allait aussi à la revue du Champ-de-Mars^ on vendait sa place, et puis au feu d’artifice, on rapportait des baguettes. Un autre vrai régal, c’était le petit théâtre du père Aucler, dans une boutique non louée, il y faisait noir comme dans un four, on jouait les ombres chinoises c’était la Tentation de saint Antoine, les Brigands de la Calabre. Lorsqu’on remuait la feuille de tôle qui servait de tonnerre, on frissonnait et on trouvait ça beau. Mais lorsqu’on avait quelques ronds, on se lançait dans le grand, on se payait le petit Lazari, un charmant petit théâtre, boulevard du Temple; on payait trois sous au paradis et huit sous aux premières loges. On y jouait de belles pièces Les Chiffonniers et les Balayeurs, la Lisette de Béranger, la Prise de Silistrie, pièce militaire en 10 tableaux, où l’on voyait un général, deux cosaques, une cantinière, un pékin et sa fille, et deux soldats français qui se trouvaient là on ne sait comment. Lors- qu’on n’avait pas le sou, on attendait à la porte, à l’en tr’ acte M’sieu, donnez-moi votre contre-marque, s’il vous plaît. Ceux qui ne voulaient pas remonter au théâtre nous donnaient leur contremarque. On voyait encore un peu la pièce. Avant l’heure d’entrer, il fallait faire la queue, si on voulait être des premiers et avoir les meilleures places. On ne s’y ennuyait pas à la queue on y voyait toujours de drôles d’incidents, on faisait la causette, on racontait les pièces précédentes, on les analysait, on faisait montre de connaissances et de goûts artistiques, on appréciait les acteurs. Chacun avait ses préférés moi j’aime mieux celui-ci, disait l’un moi, j’aime mieux celui-là, disaitl’autre. Puis le marchand de berlingots passait, le père la Prise avec ses sucres d’orge à 2 liards, 2 pour 1 sou; on prétendait qu’il prenaitses prisesde tabac au-dessusde ses sucres d’orge on assurait même qu’ils en avaient le goût, mais cela ne faisait rien, on les suçait et le temps semblait moins long. A l’intérieur, on se payait un petit pain au beurre ou un chausson aux pommes, on se régalait et on se garnissait l’estomac. Le marchand de coco était là aussi, car il fait soif dans les théâtres; à la fraîche qui veut boire? limonade fraîche et bonne, 2 liards le verre, 1 sou le carafon; on prenait le carafon parce qu’il tenait 3 verres, c’était une économie. C’est de l’eau de puits disait-on; on riait, on criait, on était content, c’était le bon temps, le temps des gosses ! Quand on était riche, on allait à côté de Lazari, au théâtre des Funambules, cela coûtait 4 sous; ce fut le théâtre favori de Charlemont quand il avait le sac il se payait les deux représentations du soir. On y voyait jouer Débureau, Paul Legrand et Kalpestry, dans les rôles de Pierrot; Deruder dans celui d’ Arlequin et Vauthier dans Polichinel. On y jouait de magnifiques pièces Pierrot en Afrique, Pierrot, marchand de salade, Pierrot et les deux lutins Pierrot valet de la mort. Fradiavolo, une pièce de brigands. 11 y avait de la musique, un orchestre d’au moins quatre musiciens. Débureau et Paul Legrand déployaient des prodiges de souplesse et d’agilité dans leurs farces et leurs trucs. C’était merveilleux, on en parlait pendant 15 jours. Le lendemain à la maison Charlemont représentait la pièce de la veille, forçait sa LÀ ËOXË FRANÇAISE m mère à faire Golombine et lui faisait subir les farces que la pièce comportait. Sa mère n’était pas très satisfaite de son rôle, elle riait et envoyait son fils promener en l’appelant l’Arlequin, nom qui lui resta, on ne l’appelait plus qu’ainsi dans la famille. Pendant ce temps-là, la politique ne chômait pas, paraît-il, car un jour on se trouva en révolution c’était le 24 février 1848. Alors plus rien à faire, les ateliers fermèrent, on ne travailla plus, il fallut pourtant s’occuper à quelque chose* Charlemont s’amusa à faire des barricades, mais comme on ne peut pas toujours en faire et qu’au tour il y avait des buttes de sablé, il valait mieux, avec ses petits camarades, faire des culbutes sur le sable, des sauts et aussi le poirier. Ce qui était très amusant, c’était le jeu de la carotte, qui consistait à faire une pëtite butte de sable, compacte, superposée d’un petit drapeau au sommet; à tour de rôle il fallait couperavec un couteau un petit morceau de la butte, et cela sans faire tomber le petit drapeau, sinon on était condamné à retirer avec les dents un couteau enfoncé? entièrement dans le sable, le bout du manche seul étant visible, C’était très amusant, maison ne pouvait cependant pas ne se livrer qu'à ce jeu-là. Heureusement, la révolution terminée avait fait naître dans le cerveau des petits Parisiens des idées belliqueuses, on se mit à faire la guerre. On se battait à coups de pierres, quartier par quartier, rue contre rue, école contre école, l’école des frères contre l’école communale qui n’était pourtant pas laïque à cette époque puisqu’on y enseignait la religion les écoles françaises contre les écoles étrangères, les écoles payantes contre les nonpayantes. Les écoliers se servaient de leurs ceintures du côté des boucles pour frapper. Les buttes Chaumont furent transformées en champ de bataille; il s’y est livré des combats sanglants, on se servait de frondes pour lancer des pierres à longue distance et avec beaucoup de force il y eut de nombreux blessés et même des tués. Lorsqu’on faisait des prisonniers on leur coupait, sans exception, tous les boutons de leurs vêtements, puis on les laissait libres. Ce fut comme un intermède entre les révolutions de février A ce moment la misère était grande, l’industrie languissait, un grand nombre d’ouvriers étaient sans travail. m Le gouvernement, sentant venir la révolution, profita de la situation faite à la population ouvrière de Paris, prit un prétexte pour créer des enrôlements volontaires pour les jeunes gens de 17 à 25 ans, dont il forma 24 bataillons sous le titre de gardes mobiles (1). Cette formation était composée d’enfants de Paris à côté de ceux-ci il y avait un grand nombre d’individus de la pire espèce. Aussi le gouvernement savait bien ce qu’il faisait, il retirait ainsi des rangs de l’insurrection 24 bataillons dont il allait se servir pour la combattre il mettait ainsi les fils en face de leur père, de leur mère et de leurs frères, c’était du propre. — Aussi dans cette dernière révolution, les gardes mobiles se distinguèrent d’une manière féroce on les avait créés en vue de la dernière révolution, a-t-on dit, cela paraissait vraisemblable, puisqu’on les a licenciés peu de temps après. Pendant la dernière révolution, pour stimuler leur zèle, onavaitfait circuler parmieux des légendes de mobiles, pris, brûlés sur des tas de paille et surdes bûchers, puis d'autres sciés entre deux planches. En 1871, on fit aussi courir des légendes semblables qui permettaient à la répression d’agir vigoureusement et de donner libre cours aux vengeances personnelles. Nous avons ditque lesgardes mobiles étaient tous des enfants de Paris après la révolution, ils étaient campés un peu partout, à la place du Trône; les gamins allaient manger la soupe avec eux. Le peuple n’est vraiment pas méchant, vainqueur ou vaincu, il n’a pas de haine et ne paraît pas se souvenir du passé. Il y eut pas mal d’orphelins après la révolution. Charlemont continua encore à pousser la navette, ce qui ne lui paraissait pas être un avenir brillant. Il essaya ensuite un peu de tout en apprentissage, les patrons lui faisaient faire des courses ou des corvées qui ne lui apprenaient pas à travailler. Il essaya (1) La garde mobile fut formée en vertu d’un décret du gouvernement provisoire, le 25 février 1848, à 7 heures du matin,. signé Garnier-Pagès, Lamartine. Les enrôlements volontaires commençaient le même jour à midi, dans les douze mairies de Paris, pour les jeunes gens de 17 à 25 ans. La solde était de 1.50 par jour ils étaient logés, habillés, armés et équipés aux frais de l’Etat. Après la révolution de Juinron les- surnomma les bouchers de Cavaignac. chez un fabricant d’articles de ménage celui-ci l’envoyait livrer des marchandises et prendre des commandes dans tous les quartiers les plus éloignés de Paris et la banlieue, avec une voiture à bras très chargée qu’il fallait traîner jusqu’à 9 heures du soir. Il voulut essayer autre chose, servir les maçons, mais la force lui manquait, pour montera l’échelle une auge pleine de plâtre et d’eau sur la tête, le cou fléchissait et l’auge tombait en bas; c’est très lourd une auge de plâtre mouillé ;les camarades se substituaient bien à cette corvée, pour lui en faire faire d’autres, mais les patrons ne l’entendaient pas ainsi, il ne put continuer il gagnait 2 francs par jour à ce métier, c’était le prix. Il essaya de faire des déménagements, chez Bailli, place Saint- Sulpice c’était très dur, il était trop faible et ce n’était pas un métier, puis on n’était pas payé quand il n'y avait pas de déménagements à faire, et pour être les premiers s’il arrivait du travail, il fallait coucher dàns les écuries avec les chevaux on partait parfois la nuit pour aller dans les environs de Paris, assez loin. Entrer en apprentissage, il ne fallait pas y compter, on ne pouvait pas donner plusieurs années pour apprendre sans être payé il fallait manger. Ne sachant plus où donner de la tête, il eut l’idée de partir pour la Crimée faire la guerre il demanda à un colonel dont le régiment était à Vincennes et qui partait pour la Russie, de vouloir bien l’emmener; cet officier ne voulut pas prendre cette responsabilité, le trouvant trop jeune. Il .végéta encore quelque temps pour atteindre ses dix-sept ans. Alors ce ne fut pas long, il s’engagea pour 7 ans. Comme les zouaves étaient les premiers soldats du monde, il voulut en être et au 1er zouaves; seulement, comme il n’y avait pas de place au premier, il dut se résigner pour le 2e régiment. Le jour de son départ, il fit ses adieux à sa famille pour lui donnér du cœur, jsonpàrelui dit que s’il avait été raisonnable, il lui aurait donné quelque argent pour faire sa route, mais le conscrit ne songeait guère à l’argent en ce moment, il allait quitter une vie de misères et rde luttes sans fin il allaitêtre libre, il allait être un homme c’est tout ce qu’il désirait. Il alla rejoindre son régiment en Algérie, à Oran.; il avait juste 17 ans. Il; fit la traversée de Marseille à Oran sur- le vapeur: le Cheliff. Très heureux de voir la mer, il n’avait pas peur, il savait nager. Dans le golfe de Lyon, il y eut une tempête effroyable, ce qui n’est pas rare dans ces parages notre volontaire ne craignait pas de faire naufrage, au contraire il l’eût presque désiré, pour mettre à l’épreuve ses qualités de nageur mais il fallut en rabattre, le mal de mer lui enlevait toute son énergie, il dut abandonner ses illusions belliqueuses et rester allongé sur le pont, malade et anéanti. Quatre jours après, il débarquait en bonne santé, à Mers-el-Kebir deux heures après, il était à Oran, au camp Saint- Philippe. Noire volontaire, qui se figurait qu’il suffisait d’avoir de la volonté et du courage pour arriver, perdit encore cette illusion il s’aperçut seulement qu’il ne savait ni lire ni écrire. Cela lui fit faire des réflexions. Il ne se rebuta pas, bien convaincu qu’il ferait sa carrière dans l’armée. Il commença par employer une partie de sa solde (65 centimes par prêt) pour acheter cahiers de papier, plumes, crayons, modèles et livres. Il alla trouver un instituteur à qui il conta son cas, ses espérances et ses désirs. Le maître d’école fit un sympathique accueil au jeune zouave et consentit de bon cœur à lui donner gracieusement quelques leçons, et des devoirs à faire au régiment. Il lui en envoya même par correspondance, quand il était parti dans les bamps; il poussa encore la délicatesse jusqu’à ajouter quelques timbres-poste pour permettre à celui-ci d’écrire souvent et l’aider dans ses petites dépenses scolaires. Au bout de quelques mois,. Charlemont savait parfaitement lire et écrire, ses quatre règles d’arithmétique et quelques autres notions diverses d’instruction. Aussi Charlemont conserva-t-il toute sa vie la plus grande reconnaissance au père Muller, cet homme de bien qui fut son maître d’étude et son bienfaiteur tout à la fois; de sa vie, il ne ressentit une plus grande douleur que le jour où il apprit la mort de ce brave et digne homme. Il était assez rare à cette époque de voir des soldats sachant lire et écrire correctement, même parmi les gradés (sous-officiers et caporaux). A ce sujet, l’ami Louis Noir nous racontait un jour que le colonel du 72e de ligne ne pouvant trouver de caporaux ou de ser- gents dans son régiment pouvant faire un fourrier, s’était un jour adressé aux caporaux et sergents du 2e régiment de zouaves, en leur demandant d’entrer dans son régiment avec un grade supérieur au leur. Laréponse générale, fut celle-ci Mon colonel, nous nous sommes engagés pour les zouaves, ce n’est pas pour entrer dans la ligne (1). Comme nous l’avons dit, Charlemont partit comme engagé volontaire pour 7 ans, rejoindre en Afrique, le 2e régiment de zouaves: il avait alors 17 ans juste, lm66 de taille, assez bien pris, blond comme les blés mûrs et la figure poilue comme un œuf. Il paraissait tout au plus 14 ans, un vrai gamin. A ce moment il était certainement un des plus jeunes soldats du régiment et se trouvait au milieu d’anciens dont la plupart avaient fait les campagnes d’Afrique et de Crimée justement, en raison de son âge et de ses allures de gamin, ceux-ci voulaient le traiter comme tel. Lui ne l'entendait pas ainsi et prétendait être soldat au même titre qu’eux, faire son devoir, rien de plus. A plusieurs qui lui intimaient comme un ordre de faire une corvée qui ne lui incombait pas, il répondait Je suis engagé volontaire pour faire mon service et non le vôtre, je ne suis pas votre domestique. Je (1) Nous n’entreprendrons pas de raconter les campagnes de Charlemont pendant le cours des quelques années qu’il passa au 2e régiment de zouaves, ce serait beaucoup trop long un volume entier ne saurait contenir ses impressions, ses souvenirs et tous les faits qui se sont passés autour de lui. D’ailleurs nous nous écarterions beaucoup trop de notre sujet qui doit n’avoir pour but que ce qui a trait à sa carrière de professeur de boxe. Il nous suffira de dire qu’après avoir fagit ses classes d’instruction militaire, et passé au bataillon de guerre, il fit les campagnes suivantes Prise de la grande Kabylie en 1857, du 9 avril au 24 juillet la campagne d’Italie, du 25 avril au 1er août 1859 et l’expédition du sud OranaiS (aux Béni-Snassen), du 3 septembre 1859 au 11 janvier 1860. Dans les intervalles de ces expéditions, à Oran, Tlemcen, Sidi-Bel-Abbès, Arzew, ou dans les camps de Raschgoun et d’Ain-Kial, il était employé à des travaux du génie militaire création de puits ou fontaines, travaux de défense ou de route, tels qu’on les exécute ordinairement dans toutes les colonies. ne vous refuse pas un service demandé poliment, en camarade, mais par force et injustement, je ne ferai rien, zut! Les grandes barbes se fâchaient et Charlemont recevait des piles ils les. lui donnaient dans des conditions de loyauté qui ne leur faisaient pas honneur. La première qu’il reçut, c’était pendant l’expédition de la grande Kabylie, le jour même de l’assaut des positions des Benis-Raten, le 24 mai 1857, vers deux heures du matin. On avait fait faire le café la veille pour n’avoir pas à allumer de feux le lendemain matin et ne pas donner l’éveil aux Kabyles, qu’on devait attaquer avant le jour. Les sacs et le campement avaient été empaquetés, ficelés pendant la nuit, pour être portés ados de mulets. A ce moment, une dispute s’éleva entre Charlemont et un de ses camarades d’escouade ce dernier, profitant que celui-ci avait un paquet de sacs derrière lui, le poussa, le fit tomber à terre et le bourra de coups de poing. Tous les camarades regardaient faire et ne disaient rien ils paraissaient au contraire satisfaits devoir le gamin étrenner. Avaient-ils peur du vainqueur qu’ils n’osaient pas lui reprocher sa brutale déloyauté? peut-être!... on voit parfois de ces courages-là. Plus tard Charlemont se vengea. La deuxième pile qu’il reçut se passa à peu près dans les mêmes conditions de loyauté que la première ils se mirent à plusieurs contre lui et n’eurent même pas scrupule de le frapper à terre. Les autres regardaient toujours et ne disaient rien. L’homme est ainsi fait l’eau va toujours à la rivière, lui va généralement du côté du plus fort ce n’est pas un noble sentiment, mais c’est comme cela. Nous verrons plus tard se produire ce sentiment en faveur du gamin. Doué d’un caractère énergique mais plutôt doux et timide que querelleur, Charlemont avait oublié ses piles, maison ne lui laissait pas oublier les menaces journalières; à la moindre plaisanterie de sa part, ou à un juste refus de faire la corvée d’un autre, il entendait ce refrain trop connu je vais te f... sur la g... Je vais te f... ma main sur la g... Je vais te casser la g... ! Fatigué de ces menaces aussi incessantes qu’énervaptes, il en parla à ses camarades de Paris qui étaient dans d’autres bataillons ou compagnies ceux-ci lui dirent Voyons, tues solide, pas manchot, LA BOXE 'FRANÇAISE- m et pas poltron, ne te laisse pas manquer de respect, tape donc dessus. Si on abuse de la force ou du nombre, eh bien ! nous nousen mêlerons ouvre l’œil, sans quoi tu ne serais plus des nôtres, tu entends! tape dessus et n’aie pas peur, a Le conseil était for-, mel, ses camarades étaient plus âgés, plus forts et plus expérimentés que lui. Chaque fois qu’ils recevaient de l’argent .de leurs parents, ils l’invitaient à venir en profiter avec eux en faisant la fête, cela leur arrivait souvent, aussi comme lui ne recevait jamais d’argent de ses parents il ne voulait pas perdre des camarades aussi précieux à tous les points de vue il promit bien qu’à la première occasion, il profiterait de leurs conseils, ce qui ne tarda pas, car peu de temps après, en 1858, à Tlemcen, jolie petite ville de la province d’Oran, le 3e bataillon dont il faisait partie était chargé de travaux de terrassement à un bassin touchant les murs de la ville. Charlemont se trouvait en pantalon de toile, en bras de chemise, manches relevées, la pioche à la main, lorsqu’à propos d’une futilité, un homme de son escouade le menaça comme de coutume Charlemont se redressa et lui dit avec calme mais froidement Il y a assez longtemps que tu m’embêtes, eh bien ! c’est moi qui vais te régler ton compte. L’autre, plus fort, fut fort étonné de cette brusque mise en demeure, mais croyant avoir facilement raison de son adversaire, il se jeta sur Charlemont, qui le reçut par un terrible coup de poing direct sur l’œil gauche, qui l’envoya rouler à terre le coup avait été tellement sec, que l’œil était fendu à deux places, on aurait dit deux coups de couteau. Il revint à la charge Charlemont, conservant son sang-froid et cette précision qui en fit plus tard un boxeur sérieux, le reçut de nouveau par le même coup, mais cette fois sur le nez, d’où le sang jaillit comme d'un arrosoir l’homme alla rouler à terre pour la deuxième fois. Il se releva pourtant et se jeta encore sur Charlemont qui, cette fois, tant il était effrayé d’avoir porté des coups aussiforts, ne fitaucun effort pour empêcher son adversaire de le prendre à bras-le-corps il se laissa ceinturer, mais lorsque celui-ci l’enleva pour le jeter a terre, Charlemont, qui a toujours eu l’intuition delà lutte, donna à son corps une impulsion rotative de manière que ce fut son adversaire qui en tombant se trouva dessous. Enfin i épuisé de ses. efforts inutiles étourdi, écrasé parle poids de Charlemont, qui était tombé dessus etle maintenait un genou sur la poitrine, la main gauche serrée au col, le poing droit levé et prêta frapper, lui dit Est-ce fini ? en as-tu assez? l’autre ne disait rien, il était anéanti. Les camarades n’intervinrent que faiblement par des paroles, pour faire cesser le combat, et ne s’interposèrent pas d’une manière effective avaient-ils peur de Charlemont? peutêtre bien, la bôte lâche reparaissait-elle?... c’est possible, dans tous les eas, le sentiment contraire se produisait comme pour les deux piles données antérieurementà Charlemont, ils se rangeaient du.côté du [dus fort, du vainqueur. Les vaincus perdent leur prestige lorsqu’ils en ont. C°qui est vrai, c'est qu’en présence du courage, du sang-froid qu’il avait montré en cette circonstance, et surtout de la précision avec laquelle il détendait ses vigoureux coups de poing, ils étaient tombés en admiration devant lui, le complimentèrent et le questionnèrent ainsi: — Tu sais donc te battre toi? — Ils le croyaient déjà un maître de la boxe leur ignorance pouvait le leur faire croire, alors qu’il n’en avait aucune notion. Charlemont fut-il grisé par son premier succès, nous l'ignorons. voulut-il poursuivre son œuvre en frappant un grand coup pendant qu’il était en veine, c’est probable. En rentrant du chantier, il alla trouver le sergent major et lui raconta ce qui venait de se passer, ajoutant qu’il désirait provoquer son adversaire pour le contraindre à aller sur le terrain. Celui-ci l’emmena au rapport chez le commandant, auquel il expliqua ce qui venait de se passer en ajoutant — Mon commandant, Charlemont est engagé volontaire, sa conduite ne laisse rien à désirer, tant au point de vue de son service, de sa tenue et de sa bravoure, c’est lui que le général de Mac-Mahon nomma premier soldat pour acte de bon service devant l’ennemi. Mais en raison de sa jeunesse, il se trouve en butte aux tracasseries d’une partie de ses camarades, aujourd’hui il prend la résolution de faire cesser cet état de choses il vient vous prier, mon commandant, delui accorder la permission d’aller se battre en duel avec son adversaire. Le commandant lui dit: — Mon garçon, vous irez sur le terrain, vous avez raison de vous faire respecter, vous appartenez à un régiment qui honore LA. BOXE FRANÇAISE 1Ï59 l’armée française, il ne faut pas lui laisser porter aucune atteinte, en commettant une lâcheté, allez !» Le lendemain matin, à 3 heures, on vint réveiller Charlemont qui dormait profondément, comme on dort à cet âge-là et qui ne pensait guère à son déjeuner à la fourchette. Vite ! Vile ! debout, lui dirent ses témoins déjà prêts cinq minutes après, les deux adversaires partaient, accompagnés de leurs témoins, du sergent major, du maître d’armes et de son prévôt. Plusieurs zouaves, curieux d’assister à un duel, chose rare à celte époque, se dirigèrent sur le lieu du combat, mais par des chemins détournés. Ce terrain se trouvait dans le bois de Boulogne, assez éloigné de la ville. Pour y arriver, il y avait une longue route bordée de chaque côté par de vieux et grands arbres qui formaient comme une voûte au-dessus de la route. Il faisait frais malgré la chaleur déjà forte à cette heure matinale. Toute la troupe marchait sans bruit, sans parler, grave, réfléchie, comme ayant conscience qu’on allait assister à un drame sérieux. Charlemont très émotionné réfléchissait il pensait.probablement avoir fait une boulette et regrettait d’avoir été si loin en provoquant cette affaire. De temps en temps, il jetait .un regard furtif sur son adversaire qui ne paraissait pas vouloir se dérober au combat, ni être émotionné; il l’était pourtant plus que lui, il avait été fortement battu la veille à la boxe, ce n’était pas pour lui inspirer confiance; il avait appris les armes et ne manquait pas de courage. Charlemont n’avait jamais pris qu’une leçon de fleuret, celle qu’il prit la veille avec le maître d’armes du 72e régiment de ligne qui se trouvait logé dans la même caserne que lui (caserne Gourmelat), à qui il s’adressa en ces termes — Sergent, je dois me battre en duel demain matin, je n’ai jamais pris de leçon, je ne connais les fleurets que pour en avoir vu de loin dans les panoplies, je n’en ai de ma vie tenu entre Les mains. Je désirerais pourtant n’avoir pas l’air si bête, voudriez-vous avoir l’obligeance de me montrer ce que je dois faire pour cela ? Le maître fit le nécessaire pour la circonstance. Tout en marchant, Charlemont réfléchissait toujours il y avait peu de temps il avait lu des romans de cape et d’épée, et se souvenait de certains duels qu’il compa- LA RpXR PRA^ÇAISJS.:; i m. rait au sien il avait la conviction que son affaire serait sérieuse el qu’il y aurait mort d’homme. Absorbé-par ses pensées, il leva la tête et vit une éclaircie dans le feuillage formant voûte, au travers de laquelle le soleil venait lancer ses vifs rayons une volée de petits oiseaux gazouillant, chantant à plein gozier, comme si c’était décent dans un pareil moment. C’était bien ce qu'il avait lu, il y. avait comme de la poésie dans les duels, donc c’était sérieux. On marchait toujours dans le plus grand silence, troublé de temps en temps des coua-coua de crapauds ou de grenouilles qui habitaient les fossés de la route; c’était lugubre, mais on marchait toujours, c’était loin. Enfin la route fait un angle à gauche et se continue très loin encore. Charlemont espère toujours sur l’imprévu et se disait pendant qu’on marche on ne se tue pas. Mais à ce moment le maître d’armes crie halte ! c’est ici,' en montrant une espèce de pelouse dénudée et rôtie par, le soleil son sang ne fit qu’un tour car il aperçut, dans un coin du terrain, un tas de terre fraîchement remuée^ à côté d’un trou ressemblant à une fosse, c’était bien ainsi qu’il pensait ta fosse était faite d’avance, celui qui sera tué sera enterré séance tenante, les autres s’en iront et tout sera dit. — Enlevez vos vêtements, mettez-vous nus jusqu’à laceinture. Charlemont, voyantqu’il ne devait compter que sur lui-même, reprit alors son sang-froid. Les témoins font le salut, prennent les distances, placent les deux adversaires, engagent les fleurets en les croisant à dix centimètres delà pointe et disent soldats du 2e régiment de zouaves, faites votre devoir, allez. Alors Charlemont ne voit plus rien que comme un brouillard devant le soleil. 11 ne se rappela rien des conseils du maître, ni de ce qui se passa pendant le combat à un moment, il sentit dans sa main une résistance assez forte, c’était son fleuret qui venait de traverser son adversaireà trois places; illâcha son fleuret qu’on vit danser dans les blessures. Les témoins s’empressèrent de le retirer le plus adroitement possible, car il avait traversé la paume de la main, le biceps et le côté droit du corps sous l’aisselle. On fit un pansement provisoire. Les combattants s’embrassèrent par l’ordre du maître d’armes et toute la petite troupe se remit en route pour la caserne. En passant près du tas de terre LA B (IXE FRANÇAISE m et de la prétendue fosse qui. l’avait si fort impressionné, Gharlè.-' mont jeta cette fois, de ce côté, un regard qui témoignait de la: satisfaction qu’il avait d'un résultat si inattendu. On s'en retourna comme on était venu, dans le plus grand silence il semblait pourtant que l’inquiétude avait disparu des physionomies et que chacun était soulagé du poids de la responsabilité qui pesait sur lui, surtout en raison de la gravité qu’on supposait devoir résulter de ce duel que tous prenaient au sérieux. Aussitôt le duel terminé, les quelques soldats qui avaient pu y assister en curieux se dépêchèrent. de rentrer au quartier. Laporte de la caserne était encombrée de soldats, zouaves et lignards on attendait anxieusement des nouvelles de l’affaire. Les premiers arrivent — Eh bien ? disent les uns quel résultat? disent les autres Charlemont est vainqueur !... — Ah !... il est fort !... — C’est un maître épatant!... — et alors ?... — il a traversé l’autre à trois places ! — Oh !... — Les combattants arrivent, on s’empresse auprès d’eux, on leur presse la main, on demande des détails aux assistants. Charlemontest naturellement l'objet de la plus grande curiosité, en même temps qu’il fait l’admiration de tous. Il semblait que personne ne l’eût connu avant. Toute la petite troupe, augmentée d’un grand nombre de camarades, alla à la cantine sceller le pacte qui fit des deux adversaires des amis inséparables. Il fallait voir alors notre héros de 18 ans, au milieu de ces vieux soldats d’Afrique et de Crimée, inspirant non seulement la crainte, mais le plus grand respect. Voici comment se font les réputations avis aux jeunes ! Deux mois après son fameux duel, Charlemont faillit compromettre sa réputation. Grâce à son sergent-major, un Parisien de 35 ans, très sérieux, il échappa à ce danger. C’était toujours à Tlemcen et cela se passa dans la chambrée. Un des deux témoins de son adversaire était justement celui qui l’avait battu en Kabylie, le 24 mai 1857, un gros Alsacien très fort, ayant une douzaine d’années de service. On rentrait du tir à la cible, une dispute s'éleva entre eux après des mots réciproques, Charlemont alla se placer au milieu de la chambrée et l’interpella — Tu es un gros fainéant, souviens- toi de ce que tu m’as fait en Kabvlie, ici tu ne feras pas de même si tu as du cœur avance donc!... »Sans défiance aucune, le gros Alsacien avança, mais avec tant d’élan et si peu de prudence, qu’à la distance précise, il reçut de Charleniont, en pleinefigure, ce coup de poing si sec, dont celui-ci paraissait déjà avoir le secret. L’Alsacien roula sur le parquet, puis il se releva et voulut renouveler deux fois de suite sa tentative d’attaque ce fut en vain, car à chaque fois il recevait un coup de poing terrible qui le faisait rouler sur le sol. Il dut se retirer au pied de son lit, la figure ensanglantée, honteux d’une p areille défaite, maugréant, ruminant sans doute une vengeance. (Il n’en fut pourtant rien.) Charlernont impassible, debout à la même place, n’ayant. pas bougé d'un pas pendant le combat, lui dit — Maintenant ce n’est pas fini, toi qui as des prétentions sur "les armes et qui, comme témoin à mon duel, as réglé les apprêts du combat, eh ! bien! moi je vais aussi te régler ton compte, tu viendras avec moi demain sur le terrain, je te ferai voir ce que c’est qu’un maître d’armes. Charlernont se rendit chez le sergent-major, le mit au courant de son affaire en le priant de demander au commandant la permission d’aller se battre sur le terrain. Le sergent-major, homme d’esprit, très réfléchi, lui dit Personnellement je suis satisfait des résultats que vous avez obtenus, mais vous êtes un enfant, vous devez vos succès à votre énergie, à votre courage mais le hasard vous a favorisé quant à votre duel, car vous ne connaissez pas le premier mot des armes votre réputation est à cette heure fortement établie, n’allez pas donner au hasard l’occasion de vous la faire perdre. Comprenez- vous que si votre adversaire réussissait à vous toucher sur le terrain, qu’il en serait d'autant plus grandi aux yeux de ses camarades que vous en seriez plus diminué. Vous avez eu votre revanche de Kabylie, et cela au grand jour, restez sur vos lauriers, pas de bêtises. Vous n’irez pas sur le terrain vous battre, rentrez à la chambre, et pas un mot de ce que je viens de vous dire. Une demi-heure environ après cette conversation, alors que les hommes de la chambrée étaient encore occupés à nettoyer leur carabine, le sergent-major entra dans la chambre et dit d’unè voix forte et sévère — Charlemont, le commandant vous refuse la permission d’aller vous battre, il ne veut pas prendre sur lui la responsabilité d’un grave accident. Puis il se retira. Naturellement on commenta de façon avantageuse pour Charlemont le soidisant refus du commandant, inventé de toute pièce par le sergentmajor. On disait qu’il avait eu peur que Charlemont tue l'autre. Le commandant, prévenu du subterfuge, approuva le sergentmajor. Ainsi finit cette aventure, qu’on peut méditer au point de vue moral et physique. En quittant Tlemcen, la compagnie de Charlemont fut détachée au camp de Raschgoun, pour y construire une route; son escouade fut détachée au camp d’Aïn-Kial pour y faire des puits. C’est ici que Charlemont prit ses premières leçons de boxe, elles ne furent pas nombreuses et la qualité laissait fort à désirer. 11 y avait à Aïn-Kial un détachement de soldats du bataillon d’Afrique parmi eux, plusieurs s’amusaient à faire du chausson Charlemont s’aboucha avec eux et prit quelques leçons. Quelques jours après, on lui fit faire assaut, sans gants, d’ailleurs on ne donnait pas de coups de poing. Les pieds étaient garnis de chaussons fabriqués par les soldats, avecdes morceaux de couvertures de campement. En faisant assaut, il reçut en plein dans l’œil un coup de pointe de pied, d’un grand diable de joyeux, il crut avoir l’œil crevé. Un arabe, qui prenait part aux assauts, mit du savon noir derrière l’oreille de Charlemont; on ne vit jamais aucune trace du coup de pied, était-ce l’effet du savon? On lui fit faire assaut avec un arabe qui était de même taille quelui, très leste et fort robuste il reçut un si formidable coup de pied porté avec le talon, dans les reins, qu’il lui semble le sentir encore aujourd’hui. On sait que les arabes n’ont pas les pieds tendres, puisqu’ils marchent avec, diraitBoquillon Ces arabes avaient dû apprendre le chausson avec des marins ou des Marseillais, car leurjeu ressemblait à celui de ces derniers. Ils avaient une manière spéciale de l’exécuter et de se tenir en garde. Us se tenaient complètement droits, les pieds se touchant presque, les bras pendants de chaque côté, le long du corps, comme dans la position du soldat sans arme. Le corps tourné de côté, une épaule en avant. Dans cette position, ils ressemblaient à des pantins faisant de petits bonds en avant, en arrière, à droite et à gauche, sans aucune flexion ni du corps ni desjambes, et frappaient en cadence leurs cuisses de leurs mains. A un moment donné, la jambe qui se trouvait en arrière partait avec une grande rapidité, traçait un demi-cercle horizontal et venait frapperavec une grande force les reins de l’adversaire.Dans son mouvement, la jambe restait souple, molle, sans flexion ni extension, c’était comme un coupde fléau. Ce coup, qu’ils faisaient admirablement, peutêtre comparé à notre ancien coup de pied en tournant. Bien exécuté contre des personnes inexpérimentées, ce coup serait très dangereux pour celles-ci. Ils exécutaient aussi très bien un autre coup, bien moins pratique que le premier il consistait à se porter vivement en avant en posant les mains à terre, en tournant en même temps le dos à l’adversaire et lui lancer les deux coups de pied successivement dans le creux de l’estomac. Ce coup s’exécutait par flexion et extension. Les marins et les tireurs du midi de la France employaient beaucoup ces deux coups de pied, mais ils faisaient le premier moins bien que les arabes. Ils employaient encore deux autres coups de pied l’un consistait à faire la roue et frapper des deux pieds la poitrine de l’adversaire, l’autre un coup de pied double en sautant, lancé des deux pieds successive mement, presque simultanément, pour frapper sous le menton. Charlemont revint à Paris dans sa famille, en congé de réserve. Il se chercha une situation; n’en trouvant pas, il n’hésita pas, et prit de nouveau du service, à titre de rengagé, au 13e bataillon de chasseurs à pied. On a pu constater dans le cours de cette biographie, que Charlemont possédait un tempérament qui se prêtait volontiers aux exercices du corps. Il s’adonna à l’étude des exercices par plaisir, par passion, ne songeant pas qu’il se consacrerait un jour à l'enseignement et en ferait sa profession. Le i Se bataillon de chasseurs à pied était, en J860, caserne de LA BOXE FRANÇAISE '165 l'Ave -Maria, disparue depuis. C’était un ancien couvent, portant le nom indiqué ci-dessus. Il y avait une salle de boxe; Charlemont alla voir donner les leçons et se fit inscrire comme élève volontaire. Le prévôt, qui lui donna sa première leçon, fut fort étonné de la correction et des facilités de son élève; il le fit reposer et alla prévenir le maître qui vint assister à la deuxième partie de la leçon il paraît qu’il fut émerveillé des dispositions de son nouvel élève. La leçon terminée, il le prit à part et lui demanda s’il avait déjà pris des Jeçons. Charlemont lui dit ce qu’il avait fait en Afrique. Le maître lui fit faire assaut avec lui — Vous êtes de la force d’un prévôt, lui dit-il, et même quelque chose de plus. Dimanche il y aura assaut aux Voltigeurs de la Garde, à Courbevoie, si vous voulez, je vous y emmènerai, très heureux de vous présenter je vous offre gracieusement votre brevet ainsi que toutes les dépenses de la journée!... — Je me tiens à votre disposition si cela peut vous être agréable, trop heureux si je puis faire honneur à vos présomptions. A l’assaut, on mit Charlemont devant un maître qui avait la réputation de n’accepter pour le brevet de prévôt que des élèves bien formés. L’assaut commença et attira l’attention de tous les maîtres et prévôts présents. Tous s’étaient arrêtés pour voir ce nouveau tireur, qui n’avait pour ainsi dire pas travaillé et qui tenait tète à un maître connu. L’assaut terminé, le maître, qui venait de lui faire subir l’épreuve obligatoire, le présenta à tous les maîtres et prononça à haute voix ces paroles remarquables — Messieurs, je vous présente le chasseur Charlemont, en qualité de prévôt, je le trouve dans les meilleures conditions, pour l’obtention de son brevet. Je constate en même temps que s’il avait six mois de travail de plus, aucun de nous ne pourrait tenir devant lui avec avantage. Celui qui en douterait n’a qu'à se mettre devant lui et le faire travailler. Ce maître se nommait Barrère, il était 1er maître au régiment des grenadiers de la garde impériale. Quelques maîtres qui assistaient à cet assaut existent encore. Cette prophétie ne se réalisa pas six mois après, mais deux ans plus tard, tous les maîtres constataient qu’il était fort difficile de tires avec-avantage contre Charlemont. Ce premier succès stimula l'amour-propre du futur professeur, il ne manquait pas de faire savoir à tous qu’il était prévôt et de montrer son brevet au besoin. Une occasion se présenta de donner libre cours à son ambition. En 1861, Louis Vigneron, qui avait annoncé un assaut public dans la salle du Waux-Hall, reçut, quelques jours avant la séance, la visite d’un jeune chasseur à pied, qui venait lui demander de tirer dans l’assaut C’était Charlemont. Qui êtes-vous, et que savezvous faire?... demanda Vigneron. — Je suis prévôt au 19e bataillon de chasseurs à pied. — Voilà des gants voyons ce que vous savez faire. — Après quelques passes — Cela ira, dit Vigneron, mais il faudra venir travailler tous les jours avec moi. — Tirerai-je à votre assaut?... — Vous tirerez. — Avec qui? — Avec moi. Charlemont n’avait pas tant espéré. Du premier coup d’œil Vigneron avait reconnu que ce jeune chasseur, qui manquait d’école, de méthode, qui, pour ainsi dire, n’avait pas eu de maître, était merveilleusement doué, qu’il avait une vitesse et une agilité exceptionnelles. L’assaut fut brillant; Vigneron, qui était bonhomme au fond, tout en ménageant un peu son jeune adversaire, lui donna l’occasion de développer ses qualités naturelles de rapidité et d’àpropos. A dater de ce jour, Charlemont fut classé parmi les tireurs de première force en quelques mois il acquit ce qui lui manquait et, dès l’année suivante. Vigneron n’eut plus besoin de le ménager. Rien n’était plus curieux que de voir ce jeune homme leste, vif, bien découplé, aux prises avec ce colosse aux poings formidables, à la jambe puissante comme une catapulte. Pourtant, il faut bien le dire, il y avait une disproportion de taille, de poids et de force musculaire qui rendait l’assaut peu sévère. Aussi les amateurs, pour juger définitivement Charlemont, désiraient-ils le voir en face d’Hubert Lecour. Charlemont, casernéau Prince Eugène, place du Château-d’Eau, fréquentait assidûment la salle Vigneron, il y travaillait sérieusement, s’exerçant à donner la leçon et faire des assauts avec les élèves. Un jour, il fit un remarquable assaut, avec Emile Lamand, LA ,BÔXE FRANÇAISE m prévôt de Vigneron, un garçon de moyenne taille, construit solidement, ne reculant pas d’une semelle en tirant. Aussi Charlemont eut-il fort à faire avec lui; heureusement qu’avec ses jambes il le dominait et le tenait à distance. Il ne put pourtant pas éviter plusieurs engagements, où les poings frappaient dur. Quoique moins entraîné que son adversaire, à cet exercice, Charlemont fît voir qu’il rie reculait pas non plus facilement. L’aSsaüt se termina par une salve de bravos et d’applaudissements. Les deux champions, en se serrant la main, purent, en se regardant le visage, constater les traces de leur mutuelle vigueur. Vigneron témoigna ses regrets de n’avôir pu faire paraître cet assaut en public. Vers 1865-1866, Emile Lamand, prévôt de Louis Vigneron, partit pour Madrid (Espagne) afin d’y enseigner la boxe française. C’était un garçon de 25 ans environ, 1 m, 68 de taille, cheveux crépus, fort bien au physique et magnifiquement musclé, souple, d’une vitesse surprenante. A son arrivée à Madrid, il se mit en rapport avec les amateurs de sports, tous gens de la haute noblesse, qui lui montèrent une salle coquettement agencée, dans une rue voisine de la place Capellanes. Il est triste, regrettable même, d’avouer que ses plus fervents ennemis furent ses compatriotes, ceux-ci ne voyaient pas d’un bon œil l’introduction, dans leur pays de résidence, d’un sport qu’ils considéraient comme brutal et grossier; ils lui disaient ici les gens ontleurs jeux, leurs luttes spéciales. Les hommes du peuple (les hommes de barrière) s’adonnent à l'exercice du couteau, c’est leur genre de boxe à eux. C’est alors qu’Ernile Lamand vanta son école, disant que le couteau ne pouvait pas tenir devant la boxe française. Devant cette affirmation, ceux-ci firent venir de Barcelone un tireur au couteau, fort expert dans l’art de vous mettre les tripes au vent, pour se mesurer avec lui. Le jour de ce combat d’un nouveau genre, fixé, un nombre de privilégiés seuls y assistaient. L’homme au couteau prétendait qu’il portait ses coups avec une adresse et une agilité telles que personne ne pouvait les éviter. 11 était armé d’un couteau en bois, trempé dans du noir, de manière à marquer les coups afin qu’on ne puisse les nier. Le boxeur avait des gants, mais des bottines de ville. Une fois en garde, l’homme au couteau s’avance pour frapper: à ce moment le boxeur lui porta un si formidable coup de pied bas sur la jambe, qu’il fit plier son adversaire. A la deuxième reprise, le tireur au couteau voulut ^ondir et se lancer furieusement sur son adversaire, mais le boxeur, qui ne le perdait pas de vue, à ce moment lui porta un coup d’arrêt chassé au creux de l’estomac, qui le jeta à terre, sans connaissance ni respiration. Le combat terminé, les adversaires du professeur de boxe ne désarmèrent pas contre lui c’est ainsi que, quelques jours après, il disparut de Madrid, sans que nul ne sache ce qu’il était devenu. En effet, cette disparition fut mystérieuse, car à Paris, où Emile Lamand était né et avait sa famille, on n’eut plus de ses nouvelles. Le 19e bataillon de chasseurs partitpour Douai (Nord), berceau de sa formation. Deux compagnies furent détachées à Arras (Pas-de-Calais). Charlemont fut chargé de l’enseignement de la boxe et de la 11 appliqua alors la nouvelle école qu’il venait d’éludier pendant son séjour à Paris. Il composa un travail qui lui était tout personnel et en même temps qui était en progrès sur ce qui se faisait dans l'armée. Plus d’une fois on le vit se lever la nuit, appliquer au mur son traversin, sur lequel il essayait une leçon qu’il venait de composer dans son lit, Parfois, le jour, il étudiait l’appréciation de la distance, en portant des coups de pied dans les carreaux des fenêtres. Il était arrivé à une précision telle, qu’il pouvait porter un coup de pied à fond et toucher le carreau sans le casser. Il faut dire qu’il avait une souplesse et une élévation de jambe exceptionnelle, et qu’il ne cessait pas un jour de s’exercer. Le lieutenant Hecquet, chargé des salles, le présenta par curiosité, au général Beaufort d’Hautpoul, venu pour passer la revue d’inspection. Le lieutenant prit une canne qu’il éleva horizontalement le plus haut possible, Charlemont la toucha du bout de son pied, l’autre pied ne quittant pas le sol. On mesura la hauteur, il y avait 2m14, 0m44 de plus que sa taille. Devant le général il fit répéter sa nouvelle théorie à un jeune chasseur nommé Bouillet, qui donna une bonne impression de ce nouveau travail, et de ses dispositions particulières; il devint lui, plus lard, Ier LA 60XÊ FRANÇAISE maître au 58e régiment de ligne, colonel Moulin. Le général témoigna sa satisfaction en félicitant le maître et l’élève. Voici comment à Arras, Charlemont fit connaissance avec Boulanger, brigadier maître d’armes au 2e régiment de dragons, plus tard adjudant-moniteur à l’école de Joinville-le-Pont Boulanger avait invité un chasseur de son pays avenir casser la croûte dans sa chambrée; le chasseur ayant de la peine à prendre un pain de munition suf la planche ad hoc, le brigadier se moqua de lui celui-ci répondit — En effet, j’ai plus de peine à le prendre avec la main, que le maître de boxe de chez nous, qui, lui, leprendrait avec son pied. — Gela ne se peut pas, je mettrais bien ma gamelle pleine sur la planche, convaincu qu’il ne pourrait pas la toucher avec son pied. — Et moi aussi, dit un autre. Un pari s’engage, cinq ou six gamelles, garnies de soupe, avec leurs portions de viandes, sont rangées sur la planche à pain, un grand nombre de bouteilles complètent le pari on va chercher Charlemont qui d’un coup d’œil mesure la hauteur et dit C’est entendu, j’accepte. Il se plaça alors sous la planche à pain et d’un coup de godillot fait sauter en l’air pain, gamelles et leur contenu, le pari était gagné. Charlemont fit plus, il fit mettre sur la planche deux pains l’un sur l’autre, le plus élevé dépassant la planche, il fut enlevé d’un coup de pied. Les dragons ne voulurent plus mettre leurs gamelles à la disposition du pied de C’est alors qu’il commença à organiser des petits assauts dans les communes environnantes d’Arras. Il profita, pour essayer sa nouvelle méthode, de ce que à la foire qui se tenait sur la promenade des allées, près celle des Soupirs, il y venait des lutteurs et dés boxeurs. Parmi ceux-ci il y avait les frères Scica, deux magnifiques nègres bien découplés, à qui il donnait déjà du fil à retordre, les Broca, les Alphonse, le Bœuf et Louis de Lyon qu’il voyait pour la première fois. Lorsqu’on avait bien travaillé, on se rendait place de THôtelde- Ville, chez la mère Martin, manger un omnibus (un excellent et énorme bifteck sur une grande assiette de pommes de terre frites), arrosé d’une bonne bière à quatre sous la canette (le litre). On se payait le théâtre qui était tout à côté, et la journée avait été bonne, le temps passait sans s’ennuyer; il n’y a rien de vrai comme de travailler pour s’amuser. A la Sainte-Barbe, il y avait une magnifique fêle de nuit donnée à la citadelle par le régiment du génie. 11 y avait des simulacres d’attaques et de défenses très intérêt sants on faisait des travaux d’approche et l’on faisait sauter des fougasses. La fête se terminait par un magnifique feu d’artifice, tiré aussi par les soldats du génie. Il est inutile de dire que, ce jour-là, il y avait grand régal à la citadelle, les punitions levées, et la permission de 48 heures pour tous. Doux souvenirs... hélas! Pendant un court espace de six mois, il avait formé un certain nombre de bons élèves et quelques tireurs assez remarquables. En rejoignantle bataillon àDouai, Charlemont, quiavaitson brevet de maître, fut attaché à la salle de boxe, en qualité de second maître. Mais le premier maître, par un sentiment de délicatesse des plus louables, lui donna la direction de la salle, avouant de bonne foi que Charlemont était plus savant que lui et par conséquent plus capable de diriger le cours. Il partagea avec lui, sans y être obligé, les appointements destinés à la salle de boxe. Ils restèrent ainsi en bonne intelligence; quelques mois après le premier maître prit son congé, Charlemont le remplaça. Si la ville de Douai n’est pas très agréable, en revanche les habitants le sont beaucoup, et surtout très bons et très affables pour les soldats tout le monde le sait, dans tout le Nord il en est ainsi. Charlemont en profita. Pour passer ses dimanches agréablement, il organisa, dans les petites villes et les communes des environs, des assauts composés, qui intéressaient beaucoup les habitants de ces localités. C’était fête pour le pays qui pouvait posséder un assaut et des soldats. Charlemont ne fut pas long à être connu, et les demandes pour aller donner des assauts arrivaient-elles en grand nombre. Ceux qui avaient eu un assaut chez eux en voulaient encore, c’est ainsi que l’on retournait plusieurs fois dans la même localité. Ces assauts étaient généralement composés d’épée, de sabre, de canne, de grand bâton, de boxe française, anglaise, et de lutte, Charlemont était toujours accompagné de sept ou huit de LA BOX R FRANÇAISE ses prévôts. On rencontrait quelquefois des amateurs, d’anciens prévôts. Il annonçait ses assauts, par un cent de petites circulaires, format in-1 2^ que M. Paul Adam lui faisait payer 1 fr.50 et par dessus le marché un article dans son journal, Vlndépendance de Douai. Dans son programme, il prenait le titre de premier champion de France et élève du célèbre Louis Vigneron, l’homme-canon de l’Hippodrome de Paris ce qui donnait lieu parfois à des malentendus très amusants. Il y avait toujours cent francs pour le vainqueur du jeune maître, ce qui était une grande attraction. Le dimanche, après la soupe du matin, Charlemont se mettait en route avec ses élèves, tous en grande tenue, bien astiqués, sabre-baïonnette au côté, les gants blancs aux mains et les plumes de coq au vent en. chemin de fer, lorsque la localité se trouvait près d’une station, sinon en voitures du père Merlin, place d’Armes, qui étaient louées pour la journée, très bon marché d’ailleurs. Des bourgeois de Douai, élèves de Charlemont, louaient aussi des voitures et accompagnaient les chasseurs, c’était aussi fête pour eux, ils passaient une bonne journée. Les assauts avaient généralement lieu dans des salles de danse, souvent aussi dans des granges où Ton battait le blé ou le chanvre. Un jour à Ecourt Saint-Quentin, à cinq ou six lieues de Douai, un assaut devait avoir lieu dans une grange à battre le lin, mise en propre état et décorée pour la circonstance. Longtemps avant l’heure de l’assaut, une centaine d’habitants d’Ecourt et des environs, endimanchés, étaient allés à la rencontre des maîtres d’armes, à une heure environ du pays et les attendaient dans une auberge (à l’enseigne Au Repos). Lorsqu’ils aperçurent le cortège composé de trois charrettes remplies de chasseurs et de messieurs, ils se mirent en travers delà route il fallut descendre et accepter la bienvenue pendant que les chevaux reprenaient baleine. Ici, a lieu le malentendu dont nous parlons plus haut. On était en train de se rafraîchir de bonne bière du pays, lorsqu’une conversation s’engagea entre chasseurs et habitants, ces derniers s’exprimaient en patois qui serait fort amusant à reproduire, mais peu compréhensible pour les lecteurs. — Où est-il M. Louis Vigneron?... — Il est à Paris — Il n’est pas là?... — LA BOXE FRAN"Ç VISE Mais il ne doit pas venir! — Comment, puisqu’il doit donner 100 francs à son vainqueur?... —-Ce n’est pas lui, c'est Charlernont! — Où est-il ?... — Le voici!» — En ouvrant des yeux étonnés et paraissant douter — Comment, ce petit blondlà ! c’est celui-là le premier maitre de France ?... il n’en a pas l’air! — Vous le verrez tantôt. — En même temps ces braves gens allaient autour des voitures, cherchant, furetant, paraissant fort intrigués, ne voyant pas ce qu’ils cherchaient. Ils s’adressaient à des chasseurs qui les regardaient faire — Où donc a-t-il mis son canon? — Mais il n’y a pas de canon! — Comment ?... — Non ! — M. Charlemont est élève de M. Louis Vigneron, l’homme-canon ! — Ah !» — Les campagnards avaient confondu et mal interprété le programme, c’était amusant. On se remit en route. Autre conversation. «11 va avoir fort à faire le petit blond, nous avons à Ecourt un maitre qui n’a jamais trouvé son pareil ! — Il trouvera mieux aujourd’hui ! — Il n’a jamais été battu! — Il le sera aujourd’hui! Mais il est très fort, il donne des leçons au fils du maire ! — Vous verrez tantôt ! Enfin arrive l’heure de l'assaut, on commence. Un certain nombre d’assauts de toutes sortes ont lieu, puis vient le tour du petit blond et du professeur du fils du maire. Ce fut le bouquet. On fait le salut d’usage. Charlemont commence, son adversaire ensuite un homme plus grand que lui, trente ans environ, bien élancé, il fait un salut superbe et avec beaucoup de facilité. Aussi les paysans avaient-ils pleine confiance en lui ils rayonnaient la victoire n’était pas douteuse, le petit blond allait être battu, facilement, disait-on. Nous voyons encore à ce moment les prévôts de Charlemont, riant sous cape de la déconvenue qu’allaient avoir ces braves paysans, sachant, eux, à quoi s’en tenir sur le résultat final. Ce fut vite fait, Charlemont ne fut pas long à juger son adversaire, alors il ne le laissa plus en repos, l’attaquant constamment, rapidement, ne le laissant attaquer que pour le prendre à la rispote ou au coup d’arrêt, l’attaquant partout, en haut, en bas, coups de poing de figure ou de flanc, coup de pied bas et chassés à l’estomac, son adversaire n’avait que le temps de se relever pour retomber aussitôt; l’assaut se termina par le revers de pied à la 'LA BOXE' FRANÇAISE figure que Charlemont exécutait à la perfection Alors les paysans — Mais ce n’est pas Dieu possible !... c’est un diable, on ne voit pas comment il fait, c’est, comme un chat ! ah! mais c’est bien autre chose que l’autre! on ne lui gagnera jamais ses 100 francs. L’assaut terminé, on mit des tables et des bancs dans la grange, on se rafraîchit et on buta la santé des deux champions du petit blond et du professeur du fils du maire. On invita tous les tireurs à dîner ainsi qu’au bal; on s’amusa beaucoup et on fit promettre à Charlemont de revenir encore donner un assaut. On attela et on reprit la route de Douai. Tous les assauts se passaient de la façon la plus convenable, jamais aucun nuage ne venait troubler la bonne harmonie qui régnait entre civils et militaires, au contraire, c’était à qui hébergerait ces derniers. Charlemont était connu avantageusement dans fout le Nord et le Pas-de-Calais Arras, Roeux, Yitry, Saint- Nicolas, Petit-Bapaume, Forest, Brebières, Ilénin-Liétard, C irvin, Lens, Coùrrières, Seclin, Roub lix, Ecourt, Saint-Quentin, Aniche, Somain, rFcluse-Saint-Quentin, Abscon, Oignvet Denain, furent témoins dé ses premiers exploits, et en conservèrent un bon souvenir. Un incident qui se passa à Somain (Nord) mérite d’être raconté, ne serait-ce qu’au point de vue de la tactique du combat. Ce n’était pas dans un assaut ni à propos d’assaut. C’était un dimanche, il y avait bal, chez le père Poulain Jean. Charlemont, en compagnie de quelques amis, ses prévôts, se trouvait dans la salle de danse; trois garçons meuniers qui avaient probablement bu y entrèrent et souffletèrent une demoiselle qui refusait de danser avec eux, étant engagée d’avance. Le père Poulain leur fit des reproches, les menaçant de leur faire dresser un procès-verbal. Ils tournèrent leur fureur contre lui et voulurent lui faire un mauvais parti. Ils étaient tellement excités en discutant avec le patron, qu’ils ne virent pas Charlemont les prendre par derrière, à bras-le-corps, un à un, et les porter dehors, ils ne s’en aperçurent que lorsqu’ils furent tous les trois dehors. Charlemont pria ses camarades de faire attention et sortit. Les trois gaillards, furieux, voulurent se venger et se jetèrent tous trois de face sur Charlemont qui se jeta de côté les obligeant, en quelque sorte, m par ce mouvement, à faire par le flanc, de manière à n’avoir qu’un adversaire à la fois devant lui. Le premier se trouvait assez près de Charlemont pour le saisir par les épaulettes, mais au même instant, il recevait un vigoureux coup de pied chassé porté du talon au creux de l’estomac, et tombait en arrière, la tête dans la poitrine du second qui à son tour tomba sur le troisième. 11 n’y eut qu’un coup les deux premiers se retirèrent crachant le sang, le troisième moins atteint se releva et voulut se lancer sur Charlemont, qui, d’un pareil coup, l’envoya rouler dans un ruisseau assez creux, rempli de boue et d’ordures de toutes sortes, puis il rentra dans la salle du bal où il fut applaudi par tous. Une demiheure après, Charlemont s’aperçut qu’il lui manquait ses épaulettes il mit son sabre au côté, sortit et alla trouver lés trois meuniers qui nettoyaient leurs vêtements près d’un puits qui se trouvait à peu de distance de là. Sans rien dire ils lui rendirent ses épaulettes. Il les revit une quinzaine de jours plus tard, ceux-ci avouèrent leurs torts et s’excusèrent; ils devinrent les camarades de Charlemont, alors, il n’eût pas fait bon lui chercher querelle devant eux. Ils n’étaient pas adroits, mais ils étaient extrêmement forts. À propos de l’incident ci-dessus, nous allons raconter une petite histoire qui va donner raison à la tactique qu’a employée Charlemont, contre les trois meuniers. Dans l’enseignement qu’il donne aux enfants, il a bien le soin de recommander à ses élèves de ne se servir de la boxe que pour se défendre. Entre deux exercices, alors que ses élèves paraissent fatigués ou ennuyés, il cesse la leçon et leur raconte des histoires de héros, où le courage, la force et l’adresse triomphent il éloigne d’eux la peur, en stimulant leur courage, le tout bien brodé, bien détaillé, avec toujours des arguments sérieux à l’appui; il leur enseigne la tactique et leur raconte son combat avec les meuniers de Somain. Un jeune élève de Charlemont âgé de six ans, bien connu pour avoir paru dans plusieurs assauts donnés par la Société des boxeurs français, au Cirque d’été et à la Comédie parisienne, se trouvait au milieu d'un grand dîner dans sa famille. On en était à la conversation sur les exercices de défense et les combats; il se mit à dire — Moi je n’ai pas peur, la peur n’évite pas le danger, au contraire elle le fait naître, peu importe le nombre de mes adversaires, je ne compte pas, deux, quatre, six ou dix, cela ne me fait rien. L’enfant parlait avec une chaude conviction. Quelqu’un lui dit — Gomment ferais-tu- si tu avais six adversaires à combattre?... — Ce n’est pas plus malin que cela !... Il plaça cinq chaises alignées en face de lui, puis il fit placer son pèreàla droite des chaises et expliqua qu’on ne pouvait pas combattre à la fois six adversaires de face, parce qulavec deux bras on ne pouvait pas parer les six coups de poing ou coups de pied, portés à la fois par six adversaires; que, dans ce cas, il fallait se jeter soit à droite, soit à gauche des six adversaires, de manière à n’en avoir qu’un à combattre à la fois. Il tourna les cinq chaises à droite, se jeta de ce côté et fit faire à droite à son. père, qui: se trouva ainsi devant lui, les cinq chaises à la suite et l’une derrière l’autre. Ainsi placé, il dit à son père — Tu vois papa, tu te trouves seul devant moi, les autres sont derrière toi, je peux donc combattre un adversaire à la fois p) en même temps, il lance un coup de poing à son père au creux de l’estomac. Celui-ci droit, les pieds rapprochés, fut surpris, perdit l’équilibre et tomba sur la chaise qui était derrière lui, entraînant par suite toutes les chaises qui tombèrent l’une sur l’autre comme une rangée de dominos. Le père se releva sans aucun mal, et toute la société ria aux éclats à la vue du résultat de cette manœuvre imprévue. L’enfant a démontré, en l’appliquant, la tactique pratique à exécuter contre plusieurs adversaires. Il y avait à Douai à cette époque un homme bien fort, nommé Terry, du 8e régiment d’artillerie. Il allait souhaiter la fête à son colonel, une pièce de canon de quatre, sur son épaule, et portait sur son dos son cheval à l’infirmerie. Il était forgeron â Equerchin, village voisin; on racontait qu'à quinze ans, lorsque son père lui refusait l’argent nécessaire pour boire une pinte de bière le lundi, il portait l’enclume sur la roule au milieu du village; le père était obligé de céder s’il voulait rentrer en possession de son enclume. Louis de Lyon l’a connu, car il est venu, à cette époque, donner plusieurs assauts à la fête de Doüai, sur la place du Barlet et à la salle du Pavillon. Charlemont y tira. En même temps que le 19e bataillon de chasseurs, qu’on appe- LA ÇOXE FRANÇAISE lait les enfants de Gayant, parce qu’il avait été formé à Douai, le 15e bataillon de chasseurs y tenait garnison; il y avait plusieurs maîtres et prévôts d’une certaine valeur qui procuraient à Gharlemont l’occasion de*travailler. En ville, une salle d’armes et de boxe était tenue par un nommé Detrain, qui cumulait en même temps le métier de ferblantier et celui de musicien, le soir, au théâtre. On invita Charlemont à y venir faire de la boxe. Un élèvede la salle, un marchand de grains, voulut le tâter pour un assaut de boxe anglaise, on tirait alors avec des gants d’escrime, la main ouverte Charlemont ferma les mains et frappa sec on ne voulut plus en tâter. Ayant ainsi assuré la supériorité de son école, il tira ensuite plus courtoisement et on; lui en sut gré. ;Le bataillon partit pour le camp de Châlons en 1864. Le maréchal de Mac-Mahon commandait le corps d’armée. Les maîtres de boxe, canne, etc... des différents régiments, s’étaient réunis en vue d’organiser un premier assaut; on apprit alors que le maître du 19 bataillon, dont la réputation était déjà très: répandue, n’était pas encore arrivé. On remit l’assaut à une date à laquelle celui-ci devait être présent. Lorsqu’il descendit à la station de Mourmelon, la plus grande partie des maîtres étaient venus lui serrer la main et faire sa connaissance. Ils savaient déjà, par les maîtres et prévôts du 19e, que le 1er maître avait une école sérieuse, spéciale, l’école de Paris. Ils lui firent un accueil sympathique, et tous se rendirent à la cantine. Là, les cœurs s’ouvrirent et les potins eurent libre cours. Il y avait un maître au 13e bataillon de chasseurs, nommé Gérard, qui faisait son malin en faisant des revers de pied avec ses espadrilles dont les semelles incrustées de sable ou de terre laissaient chaque fois des traces sur la figure. Pendant qu’il tirait, il imitait le cri du chat pour influencer son adversaire il était solide de corps, souple et vif on n’aurait pas été fâché de le voir devant un tireur qui l'eût calmé. — On a songé à vous, disait-on à Charlemont, voudriez-vous tirer avec lui à l’assaut?... — Pourquoi pas! répondit ce dernier... ah!... parfaitement, je tirerai avec tout le monde. C’était tout ce qu’on désirait. — Le maître du 13e bataillon n’était pas là, bien entendu, mais il n’ignora pas ce qui avait été décidé en son absence. A l’assaut, on le mit en présence de Charlemont; quand il vit ce dernier en garde, il perdit sa. contenance habituelle et voulut débuter par son coup favori, le revers de pied direct; il le faisait de loin très vivement. Sur cette attaque, au lieu de reculer, son adversaire s’avança en se penchant de côté en dehors, le coup passa et la jambe se trouva à la hauteur de la cuisse sur l’épaule de Charlemont, qui n’eut qu’à se redresser pour le jeter à terre. Ce fut d’abord un grand désappointement pour Gérard d’avoir raté son coup favori, mais il le fut encore bien davantage lorsqu’il voulut se remettre en garde. II y était à peine, qu’il reçut, de Charlemont, un revers de pied sur la figure, qui fit le bruit d’une claque; il n’en avait jamais reçu de pareil. Se sentant perdu, il comprit qu’il; avait à faire à un adversaire avec qui il ne fallait pas faire le chat. Gharlemont déploya sur lui son jeu magnifique et le battit complètement, sans que celui-ci pût le toucher une seule fois, tant il 'était surpris. Les autres étaient dans la joie. car ils étaient vengés. On alla à la cantine se rafraîchir et commenter les phases de ce premier assaut. Gérard bouda et n’y vint pas. Le lendemain Charlemont alla le voir à sa tente, le réconcilia avec lui, et ils devinrent de bons camarades. Pendant les quatre mois de séjour au camp de Châlons, on pouvait assister tous les jours à des assauts. Charlemont invita le maître du régiment le plus voisin à venir, avec ses prévôts, travailler chez lui. Le lendemain, c’était au tour d’un autre régiment, et ainsi de suite; il épuisa, à tour de rôle, les régiments des trois divisions d’infanterie. Les autres maîtres procédèrent de la même façon, et les assauts se succédèrent tous les jours. En réalité la plupart des maîtres prévôts et élèves des régiments du camp, prenaient part à l’assaut du jour. Il y avait au camp de Châlons un grand nombre d’officiers étrangers, venus pour suivre les grandes manœuvres, qui ne manquaient pas d’assister aux assauts de boxe qui les intéressaient fort. Ils faisaient entre eux une masse qu’ils remettaient au maître de l’assaut du jour, pour rafraîchir et encourager les tireurs. Ce fut une bonne campagne pour la boxe, les quatre mois passés au camp de Châlons en 1864. Tous les maîtres et prévôts y avaient fait de grands progrès. C'est là que Charlemônt et Chauderlot firent connaissance et tirèrent ensemble pour la première fois. Il y a -ici une coïncidence remarquable. La première rencontre entre Charlemônt et Chauderlot eut lieu au camp de Châlons, en 186i, dans un assaut donné par le 43e régiment de ligne. Charlemont était alors 1er maitre au 19e bataillon de chasseurs à pied et Chauderlot 1er maître au 100e régiment de ligne. La seconde rencontre eut lieu à Paris en 1866, dans un assaut donné encore par le 43"e régiment de ligne, à la caserne de Reuilly. Cette fois, Charlemônt était 1er maître au 99e régiment de Ligne et Chauderlot était Ier maître au 18e bataillon de chasseurs à pied. Charlemônt, quoique éloigné de Paris, conservait toujours des relations avec Vigneron et allait souvent à Paris pour assister à des assauts. A la levée du camp de Châlons, le. 19 bataillon de chasseurs revint à Douai. Quelques mois après,, le 1.9e bataillon changeait de garnison et allait à Lyon. Là, rien de remarquable, les régiments de cette garnison arrivaient tous du Mexique; ils n’avaient pas de professeurs. Charlemônt donna un assaut avec ses élèves, dans un petit village nommé Fontaine, près du camp de Satonay. Il fit la connaissance avec le père logant, concierge à la mairie de la Croix- Rousse, chevalier de la légion d’honneur, ancien maréchal-deslogis,maître d’armes aux hussards de la garde royale, prévôt de Lafaugère. Il prit 'quelques leçons avec lui. — A ce moment, Rossignol-Rollin, avec .sa troupe, donnait des séances à l’alcazar. Béranger, Lacroix, Alfred le beau modèle, Le Mineur de la Loire, Deligne, le terrible boulanger, Le Meunier d’Arnetal, etc... étaient avec lui. Charlemônt faisait de la boxe et de la lutte à trois francs la séance, c’était autant de pris et cela le faisait travailler. Une lutte des plus intéressantes eut lieu entre deux des meilleurs lutteurs de la troupe. Rossignol-Rollin! voilà une lutte extraordinaire, messieurs! on se croirait revenu dans l’antiquité, voyez leurs muscles, entendez-les craquer, ne dirait-on pas de l’acier, ah!... ce sont de beaux lutteurs, messieurs (le soleil paraissant aux vitres du plafond). Tenez* messieurs! le soleil vient leur rendre visite et les éclairer de ses rayons lumineux (le soleil disparaissant). Ah!... Messieurs, il en pâlit. Dans cette séance, Charlémont lutta avec un de ses camarades du bataillon de chasseurs lorsque celui-ei le ceintura par derrière, il voulut lui saisir les deux bras, en passant les siens derrière le dos et en les croisant; il allait lui porter un coup en se jetant à terre en avant, pour faire basculer son adversaire, lorsque Rossignol-Rollin intervint et fit lâcher la prise, en expliquant, d’une manière théorique, le danger de se casser un bras en portant le coup dans cette position. Rossignol-Rollin était aussi fort théoricien pour la lutte, qu’il était charmant causeur. On venait exprès, et même de loin, pour lui entendre dire ses mots spirituels. Le 10 octobre 1865, Charlémont quittait le 19e bataillon de chasseurs à pied, et entrait comme professeur de boxe, canne, sabre et bâton, au 99e régiment de ligne qui arrivait du Mexique et tenait garnison à Paris. Il fallut le plus promptement possible former des prévôts pour les différents exercices la tâche était rude, Charlémont la trouva agréable. Un an après, au fort d' Aubervîlliers, il donnait son premier assaut et présentait à l’examen des maîtres une vingtaine de prévôts de boxe et de canne; tous furent reçus, sans hésitation, à la grande satisfaction du colonel, M. Chagrin de Saint-Hilaire, qui, à cette occasion, remit au professeur une gratification. Charlémont fréquenta de plus en plus la salle Vigneron et assista à presque tous les assauts donnés à Paris par tous les professeurs. Il est impossible de se rendre compte du nombre d’assauts auxquels il prit part. Dans l’armée, on travaillait ferme, le samedi était consacré aux travaux de propreté et d’astiquage il n’y avait pas de leçons ce jour-là, mais on ne se reposait pas. Le maître faisait travailler ses prévôts le matin, l’après-midi on allait travailler dans les autres régiments de la garnison, tantôt chez les uns, tantôt chez les autres, sans préjudice des grands assauts du dimanche. On faisait des progrès dans l’armée. Jusqu’en 1870, on produisit de nombreux et bons élèves il n’en est plus de même aujourd’hui, tout est changé. Ces progrès tenaient à bien des choses à cette époque, dans tous les régiments, il y avait î;a boxe française des professeurs d’armes, de sabre, de boxe, de canne, de bâton, de danse et même de lutte. Les maîtres étaient accompagnés d’un certain nombre deprévôts. Ils étaient exempts de service, et donnaient toute la journée des leçons individuelles. Les professeurs avaient l’initiative de leur méthode. N’étant pas limités, ils pouvaient donner libre cours à leur intelligence et apporter des perfectionnements à leur travail. Les cours étaient obligatoires, mais les élèves pouvaient, dans une certaine proportion, choisir les cours qu’ils préféraient. Plus tard, ils pouvaient ou devaient changer d’exercices, suivant leur degré d’instruction. Ceux qui ne prenaient pas leur leçon étaient punis, si leur absence n’était pas justifiée par un ordre de service. Le contrôle se faisait par le tirage d’une petite ficelle passée dans un trou du tableau, nouée de chaque côté et placée en tête de chaque nom. Il arrivait parfois qu’un élève tirait sa ficelle sans qu’on le vît et disparaissait sans prendre sa leçon s’il était pris, il allait au clou; ou bien encore s’il avait pour camarade un prévôt, il lui payait la goutte, celui-ci tirait la ficelle cela ne réussissait pas toujours, le maître veillait, et envoyait à la salle de police l’élève et le prévôt. Les soldats faisaient alors sept ans de service, ce qui leur permettait d’apprendre bien deschoses. Ce qu’il y avait d’arbitraire selon nous, c’était la retenue obligatoire de dix centimes par prêt de cinq jours, prélevée sur la solde des soldats, qui ne touchaient que vingt-cinq centimes. Nous le répétons, c’était arbitraire, mais les professeurs s’en trouvaient bien, nous pourrions ajouter, les résultats des cours aussi. Les professeurs étaient presque tous d’anciens soldats rengagés, ils avaient en quelque sorte une situation au régiment, puis des privilèges ils ne faisaient pas de service, prenaient leurs repas à la cantine et avaient la permission permanente de dix heures du soir. Depuis 1870, tout étant changé, dans la nouvelle organisation l'armée a produit peu de sujets. LUNDI 25 DÉCEMBRE 1865 (FETE DE NOËL) De 1 heure et demie à 4 heures. Les bureaux ouvriront à 1 heure. SALON DES FOLIES DE BELLEVILLÉ 4, Rue de Paris, 4 AU BÉNÉFICE DE MM. THÉOPHILE ET TE I SS TE R Sous la direction de MM. THÉOPHILE ET TEISSIER Avec le concours des premiers professeurs de Paris MM. Leboucher, L. Vigneron, Ducros, Lozès, Tenon, Bareiros, Gilbert, Plet, Bastien (professeur chez M. Vigneron), Devost et Pécoul (professeurs chez M. Leboucher), ainsi que leurs premiers élèves. Cet assaut sera composé D?ÉPÉE, DE SABRE, DE CANNE, DE GRAND BATON, D’ADRESSE FRANÇAISE ET ANGLAISE, DE GYMNASTIQUE ET D’EXERCICES DE FORCE M. Vigneron paraîtra dans deux assauts, un de canne avec M. Bastien, et un d’adresse française avec M. Charlemont. M. Teissier, pour la première fois, fera un assaut de grand bâton aveç M, Eugène Caquet. M. Charles Ducros fera un assaut d’adresse anglaise. avec M. Tellamson. Dans cette séance, le fils de M. Leboucher, âgé dé 10 ans, développera de 70 a 80 coups de canne en d 5 secondes, sous la direction de son père. GYMNASTIQUE A LA BARRE FIXE par MM. Mansûy frères. par MM. Louis Vigneron (pour cette fois seulement), Louis le Mécanicien et Auguste Massin, amateur de première force. Lorsque, avant de commencer leur assaut, Vigneron et Charlemont se serrèrent la main, le fils de ce dernier, qui avait 3 ans, croyant que Vigneron voulait faire mal à son père, se jeta sur lui en pleurant et lui tint les jambes; alors Vigneron le prit dans ses bras et le rassura en l’embrassant le futur boxeur était consolé. Le 10 avril 1866, grand assaut donné par M. Leboucher, salle du Château rouge d’hiver, rue du Château-d’Eau, avec le concours de MM. Louis Mérignac, surnommé alors le tireur noir, pour l'escrime. Pour la boxe Gilbert, 1er maître aux chasseurs de la garde et son prévôt, Papy, 1er maître aux zouaves de la garde et son prévôt Charlemont, 1 er maître au 99e de ligne, et Maumet, son prévôt. Antoine Dornier et Pierre le Savoyard, pour la lutte, et Alfred Perrier pour la gymnastique. Dans cette séance, Leboucher fait répéter, par son fils âgé de 10 ans, la voltige de la canne, et lui fait frapper de 110 à 120 coups de figure dans l’espace de 30 secondes. Cinq mois plus tard, le 7 septembre 1868, Leboucher mourut à Paris, il était âgé de 59 ans. SALON DES TILLEULS 160, Chaussée Ménilmontant, 160 De 3 h. 1/2 à 6 heures. Les bureaux ouvriront à 3 heures. LE DIMANCHE 29 AVRIL 1866 AU BÉNÉFICE DE M. CHARLEMONT, PROFESSEUR Sous la direction de M. CHARLEMONT Avec le concours des premiers professeurs de Paris MM. L. Vigneron, Ch. Ducros, Teissier, Bareiros, Devost, E. Bastien, Alfred, Mansuÿ, Joigny, Verdier, Gilbert, Bouillet, Olivier, Malosse, Kamrer, Maumet, D’Arbois, Tenon, Ainsi que leurs principaux élèves. Cet assaut sera composé D’ÉPÉE, SABRE, CANNE, GRAND BATON, D'ADRESSE FRANÇAISE ET ANGLAISE ET D’EXERCICES DE FORCE ET D'ADRESSE M. Charlemont, surnommé le principe de l’adresse française, élève du célèbre Louis Vigneron, Thomme-canon de l’Hippodrome de Paris, réputé le premier champion de l’adresse française, et dont le nom est illustré par toute la France, l’Angleterre, etc... A cette séance, M. Charlemont se tiendra à la disposition de toutes les personnes qui désireraient faire assaut avec lui il offre une prime de 100 francs à tout amateur d’adresse française qui parviendrait à le vaincre sur cet exercice. La boxe frànçaisë Pour la première fois, le fils de M. Charlemont, êgé de trois ans et demi, exécutera en décomposant les principaux coups de la théorie de canne et plusieurs de l’adresse française. MM. les professeurs qui désireraient prendre part à ce brillant assaut sont priés de se faire inscrire un jour à l'avance. En 1866, Charlemont, professeur de boxe au 99* régiment de ligne, était caserné au fort d’Aubervilliers. Un jour le prince A. M... son élève, vint le voir. C’était la veille du grand prix de Paris. Le prince faisait courir. Il venait prévenir son professeur qu’il partirait aussitôt après les courses et qu’il allait lui régler ce qu’il lui devait. A cette occasion, Charlemont invita le prince à faire avec lui un assaut pour terminer la saison, le prince accepta. Les régiments ne fournissaient ni gants ni chaussures aux élèves qui suivaient le cours de boxe. Le professeur était tenu d’en avoir quelques paires pour les jours d’inspections générales. Charlemont n’en manquait pas, il était alimenté par les professeurs civils de Paris qui lui donnaient tous ceux qui étaient mis hors d’usage dans leurs salles. Presque tous ses élèves en possédaient une paire ils n’étaient pas de première fraîcheur, malgré les soins et les raccommodages dont ils étaient l’objet. On peut se rendre un compte exact de l’état dans lequel ils étaient lorsqu’ils avaient servi à tirer dans les cours des casernes ou dans les salles qui ne sont généralement pas cirées, mais bitumées. A cette époque, les gants étaient plus souvent rembourrés de varech ou de raclure de baleine. Ce qui faisait qu’au bout de peu de temps de service, le varech et la raclure se roulaient dans les gants et formaient des nœuds. Le jour de la visite du prince, Charlemont ne possédait à sa salle qu’une paire de gants neufs, les autres étaient chez ses élèves à domicile. Il les lui offrit (ce qui était d’usage lorsqu’on invitait une personne étrangère à tirer à la salle). Charlemont en prit une vieille paire, et l’on se mit en garde. On tirait depuis quelques minutes et Charlemont remarquait que de temps en temps son élève faisait une grimace, mais ne se rendait pas compte de ce qui en était cause, lorsqu’à un coup de poing de LA liOXÉ FRANÇAISE figure qu'il lui porta, le prince n'y tenant plus, s’arrêta, retira ses gants et se mit à tâter ceux cle Charlemont en lui disant — Quels gants avez-vous donc mis à vos mains? — Prince, je vous ai fait les honneurs de ma salle en vous donnant les gants les meilleurs et les plus beaux, j’ai gardé pour moi les mauvais, n’en ayant pas d’autres en ce moment, surpris que j’ai été par votre aimable et inattendue visite, je n'ai pas pu m’en procurer d’autres. Le prince riant aux éclats — «Au diable les honneurs de ce genre, vous me donnez de magnifiques gants neufs, très doux, ornés de jolies manchettes rouges, avec lesquels vous vous faites un plaisir de me laisser vous toucher, puis vous mettez une paire de vieux gants dont il serait difficile de deviner la couleur naturelle, qui de plus sont rembourrés avec des noyaux de pêches. Chaque fois que vous me portez un coup, il en sort un paquet de poussière qui m’étouffe, en même temps qu’il fait sur ma figure l’effet d’un sac de noix. Décidément, Charlemont, gardez pour vous les honneurs, prenez les gants neufs et donnez-moi les vieux. En général, les professeurs des régiments ne possédaient qu’une et rarement deux paires de gants, qu’ils prêtaient à leurs invités, ou qu’ils réservaient pour les grands jours deréunion. On ne se doutait pas qu’en voulant faire une politesse aux invités, on manquait le but. SALLE DU WAUX-HALL (PILODO ET WAUX-HALL REUNIS) Rue de la Douane, 16, derrière la caserne du Château d’Eau. Les bureaux seront ouverts à 7 h. 1/2 On commencera à 8 heures du soir. MARDI 9 OCTOBRE 1866 d’épée, de sabre, de canne et d’adresse française DONNÉ AU BÉNÉFICE DE M. LOUIS VIGNERON L’hoinme-canon de l’Hippodrome de Paris; Cet assaut est spécialement donné à l’occasion suivante M. Harrison, l’homme le plus fort de l’Angleterre, désirant venir à Paris donner quelques séances d’exercices de force, s’est adressé à M. Vigneron et lui’ a offert, ainsi qu’à tous les hercules de Paris, un haltère en cristal qu’il lui a expédié, du poids de 130 livres anglaises, s’il peut l’enlever à la volée de chaque main et tenir en même temps à bras tendu, de l’autre main, un poids de 50 livres anglaises. M. Vigneron a accepté l’offre, et il essayera dans cette soirée d'enlever l’haltère dont il s’agit. Il invite tous les professeurs de gymnastique à concourir comme lui. L'haltère -est visible au café Vigneron, cité du Waux-Hall, 6. Les personnes qui désirent concourir sont priées de se faire inscrire chez M. VIGNERON A la fin de la première partie, M. Vigneron fera répéter sa théorie d’adresse française par M. E. Bastien, son élève. INTERMÈDE LE QUADRILLE DES TOQUES dansé par Gambilloche, La Planète, Zéphyr et La Lime Artistes de l’Hippodrome. INTERMÈDES DE BILBOQUET PAR M. ERNEST MERRET. Pour la première fois MM. Charlemont et Eugène Bastien, Tous deux professeurs et élèves de M. Louis Vigneron feront ensemble assaut d’adresse française. M. Vigneron fera recevoir prévôts d'adresse française Deux de ses élèves MM. Emile et Augustin, qui feront chacun assaut avec deux professeurs. ASSAUT D’ADRESSE FRANÇAISE Entre M. Vigneron et un professeur de première classe. Par M. Massin, le Roi des bras tendus, et M. Vigneron. La Soirée sera terminée par LE DOUBLE COUP DE CANON tiré sur l’épaule de M. Vigneron, poids de la pièce 305 kilogs. Orchestre de M. Pilodo. SALLE D’ARMES DE M. CH. DUCROS Rue Beautreillis, 9. MERCREDI SOIR 12 DECEMBRE 1866 D’ÉPÉE, DE SABRE, DE CANNE, DE GRAND BATON, D’ADRESSE FRANÇAISE ET ANGLAISE, DE FORCE ET DE GYMNASTIQUE Donné par M. Ch. Ducros Avec le concours de plusieurs professeurs et amateurs de Paris dont les noms suivent MM. Tessier, Charlemont, Tenon, Pécoul, Reubau, M. Eugène Bastien, Prévôt de M. Vigneron, Augustin et Emile, tous deux élèves de M. Vigneron, MM. Mallet, May, Fritz, Coquet, Dalmas, Leroy, Louis et Durupty, élèves de la salle. Par MM. Massin, Audain et l’hercule lyonnais Fritz. Les jeux athlétiques par MM. Tessier, Lacaisse et Audain, ainsi que plusieurs amateurs. Voici comment Charlemont fit connaissance avec Hubert Lecour, et tira avec lui. Etant un jour chez un de ses anciens patrons qui tenait un café, faubourg du Temple, celui-ci le présenta à un monsieur, ancien admirateur de Lecour, en lui faisant savoir qu’il était professeur au régiment et vantait ses qualités. Le monsieur, très enthousiasmé de Lecour, dit à Charlemont Personne ne peut toucher Lecour et vous ne pourriez pas non plus le toucher, pour moi il est invincible. Charlemont piqué au vif Monsieur, je n’ai pas l’honneur de connaître M. Lecour, mais si vous voulez bien me présenter à lui, je crois pouvoir vous convaincre de votre erreur, non seulement je le toucherai une fois mais plusieurs fois. Rendez-vous fut pris le monsieur nJy vint pas. Huit jours plus tard, Charlemont recevait une lettre d’Hubert Lecour, l'invitant à venir tirer dans un assaut qu'il devait donner chez lui, passage des Panoramas, au bénéfice d’Etienne, son prévôt, et lui demandait une réponse. Charlemont crut que c’était le résultat de la conversation avec le monsieur au rendezvous manqué; il alla le môme jour porter verbalement sa réponse à Lecour, et lui expliqua ce qui avait été-dit et ce qu’il en pensait. Lecour lui affirma n’être averti de rien, que cette coïncidence était de pur hasard. Charlemont lui témoigna le désir déjuger la chose entre eux, en tirant ensemble à son assaut; ce qui fut entendu. L’assaut n'eut pas lieu cette année-là, Lecour avait un furoncle à la main. Charlemont et Chauderlot firent un assaut ensemble. Cet assaut, qui était attendu par les amateurs avec une extrême curiosité, eut lieu l’année suivante, dans la salle des Panoramas. Les élèves et les amis de Lecour avaient pleine confiance, a On ne peut refuser à Charlemont, disaient-ils, la cc vitesse et la légèreté, mais il est habitué à tirer avec Vigneron, qui a le jeu large, qui est devenu plus lourd et manque d’haleine; il sera battu En effet, les premières passes lui furent défavorables; il fut pris trois fois de suite au coup de pied bas et au coup d’arrêt. Un tireur ordinaire aurait perdu la tête et n’aurait plus rien fait de bon. Mais Charlemont ne se troubla pas avec le sang-froid et la sûreté de coup d’œil qui en faisaient un adversaire si dangereux, il vit sur l’heure comment il fallait combattre Lecour séance tenante, il modifia son système d’attaque, serra son jeu et, dans la seconde partie de l’assaut, il eut l’avantage. Sa réputation était faite. Arthur Rang. Avant de commencer, Hubert Lecour avait dit à Tessier, qui régissait l’assaut — On dit que le prévôt de Charlemont a le même jeu, la même manière de tirer que son professeur, faitesle tirer avant nous, je verrai. Le prévôt, prévenu par son maître, refusa de tirer avant lui. L’année suivante, Charlemont fit un brillant assaut avec le Dr E. Ménière, un des meilleurs élèves de Lecour, à la suite duquel il y eut des appréciations erronées. Pour les faire taire, Vigneron lança un défi public. Charlemont en était naturellement le champion. Nous en donnerons le compte-rendu en son temps et lieu. PAR PERMISSION DE M. LE MAIRE COMMUNE D’AUTEUIL Salle de M. Edouard Féron On commencera à 2 h. 1/2 précises. On commencera à 2 h. 1/2 précises DIMANCHE 23 FÉVRIER 1867 GRAND ASSAUT EXTRAORDINAIRE Sous la direction de M. Charlemont de Paris, 1er boxeur de France Avec le concours De dix premiers professeurs distingués de la capitale. l’assaut sera composé d’épée, de sabre, de canne, de boxe française et anglaise Chauderlot et Galgan. Maurnet et Gustave Yidou. Négrier et Chauderlot. Galgan et Maumet. Duchesne et Bertrand. Charlemont et Chauderlot. Gustave Yidou et Maumet. Négrier et Galgan. Charlemont et Chauderlot. Chevalier et Duchesne. Troisième partie M. Charlemont fils, âgé de 4 ans et demi, exécutera les premiers principes de la boxe française et la défense de la canne, simulacre contre plusieurs adversaires, en frappant de 90 à 410 coups de canne en 40 secondes. Fantaisies de la caisse Exécutées par M. G. Yidou, caporal tambour-maître au 99e de ligne qui terminera la séance par la bataille de Solférino. M. Vidou invite tous les tambours amateurs du département à venir faire assaut de caisse contre lui. A cette séance M. Charlemont, le premier champion de la boxe française, invite MM. les Maîtres, prévôts, amateurs ou professeurs, à venir faire assaut contre lui. Il offre 100 francs à tout amateur de boxe française qui lui serait supérieur sur cette partie. GYMNASE BLÉRIOT 32, Rue du faubourg Saint-Martin, 32 LE MARDI 27 FÉVRIER 1867, A HUIT HEURES DU SOIR GRAND ASSAUT EXTRAORDINAIRE d'ÉPÉE, SABRE, CANNE, GRAND BATON, ADRESSE FRANÇAISE ET ANGLAISE Donné par M. Alfred Perrier, du cirque du Prince-Impérial et de l’Hippodrome de Paris. MM. Kuntz, ex-ler maître au 2e Voltigeurs de la garde, Mir, ex-ler maître au 2° Grenadiers de la garde, Meniels, 1er maître au 99e de ligne. Tenon, Teissier, professeurs à Paris, Pécoul, professeur au gymnase Blériot et Charlemont, 1er maître au 99e de ligne. Gomme et Merret, gymnasiarques équilibristes Par MM. Alfred Perrier et Auguste Massin, le roi des bras tendus. Grand orchestre de 20 musiciens, dirigé par M. Kassaignes. Quelque temps après, Charlemont donna un grand assaut des plus intéressants, dans une salle de bal, rue de Reuilly, près la caserne, où il donnait des leçons le soir. Toutes les salles de Paris y étaient représentées, comme tireurs ou spectateurs. On travaillait ferme en 1867, c’était tous les jours des assauts, Charlemont et Chauderlot tiraient à l’Hippodrome et faisaient de la lutte, trois fois par semaine lundi, jeudi, dimanche, à 3 heures. Le soir, ils boxaient au gymnase Paz où il y avait de grandes luttes, sous la direction de Rossignol-Rollin, elles eurent lieu ensuite à l’arène Le Pelletier, dont le peintre Rodolphe Julian était le créateur et le directeur. Charlemont y boxait trois fois par semaine le soir. Il n’avait pas un moment de repos, aussi était-il très entraîné à ce moment. Les réunions et le travail ne chômaient pas dans l’armée. Nous sommes en 1867, l’exposition va être terminée et Charlemont n’aura pas pu trouver un seul jour pour la visiter. C’est dans la coquette salle de l’Arène^ athlétique, 51, rue Le Pelletier, que le 8 décembre 1867, Vigneron donna un assaut, où il devait, pour la dernière fois, tirer avec Charlemont. Voici ce que disait l’affiche M. Vigneron, qui jusqu’alors avait été notre premier champion, consent à céder son titre à M. Charlemont, son meilleur élève de boxe française, si dans cette séance, il est jugé digne par le publ ic de le remplacer. Il lui offre en conséquence une ceinture d’honneur, étant assuré que M. Charlemont soutiendra dignement ce titre de premier champion, et se tiendra à la disposition de tous les professeurs ou amateurs qui voudront bien se présenter pour lui disputer cette suprématie. A cette séance, Vigneron tira le double coup de canon sur son épaule. A la demande générale des amateurs et du public, le 17 du même mois, Vigneron donna un second assaut dans la même salle Ce n’était pas une anguille qu’il y avait sous roche, c’était un défi sérieux lancé à Charlemont. L’affiche annonçait ce défi en ces termes M. Charlemont, vous vous êtes montré digne du titre de premier champion, que M. Vigneron vous avait décerné, en soutenant contre lui, l’homme réputé invincible, un assaut de boxe française, vous n’avez pas vaincu, c’est vrai, mais vous avez été à la hauteur de votre réputation. Il se trouve cependant un amateur qui, jaloux de votre succès et de l’adresse dont vous avez fait preuve, vous provoque et veut vous disputer, devant le public impartial, ce titre que vous avez courageusement gagné. Confiant dans sa force et son adresse, il parait certain de vaincre quant à nous, qui depuis longtemps connaissons votre mérite, nous avons confiance et vous souhaitons bon courage. Cet amateur n’était autre que le robuste Gilbert, 1er maître au bataillon de chasseurs de la garde impériale, tireur dur et sérieux, il voulait décrocher la timbale, c’était son droit, il avait raison. Ce fut Gilbert qui fut cause que Charlemont apprit à parer les ripostes de coups de pied bas sur le coup de pied en tournant, en échange, il apprit, lui, à ses dépens, l’imparable revers de pied de celui-ci. Chaque fois que Charlemont, pour faire du jeu, portait le coup de pied en tournant, et avant que le pied ne fût reposé à terre, Gilbert lui portait un coup de pied bas en dehors et le faisait tom- ber. Charlemont n’était pas content, mais ne le faisait pas voir, il chercha le remède et le trouva. Voici comment Il lançait son coup de pied en tournant à toute volée et par une force d’équilibre extraordinaire, il arrêtait l’impulsion de son mouvement au moment juste où l’autre portait son coup de pied bas et sans reposer le pied à terre, lui faisait le coup d'arrêt sur la jambe; depuis il ne fut plus pris à cette riposte, il est vrai que l’autre n’essayait plus. Lorsque l’assaut fut terminé, Gilbert portait sur la figure les marques de son infériorité, il fit même des reproches à son adversaire sur la dureté de ses coups. Charlemont lui répondit qu’en raison de la force qu’il employait dans les siens, il avait été, contre son habitude, contraint de serrer un peu ses coups. Ils n’en devinrent pas moins bons camarades et tirèrent souvent ensemble. A cette séance, Vigneron tira trois coups de canon sur son épaule. Gilbert avait avec lui un second maître, nommé Maurice, qui ne manquait pas de prétentions, même sur son 1er maître, il avait tort à notre avis. Il paraissait étonné de ce que son maître et plusieurs autres encore, se fissent battre par Charlemont, il leur attribuait un manque de sang-froid et disait, entre quatre yeux, bien entendu, que Charlemont n’aurait pas raison de lui. L’occasion ne se fit pas attendre longtemps, et Maurice put être fixé sur ses appréciations. Il y avait grand assaut au bataillon de chasseurs de la garde impériale, caserne de la Nouvelle France, faubourg Poissonnière. C’était le lieutenant Devos qui était chargé des salles, comme il l’avait été au 19e bataillon, du temps de Charlemont. L’assaut eut lieu dans la cour préparée à cet effet. Les tireurs étaient accouplés, Chauderlot et Charlemont devaient tirer ensemble (ce qui arrivait souvent, on aimait les voir tirer tous deux), mais par une petite combinaison élaborée sur-le-champ, dans les coulisses potinières et farceuses, et dans le but évident de jouer un tour à Maurice, on le mit avec Charlemont. Il s’aperçut bien de la supercherie, mais il n’en dit rien, ayant confiance en son étoile, il se résigna. Les deux maîtres sont en garde et se tâtent. Maurice se tient sur la défensive. Charlemont l’étudie et fait une fausse attaque en se portant en avant; son adversaire fait un coup d’arrêt, trop court, dans le vide; deuxième fausse attaque de Charlemont, second coup d’arrêt de son adversaire qui obtient le même résultat que le premier. Une troisième fausse attaque de Charlemont, mais cette fois plus prononcée que les précédentes, le coup d’arrêt de son adversaire fut porté plus à fond, ce que Charlemont désirait, car, mesurant bien la distance, il prit la parade en dehors et de son autre bras, lui lança un vigoureux coup de poing sur la nuque, qui le fit tomber à terre sur les mains. Il voulut nier le coup en disant que les coups derrière la tête ne comptaient pas, ce fut un éclat de rire général. Charlemont, riant aussi, lui dit qu’il était libre de compter ce qu’il voulait, que, quant à lui, il ne compterait aucun coup, il fut fort étonné et ennuyé, car il avait compris le sens des paroles de Cbarlemont. A son tour Charlemont resta sur la défensive, par son impassible immobilité, il obligea son adversaire à l’attaquer; ce dernier apprit à ses dépens la précision des coups d’arrêt de son adversaire, qui, trois fois de suite, le fit tomber à terre. Maurice se fâcha, reprochant à Charlemont ses trois coups d’arrêt successifs et prétendant que ce n'était pas ainsi qu’on devait tirer!... — Vous ne me laissez pas vous attaquer ni vous approcher, en un mot vous ne me laissez rienfaire.» — Ce à quoi Charlemont répondit — «Nos camarades ici présents savent que je n’abuse des coups d’arrêt que lorsque je m’y trouve forcé, vous m’en avez donné trois, ratés, je vous les ai rendus, réussis, voilà tout. Quant à ne pas me laisser approcher, c’est mon droit, je fais tout mon possible pour cela, je combats à ma manière et suivant les circonstances. On continua, Charlemont jouant avec sa jambe, passant son pied près de la figure de son adversaire; il vit que celui-ci cherchait à la lui saisir; sans avoir l’air de le faire exprès, il la lui laissa prendre, mais à peine la tenait-il, que, par une vigoureuse flexion et extension de la jambe, Charlemont frappa de son pied dans la poitrine de son adversaire et l’envoya rouler devant lui sur le dos. Ce dernier se releva très déconcerté du résultat de sa prise de jambe, faisant observer à Charlemont qu'ayant eu la jambe prise il aurait dû l’annoncer en disant pris! Charlemont lui fit observer qu’il ne compterait pas les coups, mais que s’il voulait les compter, il pouvait annoncer qu’il était allé rouler à terre. Vous auriez dû voir que c’était avec intention que je vous laissais prendre ma jambe et que je savais bien que vous ne pourriez pas la garder; j'avoue qu’il m’est impossible de me dire pris lorsque je n’ai pas épuisé tous les moyens qui me restent de ne pas l’être. A son tour Gharlemont lui saisit la jambe, et l’éleva assez haut (car Maurice avait de grandes facilités), et lui porta en même temps un coup de pied bas en dehors qui le fit tomber, ce dernier avait crié pris! Charlemont n’en ayant pas tenu compte, l’autre lui reprocha de l’avoir jeté à terre. — Lorsqu’une autre fois vous tirerez, il faudra bien établir vos conditions à l’avance, comme font les enfants quand ils jouent à la balle empoisonnée, qui défendent la tête, les reins, etc... La boxe est un exercice de défense où chacun ne peut pas apporter ses conventions personnelles, mais se conformer à celles établies par l’usage et surtout la courtoisie. L’assaut se termina par un revers de pied de Charlemont sur la joue de son adversaire, qui dut méditer sur les inconvénients qu’il y a à être trop prétentieux. Charlemont fit ensuite un assaut avec un élève de Gilbert, un jeune enfant de troupe âgé d’une quinzaine d’années, qui se présentait pour l’obtention du brevet de prévôt. On vit alors un assaut différent du premier où la souplesse, l’élégance, l’agilité et l’adresse étaient réunies. Charlemont ne touchait autant dire pas son jeune adversaire, l’effleurait àpeine, lui laissant déployer tous ses moyens, se laissant toucher quelquefois sur des coups faits à propos et le laissa toücher le dernier coup aux applaudissements des officiers, maîtres, soldats et prévôts présents qui complimentèrent Charlemont sur sa conduite pendant les deux assauts qu’il venait de faire. Le mardi 14 janvier 1868, salle de la Réunion, 8, rue Lévis, Batignolles-Monceau, Charlemont et Chauderlot tiraient ensemble la boxe française et la canne, etquelques jours après, ils prenaient part à un deuxième assaut donné à Melun par les frères Dubois de Saint-Denis. BAL DE LA MAISON BLANCHE Rond-point de Saint-Ouen, chez M. Cognet. Les bureaux ouvriront à I h. 1/2. On commencera à 2 heures précises. DIMANCHE 10 MAI 1868 ASSAUT EXTRAORDINAIRE Sous la direction de M. Monro y- Constant M. Louis Vigneron M. Charlemont L’homme-canon de l’Hippodrome de Paris, Premier champion de la boxe française, Prêteront leur concours pour ce brillant assaut, Ainsi que plusieurs professeurs des plus renommés de la capitale. Cet assaut se composera de POINTE, CONTRE-POINTE, CANNE, GRAND BATON, BOXE FRANÇAISE, LUTTE PARISIENNE Chauderlot et Tenon. Tessier et Négrier. Maumet et Vidou. BATON Renaud et Bertrand. Jambard Monroy, Portebois. Galgan et Hilaire. Monroy Constant et Tenon. Charlemont et Chauderlot. X*** et un amateur. BATON Chevalier et Robin. Troisième partie Grand assaut de boxe française et de lutte parisienne Par MM. Vigneron, Charlemont, Chauderlot, Galgan, Renaud, Maumet et Lucet M. Charlemont fils, âgé de 5 ans, exécutera les premiers principes de la boxe française et la défense de la canne, simulacre contre plusieurs adversaires, en frappant de 90 à 100 coups de canne en 40 secondes A cette séance M. Charlemont, Ie* boxeur de France, invite MM. les maîtres, prévôts, amateurs ou professeurs, à venir faire assaut contre lui, il offre 100 francs à tout amateur de boxe française qui lui serait supérieur sur cette partie. C’était le jeudi 7 mai 1868, trois jours avant l’assaut que donnait Charlemont, dont le programme est publié ci-dessus. Pour les besoins et l’organisation du dit assaut, Chauderlot et Charlemont se trouvaient ensemble, avenue de Saint-Ouen, près de l’avenue de Clichy, à la station des voitures de place le premier, en garnison à Vincennes, devait rentrer pour 10 heures il ne le pouvait qu’à condition de prendre un fiacre. Il héla un cocher au passage pour se faire conduire au fort de Vincennes. Le cocher, voyant deux militaires, crut ne pas faire une bonne affaire, il hésita d’abord et refusa ensuite de les conduire. Chauderlot arrêta le cheval à ce moment le cocher frappa celui-ci de son fouet. Aussitôt Charlemont s’élança sur le siège, empoigna le cocher et le jeta à terre. Alors plusieurs cochers de la station voisine vinrent au secours de leur collègue et se jetèrent à coups de fouet sur les deux professeurs Ceux-ci, se mirent dos à dos, et firent face aux agresseurs qui étaient au nombre de six. Nos deux camarades déployèrent en cette circonstance tous leurs moyens éner- 'gie, sang-froid, agilité et vitesse, furent mis en action. Chaque fois que les cochers sejetaient en avant, le fouet levé pour frapper, un rapide chassé-croisé les renvoyait quelques pas en arrière et quelquefois à terre. Nos deux boxeurs se prêtaient un mutuel appui en ne se désunissant pas ils se protégeaient selon les circonstances de la lutte, aussi sortirent-ils de cette bagarre sans avoir pour ainsi dire reçu aucun coup. Il n’en était pas de même des cochers, ils avaient reçu de nombreux et sérieux coups. Un marchand de vin qui, de sa porte, avait vu le commencement du combat, vint s’interposer entre les combattants, en reprochant aux cochers de se mettre six contre deux par son intervention influente, il fit cesser le combat, qui paraissait vouloir encore se compliquer, car d’autres cochers de la station paraissaient vouloir prendre part à la bataille en faveur de leurs camarades de corporation. Le marchand de vin emmena chez lui les deux militaires, les régala d’une fine et vieille bouteille, pour les féliciter de la manière dont ils s’étaient conduits dans cette affaire, et se chargea lui-même de trouver un cocher qui voulut bien conduire les deux professeurs à leur caserne, où ils arrivèrent à l’heure sans le moindre inconvénient. Le 26 juillet 1868, Charlemont quitte le 99e régiment de ligne qui part de Paris, pour entrer comme professeur de boxe, canne, etc... au 51e régiment de ligne qui arrivait depuis peu du Mexique et par conséquent n’avait ni maître ni prévôts. Encore delà besogne, elle ne manquait pourtant pas à ce moment-là. 11 fallait donc se remettre à l’œuvre dans ce nouveau régiment etformer de suite des prévôts. Le jeudi 1 7 septembre 1868, salle Pilodo et Waux-Hall, 8 heures du soir, grand assaut donné par L. Vigneron, l’homme-canon de l’Hippodrome de Paris. Malgré la décision prise précédemment, qu’ils ne tireraient plus ensemble, nous voyons encore sur l’affiche Assaut d’adresse française entre M. L. Vigneron et M. Charlemont, le phénix de la boxe française. L’organisateur propose, le public dispose. On n’est pas rassasié de voir bien tirer. Vigneron fait aussi un assaut de canne avec M. Ferdinand Jean, un de ses premiers élèves, et fait répéter sa théorie d’adresse française par M. Emile Rive, son prévôt, et il enlève pour la dernière fois l’haltère en cristal du poids de 65 kilogs qu’il a gagné à M Harisson, à son dernier assaut au Waux-Hall. Encore un assaut, et ça ne sera pas fini. Dans la semaine, un moniteur de Joinville, marin de la flotte, très grand, lm85 au moins, sec, Kergolo, marseillais, vint trouver Charlemont à sa salle, caserne du Prince-Eugène, lui demanda de faire assaut avec lui. — Je n’ai pas le temps, lui dit Charlemont, venez samedi, nous serons libres. Le samedi suivant l’assaut eut lieu en présence des maîtres et prévôts du régiment et du capitaine adjudant-major, Niéger, chargé des salles d’armes. Le grand faisait le jeu marin et marseillais, il se jetait en avant sur les mains en tournant comme s’il faisait la roue, cherchant à frapper deux coups de pied successivement. Le mouvement de ses deux grandes jambes imitait, à s’y méprendre, ces grandes roues de fardiers qui traînent péniblement de gros arbres. Il faisait aussi le sursaut en sautant en avant, pour frapper deux coups de pied successivement sous le menton. Charlemont, ne voulant pas l’arrêter de crainte d’accident, n’avait qu'à s’effacer pour laisser passer les ailes de moulin, et lui fit voir et sentir que sa méthode était en retard sur celle de Paris, ce qui n’empêcha pas ce grand diable d’aller se vanter auprès des autres maîtres d’avoir battu Charlemont. C’est un petit tireur de salon que je ferai tourner sur mon doigt, leur disait-il. Ceux-ci riaient intérieurement et s’empressèrent de répéter les propos à l’intéressé. Ce dernier réunit plusieurs maîtres, et tous allèrent ensemble le trouver à l’école militaire de Joinville-le-Pont, comme pour travailler tous ensemble; on ne put le décider, il devait partir de suite, pour affaire. Charlemont se vit obligé de lui dire le vrai motif de sa visite il venait lui demander de prouver, les gants en main, ce qu’il avait avancé il voulut nier d’abord, mais les maîtres auprès desquels il avait potiné se fâchèrent en maintenant ce qu’il leur avait dit. L’affaire en resta là. Chauderlot était présent. C’est ce même marseillais auquel, un jour, les moniteurs de Joinville-le-Pont demandèrent s’il avait été au grand assaut qui avait eu lieu à l’école militaire à Paris, et qui répondit — Parfaitement. — Y avait-il beaucoup de bons tireurs? — Très nombreux, et de première force... — Ah !... Il y en avait un tout particulièrement, d’une force extraordinaire, je n’en ai jamais vu de pareil. — Avez-vous tiré avec lui? — Oui, justement!... — Ah ! et alors qu’a-t-il fait avec vous ?... — Oh! il n’a rien pu faire !... Le samedi 17 octobre 1868, Salon de la Folie, 9, grande rue de la Chapelle, maison Pérot, grand assaut donné par M. David Davant, avec le concours de MM. Anatole, dit Vigneron jeune, Chabot (de la Chapelle), Charles (de Paris), Merret, équilibriste, les frères Grêlon, Charlemont et Chauderlot, premiers champions de l’Hippodrome de Paris, qui tirèrent ensemble la boxe française et la canne. En 1868, Auguste Massin était invité à prêté son concours dans une soirée lyrique, donnée à la salle Gelin, Chaussée-Ménilmontant, au bénéfice de Renard, de l’Opéra. Des artistes de l’Opéra, delà Comédie française et de l’Odéon, invités également, virent d’un mauvais œil figurer dans le programme des exercices de force. Que venaient donc faire là des saltimbanques? Mais lorsque Massin parut sur la scène, en habit noir, gilet blanc, cravate blanche et masqué, qu’ils le virent exécuter des exercices de haute difficulté, sans même retirer ses gants blancs, la glace était rompue, ils vinrent lui serrer la main, en le félicitant du succès général qu’il venait de remporter. Dans le courant de la même année, il eut l’occasion de prêter son concours au concert donné au bénéfice de Thérèsa, au concert Galiope, rue de Belleville. Le programme annonçait Couplets chantés par le plus fort chanteur du monde. Quelqu’un qui fut fort intrigué, c’est M. X..., premier chanteur de l’Opéra, qui vint prendre place dans la salle pour voir et pour entendre celui qui semblait vouloir lui damer le pion. Il fut très surpris en voyant venir sur la scène, Massin, en habit de soirée, gants blancs aux mains, chanter un couplet de Mignon, en tenant les bras tendus horizontalement, avec un poids de 20 kilos dans chaque main il ne lui vint même pas à l’idée de concourir avec ce chanteur d’un nouveau genre. Une autre fois le programme portait: le piano de la maison Erard sera tenu par M. Auguste Massin. On connaissait bien Massin pour être un peu chanteur, mais pas musicien, aussi la curiosité avait-elle été éveillée. Au moment où une jeune artiste se disposait à chanter, Massin enleva le piano de ses deux bras et le maintint pendant le temps que la jeune artiste, accompagnée du pianiste, chantait un morceau du programme. La surprise fut tellement grande, devant cet incroyable tour de force, annoncé d’une manière si spirituelle, qu’elle fut un triomphe pour son auteur. Massin n’était pas seulement un agréable chanteur, un homme fort, il était aussi très adroit à la canne et à la boxe. Il avait été élève de Leboucher. Le mardi 10 novembre 1868, salle Molière, 159, rue Saint- Martin, grand assaut, offert à la typographie parisienne, par MM. Théophile Darche, Tessier et Tenon. 11 y eut un admirable assaut de bâton, comme on n’en vit plus depuis, exécuté par MM. Eugène Caquet etJacou, dignes émules des Trinquard et des Leboucher. Une fantaisie sur plusieurs caisses par M. Galisa, premier tambour de France. Equilibre de bilboquets par Merret, et jeux athlétiques par MM. Vincent de Lyon, l’homme de fer, et Odin de la Loire. L’assaut se termina par la chanson du serrurier et le chant du voyageur, exécutés par la chorale du Châtelet, directeur M. François. A propos de cet assaut en arrivant au dépôt du 51e régiment de ligne, à Vincennes, Charlemont reçut la visite d’un nommé Mouret, qui donnait des leçons de boxe au 20e bataillon de chasseurs à pied et qui ayant entendu parler de lui, venait le prier de lui donner quelques leçons et l’aider de ses conseils. Charletnont accepta avec grâce, le fit travailler avec lui et le présenta à Vigneron et à Chauderlot, qui le firent tirer avec eux. Ils furent fort étonnés de voir ce jeune homme, grand, mesurant lm8Q, élancé, souple et d’une facilité de jambe des plus rares il la levait en effet perpendiculairement. En échangedes bons procédés qu’on avait employés vis-à-vis de lui, il allait partout se vanter qu’il avait battu Vigneron, Chauderlot et Charlemont. Rien que cela, il allait vite !... On profita de l’assaut de la salle Molière pour l’y inviter, il accepta. Qui tirerait avec lui? Question difficile à résoudre. Vigneron, Chauderlot et Charlemont voulaient atout prix l’avoir en face. Charlemont l’emporta, faisant valoir que leur ayant présenté Mouret, il était le premier atteint et qu'il ne tirerait à l’assaut qu’avec lui, on se rendit à son argument, on lui céda. Avant de commencer l’assaut, Mouret fit, comme au régiment, un salut de la boxe des plus excentriques on aurait dit qu’il cherchait à décrocher le lustre du plafond avec ses pieds, c’était extraordinaire, on n’avait jamais vu lever les jambes pareillement et aussi haut; il y eut dans la salle un étonnement tel qu’on prédisait à l’avance la défaite de Charlemont; telle était la pensée d’un grand nombre de spectateurs. Mais les connaisseurs s’empressèrent de provoquer des paris cinquante bouteillesde champagne furent tenues de part et d’autre. Les uns disaient Gharlemont a trouvé son maître les autres ça ne sera pas pour cette fois-ci, vous verrez tout à l’heure. Les deux tireurs se serrèrent la main. Charlemont attaqua son adversaire par un chassé si rapide qu’il le fit tomber comme une quille; le coup fut si foudroyant que beaucoup ne l’avaient pas vu. Il se releva, faisant mouvoir en vain ses grandes jambes de tous les côtés sans résultat. Charlemont passait dessous et ramassait la jambe d’un coup de pied bas, ou rentrait d’un coup de poing à l’estomac; il faisait pleuvoir sur son adversaire une telle abondance de coups de toutes sortes que celui-ci ne savait plus où il en était. Charlemont ne lui laissait pas un moment de répit, aussitôt qu’il était replacé en face, aussitôt touché. Enfin, n’en pouvant plus, il demanda à cesser. Les trois maîtres étaient bien vengés. Le lendemain, vers 9 heures du matin, Mouret était encore couché lorsque Charlemont vint le voir, il était courbaturé et se plaignait d’avoir été fort maltraité. — Je l’ai fait exprès en raison de votre médisance, lorsque des maîtres qui vous aidaient à vous faire valoir et qui méritaient votre considération, comme reconnaissance, vous cherchiez à les déconsidérer; à l’avenir, soyez modeste. Mouret se le tint pour dit et, par la suite, se concilia les sympathies de tous. Dans le même assaut, Chauderlot, tirant avec Vigneron, le saisit de ses deux bras à la ceinture en arrière. En raison de la différence de taille et de poids qu’il y avait entre eux, il commettait une grande faute, dont Vigneron profita pour le saisir à la tête et le jeter devant lui sur le parquet. Dans la boxe française, il faut apporter tous ses soins à ne pas se laisser approcher et combattre à distance. C’est à cette condition qu’on peut battre un adversaire plus lourd et plus fort que soi physiquement. Charlemont se prodigue, son congé approche, il ne restera pas au régiment. Il ouvre une petite salle, 27, rue Aumaire. Il en fait Couverture par un assaut des plus intéressants. Il fait un assaut de boxe française avec Chauderlot qui fait ensuite un assaut de canne avec Raynal. Ces deux derniers adversaires se fâchèrent, les coups de canne furent trop durs. GRAND SALON DU CHALET 47, Grande rue des Batignolles- Paris, 47 Les bureaux ouvriront à 7 h. 4/2. On commencera à 8 heures précises. MARDI, 8 DÉCEMBRE 1868 De 8 heures à 1 1 heures du soir. GRAND ASSAUT EXTRAORDINAIRE Donné sous la direction de M. Louis Vigneron l’Homme-canon de l’Hippodrome de Paris. Cet assaut se composera d’épée, de sabre, d’adresse française, d'exercices de force et d’intermèdes variés. MM. Charlemont et Chauderlot Teissier, Emile, Tenon, Pécoul, Galgan, Portebois, Félix, Edouard, et plusieurs autres amateurs et élèves concourront à cette soirée. A la demande du public ASSAUT D’ADRESSE FRANÇAISE entre MM. Charlemont et Chauderlot, les phénix de la boxe française. ASSAUT DE CANNE entre M. Vigneron et M. Tessier, professeur éminent. M. Vigneron fera répéter sa théorie complète d’adresse française par M. Emile, son prévôt. PREMIER INTERMÈDE M. Merret, de l’Hippodrome de Paris, exécutera, monté sur des échasses, différentes fantaisies et des équilibres au bilboquet. DEUXIÈME INTERMÈDE Gymnastique à la barre fixe par les deux célèbres frères Mansuy TROISIEME INTERMÈDE Evolutions de fléau pour la défense contre plusieurs adversaires par un élève de M. Vigneron. M. Charlemont fera exécuter sa théorie d’adresse française et de canne à son fils âgé de six ans. La soirée sera terminée par LE DOUBLE COUP DE CANON poids 305 kilos tiré sur l’épaule de M. Louis Vigneron Le dimanche 23 avril 1869, il y eut dans une salle du cirque, à Angers, à 2 heures, un grand concours d'armes, d'épée, de sabre, de boxe française, de canne et de lutte, donné par la Société des Francs-Tireurs de Maine-et-Loire. Un grand nombre de professeurs civils et militaires s’étaient fait inscrire; Charlemont seul de la garnison de Paris s’était fait inscrire pour la boxe, la canne et la lutte. Il remporta le premier prix de boxe, le premier prix de lutte et le second prix de canne. S’il ne remporta pas le premier prix de canne, c’est que son dernier advèrsaire tirait de devant, sans développer ses coups, Charlemont s’en consola en emportant les applaudissements et les félicitations du public, qui avait su apprécier son jeu sérieux. Les premiers prix étaient une médaille d’or et 100 fr. les seconds, une médaille d’argent et 50 fr. Charlemont rapporta aussi une côte démise en luttant, ce qui n’arrive jamais en boxant. Le colonel de son régiment le félicita chaudement, devant les officiers présents au rapport; il lui promit d'assister à son défi du 4 mai et tint parole. DÉFI ASSAUT ENTRE MM. MALLET ET CHARLEMONT Nous avons dit qu’à la suite d’un assaut que Charlemont avait fait dans une salle privée, des appréciations erronées avaient été faites, Charlemont avait été battu, disait-on. Vigneron sachant à quoi s’en tenir sur ces bruits mal fondés, de nombreux témoins du reste pouvaient protester, mais voulant confondre les faiseurs de réputation en chambre, en tirant au clair la vérité, il lança un défi public, dans un grand assaut qui eut lieu, salle Pilodo et Waux-hall, le mardi 4 mai 1869, à 8 heures du soir. Le défi fut porté en ces termes ADRESSE FRANÇAISE M. Charlemont, élève de M. Vigneron, qui le patronne et le reconnaît comme le premier champion de Paris, se tiendra à la disposition de tout professeur ou amateur qui, séance tenante, se fera inscrire pour faire assaut avec lui. Afin de faire taire les incertitudes au sujet du succès obtenu par M. Charlemont, dans une salle privée de Paris, M. Vigneron offre une magnifique médaille d’or à qui vaincra M. Charlemont dans cette soirée. Dans le cas où personne ne se présenterait pour concourir avec M. Charlemont, il ferait assaut avec M. Chauderlot, et pour terminer avec M. Vigneron. Le défi était clair, net, le doute n’était pas permis; on savait à quelle salle il s’adressait. Néanmoins il ne fut pas relevé par celle-ci c’est M. Mallet, un des plus forls tireurs de la salle Ducros, qui releva le défi. La salle était comble, on n'aurait pas pu trouver la moindre petite place; on dut même refuser du monde à Centrée. L’assaut fut des plus émouvants. Quatorze tireurs, hercules, gymnastes et équilibrâtes, prirent part à cette mémorable soirée. Vigneron tirait la canne avec Tessier, et faisait répéter sa théorie de boxe par M. Emile Rive, son prévôt. Chauderlot, Galgan, Emile Joigny, Tenon, Ferdinand Jean, Mouret, Pécoul et Alexandre Dudouie, Charles de Paris, Anatole dit Vigneron fils, Merret, Mindlson prirent part aux assauts. Vers la fin de la séance, MM. Théophile Darche et Tessier, régisseurs de l’assaut, annoncèrent que, s’il y avait des personnes qui désiraient se faire inscrire pour répondre au défi, elles devaient le faire de suite. M. Charlemont était, prêt 11 se fit d’abord un grand silence, puis une voix moi! C’était Mallet, élève deDucros, un colosse doublé d’un hercule, pesant 1 10 kilos et mesurant lra,85 de taille, bien proporlionné. Un jury composé de six membres des différentes écoles fut formé séance tenante en faisaient partie Jules Planquette, Cœurderoi, Henri Joignerey, Chauderlot, Gilbert et Tessier. Les deux champions entrent dans la salle, Mallet le premier en pantalon de drap à carreaux, un maillot sans manches, laissant à nu ses formidables bras; une paire de chaussons et des gants complélaient son costume. Charlemont portait pour la première fois un costume sévère et excentrique dont nous donnerons plus loin la description. Après s’être serrés la main, les deux adversaires se mirent en garde et s’observèrent, le plus grand silence régnait, les spectateurs étaient anxieux, c’était une partie sérieuse qui se jouait. Tout en bondissant de différents côtés, Gharlemont étudie son rival; de temps en temps faisant mine de l’attaquer en se portant en avant, mais ce n'étaient que des feintes pour troubler son adversaire dans ses combinaisons, l’exciter et le forcer à attaquer. Ce qui, du reste, ne tarda pas. Mallet, impatienté de voir son adversaire tantôt loin, tantôt près, mais toujours en dehors de portée, au moment où il croyait pouvoir l’attaquer, partit à fond d’un chassé à hauteur de ceinture, mais hors de portée; il voulut doubler son attaque d’un coup de poing; un coup d’arrêt de Charlemont à la poitrine l’arrêta net. L’assaut devient fort animé; d'un côté, une vitesse et une adresse extraordinaires, de l’autre une force et un poids considérables. Mallet cherchant à rentrer au coup de poing (car il est très fort en boxe anglaise), se fait arrêter chaque fois par la jambe de Charlemont; celui-ci n’évitant des coups de son adversaire que pour revenir aussitôt à l’attaque avec plus d’impétuosité. C’était curieux de voir aux prises deux adversaires de nature si différente. C’était le tigre et l’éléphant. A un moment, Mallet, emporté par l’élan et l’animation du combat, fit, après avoir été touché, une rentrée de plusieurs coups de poingsur Charlemont qui s'était arrêté. On fît observer à Mallet qu’il avait tort, qu’étant touché, il devait s’arrêter. Il répondit qu’en boxe anglaise on ne s’arrêtait pas; on lui fit remarquer qu’il faisait en ce moment un assaut de boxe française et qu’il devait se conformer aux conditions stipulées; l’assaut continua. Mallet, serrant de près son adversaire, frappait toujours à faux. Charlemont portait ses coups de pied avec une vitesse et une précision telles qu’on eut dit qu’ils étaient lancés par un fil élastique. L’assaut battait son plein; des applaudissements frénétiques se renouvelaient à chaque passe; les spectateurs trépignaient, emportés qu’ils étaient par leur enthousiasme qui touchait au délire. Enfin le jury se leva et fit cesser le combat qui avait duré 35 minutes, on annonça le résultat Charlemont avait touché 15 fois, Mallet, trois fois. Aussitôt, de tous les côtés de la salle, ce fut un tonnerre d’applaudissements; des protestations se croisaient, on ne savait pas pourquoi, on se disputait par ici, on se battait par là; enfin un brouhaha infernal, on ne pouvait plus s’entendre. Des combats s’improvisaient dans différentes parties de la salle, on ne pouvait plus s’y reconnaître et ramener le silence. On n’a jamais bien su pourquoi tout ce bruit; on a supposé une cabale montée exprès, c’est possible. Charlemont eut une idée ingénieuse, audacieuse on pourrait dire il dit à Vigneron que si Mallet veut accepter, on annulera tous les points et que, pour terminer, on ferait un assaut en trois points. Lorsque Vigneron entra dans la salle et annonça la proposition de Charlemont, il fut salué d’une salve d’applaudissements et des cris de vive Charlemont partirent de tous côtés. Charlemont toucha les trois coups sans être touché. Alors cette fois la salle entière est transportée l’enthousiasme est porté à son comble, les applaudissements et les trépignements redoublent avec une intensité telle, qu’on craint pour l’effondrement des galeries. Mallet témoignant son mécontentement, le père Poirier l’interpella — C’est bien fait! vous avez ce que vous méritez, vous êtes négociant, vous n’êtes qu’amateur, vous n’aviez pas besoin de relever le défi qui ne s’adressait pas à votre salle; laissez les professeurs s’arranger entre eux, ce n’était pas votre affaire. — Mallet disait qu’il l’avait fait dans le but de faire plaisir à Charlemont qui, sans lui, n’aurait pas eu d’adversaire. Ce n’était pas absolument juste ce que disait Mallet, qui avoua du reste plus tard à Charlemont qu’il avait été poussé par des tiers, jaloux de sa renommée. Ce fut certainement un des plus émouvants assauts de cette période; de nombreux amateurs qui y ont assisté en parlent encore chaleureusement. De nombreux officiers y assistaient Le général de division Abel Douai, tué à Wissembourg, le général de brigade baron Aymard, le colonel Delebecque et le lieutenantcolonel Bréard, du 51e régiment de ligne, le lieutenant-colonel Hubert de la Hayrie, du 62e de ligne, le commandant Rigaud, du 20e bataillon de chasseurs à pied. Ce jour-là les troupes étaient consignées à la caserne du Prince Eugène. Les chevaux des officiers étaient sellés, bridés, prêts à partir. Les soldats couchaient habillés sur leurs lits. Dans la cour les faisceaux étaient formés, les sacs à côté. L'Empire craignait la révolution, Henri Rochefort et Gustave Flourens faisaient une grande propagande pour la faire éclater Belleville était en effervescence, des barricades se construisaient en partie. La révolution n’eut pas lieu, c’était pour l’année suivante. Voici la description du costume excentrique que portait Charlemont, à l’assaut du 4 mai 1869. Pantalon blanc très large, serré au-dessus du tour de jambe de la bottine, par une coulisse. Maillot blanc à manches, bordé au col et aux poignets d’un feston noir, au milieu de la poitrine, un écusson diabolique noir, sur lequel se détachaient en blanc deux tibias croisés, surmontés d’une tête de mort. Une écharpe en soie noire, garnie à chaque bout de franges en argent fin. Les bottines et les gants en castor noir, garnis de glands d’argent fin, sur les bouts des bottines et les manchettes des gants, des tibias croisés surmontés de la tête de mort. Enfin deux magnifiques médailles en or, deux en argent, attachées par des rubans rouges et bleus, venaient jeter une note gaie sur ce costume sévère et imposant. L’idée qui présida à cette fantaisie macabre fut des plus simples Charlemont parla à un de ses amis du régiment, un dessinateur, de l’idée qu’il avait de prendre, pour cette séance, un costume moins gai que de coutume, par exemple, des gants et des bottines noirs, une écharpe de même couleur, et des motifs sur les gants et les bottines ainsi que sur la poitrine. — Mets des tibias en croix surmontés d’une tête de mort, et un écusson sur la poitrine, tu auras l’air d’un hussard... pardon!... d'un boxeur de la mort. — Charlemont ne voulut pas d’abord, craignant que ce fût une prétention par trop exagérée, mais son ami, convaincu que Charlemont ne pouvait être vaincu, l'encouragea, lui fit un croquis, et le costume fut décidé. 11 y eut des commentaires, lorsque Charlemont entra dans la salle pour tirer les uns disaient qu’il portait le deuil de son père (qui du reste se portait bien), d’autres, que c’était un costume que son père avait gagné en Angleterre, en tuant un boxeur d’un coup de poing (son père était tisserand). De l’avis de ceux qui ont assisté à cette soirée, le costume, tel qu’il était, avait produit un bon effet. On n’a jamais reproché à Charlemout cette excentricité. Quinze jours plus tard, Vigneron donna encore un assaut au Waux-Hall c’était le mardi 18 mai 1869. Nous voyons paraître dans cet assaut un grand nombre de professeurs et élèves, civils et militaires. Vigneron fait répéter sa théorie de baxe par Emile Rive son élève, un assaut de canne avec Chapelle qui devint plus lard un redoutable adversaire, puis un fort bel assaut d’adresse française avec Cauvin, 1er maître au 25e de ligne. Cauvin était de la même taille de Vigneron. Charlemont fit travailler son fils à la boxe et à la canne, et fit un assaut de boxe française avec Chauderlol. Louis de Lyon exécutait, pour la première fois, des exercices de force, étant monté sur des échasses. Le 8 juin 1869, les troupesétaient encoreconsignées, caserne du prince Eugène, ce qui n’empêchait pas Charlemont, permissionnaire de quatre jours, de partir pour Liège en Belgique, assister à un concours de boxe, organisé par M. Jean-Louis Petit. Louis Vigneron avait reçu de ce dernier une invitation pour assistera ce concours on lui offrait 200 fr. pour ses frais de déplacement. En raison de l’insuffisance de cette somme et des pertes qui résulteraient de son absence, il proposa d’envoyer Charlemont pour le remplacer on accepta il partit le samedi 8 juin, le soir, il arriva le lendemain matin le concours avait lieu le dimanche 9, à 2 heures de l’après-midi au pavillon de Flore, propriétaire M. Ruth. Dans ce concours, les tireurs devaient avoir les pieds garnis de chaussons en laine drapée, sans semelles, pareils à ceux qu’on met dans les sabots l’hiver à la campagne ils devaient, quand leur tour de tirer venait, frotter à l’avance leurs pieds dans de la suie, -à l’effet de marquer les coups, et d’empêcher de les nier. Après l’assaut on eût dit une bande de ramoneurs. Inutile de dire que Charlemont se refusa à se prêter à cette formalité, invoquant sa loyauté pour annoncer lui-même lorsqu’il serait touché; on n'insista pas davantage. Charlemont ne prit- pas part au concours, il fit l’assaut d’ouverture avec Joseph Lhoest, prévôt de J.-L. Petit, et ferma le concours, en tirant avec ce dernier. Pendant le concours, Charlemont présidait le jury, composé d’officiers et de civils. Dans le vestiaire, avant le concours, alors que Charlemont, revêtu de son costume du 4 mai, allait se diriger vers la salle, J.-L. Petit lui demanda de lui laisser l’avantage en tirantaveclui, invoquant sa réputation naissante et l’intention de la fortifier (but du présent concours), faisant ressortir qfte Charlemont, en sa qualité d’étranger, n’était pas connu à Liège et quJil n'avait rien à perdre, tandis qu’il lui rendrait ainsi un grand service. Charlemont, pas très roublard encore à cette époque, était de bonne foi, il consentit (dans une certaine mesure pourtant). En tirant, il réglait ses coups sur ceux de son adversaire de manière à arriver neuf points à neuf (la partie était en dix points), et laisser prendre le dixième à J.-L. Petit, qui en reconnaissance de ce qu‘il appelait un grand service, en profita plus tard, alors que Charlemont était en Belgique, pour se vanter d’un succès qu’il ne devait qu’à la complaisance de son adversaire. Charlemont avait eu affaire à un homme de mauvaise foi et avait été roulé. Avis aux jeunes ne laisser prendre l’avantage sur soi que lorsqu’on ne peut pas faire autrement. Nous devons cependant rendre cette justice, que, dans cette séance, le public ne fut pas dupe de la convention préalable des deux tireurs un discours en ce sens fut prononcé à la fin de la séance par un amateur du pays. 11 fit ressortir, d’une façon pleine de tact, la courtoisie purement française, en même temps que la supériorité évidentede Charlemont. J.-L. Petit avait remis à Charlemont, devant toute la salle, une médaille d’honneur en l’embrassant (c’était le baiser de Judas). Il lui retenait en même temps la somme de 20 francs sur celle qui était promise pour frais de déplacement, prétextant le peu de recette réalisé pour la séance. Il est un fait, c'est qu’il n’y avait pas beaucoup de monde à l’assaut. Pour faire suite au conseil qu’il donne ci-dessusaux professeurs et amateurs de boxe, et pour les mettre en garde contre des sur- prises d’un autre genre, Charlemont raconte l’anecdote suivante, qui pourra également leur servir d’exemple. En 1875, au Fencing-Club de Bruxelles dont il était le professeur, Charlemont reçut la visite de M: J. J., officier au 2e régiment de lanciers, accompagné de plusieurs de ses amis, membres du cercle. Cet officier, s’adressant à Charlemont, lui dit qu'il voudrait bien savoir ce que pourrait faire un homme ne sachant rien, contre un professeur, et le priait de vouloir bien se prêter à cette expérience. Sans réflexion aucune, Charlemont accepta et donna des gants et des chaussures de salle à M. J. puis on se mit en garde. Chaque fois que son adversaire voulait s’approcher, de son gant, Charlemont le touchait légèrement, ou de son pied lui effleurait soit la jambe, le flanc ou la figure. A un moment donné, son adversaire se lança brutalement sur lui, lui parta une quantité de coups de poing successifs et l’assaut se termina. Charlemont avait un œil poché et comme le corbeau de la fable, honteux et confus, il jura mais un peu tard qu’on ne l’y reprendrait plus. Enthousiasmé de ce semblant de succès, l’officier revint quelque temps après, toujours accompagné de quelques amis, croyant sans doute pouvoir renouveler l’expérience dans les mêmes conditions, mais Charlemont avait réfléchi depuis. Lorsque l’officier lui proposa de vouloir bien répéter l’expérience, Charlemont lui répondit — Monsieur, je ne demande pas mieux que de vous être agréable, seulement je ne veux pas vous servir de jouet une seconde fois, et pour que vous puissiez être bien convaincu de ce que peut faire une personne ne connaissant pas la boxe, devant un professeur sachant bien son métier, voici ce que je propose Accompagné de vos amis et de quelques autres membres du cercle, nous irons dans un terrain neutre; là, poings nus et chaussures de ville, nouscombattrons sérieusement (pour de bon), c’est-à-dire comme deux ennemis se trouvant dansla nécessité cle défendre mutuellement leur vie. Il sera bien entendu que chacun de nous ne sera d’aucune manière responsable des accidents qui pourraient résulter de ce combat ainsi les nez écrasés, les côtes défoncées et les jambes brisées, etc. etc., seront aux risques et périls de chacun. Les témoins auront pour devoir d’empêcher les adversaires de se servir d’armes étrangères à la boxe. Dans ces conditions, vous aurez une idée juste de l’expérience que vous me proposez; je n’en connais pas d’autres. L’officier refusa net il eût préféré recommencer la première expérience, dans laquelle son nez, ses côtes et ses tibias ne coururent aucun, danger, protégés qu’ils étaient par la courtoisie du professeur. En même temps il se créait devant ses amis une fausse réputation au préjudice de l’enseignemen t de la boxe. En effet, comme l’expliqua Charlemont devant un grand nombre de membres du Fencing-Club, il n’avait aucun intérêt à répéter une expérience qui n’était pas sérieuse, voici pourquoi lorsqu’il accepta la première fois, n’ayant pas réfléchi, il fut victime de sa courtoisie, et dans ce cas il pouvait prêter à croire qu’un professeur pouvait être battu par une personne non exercée. C’était faire tort à l’enseignement. Dans le cas où Charlemont eût employé ses moyens pratiques pour combattre son adversaire et eût porté ses coups avec la vigueur nécessaire pour l’empêcher de l’approcher, il courait le risque de lui écraser le nez, de lui défoncer les côtes ou de lui briser une jambe. Qu’aurait-on dit à la suite d’un pareil accident? Le professeur est un brutal, il aurait dû retenir ses coups et ne pas frapper ainsi un adversaire qui ne savait pas se défendre. Ainsi le professeur est tenu, par courtoisie, d’être victime de la brutalité d’un ignorant, ou de se défendre sérieusement, quitte à blesser son adversaire. Dans le premier cas, il est déconsidéré, dans le deuxième il est disqualifié. Il n’est donc pas possible de juger, d’une manière sérieuse, de cè que peut faire, dans un combat, une personne ne sachant pas la boxe, contre un professeur, si le combat n’est que simulé. Absolument comme si, dans une manœuvre à feu, on pouvait juger de l’effet des balles et dçs obus, puisqu’on tire à blanc. GYMNASE LAROQUE Chaussée de l’Étang, 1, à Saint-Mandé, près la gare du chemin de fer ASSAUT DE POINTE, CONTRE-POINTE, CANNE, BATON, ADRESSE FRANÇAISE ET ANGLAISE. Pour cette fois seulement, U homme masqué Exercices de force, amenés au plus haut degré. Intermède de bilboquet, équilibre de la plus haute difficulté parM. Merret. Intermède de chant par MM. Viller, Foucher, Massard, Roux. Intermède de gymnastique par MM. Pavol, Mendlsson, Georges, Waldeck. Adresse anglaise par M. Ducros et M. Durupty, son élève. Exercices de sauts périlleux et dislocation par M. Mendlsson. Un orchestre exécutera, pendant les intermèdes, les morceaux les plus nouveaux. Salle Vigneron, mardi 21 septembre 1869, à 8 heures du soir. Grand assaut. Vu le départ de M. Chauderlot, l’éminent tireur d’adresse française, à qui MM. les professeurs de Paris voulaient laisser un témoignage d’estime, deux médailles, dont hune en. or, seront offertes à MM. Chauderlot, maître au 8e bataillon de chasseurs à pied, et Gilbert, maître aux chasseurs de la Garde, lesquels, après avoir fait chacun un assaut avec leurs prévôts opposés, concourront dans un dernier assaut pour le premier prix. Ouverture des bureaux de 1 h. à 5 heures. Ouverture des bureaux de 1 h. à S heures DIMANCHE 5 SEPTEMBRE 1869 Sous la direction de M. Tessier Avec le concours des plus forts professeurs de Paris, tels que MM. Charles Ducros, CrarlemoiNt, Chauderlot, Tenon, Pecoul, Durupty, Ernest Merret, Yiller, Massard, Foucher, Pavol, Georges, Mendlsson, Waldeck, Auguste, Maître, Roux, Albert. M. L. Vigneron, l’homme-canon de l’Hippodrome de Paris, fera également assaut d'adresse française avec M. Charlemont. Plusieurs assauts auront lieu, pour l’obtention de brevets de maîtres, de prévôts de boxe et de canne. Le 1er octobre 1869, après 14 années de service, Charlemont rentre dans la vie civile et en même temps professeur de boxe au gymnase de la Sorbonne. Dans le mois de décembre de la même année, il prend part à une grande fête de gymnastique donnée dans le gymnase de la Sorbonne il tire avec son premier prévôt qui le remplace au régiment. Dans le courant du mois de janvier 1870, il reçut la visite de plusieurs Américains dont l’un avait été, dans un combat, adversaire de Tom Sayers; il proposa à Charlemont un assaut que celui-ci accepta et qui lui fut favorable; l’Américain: — «Combien vous dois-je ?... — Rien, monsieur, que le plaisir d’avoir fait assaut avec vous.» A titre de satisfaction et pour reconnaître la courtoisie de Charlemont, l’Américain tira une bague de son doigt et la lui remit. Un mois plus tard environ, ce fut cette fois un Anglais qui vint faire assaut avec Charlemont; il remit à celui-ci un billet de 100 fr. Le directeur du gymnase voulut exiger la remise de la moitié de la somme donnée à titre de cadeau à Charlemont, ainsi que la moitié du prix que devait coûter la bague. Les élèves, tous étudiants pour la plupart, outrés des exigences et des procédés du directeur, quittèrent le gymnase et aidèrent Charlemont à ouvrir une salle, 41 bis rue Gay-Lussae, dans l’ancien couvent des Ursulines. Ce fut vite fait. Le premier dimanche du mois d’avril 1869, Charlemont inaugurait par un assaut sa magnifique salle, composée d’un gymnase, d’une salle d’armes, hydrothérapie, etc... C’est à cet assaut qu’il tira pour la dernière fois avec L. Vigneron. COMMUNE DES LILAS LE DIMANCHE 31 OCTOBRE 1869 Dans le salon de M. Clesse, au coin de la rue du Coq-Français. GRANDE SÉANCE DE CAISSE Donnée par M. Gallisa, dit Finaud Au bénéfice d’un de leurs camarades sans emploi, et des pauvres de la commune MM. Légué, chevalier de la Légion d’honneur, du 13e bataillon, Cretz, tambour-major à l’Ecole de Saint-Cyr, Auger, tambour des pompiers de Noisy-le-Sec, Cretez, du 30e bataillon, Simon, du 6e, Grimaud du 14e Bordier, ex-tambour-maître suivi d’un GRAND ASSAUT D’ARMES DE POINTE ET CONTRE-POINTE Donné par MM. Tenon, Charlemont et son fils qui invitent MM. les Maîtres, prévôts et amateurs à cet assaut. LA FANFARE DES LILAS donnant son concours à cette œuvre, exécutera plusieurs morceaux de son répertoire. Deux chansonnettes comiques chantées par M. Beaucerf, comique de Paris. Pour l’ouverture, la fanfare des Lilas jouera la retraite. Une explication est ici nécessaire. Nos lecteurs auront dû remarquer que, dans le cours de nos biographies, nous écrivons quelquefois adresse française ou adresse anglaise, c’est que nous copions textuellement les programmes que nous avons sous les yeux. Voici vers 1856, la préfecture de police eut la singulière idée d’interdire les luttes; en même temps elle refusait le visa aux affiches où l’on annonçait des assauts de boxe. Il fallut remplacer les mots boxe française et anglaise par adresse française et an- glaise. Lorsque Charlemont fit faire des affiches annonçant l’ouverture de ses cours, il dut coller des bandes portant le mot adresse pour couvrir le mot boxe qui était imprimé, la préfecture l’exigeait ou bien pas de visa. Charlemont obtint une audience du préfet de police il chercha à lui faire comprendre qu’étant professeur de boxe, il ne pouvait pas expliquer sa profession par le mot adresse qui renferme tous les exercices et tous lesjeux sans exception, que cette substitution de mot pouvait lui être préjudiciable, que Robert-Houdin, était aussi un professeur d’adresse. Les clowns, les pick-pokets sont aussi des hommes adroits. Voici la réponse triviale du préfet de police — C’est une circulaire de mon prédécesseur, elle n’est pas de moi, je ne veux pas défaire ce que les autres ont fait ! — Mais, Monsieur le préfet, si cette circulaire est mauvaise, nuisible aux intérêts des administrés ? — Ça ne me regarde pas. — Il tourna le dos à Charlemont et se retira, l’audience était levée. — N’est-ce pas qu’elle était bien administrative la réponse du préfet ?.. .Charlemontdut passer par là. La force prime le droit et surtout l’intelligence. Sous la République, le préfet, à qui on fit remarquer cette bizarre fantaisie, retira la circulaire. Charlemont avait commencé dans sa nouvelle salle avec un assez grand nombre d’élèves, qui augmentait de jour en jour. Il marchait bien, ses affaires prospéraient, lorsque toutà coup la guerre éclate spontanément. Alors adieu les élèves les uns retournent dans leur famil le, les autres font partie de la garde mobile ou s’engagent comme volontaires pour aller défendre la patrie; lesétrangers aussi quittent Paris et rentrent dans leur pays. Adieu les exercices, adieu la boxe, c’est fini pour longtemps. Les armes meurtrières, destructibles vont remplacer les poings et les pieds qui eux ne tuaient personne, donnaient au contraire des muscles pour le travail et la santé pour vivre. Ensuite la révolution, conséquence naturelle, fatale, d’une guerre absurde, précipitée. La salle Charlemont croula comme beaucoup d’autres établissements et de nombreuses industries. Ainsi se termina cette période de travail si mouvementée, qui dura 10 ans. Leboucher vient de disparaître, Hubert Lecour ne tardera pas et Louis Vigneron le suivra de près. La boxe perdait sa vitalité, en perdant ses plus grands représentants. Dans cette biographie, nous n’avons rappelé que quelques principaux faits ou assauts dont nous possédons les circulaires, mais combien le nombre est grand de ceux que nous ne pouvons citer et qui auraient pourtant aussi un grand intérêt à être rappelés dans cette biographie. Deux assauts furent encore donnés, le premier dont nous donnons le programme ci-dessous, le second, en 1870, fut donné dans le manège vélocipédique de la Villette, au bénéfice des blessés de la guerre, par le regretté Louis Vigneron. Ce fut son dernier assaut à Paris, car quelques mois après, dans un assaut qu’il donnait à Boulogne-sur-Mer, il mourut de la rupture d’un anévrisme. C’était le 21 août 1871. THÉÂTRE DE BELLEVILLE On ouvrira à 6 heures. On commencera à 7 heures. MERCREDI 30 NOVEMBRE 1870 SOIRÉE EXTRAORDINAIRE donnée par MM. Charret, professeur d’armes, et Michel Border ex-artiste et régisseur général de ce théâtre, au bénéfice des familles les plus nécessiteuses du 128e bataillon Avec le bienveillant concours de MM. Gravier, du théâtre de la Gaîté, Pacra, A. Guyon, Duhem, Gautier, de l’Eldorado, Constant, ex-artiste de ce théâtre, E Aubry, du Vert-Galant, Mmes Ernaux, Darthia, Chiquez, Sanse, MM. Montbars, Bienfait, Verner, Sabatier, Marconis, Boscade, Cosson, artistes de différents théâtres et concerts de Paris, de M. Massin, hercule, et de 25 professeurs et amateurs d’armes de premier ordre NOS BONS PAYSANS Vaudeville en un acte de MM. E. Nantulle et Michel Bordet, joué par MM. Michel Bordet, E. Aubry, Verner, Sabatier, Mmes Ernaux et Chiquez. Intermèdes extraordinaires d’épée, de sabre, canne, grand bâton, adresse française, fléau, gymnastique, etc..., sous la direction de M. Charret, professeur lyonnais de ll>e classe. Par MM. Charlemont, Ducros, professeurs Charles, Tessier, maîtres, Viret, amateur, Imbernotte, ex-maître aux grenadiers de la garde Sodé, ex-maître aux voltigeurs de la garde Gamache, maître de première force Charret, professeur, Fritz, dit le Vigoureux Joseph, dit l’infatigable Charret, fils; Auguste, Massin, l’homme sans rival, Deschamps, Tenon, Gallisa, dit Finaud, Aubin, homme de première force; Dudouie, dit l’intrépide. — Exercices de force par M. Massin, le roi des bras tendus M. Merret, l’homme bilboquet et équilibriste de l’Hippodrome de Paris. Exercices sur la caisse, d’une très grande difficulté, par M. Gallisa, tambour fantaisiste. M. Audain, de Lyon, exécutera avec des poids, des exercices amenés au plus haut degré. Exercices de fléau, avec une balle pesant un demi -kilo par M. Dudouie. La Permission de dix heures vaudeville en un acte joué par MM. Gravier, Bordet, Aubry, Bienfait et Julien Mmes Darthia et Sanse. INTERMÈDE MUSICAL par MM. A. Guyon, Pacra, Duhem, Montbars, Sabatier, Constant, dans leurs dernières créations, et la fanfare du 128e. LE CHANT DU 128" Paroles de Michel Bordet, musique de M. Prochaska. chanté par M. Gauthier et les chœurs. LA MARSEILLAISE chantée par M. Marconis et 40 choristes. Pendant l’assaut, la musique du 128e bataillon, sous la direction de son habile chef M. Prochaska, exécutera des airs nationaux. Le piano sera tenu par MM. Boscade et Cosson. Enfin la guerre est déclarée, il faut s’y préparer, car malheureusement, il paraît que nous ne sommes pas prêts, nous allons du reste le savoir bientôt. Les troupes sont mises en mouvement dans toute la France et se préparent au départ pour Berlin. Avec un ami, nous nous rendons à la caserne Napoléon, faire nos adieux â notre ancien régiment, le 51e de ligne, qui part pour la frontière. Il y a un grand remue-ménage soldats et officiers sont très affairés par les préparatifs du dernier moment nous serrons la main de nos anciens camarades ainsi que des officiers que nous avons le plus connus, parmi lesquels MM. Delebecque, colonel; Bréart, lieutenant-colonel; Niéger, capitaine adjudantmajor, chargé des salles d’armes; Simonot, capitaine; Paul Avril, lieutenant, etc., etc. Ils paraissaient avoir l’air soucieux avaient-ils un pressentiment de ce qui les attendait ? Etait-ce l’émotion ? Nul ne le sait. C’était peut-être l’un et l’autre. Ce dont nous nous souvenons comme si c’était hier, c’est qu’en leur serrant la main, en leur souhaitant bonne chance, ils nous remerciaient d’un air plutôt résigné qu’enthousiaste. Nous leur faisons la conduite jusqu’à la gare de l’Est, lieu de leur embarquement, en passant par la rue de Rivoli et le boulevard de Sébastopol (deux noms prédestinés pour la victoire, c’était de bon augure). La population, en foule compacte, leur faisait escorte et accompagnait en chantant la musique du régiment qui jouait la Marseillaise (la veille on eût arrêté l’imprudent qui se fût permis d’entonner ce morceau, mais ce jour-là, l’Empire permettait ce chant séditieux). Comme toutes les rues qui y aboutissaient, la gare de l’Est était tellement encombrée, qu’il était impossible d’en approcher. Nous disons un dernier adieu à notre ancien régiment, en souhaitant bon courage et bonne chance à tous, puis nous rentrons chez nous fort impressionnés, le cœur serré et rempli d’autant d’incertitude que d’espoir. Pendant quelques jours, tout était en l’air pour le départ des troupes. Le travail et les affaires étaient suspendus. On était anxieux, on attendait des nouvelles de la frontière. Sur ces entrefaites, on apprend que l’Empereur vient de quitter Paris pour se mettre à la tète de ses armées, et quatre ou cinq jours après arriva la nouvelle de sa grande victoire de Sarrrebruck, 2 août 1870, où les mitrailleuses fauchaient les Prussiens comme les blés, où le petit prince ramassait des balles, ce qui faisait pleurer les vieux soldats d’attendrissement ! Deux jours après, arrive la nouvelle de la défaite de nos troupes à Wissembourg, puis ensuite, c’est celle de Reischoffen et enfin, la capitulation de Sedan, où l’Empereur rend son épée à Guillaume, mais il garde sa cigarette (quelle honte!). Malgré le courage et le dévouement de nos soldats, la débâcle continua, terrible et irrémédiable, il n’avait pas fallu un mois aux Prussiens pour anéantir notre armée et s’ouvrir la route de Paris. De temps en temps il arrivait des dépêches annonçant de grandes victoires remportées par nos troupes 40.000 prisonniers prussiens, Frédéric-Charles était du nombre; puis la légende des Carrières de Jeumont. On avait pavoisé et illuminé Paris, mais le lendemain on savait la triste vérité, c’était le contraire qui était arrivé les dépêches étaient fausses. Les Prussiens marchaient sur Paris. Le 4 septembre, aussitôt que la République fut proclamée à Paris, on organisa la Garde nationale de manière à mettre en campagne toutes les troupes régulières disponibles. Le nombre de bataillons fut de 240. Us étaient formés par quartier d’arrondissement, les officiers étaient nommés à l’élection. C’est ainsi qu’un groupe de citoyens de la rue Gay-Lussac s’étaient réunis pour organiser une compagnie. Us vinrent trouver Charlemont en le priant, comme ancien soldat, de vouloir bien poser sa candidature au grade d’officier dans la compagnie en formation. Celui-ci s’excusa, disant qu’il n’avait jamais été officier, mais qu’il ferait son devoir comme simple garde, qu’ensuite, établi depuis peu, ses moyens ne lui permettaient pas de s’équiper à ses frais. On lui répondit qu'on avait songé à cet inconvénient, et qu’unecaisse était formée pour lever les obstacles de ce genre. Charlemont n’avait plus qu’à se mettre à leur disposition. 11 se présenta à l’élection et fut nommé lieutenant à la 6e compaqnic du 119e bataillon. Les bataillons étaient composés de huit compagnies. Quelque temps après, on forma un certain nombre de bataillons de marche, composés de volontaires pris dans les autres bataillons, et qui devaient être intercalés dans les divisions de l’armée active. Les bataillons sédentaires faisaient le service des remparts et veillaient à la sécurité intérieure de la ville. Nous n’avons pas l’intention d’écrire ici l’histoire du siège de Paris, elle dépasse notre compétence; d’ailleurs tout le monde connaît ces tristes pages; des auteurs nombreux l’ont racontée mieux que nous ne pourrions le faire, et puis ce n’est pas le but de notre livre. Nous voulons seulement donner quelques-unes de nos impressions personnelles. On doit à la vérité de dire que, dès le commencement du siège de Paris, la population était prête à tous les sacrifices, elle était admirable de dévouement. Comment se fait-il qu’on n’ait pas su l’ utiliser d’une manière plus sérieuse, plus générale? Pourquoi n’a-t-on pas tenté une grande épreuve? Ce que nous savons, c’est qu’à ce moment, les gardes nationaux étaient dans un tel état d’effervescence et de surexcitation dû à l’inactivité et à l’incertitude dans lesquelles on les laissait, qu’ils voulaient se révolter si l’on ne faisait pas une sortie générale. C’était à ce moment que le capitaine de Beaurepaire, d’accord avec le général Trochu, gouverneur de Paris, prenait sous sa direction la formation d’un corps franc, dont le titre était Tirailleurs de la République. Ce corps de volontaires avait pour mission de traverser les lignes prussiennes, et d’aller en province organiser d’une manière générale la guerre de francs-tireurs. Pour en faire partie, il fallait être ancien soldat, produire son congé de libération, accompagné du certificat de bonne conduite, puis un certificat de bonne vie et mœurs délivré par la préfecture de police. La solde devait être celle des gardes nationaux les femmes et les en fants des tirailleurs de la République, qui succomberaient sur le champ de bataille, seraient pensionnés ainsi que les blessés qui se trouveraient dans l’impossibilité de travailler. En quelques jours seulement, 14,000 volontaires remplissant les conditions exigées étaient inscrits. Charlemont, après avoir mis en ordre ses affaires de famille et vendu différents objets de valeur, entre autres ses belles médailles d’or et d’argent gagnées dans les concours, s’engagea dans ce nouveau corps. Il fallait être vraiment las de cette situation énervante et sans issue, pour laisser sa femme et son fils seuls, et aller affronter d’aussi grands dangers sans y être absolument obligé. Lorsque le capitaine de Beaurepaire alla rendre compte au général Trochu du résultat obtenu pour la nouvelle formation, et lui demander la réalisation du projet en question, le général retira sa parole disant qu’il avait réfléchi depuis et ne voulait pas prendre sur lui une aussi grave responsabilité que, selon lui, les 14,000 volontaires seraient sacrifiés sans aucun profit pour la délivrance de Paris, qu'aucun de ces volontaires ne pourrait traverser les lignes prussiennes sans se faire massacrer ou être fait prisonnier. En conséquence, il n’y eut pas de tirailleurs de la République, mais un peu plus de découragement. Non seulement la population parisienne était affamée par les Prussiens de l’extérieur, mais elle l’était aussi par ceux de l’intérieur. Les Parisiens savent que le jour même de la fermeture des portes de Paris, les magasins d'alimentation, en général les mieux approvisionnés, ne possédaient plus de marchandises dans leurs vitrines, tout avait disparu (dans les caves); impossible de se procurer quoi que ce soit; il n'y avait plus rien, disait-on. Mais lorsque la population commença à mourir de faim (c’était le bon moment) les honnêtes commerçants vendaient en cachette (à leurs amis, disaient-ils) des vivres 25 ou 50 fois plus cher que leur valeur ordinaire. Celui qui avait de l’argent payait, mais les malheureux! ! ! Le plus drôle, c’est que ces bons commerçants ne faisaient généralement pas de service; ils empochaient de l'argent pendant que les autres attrapaient des bronchites, des rhumatismes ou des balles. C’est ici le cas de dire à quelque chose malheur est bon. Voici une petite anecdote de circonstance dont nous avons été témoin, et qui ne fut pas isolée malheureusement c’était pendant le bombardement de Paris, il y avait une épicerie formant le coin des rues Saint-Jacques et Gay-Lussac; le brave commerçant qui la dirigeait était on ne peut plus humain, lorsque vous lui disiez que votre femme était dans une position intéressante et qu’elle avait une envie de fromage de gruyère, par pitié, et parce que c’était vous, il voulait bien vous en céder un quart, mais il ne pouvait pas vous le donner à moins de 7 francs (28 fr. la livre), car il n’en avait plus qu’une petite livre pour son usage. Seulement cette livre durait toujours. Il en était ainsi pour toutes sortes de subsistances. Mais voilà qu'un jour, un magnifique obus, provenant des batteries installées sur la terrasse deMeudon, entre sans se faire annoncer, par la vitrine de notre épicier philanthrope et patriote, traverse le parquet et éclate de rire en dénichant une si belle provision. C’est alors qu’il fallait voir sauter les roues de fromage de gruyère, les paquets de chocolat Menier et du vrai Planteur, les haricots, pois, lentilles, boîtes de conserves, jambons, saucissons, vessies de saindoux, etc., etc... Il faut qu’il y ait un Dieu pour les commerçants, car l’épicier désintéressé ne fut pas tué, il était blessé légèrement; l’obus avait éclaté dans la partie du magasin où il était entré, l’épicier se trouvait à ce moment à l’autre extrémité. Si la nourriture était rare, le chauffage manquait également, on sacrifia de nombreux arbres centenaires garnissant les boulevards, d’autres pris dans les bois de Boulogne et de Vincennes, ce bois vert brûlait très mal dans les poêles. C’était toujours pendant le bombardement, Mme Charlemont était malade au lit; nous n’avions plus le moindre petit morceau de bois pour lui faire de la tisane, lorsqu’un jour, sortant pour aller à la recherche de combustible, nous rencontrons un garde de notre compagnie, entrepreneur de maçonnerie, qui, après avoir eu connaissance de notre embarras au point de vue du chauffage et sachant que nous avions brûlé les quelques meubles dont, à la rigueur, nous pouvions nous passer, nous dit — Venez avec moi, Monsieur Charlemont il nous emmena dans son chantier et nous donna, sans vouloir accepter de rétribution, une de ses grandes perches avec lesquelles il échafaudait ses constructions, elle pouvait avoir la hauteur d'un quatrième étage. Après l’avoir remercié, nous emportâmes le bout de bois (un vrai trésor) avec la plus grande difficulté, car il pesait lourd, mais il y avait à peu près trois cents mètres de distance à parcourir. Ne pouvant le rentrer dans notre établissement, nous fûmes obligés de le débiter dans la rue, par morceaux d’un mètre et de les rentrer ensuite dans le gymnase afin de les couper plus petits. Nous étions en train d’en fendre un gros morceau, et le coin de fer dont nous nous servions ayant glissé presque jusqu’en bas entre les deux parties déjà à moitié séparées, nous pensions qu’il était facile d’achever la séparation, en passant les deux mains dans la fente, pour écarter avec effort lorsque, à ce moment, le coin de fer s’échappa, tomba à terre et les deux parties se refermèrent sur nos mains, prises comme dans un étau. La douleur que nous ressentîmes fut suffisante pour paralyser nos moindres efforts. La porte d'entrée était fermée, il était impossible d'appeler un passant à notre aide. Mme Charlemont se leva, descendit comme elle put de sa chambre, et, sur nos indications, ramassa le coin de fer, le plaça dans la fente et frappa légèrement avec un marteau; le bois s'écarta, et, nouveau Milon de Crotone, Charlemont fut délivré, heureux de n'avoir pas subi le même sort que lui. Pendant ce temps-là, les obus tombaient toujours. Un de ces projectiles, après avoir traversé plusieurs murs, brisé plusieurs charpentes, est venu se loger dans le plafond de notre gymnase, sans éclater ce fait nous décida à aller habiter un quartier moins dangereux. Enfin bien que le général Ducrot ne dût rentrer que mort ou victorieux, bien que le gouverneur de Paris fût décidé à ne pas capituler, et quoique l’on ne devait céder ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses, on apprit un triste matin qu’on allait traiter des conditions d’un armistice. C’était fini, Paris était livré. C’est alors qu’il fallait voir la consternation des Parisiens l’opinion de tous était que, pour en arriver là, il eût mieux valu ne pas attendre. Les élections qui eurent lieu le 8 février 1871, dans le but de traiter avec l’Allemagne, des conditions de paix ou de guerre, envoyèrent à l’assemblée de Bordeaux quatre cent cinquante monarchistes de naissance, sur sept cent cinquante députés. M. Thiers, l’incarnation de la monarchie parlementai re, fut nommé dans vingt-trois départements. Dès la première séance, au fond delà salle, un vieillard, seul sur son banc, méconnu, fui de tous, se lève et demande la parole. Sous son grand manteau brille une chemise rouge. C’est Garibaldi (1). (1) Joseph Garibaldi, célèbre patriote italien, né à Nice en 1807, fut le seul qui, sans être sollicité, soit venu mettre son épée au service de la France, alors que celle-ci, sans alliance et abandonnée de toutes les puissances, succombait sous le poids des fautes de l’empire. Il livra des combats aux Prussiens autour de Dijon (20 et 24 janvier 1871), obtint quelques succès, et prit à l’ennemi un drapeau, le seul qui fut enlevé aux Allemands pendant le courant de cette guerre. Si cet homme de cœur avait oublié que, le 3 novembre 1867, à Mentana (village d’Italie, près de Rome), il A l’appel de son nom il a voulu répondre, dire d’un mot qu’il résigne le mandat dont Paris l’a honoré. Devrais hurlements couvrent sa voix. Il reste debout, élève la main; les injures volent. Le châtiment est prompt. — Majorité rurale! honte de la France! crie des tribunes une jeune voix vibrante, Gaston Crémieux de Marseille. Les députés se lèvent, menacent. Des centaines de bravoset de défis partent des tribunes et accablent ces ruraux. Au sortir de la séance, la foule, qui remplit la place de la Comédie, applaudit Garibaldi, hue ses insulteurs. La garde nationale lui présente les armes malgré la rage deM. Thiers qui, sous le péristyle, apostrophe l’officier commandant. Le lendemain, le peuple revint, et, formant une haie devant le théâtre, obligea les députés les plus réactionnaires à subir les acclamations républicaines. Un rural désignant les représentants de Paris Ils sont couverts du sang delà guerre civile! Un des élus de Paris criant Vive la République ! la majorité le huait a Vous n’êtes qu’une fraction du pays. Le jour suivant, la chambre fut entourée de troupes qui repoussèrent au loin les républicains. La droite ne laissa pas échapper un jour sans piquer letaureau Rires, provocations, injures s’abattirent sur Paris et ses représentants. Quelques-uns d’entre eux, Rochefort, Tridon, Malon, Ranc se retirant devant le vote mutilateur de la patrie, on leur cria Bon voyage! Victor Hugo défendant Garibaldi fut hué, Delescluze réclamant la mise en accusation des membres de la défense nationale, ne fut pas mieux entendu L’assemblée de Bordeaux (la majorité) ne se contentait pas de ses injures, elle menaçait les gardes nationaux de les faire désarmer, de supprimer la solde de 30 sous, seule ressource des travailleurs, de rendre immédiatement exigibles les loyers arriérés, les échéances. avait été blessé et défait par les troupes françaises, il n’oubliait pas que c’était la France républicaine qui était aux prises avecl’empire d’Allemagne, qui ne faisait la guerre, disait-il, qu’à l’empire français et non au peuple, mais qui fusillait les patriotes qui défendaient leur patrie. C’est en raison de cet admirable dévouement, et pour lui payer sa dette de reconnaissance, que les .Parisiens le nommèrent député c’est aussi pour cela que les monarchistes de l’assemblée de Bordeaux l’insultèrent. Une affiche placardée le matin du 27 février annonçait la prolongation de l’armistice et, pour le 1er mars, l’occupation des Champs-Elysées, par trente mille Allemands. La garde nationale voulait s’y opposer, les armes à la main, mais elle dut céder au bon sens et à la raison. Les Prussiens purent entrer à Paris le 1er mars, La paix venait d’être acceptée, votée au pas de course, comme une affaire. L’Alsace, la majeure partie de la Lorraine, seize cent vingt mille Français arrachés de la mère patrie, cinq milliards, les forts de l’est de Paris occupés jusqu’au paiement des cinq cents premiers millions, et les départements de l’est jusqu’à l’entier paiement; voilà ce que coûtaient Trochu, Favre et la coalition le prix auquel Bismarck nous passait la Chambre introuvable. Et pour consoler Paris de tant de hontes, M. Thiers nommait général de la garde nationale l’évacuateur d’Orléans, le brutal commandant de l'armée de la Loire, d’Aurelles de Paladines. Deux sénateurs, Vinoy, d’Aurelles, deux bonapartistes à la tête de Paris républicain, c’était trop. Tout Paris dès lors sentit le coup d’Etat. Il y eut le soir des groupes sur le boulevard. La garde nationale refusait de reconnaître d’Aurelles de Paladines. Les causes qui ont amené la commune de Paris sont multiples la guerre et toutes ses conséquences, le siège de Paris et sa mauvaise direction, la capitulation, les élections et l’assemblée de Bordeaux; sa majorité monarchiste, ses insultes à Paris et à ses représentants Garibaldi et Victor Hugo la suppression de la solde des gardes nationaux, le paiement intégral des loyers arriérés, les échéances payées sans délais, l’entrée des Prussiens à Paris, la décapitation de Paris, l’assemblée siégeant à Versailles, nomination du général d’Aurelles de Paladines au commandement de la garde nationale, etc., etc., furent autant de raisons qui firent croire au renversement de la République. Pendant le bombardement, on recommandait aux habitants de se jeter à plat ventre, dès qu’un obus tombait auprès d’eux, parce que, en taisant explosion, les éclats s’écartaient en montant et on évitait d’être atteint. On dut exécuter souvent ce mouvement gymnastique, car les obus tombaient dru dans le quartier du Panthéon. Plus de quinze jours après lé bombardement, on avait encore dans les oreilles le bruit que faisaient les projectiles dans leur parcours, et cela à tel point, qu’un jour, vers le 15 février, Mme Charlemont, roulait brusquement, et assez loin dans son appartement, un lourd fauteuil qui, en roulant, imita à s’y méprendre, le sifflement de l’obus, prêt à toucher le sol. Charlemont, qui se trouvait à l’extrémité de la pièce, se jeta à plat ventre le bruit à peine passé, il leva la tête et au lieu d’obus, il vit sa femme qui le regardait en riant aux éclats, tenant encore son fauteuil à la main. Depuis quelques jours, des régiments arrivent à Paris, venant de l’armée de la Loire, et campent au Champ-de-Mars, aux Champs- Elysées, au bois de Boulogne. Les soldats que nous questionnons nous répondent qu’ils savent bien pourquoi on les a fait venir on veut corriger la garde nationale parce qu’elle voulait la levée en masse et la guerre à outrance, puis pour venger l’armée d’avoir été vaincue. C’est bien ce qu’écrivait le Journal des Débats pendant la répression Notre armée a vengé ses désastres par une victoire inestimable. Ainsi l’armée prenait sur Paris la revanche de ses défaites. Paris était un ennemi comme la Prusse, et d’autant moins à ménager que l’armée avait son prestige à reconquérir. Les soldats campés dans le Luxembourg sont sans vivres et sans abris nous en logeons plusieurs chez nous, ils couchent sur des matelas placés dans le gymnase et mangent à notre table. Le 18 mars, vers 6 heures du matin, des ouvriers allant à leur travail viennent nous réveiller, des cordons de troupes barrent les rues avec l’ordre de ne laisser passer personne cette consigne est mollement exécutée, car on passe tout de même. Nous faisons battre le rappel dans le quartier; les gardes nationaux arrivent et s’informent de quoi s’agit-il? on ne sait rien. Nous courons aux nouvelles, place du Panthéon, devant la mairie. M. Galle, lieutenant-colonel de la garde nationale honnête, était déjà là qu’y faisait-il? il venait sans doute prendre des notes et marquer ses futures victimes, car lors de Centrée des Versaillais à Paris, il fit partie de la cour martiale du 5e arrondissement. Il y avait aussi une compagnie d’infanterie de ligne, rangée en bataille devant la façade du Panthéon et prête à en venir aux mains avec une com- pagnie de la garde nationale fédérée, placée devant la mairie. Il s’en fallut de peu que le sang ne coulât, et grâce au sang-froid et à l’intervention pacifique des officiers de la compagnie des fédérés, il n’y eut pas de conflit. Nous retournons chez nous, et nous engageons les soldats, nos hôtes, à aller tout de suite rejoindre leur régiment, pressentant que de graves événements se préparaient. En effet, à trois heures du matin des colonnes de troupes se portent dans différentes directions aux Buttes Chaumont, à Belleville, au faubourg du Temple, à la Bastille, à l’Hôtel de Ville, place Saint-Michel, au Luxembourg et aux Invalides. En même temps, le général Susbielle marche sur Montmartre avec deux brigades. Tout est silencieux et désert. La brigade Paturel occupe sans coup férir le moulin de la Galette. La brigade Lecomte gagne la tour Solférino et ne rencontre qu’un factionnaire Turpin. Il croise la baïonnette les gendarmes l’abattent, courent au poste de la rue des Rosiers, l’enlèvent et jettent les gardes dans les caves de la tour Solférino A six heures, la surprise est complète. Partout ailleurs les canons sont également surpris. Si à ce moment, il ne manquait pas un bouton de guêtre, il manquait assurément de chevaux pour emmener les canons. Le général Vinoy les avait oubliés. A huit heures seulement on commença à atteler quelques pièces. Pendant ce temps, les faubourgs s’éveillent. Partout on bat le rappel, les gardes nationaux arrivent de tous côtés en route, ils rencontrent un peloton du 88e de ligne, crient Vive la République ! et, la crosse en l’air, soldats et gardes confondus gravissent la rue Muller qui mène aux buttes, tenues de ce côté par des hommes du 88e. Ceux-ci, voyant leurs camarades mêlés aux gardes, font signe de venir, qu’ils vont livrer passage. Le général Lecomte, qui saisit leur mouvement, les fait remplacer par des sergents de ville et jette les transfuges dans la tour Solférino, ajoutant Votre compte est bon ! Les sergents de ville lâchent quelques coups de feu. Les gardes ripostent. Tout à coup un grand nombre de gardes nationaux, la crosse en l’air, des femmes et des enfants, débouchent sur l’autre flanc par la rue des Roziers. Le général Lecomte, enveloppé, commande trois fois le feu. Les hommes restent l’arme au pied. La foule s’avance, fraternise. Lecomte et ses officiers sont arrêtés. Les soldats qu’il vient d’enfermer dans la tour veulent le fusiller. Des gardes nationaux parviennent à le dégager àgrand’peine, car la foule le prend pour Vinoy, le conduisent avec ses officiers au Château-Rouge où se trouve l’état-major des bataillons. Là, on lui demande un ordre d’évacuation des buttes. Il le signe sans hésiter. L’ordre est aussitôt communiqué aux officiers et soldats de la rue des Rosiers. Les gendarmes rendent leurs chassepots et même crient Vive la République ! Trois coups de canon tirés à blanc annoncent la reprise des buttes. Le général Paturel, qui veut emmener les canons surpris au moulin de la Galette, se heurte, rue Lepic, contre une barricade vivante. Le peuple arrête les chevaux, coupe les traits, débauche les artilleurs et ramène les canons à leur poste. Place Pigalle, le général Susbielle ordonne de charger la foule qui s’est amassée rue Houdon. Les chasseurs intimidés poussent leurs chevaux à reculons et font rire. Un capitaine s’élance, sabre en main, blesse un garde et tombe criblé de balles. Le général s’enfuit. Les gendarmes qui ouvrent le feu derrière les baraquements sont bientôt délogés le gros des soldats passe au peuple. A Belleville, aux buttes Chaumont, au Luxembourg, les troupent fraternisent partout avec la foule qui est accourue à la première alerte. Le soir vers trois heures et demie, une foule innombrable, composée surtout de soldats, brise les croisées de la chambre dans laquelle était retenu prisonnier le général Lecomte, se ruent sur lui, et malgré l’intervention de plusieurs officiers et d’un grand nombre de gardes nationaux, l’entraînent dans un jardin et le fusillent. Vers le même moment, un homme est arrêté à la chaussée des Martyrs dont il visitait la barricade, il est reconnu, c’est Clément Thomas, l’homme dejuin.il est également fusillé dans un jardin. M. Thiers et les membres du gouvernement siégeaient en séance au ministère des affaires étrangères, lorsque, vers trois heures et demie, les bataillons populaires du Gros-Caillou défilèrent devant l’hôtel, tambours et clairons en tète. Le conseil se crut cerné. M. Thiers s’enfuit par un escalier de service et partit pour Versailles. Le gouverneur quitta Paris, désorganisant tous les services administratits de l’état et de la ville. Paris était en ébullition, chacun dans son quartier était inquiet, ne sachant pas ce qui se passait à l’intérieur, on était encore sous l’impression des souffrances physiques et morales qu’on venait de supporter pendant la guerre, et on se sentait déjà retombé dans un malheur plus terrible encore, la guerre entre Français. Le même jour les bataillons du 5e arrondissement furent sous les armes. Les officiers ne savaient pas encore ce qu’ils voulaient faire, ils hésitaient sur le parti à prendre. Nous leur demandions leur opinion, ils n’osaient pas se prononcer. Le lendemain, un certain nombre d’entre eux disparaissaient, entre autres, notre commandant, M. Marie (1). Quand on voulut prendre possession du poste du 'Panthéon occupé par un lieutenant, un clairon et une vingtaine d’hommes, l’officier qui le commandait refusa de se rendre, invoquant sa consigne et son honneur. On lui fit entendre qu’on lui laisserait son épée, que la résistance était inutile, qu’il se ferait tuer avec ses hommes. On pouvait sauver les apparences en simulant une surprise du poste, sans en prévenir les soldats. Ceci fut décidé, la surprise eut lieu sans tirer un coup de fusil. Les soldats furent désarmés, mais on rendit l’épée à l’officier. Un des soldats désarmés était très furieux, il proféra des menaces et jura de se venger. S’il a assisté à la répression, il a dû se satisfaire car les soldats n’y allaient pas de main morte. Le 19 mars au matin, le propriétaire de Charlemont, maître de chapelle à Saint-Jacques-du-Haut-Pas, vint le trouver et lui dit — J’espère que tous les honnêtes gens vont se réunir, il ne faut pas qu’il y ait de malentendu, vous êtes des nôtres? — Qu’appelezvous les honnêtes gens ? — Venez avec nous. Vous verrez, nous sommes réunis à l’Ecole Polytechnique. — Bien ! nous allons y aller voir avant de nous prononcer. En route pour aller prendre (1) M. Marie, répétiteur à l’Ecole Polytechnique, avait été nommé commandant du 119e bataillon delà garde nationale pendant la guerre. Il était âgé, sans énergie et sans capacité militaire. Il devait sa nomination à ses principes républicains. C’est M. Paul Pia, homme d’une grande énergie, qui commandait le bataillon il le quitta pour prendre la direction des chemins de fer au service de la commune. 11 fut remplacé par Charlemont. des renseignements à la mairie, nous rencontrons un membre du comité central nommé Ledroit, qui nous dit que la réunion de l'Ecole Polytechnique est un centre de résistance formé par la réaction, que si demain à 4 heures il n’est pas dispersé, plusieurs bataillons et des canons seront envoyés par le comité central de la garde nationale, pourle disperser par la force. Voulant nous éclairer sur la situation, nous allons à l'Ecole Polytechnique. On nous ouvrela porte. Dans la cour, nous voyons quelques soldats, des mobiles, des fonctionnaires, une grande partie des commerçants du quartier et des quartiers voisins, enfin un mélange de tout ce qui marche toujours à la suite de tous les gouvernements (en juin 1848, les commerçants dénonçaient les insurgés, même leurs clients). A notre entrée, des vivats éclatent — Vive M. Charlemont ! puis des serrements de mains, bravo ! vous êtes des nôtres, encore un ! — Pardon, pas encore! — Qui commande ce rassemblement ? — C'est un officier de marine, le capitaine Salicy, le commandant Marie, etc. — Présentez-nous à ces Messieurs. — C’est fait. — Messieurs, nous venons auprès de vous nous renseigner, quel programme dé fendez- vous? — Tel programme ! — Mais alors c’est le programme du comité central. — Oui. — En ce cas, pourquoi ne vous ralliez-vous pas au comité central ? — Nous voulons rester en dehors de lui. — Voudriez-vous nous donner votre programme par écrit et le signer ? — Non. — En ce cas votre attitude ne nous paraît pas claire, et nous ne sommes pas des vôtres ! En traversant la cour pour nous retirer, nous trouvons toutes les figures changées, plus de vivats, plus de serrements de mains, notre réponse avait refroidi l’enthousiasme du premiér moment (C’était comme à notre rentrée à Milan après la guerre d’Italie). Le lendemain, legroupe se dispersait de lui-même. Des élections eurent lieu pour reformer les cadres du bataillon; Charlemont fut nommé capitaine dans sa compagnie. Jusqu'au 2 avril, on vivait dans une atmosphère de confiance et de calme relatives, on montait et on descendait la garde de droite et de gauche, on avait l'air de vrais gardes nationaux en temps de paix. Les services administratifs étaient réformés, et tout paraissait tranquille, lorsque le 31 mars, nous recevons l'ordre de partir à Courbevoie. Après plusieurs heures de station, place Vendôme et place de la Concorde, nous arrivons le soir à destination. Nous bivouaquons entre le pont de Neuilly et le rondpoint de Courbevoie. Les Fusils formés en faisceaux, chacun se prépare à passer la nuit, les uns sur les trottoirs le long des murs, les autres dans les maisons abandonnées. Il pouvait y avoir 500 à 600 fédérés en tout, provenant de plusieurs bataillons dont la plupart n’avaient pas de cartouches, on ne pensait pas en avoir besoin. Le lendemain samedi, 1er avril, Charlemont et une vingtaine d’hommes occupentla mairie de Puteaux (poste avancé) et rentrent le soir à Courbevoie près de la compagnie. Pendant la nuit du samedi au dimanche, des reconnaissances furent faites autour du Mont-Valérien et les environs rien ne faisait prévoir ce qui allait se passer. Le dimanche matin, vers neuf heures, Charlemont, qui avait ce jour-là quelques leçons à donner chez lui (ce qui était fort rare) et qui devait être relevé à 1 1 heures, demanda au capitaine commandant le bataillon par intérim la permission de rentrer à Paris elle lui fut accordée. Il remit donc à son lieutenant le commandement de sa compagnie, et partit. Il se trouvait sur le Pont-Neuf à causer avec un de ses anciens camarades de régiment, lorsque tout à coup, on entendit une forte canonnade qui se prolongea assez longtemps on ne croyait pas à une attaque des Versaillais, il fallut bien se rendre à l’évidence des hommes de notre compagnie arrivent et racontent l’attaque. Il y avait eu une paniquesur le pont de Neuilly, mais à la caserne de Courbevoie il y avait eu un commencement de résistance et même de succès ;de ce côté, l’armée avait été refoulée. Pendant ce temps, le 113e de ligne tournait Courbevoie par la droite, et l’infanterie de marine prenait à gauche par Puteaux. Trop inférieurs en nombre, redoutant d’être coupés de Paris, les fédérés évacuent Courbevoie et, poursuivis par lesobus, se replient sur l’avenue de Neuilly, laissant douze morts et quelques prisonniers. Les gendarmes en prirent cinq, dont un enfant de quinze ans, les rouèrent de coups et les fusillèrentau pied du Mont Valérien. Celte expédition terminée, l'armée regagna ses cantonnements. Au bruit du canon, Paris est affolé. Le rappel bat partout. Les barricades se relèvent. On traîne des canons sur les remparts de la porte Maillot et des Ternes. A trois heures, quatre-vingt mille hommes debout, crient A Versailles ! Les femmes excitent les bataillons, parlent de marcher en avant. Il est décidé de former trois corps d’armée sous le commandement des généraux Bergeret, Eudes et Duval. On expédie aux chefs de légion l’ordre de réunir des colonnes. Les bataillons de la rive droite devaient se concentrer place Vendôme et place Wagram ceux de la rive gauche, place d’Italie et au Champ-de-Mars. Ces mouvements, sans officiers d’état-major pour les guider, s’exécutent fort mal. Beaucoup d’hommes, promenés de place en placeu se fatiguent. Cependant, à minuit, il restait encore une vingtaine de mille hommes sur la rive droite, et dix-sept mille environ sur la rive gauche. Le plan d’attaque était de faire une forte démonstration sur Rueil, pendant que deux colonnes fileraient sur Versailles, par Meudon et le plateau de Châtillon. Bergeret, assisté de Flourens, devait opérer à droite, Eudes et Duval commander les colonnes du centre et de gauche. Idée simple et d’exécution facile, avec des officiers expérimentés et quelques têtes de colonnes solides. Mais la plupart des bataillons étaient sans chefs depuis le 18 mars; les gardes nationaux sans cadres les généraux qui assumaient la responsabilitédeconduire quarante mille hommes n’avaient jamais mené un bataillon au feu. Ils négligèrent même les dispositions les plus élémentaires, ne surent réunir ni artillerie, ni prolonges, ni ambulances, laissèrent les hommes sans vivres, sous une brume pénétrante. Beaucoup n’avaient pas de cartouches, croyant à une simple démonstration. A trois heures du matin, la colonne de Bergeret, forte d’environ dix mille hommes et huit canons seulement, arrive au pont de Neuilly. Il fallut laisser aux hommes, qui n’avaient rien pris depuis la veille, le temps de se refaire. Au petit jour, on s’engage sur la route de Rueil, on gravissait gaiement le plateau des Bergères, quand, tout à coup, un obus tombe dans les rangs, puis un second. Le Mont-Valérien tirait. Une panique affreuse rompt les bataillons et mille cris de trahison éclatent. Toute la garde nationale croyait que nous occupions le Mont-Valérien. La plus grande partie des fédérés secroient trahis, s’éparpillent dans les champs et regagnent Paris. La 91e seulement et quelques débris, douze cents hommes, restent avec Bergeret et, divisés par petits groupes, gagnent Rueil. Flourens arrive par la route d’Asnières, amenant à peine un millier d’hommes. Le reste s’est égrené dans Paris ou sur la route. Flourens poursuit quand même, arrive à la Malmaison, met en fuite les chasseurs de Galifet; l’avant-garde parisienne pousse jusqu’à Bougival. Les Versaillais, surpris par cette sortie, n’entrent en ligne que fort tard, vers dix heures. Dix mille hommes furent lancés contre Bougival. Des batteries placées sur le coteau de Jonchère canonnèrent Rueil. Deux brigades de cavalerie à droite et celle de Galifet sur la gauche, gardaient les ailes. L’avant-garde parisienne, une poignée d’hommes, fit une résistance acharnée pour laisser àBergeret le temps d’opérer sa retraite. Elle commença vers une heure, sur Neuilly, dont on fortifia la tête de pont. Quelques braves, qui s’étaient obstinés dans Rueil, eurent grand’peine à gagner le pont d’Asnières, poursuivis par la cavalerie qui leur fît des prisonniers. Flourens fut surpris dans Rueil. Les gendarmes entourèrent sa maison. Il voulut se défendre. L’officier du détachement, le capitaine Desmarets, lui fendit la tête d’un coup de sabre. Le général Eudes, au centre, n’est pas plus heureux. Dix mille hommes avaient quitté le Champ-de-Mars à trois heures du matin, avec Rouvier et Avrial. A six heures, le 61e attaque les Moulineaux que les gendarmes défendent. Ils sont bientôt forcés de se retirer jusqu’à Meudon, fortement occupé par une brigade versaillaise retranchée dans les villas et pourvue de mitrailleuses. Les fédérés n’ont que huit pièces, et chaque pièce n’a que huit coups. A neuf heures, découragés de tirailler contre des murs, ils se replient sur les Moulineaux. Rouvier courut chercher des canons, les installa dans le fort d’fssy. Ils empêchèrent les Versaillais de prendre l’offensive. A l’extrême gauche, Duval avait passé la nuit avec six ou sept mille hommes sur le plateau de Châtillon. Vers sept heures, il forme une colonne d’élite, s’avance j usqu’au Pefit-Bicètre, dissipe les avant-postes du général Du Barrail et envoie un officier reconnaître Villacoublay qui commande la route. L’officier annonceque les chemins sont libres et les fédérés s’avancent sans crainte, quand, près du hameau, la fusillade éclate. Les hommes se déploient en tirailleurs. Duval au milieu de la route, à découvert, donne l’exemple. On tient plusieurs heures. Quelques obus suffiraient pour déloger l’ennemi mais Duval n’a pas d’artillerie. Déjà même, les cartouches manquent il en envoie chercher à Châtillon. Le gros des fédérés qui occupe la redoute, confondu dans un désordre inextricable, se croit déjà cerné. Les envoyés de Duval prient, menacent, ne peuvent rien obtenir, ni renforts, ni munitions. Un officier ordonne même la retraite. Le malheureux Duval, abandonné, est assailli par la brigade Derrosa et toute la division Pellé, 8.000 hommes. Tl se retire avec ses braves sur le plateau de Châtillon. On était battu sur tous les points. Le lendemain 4 avril, à cinq heures, le plateau et les villages voisins sontenveloppés par la brigade Derroja et la division Pellé «Rendez-vous! vous aurez la vie sauve,» fait dire le général Pellé. Les Parisiens se rendent. Aussitôt les Versaillais saisissent les soldats qui combattaient dans les rangs fédérés et les fusillent. Les prisonniers, enfermés entre deux haies de chasseurs, sont acheminés sur Versailles. Leurs officiers, têtenue, les galons arrachés, marchent en tête du convoi. Au Petit-Bicêtre, on rencontre Vinoy. Il ordonne de fusiller les officiers. Le chef de l’escorte lui rappelle la promesse du général Pellé. Alors, Vinoy — «Y a-t-il un chef? — Moi», dit Duval, qui s’élance hors des rangs. Un autre s’avance — Je suis le chef d’état-major de Duval. Enfin, le commandant des volontaires de Montrouge vient se mettre à côté. — Vous êtes d’affreuses canailles dit Vinoy, et se tournant vers ses officiers — «Qu’on les fusille. Duval et ses camarades dédaignent de répondre, franchissent un fossé, et viennent s’adosser contre un mur sur lequel on lit Duval, horticulteur. Ils se déshabillent, crient Vive la commune'! et meurent pour elle. Vinoy osa écrire ceci — «Le nommé Duval a été tué dans l'affaire. Le 3 avril au soir, le 119e bataillon fédéré, dont Charlemont faisait partie, reçut l’ordre de se rendre place Vendôme, ainsi que le 163e. Ces deux bataillons sont d’abord dirigés place de la Concorde et ensuite sur Châtillon. A mi Ile mètres environ de la porte de Châtillon, on fit halte. Le capitaine Clavel, commandant le 119e par intérim, fit réunir les officiers, leur exposa son intention de résilier ses fonctions et de céder le commandement à un officier ayant une plus grande autorité que lui. Les officiers délibérèrent entre eux, et décidèrent que le capitaine Gharlemont était celui qui convenait le mieux. On l’envoya chercher car il était d’avant-garde avec sa compagnie. On lui expliqua la situation, les officiers avaient pressenti leurs hommes, on le priait de prendre le commandement, on avait confiance en lui. 11 accepta à condition toutefois que chacun ferait en sorte de lui faciliter cette lourde tâche. Officiers et gardes lui assurèrent le plus grand dévouement. Le nouveau commandant rédigea séance tenante un ordre du jour, dans lequel il remerciait officiers et gardes de la confiance qu’ils venaient de lui accorder; il les assurait qu’il ferait tous ses efforts pour la mériter il comptait sur la sage discipline de tous comme on pouvait compter sur lui; il saurait faire son devoir et ne faillirait pas à l’honneur qu’on venait de lui faire. Aussitôt des vivats enthousiastes partent de toutes les bouches, consacrent la confiance qu’on avait en lui. Son prédécesseur lui remit une lettre de service, qu’il ne devait ouvrir qu’au moment de passer la porte de Châtillon, ce qui fut fait. Elle contenait différentes mesures à prendre, et ordonnait au commandant du 119e de se faire précéder par le 163e. On arriva vers cinq heures du matin à Châtillon. Là, on voyait un grand nombre de gardes nationaux de divers bataillons dispersés dans le village les uns allaient chercher des vivres chez les commerçants, les autres mangeaient ou se rafraîchissaient dans des cabarets. On leur demanda des nouvelles, ils avaient repoussé les Versaillais la veille, et avaient été tranquilles toute la nuit. En effet, tout paraissait très calme. Enfin, nous arrivons au plateau; le 163e marche droit devant lui et fait halte, la queue du bataillon à l’entrée du plateau. Charlemont fait faire par le flanc droit à son bataillon qui se trouve ainsi placé parallèlement aux anciennes tranchées prussiennes. Il était encore occupé à faire placer ses compagnies, ordonnant de laisser entre chacune d’elles un espace libre pour pouvoir circuler et, la dernière arrivait à peine sur le plateau qu’une pluie d’obus commence à tomber, des balles sifflent de tous côtés; pas d’officiers pour recevoir les bataillons et leur assigner un poste utile, on n’a pas le temps de se reconnaître. Charlemont fait mettre ses hommes à l’abri dans les tranchées, et reste seul à découvert au milieu de cette avalanche de fer et de plomb, voulant par cet exemple dangereux remonter le moral de tous. Puis il commande aux 5e et 6e compagnies de se porter vivement et directement sur la demi-lune, les 7e et 8e à gauche et les 3e et 4e à droite, prend avec lui les deux premières compagnies et se porte à l’extrême droite. Pendant ce temps, les obus continuaient à pleuvoir, heureusement la plupart tombaient en arrière du plateau. Mais voilà que les mitrailleuses celles qui avaient servi à Sarrebrück, probablement prennent part à ce concert infernal. Alors il n’est plus possible d’avancer à découvert. Charlemont et ses hommes durent ramper derrière les pans de murs démolis. A ce moment, il n’y avait pas un mètre de terrain qui ne fût labouré par les projectiles, on ne pouvait faire un seul pas sans être atteint. Nous avions bien assisté à des combats, même à des batailles, mais nous n’avions jamais vu tomber tant de plomb. Nous étions embusqués au coin d’un pan de maison démolie, dont les obus enlevaient à tout instant des parties qui tombaient à nos côtés. Les balles pleuvaient en si grand nombre, qu’en ricochant le long du mur, elles venaient tomber sur notre sac de toile qui contenait nos cartouches et que nous avions posé à terre, au pied du mur en un instant, il y en eut plus de cinquante dessus. Tout à coup, il y eut un ralentissement; Charlemont, toujours derrière son pan de mur, en avant de ses hommes, se préparait à se porter sur sa droite où les fédérés paraissaient faiblir, lorsqu’on entendit des sonneries sur la gauche. Ses hommes lui crièrent: — «Commandant! nous sommes cernés, on sonne la retraite! — Ne bougez pas! faites attention ! attendez un instant ! je vais aller voir ce qui se passe à notre droite. Déjà de ce côté, les gardes nationaux battaient en retraite, en désordre. Charlemont, voulant rallier les siens pour aller à leur secours, n’en trouva plus que quelquesuns avec lesquels il se porta vers les fuyards. Par son sang-froid et son énergie, aidé de plusieurs courageuses cantinières qui donnèrent dans cette circonstance l’exemple du plus grand dévouement, il put réunir une centaine de fédérés, et se reporter avec eux en avant, lorsqu’un flot d’autres fédérés, pris d’une panique épouvantable, battirent en retraite d’une manière désordonnée, entrainantles premiers avec eux. Il ne fut plus possible alors de rester, puis du côté gauche du plateau, les chasseurs à pied et à cheval cernaient et sabraient les fédérés qui fuyaient en tous sens. A ce moment, à environ 60 mètres de ce côté, un officier dont nous n’avons pu reconnaître l’uniforme, car il portait une tenue incorrecte de chasseurs à pied, faisait signe àCharlemont de venir à lui. Celui-ci ne comprenait pas et allait aller de ce côté lorsqu’une dizaine de soldats de la ligne le mettent en joue et tirent les balles sifflèrent très près de lui, mais il ne fut pas atteint il mit alors un genou en terre, ajusta l’officier, tira et battit en retraite. Il put rallier une vingtaine de fédérés et continua avec eux de battre en retraite dans la direction du fort de Vanves, de manière à se mettre sous sa protection. Poursuivis par les Versaillais, ils s’arrêtaient de temps en temps, s’abritant derrière des haies ou des restants de murs. Armé de la carabine Snyders, Charlemont faisait le coup de feu, encourageant les hommes par son exemple, il put ainsi arrêter les Versaillais et arriver en sûreté sous les canons du fort de Vanves. De tous côtés, on voyait des files de fédérés descendant du plateau par tous les petits sentiers qui y donnent accès, battant en retraite sur Vanves. C’était la débâcle. La plupart de ceux qui voulurent regagner la route de Châtillon furent faits prisonniers. Tout en battant en retraite, la petite troupe de Charlemont avait tellement appuyé à droite (il est bien entendu que nous voulons dire à droite en sortant de Paris) qu’elle se trouva au milieu d’autres bataillons qui étaient aux prises avec les Versaillais occupant les Moulins de pierre. Il fallut faire le coup de feu toute la journée, puis rentrer à Paris, mettre un peu d’ordre dans le bataillon, dans nos jambes et nos estomacs. 11 y avait environ quarante heures que nous n’avions rien pris (pas même un Versaillais) nous étions restés tout le temps sur nos jambes et nous étions harrassés. Le 119e avait perdu quelques hommes tués et blessés, 120 prisonniers parmi lesquels Elysée Reclus, le savant géographe. Voici ce qui s’était passé au plateau Les Versaillais avaient attaqué de front et par la gauche de la route.de Châtillon. — Après avoir canonné et mitraillé la position, les fédérés surpris ripostèrent mollement sur certains points. Les troupes s’avancèrent la crosse en l’air; lorsque les soldats furent près des tranchées, les gardes nationaux, sans défiance, les aidèrent à les franchir en leur tenant le bout de leurs fusils une fois les soldats en nombre, ils sommèrent les gardes nationaux de se rendre, la panique commença; les uns tirèrent, les autres se sauvèrent, pendant que le plus grand nombre discutait. La position était prise. Le fait de lever la crosse en l’air a été constaté par nous plusieurs fois. Nos soldats français tenaient cette ruse des Prussiens qui le leur avait fait plusieurs fois. Le 119e fédéré, rentré depuis peu à Paris, n’avait pas encore eu le temps de reformer ses cadres décomplétés, quand, le 16 avril, il recevait l’ordre de se porter sur Asnières, à la disposition du général Dombrowski. Gelui-ci remit à Charlemont un ordre de service, dans lequel il lui ordonnait de surveiller, avec son bataillon, la rive droite de la Seine, depuis le pont d’Asnières jusqu’au pont Bineau, d’empêcher les Versaillais de tourner par la rive gauche les fédérés engagés dans Asnières; puis, avec une compagnie, de protéger les wagons blindés. Voici ce qui s’était passé Le général Vinoy avait reçu l’ordre d’enlever Neuilly. Le 6 au malin, le Mont Valérien, muni récemment de pièces de 24, ouvrit son feu sur Courbevoie. Après six heures de bombardement, les fédérés évacuèrent le rond-point et prirent position derrière la grande barricade du pont de Neuilly. Les Versaillais la canonnèrent elle fut protégée par la porte Maillot. Le lendemain matin ils la canonnèrent de nouveau ainsi que l’avenue de Neuilly. Les habitants durent se réfugier dans les caves. Vers quatre heures et demie, le feu des Versaillais cessa et les fédérés prenaient quelque repos, quand les soldats débouchèrent en masse sur le pont. Les fédérés, surpris, essayèrent de les arrêter et tuèrent deux généraux, mais les soldats, beaucoup plus nombreux, réussirent à pousser jusqu’à l’ancien parc de Neuilly. Le 9, pendant la nuit, avec deux bataillons de Montmartre, Dombrowski, accompagné de Vermorel, surprit les Versaillais dans Asnières, les en chassa, s’empara de leurs pièces; puis, du chemin de fer, avec les wagons blindés, il canonna de flanc Courbevoie et le pont de Neuilly. En même temps, son frère enlevait le château de Bécon qui commande la route d’Asnières à Courbevoie. Vinoy voulut le reprendre dans la nuit du 12 au 13; les hommes furent honteusement repoussés et s’enfuirent à toutes jambes jusqu’à Courbevoie. Dombrowski avait à peine 2,500 hommes pour tenir Neuilly, Asnières toute la presqu’île de Genevilliers, tandis que les Versaillais accumulaient contre lui leurs meilleures troupes. Du 14 au 17, ils canonnèrent le château de Bécon et le 17 au matin, ils l’attaquèrent avec une brigade. Les 250 fédérés qui l’occupaient tinrent six heures, et leurs débris se replièrent sur Asnières où la panique entra avec eux. Dombrowski, Okolowitz et quelques hommes solides accoururent, parvinrent à rétablir un peu d’ordre et fortifièrent la tête du pont. Dombrowski demandant des renforts, la guerre lui envoya seulement quelques compagnies. Le lendemain, nos postes avancés furent surpris par de forts détachements et le canon de Courbevoie battit Asnières. Après une lutte bien soutenue, vers une heure, plusieurs bataillons, très éprouvés, abandonnèrent la partie sud du village. Dans la partie nord, le combat fut acharné. Dombrowski, malgré dépêches sur dépêches, ne reçut que 300 hommes. A cinq heures du soir, les Versaillais firent un grand effort; mais les fédérés épuisés, craignant pour leur retraite, se jetèrent sur le pont de bateaux qu’ils passèrent en désordre. Les fédérés ne manquaient pas de courage; malheureusement mal dirigés et en trop petit nombre, ils ne pouvaient espérer vaincre; ils avaient conscience de leur juste cause, mais ils perdirent peu à peu confiance. Aussi les défaites allaient-elles se succéder sans espoir jusqu’à la fin. Charlemont ramena son bataillon à Paris, quelques-uns de ses hommes avaient disparu. Il manquait alors plus de 250 hommes dans le bataillon, soit tués, blessés ou prisonniers. Quelques jours après, un comité électoral, formé en vue de réorganiser entièrement le bataillon, prit la direction des élections qui eurent lieu dans une des salles de l’école de droit, place du Panthéon. Il y eut deux réunions, la première dans laquelle on nomma l’état-major le chef de bataillon, le capitaine-adjudantmajor, le capitaine d’habillement, le porte-drapeau, l’officier payeur, l’adjudant et le chef armurier. Charlemont avait été porté au grade de chef de batailjon, par la plus grande partie des gardes présents à la réunion. Il y eut trois concurrents. On procéda à une sorte d’examen, afin de bien connaître les candidats, au point de vue de leur valeur et de leurs capacités militaires, et de savoir comment ils comprenaient l’organisation du bataillon ainsi que les moyens dedéfenseà employer pendant la révolution. Les trois concurrents de Charlemont considérèrent la guerre en rase campagne et s’emballèrent sur ce terrain, puis jurèrent de mourir pour la commune. Charlemont, au contraire, exposant ses idées sur la défense, fit ressortir qu’avec nos gardes nationaux dont la plupart n’avaient pas été soldats, on ne pouvait tenir en rase campagne contre des troupes bien commandées et bien disciplinées, et que d’ailleurs la guerre allait entrer dans une nouvelle phase la guerre des rues. Se plaçant sur ce terrain, il exposa un système de défense qui consistait en barricades doubles, sans pavés, des tranchées et des sacs de terre pour abris, disposés pour faire des feux directs, des feux croisés qui empêcheraient les assaillants de se glisser à l’abri le long des murs les maisons environnant les barricades, crénelées, et disposées de manière à circuler facilement, éviter les surprises et pouvoir opérer la retraite sans danger d’être tournés, etc., etc.. Puis il expliqua qu’il ferait tous ses efforts pour ne pas compromettre inutilement le dévouement de ses hommes, qu’il ménagerait l’existence de tous, afin de les laisser vivre pour la République et la Commune. On tint compte de sa conduite depuis le 18 mars. Il fut nommé chef de bataillon à l’unanimité moins trois voix celles de ses trois concurrents Investi de ses pouvoirs, il donna des ordres pour procéder aux élections des cadres de douze compagnies. Les quatre premières formeraient le bataillon de marche qui serait destiné à opérer hors Paris et devait être composé de volontaires. Les huit autres compagnies formeraient le bataillon sédentaire, opérant à l’intérieur de Paris. Les élections terminées, le commandant commença de suite son œuvre de réorganisation. Le capitaine adjudant-major le secondait dans sa tâche, celui de l’habillement fut chargé du soin de renouveler ou compléter les vêtements, chaussures, équipement et campement; l’armurier, celui de mettre les armes en bon état, de surveiller les munitions. Chaque compagnie de marche possédait deux clairons armés de carabines, quatre sapeurs pris parmi les ouvriers de métier étaient munis de pelles, pioches et haches et armés de carabines, un caporal-sapeur les dirigeait. Puis une escouade de brancardiers, munis du matériel nécessaire, fut organisée; elle se composait d’hommes énergiques appartenante l’institution des sourds-muets de la rue Saint-Jacques. Deux médecins faisaient partie du bataillon, ils étaient accompagnés de femmes ambulancières suivant le bataillon auquel appartenaient leurs maris, l’Harmonie des Enfants de Paris, une excellente musique faisait le service dans Paris, complétant ce magnifique bataillon. Tous les jours, il y avait exercice dans les jardins du Luxembourg, où Pécole de tirailleurs s’exécutait au sifflet Un sergent-major dezouaves, venant (prétendait-il) de faire partie de l’armée de la Loire, avait été nommé adjudant aux élections. Au rapport du commandant qui se faisait tous lesjours, auquel tous les officiers et sergents-majors assistaient, il arrivait lui, lorsqu’il était terminé. Le commandant lui en fit la remarque et le chargea de la théorie pratique des sous-officiers et caporaux, mais il ne tarda pas à s’apercevoir que ce prétendu sergent-major de zouaves ne savait seulement pas mettre un soldat au port d’armes. Il le fit donc surveiller (car il avait des doutes sur son identité et sur l’authenticité de son grade), et il apprit, il vit même de ses yeux, qu’en compagnie du porte-drapeau (un ancien garibaldien) prétendant venir, lui aussi de l’armée de la Loire, il était constamment dans les cabarets avec d’autres gardes et presque toujours dans un état d’ivresse manifeste. C’est dans un de ces moments, qu’en l’absence du commandant, lesoffîciers, prêts à partir pour l’exercice, empêchèrent un jour ce soi-disant garibaldien de prendre le drapeau. Sur ces entrefaites, Charlemont arriva, et convaincu qu’il avait affaire à deux espions de Versailles, il leur fit retirer leurs vêtements, leurs armes, et chassa du bataillon l’adjudant et le porte-drapeau. La réorganisation du bataillon avait demandé du temps, et déjà des rumeurs partant d’une compagnie dont le chef n’avait pu être nommé commandant aux élections, se faisaient entendre. Elles avaient pour but de battre en brèche le nouveau commandant On devrait partir aux avant-postes, tenir un poste d’honneur, le commandant devait être la cause qu’on n’y allait pas Comme si le commandant ne dépendait pas de l’étatmajor, et était libre de faire à sa fantaisie. Ceux qui ne le connaissaient pas, le trouvaient un peu pâle de figure, sa petite moustache blonde ne lui donnait pas l’air ébouriffé, il ne paraissait pas assez crâne, et puis on ne l’entendait jamais brailler, ça ne devait pas être un frère (un chef sérieux). Malheureusement pour ceux-là, le commandant était connu, il avait fait ses preuves, s’il ne faisait pas de bruit au moins il agissait. Un complot avait même été ourdi pour commettre un meurtre sur sa personne, et cela en plein Luxembourg, pendant l’exercice, le jour avait été fixé. Charlemont, prévenu la veille par le capitaine d’habillement, donna l’ordre à l’état-major du bataillon d’assister aux manœuvres de tirailleurs qui devaient avoir lieu ce jour-là, le revolver à la ceinture. Les sapeurs, tous dévoués au commandant, étaient prévenus qu’ils ne devaient pas former les faisceaux et, sans en avoir l’air, devraient faire bonne garde. Il avait été décidé que tout attentat serait déféré sur-le-champ à un conseil de guerre et que les coupables seraient exécutés devant tout le bataillon. Ces mesures, l’attitude énergique, décidée de Charlemont, commandant en personne les manœuvres, firent réfléchir les auteurs du complot, car ils ne donnèrent pas suite à leur projet. 11 y avait néanmoins des rumeurs sourdes, mais aussitôt que le bataillon fut prêt et bien organisé, que pas un bouton de guêtre ne manqua, le commandant alla se mettre à la disposition du chef de légion, qui lui remit un ordre de se rendre le lendemain matin avec son bataillon à Issy. Le bataillon fut convoqué place du Panthéon pour passer la revue en tenue de campagne. Le commandant réunit les officiers et les informe qu’il venait de recevoir l’ordre de partir pour Issy. Alors commencèrent des récriminations on n’avait pas déjeuné, on ne pouvait pas partir ainsi. Charlemont donna une demi-heure pour le repas, pendant laquelle il fit compléter le nombre de cartouches, puis on partit. C’était le 30, le fort venait d’être évacué. Arrivé aux fortifications, il fallut, pour arriver à Issy, marcher en file indienne avec un intervalle d’un mètre entre chaque homme pour éviter les obus qui tombaient dru. Une fois dans le village, le bataillon venait d’être placé dans la grande rue, le long du mur de droite touchant à la rue de Javel, les faisceaux formés, les uns s'étaient assis à terre, les autres couchés, se reposaient; cinq fourgons remplis d’obus chargés bordaient le trottoir. Le commandant venait de se mettre aux ordres du général Brunei, et se trouvait assis sur une petite borne au coin de la rue de Javel, attendant un ordre qu’on devait lui envoyer, quand tout à coup un des nombreux obus lancés du Mont-Valérien sur Issy, tomba sur un des fourgons, éclata, et fit éclater à leur tour les obus contenus dans les cinq fourgons! Il se produisit alors une détonation formidable, un fracas inouï, épouvantable que la parole et la plume sont impuissantes à décrire. Gela dura peut-être quinze secondes ! Mais quinze secondes d’angoisses horribles pendant lesquelles chacun pensait être pulvérisé, haché en menus morceaux ! Lorsque ces terribles détonations cessèrent et que le calme revint, tous se relevèrent comme des hommes ivres, chancelant ettremblant de tous leurs membres, les yeux égarés, assourdis, hébétés ! Rien ne peut être comparé à un spectacle pareil! Des cinq caissons, il ne restait plus qu’un semblant de carcasse en fer, ils étaient réduits en miettes. Chose incroyable! pas un homme ne fut atteint. Dix minutes après, alors que tous étaient encore sous l’impression d’un terrible effroi, un obus tombe sur le faite du mur, éclate, et tue ou blesse dix hommes qui y étaient adossés. Le bataillon reçoit l’ordre d’occuper le lycée, où il reste deux jours. Les bâtiments, criblés d’obus et percés à jour, ressemblent à des lanternes. Un garde reçoit un éclat dans le ventre et meurt aussitôt. Quelques instants après, dans une reconnaissance, un caporal, un tout jeune homme, dont le nom nous échappe (Glatigny, croyons-nous), mais qui tenait, en compagnie de son frère et de sa mère, le guignol du Luxembourg, est tué d’une balle en plein front. Deux compagnies sont envoyées dans les tranchées des Moulineaux, combattre les gendarmes, maisau boutde deux jours, elles sont obligées dese replier sur Issy. Le général Brunei ordonne à Charlemont d’aller occuper, avec son bataillon, le couvent des Oiseaux et le séminaire, et met sous ses ordres deux autres bataillons. A environ quatre-vingts mètres de la grande rue, il y avait, rue des Prés (actuellement rue Diderot), une grande porte donnant accès dans le parc du couvent, auprès de laquelle une barricade armée d’une pièce de canon avait été bombardée et détruite par les Versaillais. La pièce de canon démontée gisait à terre, ainsi que le cheval qui l’avait amenée. Charlemont voulut la rétablir pour pouvoir communiquer du couvent avec les maisons qui se trouvaient de l’autre côté de la rue, mais la fusillade était si intense qu’aucun de ses hommes n’osa s’aventurera découvert. Il dut faire préparer un grand nombre de sacs de terre, et, placé dans l’encognure intérieure du couvent, se faire passer les sacs et les jeter dans la rue. Quand il y en eut un certain nombre, il se glissa derrière eux en rampant à plat ventre, et put ainsi construire, sous le feu même des gendarmes, un commencement de barricade. Des hommes de bonne volonté, trouvant alors l’abri suffisant, continuèrent d’y travailler et l’achevèrent les fédérés purent ainsi passer derrière et aller occuper le faîte des maisons situées de l’autre côté de la rue des Prés. Alors, pour donner confiance à ses hommes, Charlemont monta debout sur la barricade, demanda qu’on lui passât le drapeau du bataillon et il l’agita violemment en criant (c Vive la République ! vive la Commune !» A ce moment précis, les gendarmes firent une fusillade des plus nourries à la suite de laquelle le drapeau fut criblé déballés, la hampe et la flèche furent brisées, le sergent-fourrier qui l’avait passé à Charlemont eut deux doigts de la main enlevés le père Boutet, qui se trouvait là avec ses deux fils, voulant regarder au-dessus de la barricade, fut tué net par une balle qui lui traversa la tête de part en part, mais Charlemont, hasard étrange ! ne fut pas atteint ! Le 8 mai, le fort dMssy n’était plus tenable. Toutes les pièces, sauf deux ou trois, étaient démontées ces trop rares canons ne pouvaient plus répondre à l’averse de soixante bouches à feu versaillaises qui tiraient avec une fureur qu’on n’avait pas mise, même contre les Prussiens. Les obus, les bombes crevaient les casemates, pulvérisaient les revêtements; les remparts étaient totalement dé- couverts, les artilleurs étaient tués en pointant leurs pièces les boites à mitraille pavaient de fer les tranchées qu'on dut abandonner, les morts jonchaient le sol, les travaux d’approche des Versaillais touchaient presque le fort; enfin on l’évacua. Les Versaillais avaient un plan de bataille d’ensemble, dirigé par des chefs militaires expérimentés, suivant une tactique sûre leurs troupes nombreuses, solidement organisées, bien armées, bien disciplinées, prenant toujours l’offensive et procédant par surprises nocturnes, devaient gagner chaque jour du terrain. Au contraire, les fédérés, moins nombreux, fatigués, mal commandés, sans direction d’ensemble, restant sur la défensive, se gardant mal, étaient livrés à toutes les surprises, et devaient naturellement se laisser approcher chaque jour davantage. Toute lajournée du 8, il y eut des combats isolés dans Issy. Le fort fut évacué. Le château du vicomte de l’Epine, bombardé et brûlé par les Versaillais, dut être abandonné ainsi que le parc. Les Versaillais, opérant stratégiquement, enveloppaient Issy presque entièrement. Formant une ligne demi-circulaire des Moulineaux à l’église, occupant l'église, ils prenaient à revers le couvent des Oiseaux, ainsi que le séminaire qu’ils attaquaient en même temps de front et de flanc. Tout à coup, les Versaillais font irruption dans le couvent de tous côtés par les caves, par le parc, et par les maisons de la grande rue, parallèles au couvent; celles-ci étaient percées dans le sens de la longueur de la rue. Charlemont, ayant réuni autour de lui une centaine de fédérés, faisait sonner le ralliement au drapeau, mais l’officier qui portait le drapeau tombe, la cuisse brisée par une balle. En faisant barricader l’ouverture d’où les Versaillais faisaient un feu terrible, Charlemont est blessé. Mais, malgré sa blessure, il fait opérer la retraite en dehors du parc, rue de la Reine(actuellement rue Victor-Hugo), fait créneler les murs, et de là tient en échec les Versaillais dans le parc. En même temps il fait placer une pièce de 7 chargée à mitraille, dans l’atelier du serrurier du couvent, de façon à balayer le parc dans sa largeur, de la rue de la Reine à la rue des Prés, une autre pièce à la barricade qui reliait le couvent au séminaire, puis de là il se porte au séminaire où la panique commençait à naître. Les hommes aux créneaux se trouvaient fusillés par derrière, par les Versaillais qui avaient tourné le séminaire. On n’eut que le temps de ramasser les morts et les blessés et de se replier sur la rue de la Reine, où la barricade était attaquée furieusement. Les boîtes à balles pleuvaient à verse, les artilleurs fédérés qui servaient la pièce derrière la barricade, tombaient les uns auprès des autres, tués oublessés. Les brancardiers sourds-muets allaient bravement les ramasser sous la pluie des projectiles et payaient aussi leur tribut de dévouement à la commune. La position n’étant plus tenable, Charlemont fit enclouer les canons et ordonna la retraite qui dut s’effectuer en passant par dessus les murs des maisons et des jardins. Le plus difficile était d’emporter les morts et les blessés, ces derniers supplièrent qu’on les achevât. Pendant l’attaque du couvent, des fédérés qui se reposaient dans les sous-sols, sous le perron, à l’intérieur du parc, n’entendirent pas les sonneries ils furent surpris par les Versaillais et fusillés sur-le-champ. Le commandant de ce bataillon, qui était accouru pour les prévenir, n’en eut pas le temps il fut pris, mis au mur à côté d’une cantinière et fusillé pendant qu’il criait: Vive la Commune ! Cbarlemonl s’était replié au carrefour de la Fontaine. Là, une forte barricade fermait la grande rue, pendant qu’une autre en travers de la rue de la Glaisière (rue Minard aujourd’hui) concourait à la défense du carrefour. La rue de Vanves, qui se trouvait sur la gauche, était libre. Il laissa une partie de ses hommes pour défendre cette place et dirigea l’autre partie sur la place Voltaire, à l’ancienne Mairie. Il se disposait à faire transporter à l’ambulance les morts et les blessés, et à faire distribuer des cartouches, lorsque, tout à coup, un des officiers qu’il venait de laisser aux barricades du carrefour, vient le prévenir qu’un régiment de ligne se rend. — Vous plaisantez ! — Mon commandant, il lève la crosse en l’air. — Vous êtes sûr de ce que vous dites? — Oui! commandant ! — Cela m’étonne, nous sommes en pleine retraite et autant dire vaincus! Charlemont, flairant un piège comme à Ghâtillon, fait prendre les armes à ses hommes et se dirige avec eux au carrefour de la Fontaine. En effet, à une centaine de pas, de l’autre côté de la barricade, une compagnie du 110e de ligne était arrêtée la crosse en l’air lorsqu’il fut près de la barricade de la grande rue, il y avait déjà des fédérés passés de l’autre côté, qui discutaient avec des officiers et des soldats. Les Versaillais disaient — Rendez-vous ! ce à quoi répondaient les fédérés — Mais c'est vous qui vous rendez, puisque vous levez la crosse en l’air ! — C’était pour vous aborder et vous dire de vous rendre. — Oui, elnous fusiller aussitôt, dit un fédéré !» Charlemont, voyant qu’il ne s’était pas trompé, monta sur la barricade et dit à ses hommes de se mettre immédiatement à leurs postes de combat; au même moment, un officier versaillais le mit en joue avec son revolver et le déchargea sur lui. Charlemont riposta et sauta vivement derrière la barricade. Il était temps! Les soldats firent un feu de peloton et tuèrent deux fédérés qui n'avaient pas eu le temps de se mettre à l’abri. Charlemont commanda alors le feu à volonté. Les soldats du 110e qui étaient à découvert durent battre en retraite laissant à terre une dizaine de tués. Pendant que ceci se passait à la grande barricade, d’autres soldats du même régiment cherchaient à surprendre la barricade de la rue de la Glaisière, mais ils furent repoussés, puis à huit ayant passé au travers des maisons de gauche se trouvèrent à découvert dans la rue de Vanves. Quelques coups de feu les obligèrent à y rentrer et ils furent ainsi coupés d’avec les leurs. Charlemont avec quelques hommes alla à leur poursuite et les trouva dans un jardin, embusqués derrière une voiture; ils le mirent en joue, et lui les somma de se rendre, et de ne pas tirer sous peine d’être tous fusillés. Ils se regardèrent et jetèrent bientôt leur fusil devant eux. Ces malheureux avaient une peur effroyable, ils croyaient véritablement, ainsi qu’on le leur avait dit, que les fédérés étaient des voleurs ou des Prussiens et qu'ils torturaient leurs prisonniers. Charlemont les rassura et leur dit que, prisonniers, ils étaient sauvés car ils ne risquaient plus d’être tués dans la bataille. 11 les fit conduire au général Brunei, dont le quartier général se trouvait au n° 17 de la grande rue, dans la propriété de M. Mary. Les soldats prisonniers étaient casernés dans Paris et étaient soumis au même régime qu’à leur régiment. Beaucoup se sont mis de leur plein gré dans les compagnies de fédérés. Enfin dans la nuit du 8 au 9, les Versaillais avaient tellement resserré leur ligne d’enveloppement, qu’il ne fut plus possible de résister sans courir le risque d’être cerné. Au petit jour on évacua donc I'ssÿ, on rentra à Paris, les tués et les blessés étaient portés sur des brancards à la suite du bataillon. Le père Boutet, tué dans le couvent, fut oublié. Le bataillon avait perdu trente-neuf hommes tués ou blessés. Les morts furent enterrés à Paris et conduits au cimetière dans des corbillards ornés aux quatre coins de drapeaux rouges. La musique jouait des airs funèbres, le bataillon suivait, ayant à sa tête son drapeau transpercé et déchiqueté. Les blessés mis à l’ambulance, furent fusillés à Pentrée des Versaillais à Paris. 11 est avéré que du commencement à la fin, les Versaillais fusillaient leurs prisonniers, et dans le nombre, il yen avait beaucoup qui n’avaient pas servi la commune c’étaient de bons républicains, titre suffisant pour avoir les honneurs du feu de peloton. Les femmes et les enfants inoffensifs n’étaient pas ménagés non plus, il y eut parmi eux de nombreuses victimes. Dans ces tristes journées, la civilisation moderne ne l’a cédé en rien à celle du moyen âge elle a bien donné la mesure de la bonté des hommes et des atrocités qu’ils peuvent commettre entre eux, excités et lancés les uns contre les autres par des intrigants qui, seuls, en ont le profit. Après le fort d’Issy ceux de Vanves, Montrouge, etc..., à moitié détruits sont abandonnés par les fédérés. On avait fait circuler parmi eux le bruit qu’il était impossible de se défendre hors Paris. La même idée fut semée dans leurs rangs à l’entrée des Versaillais dans Paris où chacun, disait-on, devait défendre son quartier. Disséminer ainsi les forces de Paris était une grande faute, car, alors, on se faisait battre en détail et plus sûrement. L’armée Versaillaise avançait sans cesse et serrait de près les remparts. A Neuilly, on se battait toujours avec le plus grand acharnement les fédérés défendaient maison par maison et combattaient presque corps à corps, toujours sous l’intelligent commandement du brave général Dambrowski. (La face des choses eût pu changer si les fédérés avaient eu des généraux comme lui et Wroblewski !) Enfin les Versaillais font leur entrée à Paris, le dimanche 21 mai, à trois heures de l’après-midi. Ils durent ce résultat à certaines trahisons et conspirations, a-t-on dit. En tout cas, Paris mal commandé, plutôt désorganisé, devait succomber avant peu sous le feu des centaines de pièces de gros calibre qui faisaient pleuvoir sur lui des masses de fer en quantité telle, qu’on aurait pu en paver ses rues. Que n'eut-on pas fait contre les Prussiens, si on avait utilisé tous ces courages, tous ces dévouements déployés de part et d’autre, cet acharnement, ce désintéressement de la vie ! Combien d’existences supprimées inutilement ! Charlemont est chargé de défendre la ligne du boulevard Saint- Michel depuis la rue Monsieur-Ie-Prince jusqu’à l’Observatoire, de manière à couvrir le Luxembourg, le boulevard du Montparnasse et mettre en défense tout le quartier qui se trouve en arrière sur la ligne du Panthéon, du Yal-de-Grâce et se relier ainsi au XIIIe arrondissement. Sa défense devait se combiner avec celle du colonel Lisbonne qui commandait le quartier de la gare Montparnasse, les rues Notre-Dame-des-Champs, de Rennes et Saint- Sulpice. Lisbonne dirigeait en personne la défense de la barricade qui se trouvait parallèle à la rue Notre-Dame-des-Champs, tout en fermant et défendant les rues Bréa et Yavin cette dernière était armée d’une pièce de canon. Charlemont, appelé par Lisbonne pour renforcer cette position, amena avec lui une vingtaine de volontaires, mais ne put faire avancer une pièce de 7 qui lui était demandée pour armer la barricade de la rue Bréa et déloger les Versaillais des maisons du boulevard Montparnasse. La rue Notre- Dame-des-Champs et toutes celles qui y aboutissaient étaient couvertes de barricades qui fermaient complètement tout passage. On avait commis la grande faute de ne pas les construire en deux parties, car on ne pouvait plus faire avancer ni reculer les canons ou les voitures, et en cas de retraite, on devait abandonner canons, caissons, etc... Les troupes versaillaises, retranchées dans les maisons du boulevard Montparnasse, faisaient une fusillade des plus vives, plongeant par dessus la barricade et tuant les fédérés assez imprudents pour se découvrir en s’en éloignant. Là, nous avons pu constater le courage et le sang-froid imperturbables de Lisbonne, donnant des ordres avec le plus grand calme, quoiqu’à découvert, sous le feu de l’ennemi, communiquant aux siens l’exemple de la plus grande bravoure et du plus grand dévouement. Nous avons aussi remarqué que lesmaisons des trois rues indiquées précédem- ment, formant carrefour, avaient reçu un tel nombre de balles, que, le long des murs, il y en avait l’épaisseur de 15 centimètres. Tout ce plomb paraissait déformé par la chaleur, nous avons cru un moment que c’étaient des balles explosibles, comme le bruit en avait couru. Les Versaillais, suivant leur tactique d’enveloppement, avançaient toujours. Le mercredi 24 mai, à 4 heuresdu matin, Charlemont revenant de la poudrière du Panthéon, où il était allé chercher des munitions, passait rue Saint-Jacques, et fit donner du café et un petit verre aux hommes de corvée; puis, très fatigué (il ne s’était pas couché depuis 2t jours), chargea le capitaine adjudant-major de faire distribuer des cartouches à tous les postes, de prendre le commandement du bataillon pendant qu’il allait prendre chez lui quelque repos. 11 le pria en outre de le faire prévenir en cas d’urgence. Les Versaillais s’emparaient d’une partie du VIe arrondissement et le Ve allait subir le même sort. 11 pouvait être 10 ou 11 heures, Gharlemont se préparait à aller reprendre son poste, et se trouvait sur l’escalier montant de sa salle à son logement. Il prévenait son jeune fils qui se trouvait dans la salle, assis par terre, adossé à une table-bureau dont un des pieds avait été brisé la veille par une balle venue du dehors, qu’il y avait du danger de rester là. L’enfant répondit en riant — «Papa, si une balle vient comme celle d’hier, elle me passera.derrièrele dos. Au même moment, une formidable détonation ébranle la maison, les volets tombent, les vitres volent en éclats, un brouillard blanc, épais, empêche de voir à un pas. Charlemont, croyant à l’éclat d’un obus, se jette à terre, mais se relevant aussitôt pour chercher son fils, il le trouve près de sa mère évanouie. C’était la poudrière du Luxembourg que Lisbonne, en opérant sa retraite, venait de faire sauter (toutes les vitres du quartier avaient été brisées). Quelques instants après, Charlemont allait se diriger vers les barricades occupées par son bataillon, lorsque tout à coup il aperçut, au coin des rues Saint-Jacques et Gay-Lussac, les chasseurs à pied de l’armée versaillaise fusillant Raoul Rigault, membre de la commune et délégué à la justice, qui venait de rentrer chez lui au n° 35 de cette dernière rue. Il n’eut que le temps de rebrousser chemin, la rue des Ursulines et celle des Feuillantines étaient occupées, le Panthéon venait d’être pris, le quartier était cerné de tous côtés, il dutrentrer chez lui. Se voyant pris comme dans une souricière, il altacha à une colonne de son gymnase le drapeau du bataillon, puis décidé à vendre chèrement sa vie, sabre et revolver à la main, il attendit les événements. Pendant ce* moment, un jeune officier de la garde mobile qui demeurait presqu’en face chez Cfiarlemont, rentrait chez lui; il précédait les chasseurs à pied, ceux-ci l’aperçurent l’officier qui les commandait et qui croyait tenir le commandant du 119e fédéré, envoie de suite une trentaine d’hommes pour s’en saisir, mort ou vif. Oe jeune officier avait à peine déposé son sabre et sa capote sur un meuble, que des coups de crosses de fusils résonnent sur sa porte, il ouvre — «Que voulezvous? — Vous êtes le commandant du 119e, vous vous nommez Charlemont, venez avec nous, votre compte est bon. — Vous vous trompez, vous le voyez bien, voici mes vêtements, je suis lieutenant dans la garde mobile, je viens comme vous de faire l’entrée à Paris dans l’armée de Versailles. — Oui, oui, c’est bien, nous la connaissons celle-là, tous ceux qu’on prend disent toujours que ce n’est pas eux ! »Le malheureux eut beau se débattre, il fut emmené au milieu du groupe des chasseurs qui, malgré ses protestations désespérées et les preuves qu’il s’offrait à fournir, le fusillèrent sur la place du Panthéon, à gauche, au coin de l’école de droit. Ce pauvre jeune homme, étudiant en droit, avait fait la guerre comme lieutenant de mobiles. Vers la fin d’avril, il était venu nous demander à entrer dans notre bataillon, mais il désirait un emploi d’officier dans une compagnie. Les cadres étant complets, nous lui offrîmes, en attendant une vacance, le grade de sous-officier secrétaire du commandant. 11 refusa et alla à Versailles prendre du service dans l’armée. A l’entrée de celle-ci dans Paris, il ne voulut pas continuer à rester dans les rangs, disait-il aux chasseurs, parce qu’il lui répugnait de s’associer aux massacres des prisonniers c’est au moment où il venait de rentrer chez lui, qu’on vint le prendre. De chez lui, Charlemont vit les soldats du 17e bataillon de chasseurs à pied, qui, déployés en tirailleurs, se glissaient à la file le long des maisons, tenant à la main des petits drapeaux tricolores (des signaux de ralliement, sans doute). Un instant après, le terrain étant éclairé et déblayé, un régiment arrive, le 110e de ligne (celui qui, à Issy, avait levé la crosse en l’air). Le colonel commanda halte et fît placer ses hommes en bataille sur le trottoir, devant le gymnase de Charlemont. Pour se garer des balles qui sifflaient encore, les soldats s’appuyaient le long des maisons. Plusieurs d’entre eux s’étaient assis sur la marche d’entrée du gymnase, le dos près de la porte, qui par oubli était restée ouverte, entre-bâillée d’environ dix centimètres, il eût suffi d’une légère poussée ou d’un mouvement de curiosité de leur part, pour apercevoir le commandant, qui lui les voyait et se disposait à se défendre. Ces quelques minutes d’horreur et d’effroi parurent un siècle à Charlemont, mais sa dernière heure n’était pas encore arrivée. Le clairon du régiment sonna en avant ! et les soldats se levèrent aussitôt pour partir. Charlemont alla de suite refermer la porte. Bien qu’on l’eût cru fusillé, on ne cessait cependant de le rechercher. Pendant qu’il était encore dans son gymnase, huit hommes et un caporal de la ligne, dirigés par un sergent tenant à la main une liste de fédérés qu’ils avaient l’ordre de fusiller (et Mac-Mahon affirmait devant la commission d’enquête sur l’insurrection du 18 mars, qu’il avait donné l’ordre de ne fusiller que les fédérés pris les armes à la main), se présentaient chez M. Rouge, professeur de rhétorique au collège Sainte- Barbe, actuellement à Rollin, qui avait été officier avec Charlemont pendant la guerre et qui demeurait à quelques pas de la maison de ce dernier. — Vous connaissez le commandant du 119e? lui demanda le sergent. — Oui, eh bien ? — Vous savez où il est? — Non !... — Mais vous avez été officier avec lui pendant la guerre ! — C’est vrai !... — Vous savez où il demeure?... — Je sais que c’est dans cette rue, mais je ne sais pas où il est. — Nous le cherchons, nous avons l’ordre de le fusiller ainsi que tous ceux qui sont portés sur cette liste. — C’est dommage ! — Pourquoi ? — C’est un ancien soldat, professeur d’armes et de gymnastique, brave homme et père de famille, bon camarade, puis dans la mesure de ses pouvoirs, il s’est opposé à ce que les hommes placés sous ses ordres commissent le moindre excès, il est très estimé dans le quartier. Le sergent, le caporal et les hommes se regardèrent, puis le sergent s’écria: — S’il en est ainsi, que d’autres fassent la corvée, quant à nous, nous ne le chercherons pas. »Charlemont échappa encore cette fois aux merveilleux effets des chassepots. Nous avons dit que le Panthéon venait d’être pris. Le poste de la Mairie était occupé paf une compagnie de sédentaires du 119°, commandée par le capitaine Planchon. compositeur d’imprimerie, et le lieutenant Allain, relieur. Un petit garçon d’une douzaine d’années était en train de dire au capitaine que son grand-père, nommé Willems (1), venait d’être tué d’une balle à la barricade de la rue d’Ulm, et le priait de le faire transporter chez lui, quand tout à coup, les Versaillais, qui venaient d’envahir la place du Panthéon de tous côtés à la fois, firent irruption dans le poste. Les gardes nationaux, qui n’avaient fait aucune résistance, furent emmenés et placés le long du mur, à droite du Panthéon, pour être fusillés. C’est alors que le capitaine Planchon, s’adressant aux officiers versaillais, leur dit — o Si vous avez la lâcheté de fusiller des hommes qui ne se défendent pas, n’ayez pas celle de tuer cet enfant. On fit sortir du tas le petit Willems et on fusilla en bloc plus de deux cents gardes nationaux pris sur la place (c’était la revanche de l’armée qui se continuait). Le lieutenant Allain, tombé sous plusieurs cadavres et ne se sen- (1) Le père Willems était un brave et honnête ouvrier, âgé de plus de 70 ans, assez fort, de taille moyenne, barbe et cheveux blancs, presque entièrement chauve II avait en 1848 combattu pour la république, et au 2 décembre, pour défendre la constitution violée par Bonaparte. En 1870, il s’engagea comme volontaire et fit son devoir de patriote comme il fit son devoir de citoyen en défendant les droits de Paris et de la république pendant la commune. Veuf, il n’avait plus pour famille que son petit-fils, orphelin de père et de mère, qui l’accompagnait partout depuis le commencement de la guerre. Un jour, pendant la commune, il nous disait — Monsieur Charlemont, vous êtes un bon citoyen vous, vous ne faites pas de tapage, mais vous faites bien votre service, tandis que tant d’autres, qui braillent beaucoup, ne font rien. Eh bien! vous me connaissez aussi, puisque nous avons toujours été dans la même compagnie, malgré mon âge et mes forces qui commencent à m’abandonner, vous pourrez toujours compter sur moi, je vous suivrai partout où l’honneur de la commune vous appellera, vous verrez que je ferai mon devoir. Il le fit si bien qu’il paya de sa vie sa dette à la république. Son petit-fils faillit le suivre de près, puisqu’il fut pris au moment où il voulait faire enlever son cadavre. Que de dévouements ignorés il y eut, parmi ces modestes travailleurs ! tant que blessé (il avait reçu une balle dans le bras), quoique inondé de sang, ne bougea pas, car il entendait achever à coups de baïonnettes, ceux qui donnaient encore signe de vie. A la faveur de la nuit, il put s'échapper. C’est à l’hôpital Saint-Pierre, à Bruxelles, où nous allions le voir, qu’il nous confirma les faits ci-dessus. Ce malheureux, qui avait échappé à la mort d’une manière si miraculeuse, ne survécut que pour mourir quelques mois après, d’une fluxion de poitrine. Vers 1886, Mme Planchon, veuve du capitaine fusillé place du Panthéon, eut besoin de faire lever un jugement, afin d’obtenir l’acte de décès de son mari, pour faire profiter son fils de la loi militaire, comme aîné de femme veuve. A cet effet, elle fit appeler Charlemont devant le juge, pour faire le récit qu’il tenait du lieutenant Allain, décédé, concernant la mort de son mari. Elle profita de cette entrevue pour lui demander de la rassurer sur certains bruits qui avaient couru et qui lui étaient particulièrement pénibles. — Dites-moi ceque vous avezà me dire, Madame Planchon, je désire que ce soit pour vous une consolation. — Voici, Monsieur Charlemont, on a dit que, pendant qu’on fusillait mon pauvre mari et ses hommes, vous étiez aux fenêtres de la mairie en compagnie des officiers versaillais, regardant les soldats accomplir leur affreuse besogne ! — Cela ne m’étonne pas, on en a dit bien d’autres (Victor Hugo a dit quelque part, que si on l’avait accusé d’avoir volé la colonne Vendôme, il n’en serait nullement surpris). Il avait bien raison ! Il est plus que probable, qu’à ce moment, si j’eusse été en compagnie d’officiers de l’armée versaillaise, c’eût été pour subir le même sort que mes hommes. — Enfin je suis satisfaite d’entendre de vous-même ce désaveu, et si ces bruits m’ont frappée au cœur, c’est que je vous ai toujours considéré comme un homme loyal et courageux, indigne d’une pareille lâcheté, je n’y croyais pas, mais c’était plus fort que moi, cette pensée m’accablait, jesuis tranquille maintenant. N’est-ce pas que le monde est bon ? Il est vrai qu’on en a dit de toutes sortes, sur les uns et sur les autres; on tenait à salir des hommes sans tache, qui avaient eu le courage de défendre leur cause, et les déprécier dans l’opinion publique. Ainsi on fusillait partout, même après la bataille l’ordre en était donné. Charlemont resta chez lui pendaût quelques heures dans un état fébriledont il est facile de se faire l’idée, alors qu'on était en train de le chercher ailleurs. On fusillait tout près de chez lui. Des omnibus remplis de cadavres qu’on allait déposer dans des terrains vagues, passaient devant sa porte, lorsqu’il vit entrer chez lui un domestique de M. Barbet, président des instituteurs du département delà Seine, ancien chef d’institution, qui demeurait presque en face, au n° 17 de la ruedes Ursulines. Il était chargé par son maître de venir voir si M. Charlemont était encorechez lui. — Quittez de suite votre uniforme, lui dit-il, mettez des vêtements civils, et dirigez-vous en face le long des planches qui clôturent le terrain dépendant de la maison Barbet, une domestique vous attendra et vous ouvrira une porte dissimulée dans la clôture. Cinq minutes après, Charlemont, en vêtements noir et nu-tête, traversait la rue en obliquant à gauche, longeait la clôture indiquée, dont la petite porte s’ouvrit la porte n’était pas encore refermée, qu’une balle lui sifflait près des oreilles et enlevait le ruban d’attache du bonnet de la domestique. Etait-ce une balle qui avait ricoché, car on fusillait de l’autre côté de la rue dans une maison en construction ?On ne sut jamais qui l’avaittirée. M. Barbet était venu dans son jardin recevoir son protégé — Rassurez-vous, luidit-ilen l’embrassant, ici vous êtes sauvé, on veillera sur votre femme et votre fils. Charlemont avait une telle fièvre, que deux litres d’eau et une bouteille de vin n’avaient pu étancher sa soif. Détail s rétrospectifs. —C’était quelquesjours avant ceque nous venons de raconter; on prétendait qu’une organisation de pétroleuses existait, que ces femmes portaient ce précieux liquide dans leurs chevelures ou dans leurs boîtes à lait, et le jetaient dans les caves pour allumer l’incendie partout. Pour qu'on ne pût répandre ce pétrole dans les caves, on recommandait de boucher les soupiraux. Dans sa naïveté, Mme Charlemont crutà cette fable, et, en l’absence de son mari, elle était occupée à chercher le soupirail de sa cave pour le faire boucher, quand tout à coup, des voisines effarées viennent rapidement auprès d’elle et l'interpellent violemment.— Que faites vous-là? Vous voulez jeter du pétrole dans les caves? — Que dites-vous, où voyez-vous que je jette du pétrole? vous êtes folles, au contraire, je cherche le soupirail de ma cave pour le faire boucher par le maçon qui est chez moi, tenez, le voici, justement ! »En effet le maçon apparaissait. Les pauvres affolées se retirèrent toutes confuses mais rassurées Mme Charlemont n’en passait pas moins pour une pétroleuse. Autre fait. C’était le 23 mai. Il y avait, de l’autre côté de la rue, en face chez nous, une blanchisseuse tenant boutique sur la rue. Sa mère était concierge de la même maison. La première avait pour amant un officier de santé de l’hôpital militaire du Val-de- Grâce. Dans les premiers jours de mai, elle était venue implorer la protection en faveur de cet officier qui ne courait du reste aucun danger. Charlemont larassura en lui promettantson intervention au cas où il serait inquiété. Le23 mai après midi, la mère de la blanchisseuse vint trouver M'ne Charlemont, l’emmena dant sa maison sous prétexte de lui faire voir les monuments qui brûlaient, disant qu’on les voyait très bien du balcon elle la fit monter au 5* étage là elle ouvrit la porte d’un appartement et fit entrer Mme Charlemont aussitôt une femme âgée se lève de son fauteuil et toute effrayée demande ce qu’il y a. — Ce n’est rien, rassurezvous, dit la concierge en se mettant au. balcon, c’est Mme Charlemont qui vient voir les incendies.» Un instant après, sans rien dire, la concierge était redescendue, laissantMme Charlemont seule. Aussitôt que celle-ci s’en aperçut, elle fut très étonnée et rentra chez elle fort intriguée de ce qui venait de se passer. Ce n’était ni plus ni.moins qu’une manœuvre, comme on a pu en constater un grand nombre pendant ces jours de désordre, dans le but de faire tomber les soupçons sur les défenseurs de la commune. En effet, voici ce qui s’était passé lorsque Mœe Charlemont fut arrêtée comme étant la femme du commandant du 119e fédéré, le juge de la cour martiale lui demanda ce qu’elle avait été faire dans la maison d’en face. Fort troublée par tous les événements, épouvantée par sa situation, elle l’avait oublié et ne savait quoi répondre, mais le juge, paraissant comprendre qu’il y avait là une erreur, insista sur sa question, Mme Charlemont se rappela alors et raconta au juge sa visite. Une enquête fit découvrir que la concierge, aidée des membres de sa famille, avait dévalisé tous les appartements de la maison dont les locataires étaient en province depuis le commencement de la guerre. On retrouva aux Batignolles, dans un magasin, loué pour la circonstance, tous les objets de valeur, meubles, bronzes, lableaux, pendules, etc... Les coupables furent arrêtés. Ce n’étaient pas des communards, hein ! On daubait dur sur les défenseurs delà commune, on les accusait de tous les méfaits, passés, présents et futurs. Pendant que Charlemont était en sûreté chez M. Barbet, sa femme et son fils étaient en butte à toutes les fureurs d’une soldatesque avinée autant que désappointée de n’avoir pu prendre Charlemont. Il y avait à peine une demi-heure qu’il était parti, lorsqu’une bande d’agents de police et de soldats ivres de boisson et de sang, venaitpour l’arrêter. Après avoirperquisitionné partout, et n’ayant pas trouvé ce qu’ils cherchaient, furieux, ils emmenèrent la mère et l’enfant, au Luxembourg, pour les fusiller. Mme Charlemontput ainsi constater l’ignoble conduite des soldats de l’ordre, qui, par leur attitude et la grossièreté de leur langage, ne le cédaient en rien auxpires brigands renfermés dans les bagnes. Quatre fois, elle fut arrêtée et mise au bout des fusils avec menace de la fusiller si elle ne livrait pas son mari. Grâce à la haute intervention des personnes qui avaient recueilli Charlemont, elle fut définitivement mise en liberté. A cet effet, le prévôt de la cour martiale lui remit un petit carré de papier, que nous possédons encore, et dont nous donnons ici le fac-similé Prévôté du 2e Corps. Je met ent liberté le Née Fillette Elisa Le Prévôt Roche. Des bandes de soldats qui opéraient sans ordres, sous prétexte de perquisitions ou d’arrestations, s’introduisaient dans les maisons de communeux et faisaient main basse sur des objets qui n’avaient rien de commun avec une arrestation. Le prévôt recommanda à Mme Charlemont de ne plus obtempérer aux injonctions des soldats qui ne seraient pas munis d’un mandat en règle, puis de leur montrer son certificat de mise en liberté. Elle tint compte de cet avis et depuis, on la laissa tranquille. Dans la journée du 26, elle assista à un duel militaire. Voici comment un officier de l’armée entre dans la salle et demande le professeur. Il est fusillé, répondit Mme Charlemont. Celui-ci témoigne ses plus grands regrets sur les tristes événements auxquels il était mêlé, puis — J’aurais voulu lui emprunter deux épées pour faire battre deux soldats. — Choisissez dans les panoplies. — Voici mon affaire.» Décrochant deux fleurets pointus et regardant la salle: — Madame, voudriez-vous me permettre de me servir de votre salle pour le duel, elle ferait bien mon affaire. — Monsieur, je suis déjà si triste que je ne voudrais pas voir des hommes se tuer ici. — Ne craignez rien, restez dans votre appartement. — Faites comme vous voudrez. L’officier sort et revient quelques instants après, accompagné du sergent-major, des témoins et des deux adversaires. Déshabillez-vous, dit-il à ces derniers et mettez-vous en garde. Les deux malheureux, qui ne savaient absolument rien en fait d’escrime et qui ne paraissaient pas s’en vouloir, se placent et chacun à leur tour allongent le bras et le retirent aussitôt comme s’ils venaient de se brûler, puis reculent hors de portée l’officier les excitait, les menaçant de la prison et jurant. — Vous n’aviez pas si peur ce matin à vous f.... des coups de poing. Enfin l’un des deux lâche son fleuret, et alternativement, il secoue son doigt ou le porte à sa bouche, tout en sautant d’un pied sur l’autre comme quelqu’un quia froid et qui veut se réchauffer, puis, criant: — Mon lieutenant, mon lieutenant, je suis blessé. M,ue Charlemont qui, de sa fenêtre donnant dans la salle, avait tout vu, descend rapidement tenant à la main une cuvette, de l’eau et des bandes de linge. L’officier la remercie, en lui disant: — Ce n’est rien. En effet, elle aperçut, au bout de l’index du blessé, une petite goutte de sang (la seule qui coula), une simple piqûre d’épingle. Malgré les ennuis qui l’attristaient, elle ne put retenir un éclat de rire, songeant que si c’était là un duel, c’était du dernier ridicule et ne valait pas la peine de se déranger. Le dimanche 28 mai, à 11 heures, tout était fini. La commune de Paris exhalait son suprême soupir. Les derniers combattants, pris dans le Père- Lachaise, furent fusillés le long du mur qu’on nomme aujourd’hui (le mur des fédérés). Alors commence la grande boucherie, l'armée se transforme en un vaste pelolpn d’exécution. C’est par milliers qu’on tue dans tout Paris. Les fusils n’étant pas assez expéditifs, on tue à la mitrailleuse (c’est le progrès de la civilisation moderne qui veut cela). L’ordre régnait à Paris (comme à Varsovie). Les méprises furent innombrables dans la personne de gens qui n’y avaient pas pris part, on fusilla même plusieurs fois les mêmes chefs ou membres de la commune, qu’on retrouva peu après bien portants, soit à Bruxelles, à Londres ou en Suisse. Les femmes de ce beau monde qui allaient, les narines dilatées, contempler les cadavres des fédérés, furent englobées dans des razzias et emmenées à Satory où, les vêtements en lambeaux, et rongées de vermine, elles figurèrent très convenablement les pétroleuses imaginées par leurs journaux. Tous les lâches instincts remontèrent à la surface, et Paris découvrit des cloaques d’ignominie qu’il n’avait pas soupçonnés, même sous l’Empire. En 1814, alors que la France était vaincue, envahie, on vit à l’entrée des souverains alliés à Paris, boulevard des Italiens, des monarchistes arborant des brassards et des cocardes blanches, aller au-devant des vainqueurs pour les féliciter. Des dames se précipitèrent, au péril de leur vie, au milieu des chevaux, pour approcher l’Empereur Alexandre elles lui demandèrent à grands cris le rétablissement de la famille royale. Plusieurs d’entre elles étaient dames du palais de Marie-Louise, et ne se distinguèrent pas moins par la vivacité de leurs instances mais Alexandre, écœuré de cette scène de platitude, ne daigna pas répondre, et continua sa route jusqu’aux Champs-Elysées. En 1871, à l’entrée de l’armée versai llaise à Paris, on voit les mêmes lâchetés; les monarchistes, amis de l’ordre, arborèrent des brassards tricolores, et allèrent audevant des vainqueurs de Paris. Ils dénoncèrent, pourvurent les cours martialès et ne dédaignèrent pas les fonctions de bourreaux. Les honnêtes gens, maîtres du pavé, faisaient arrêter comme communeux leurs rivaux, leurs créanciers, formaient des comités d’épuration dans leur arrondissement. La commune avait repoussé les dénonciateurs, la police de l’ordre les reçut à bras ouverts. Les dénonciations s’élevèrent au chiffre fabuleux de 399.823, dont un vingtième au plus étaient signées. 11 y eut, pour l’honneur français, quelques traits de cœur et meme d’héroïsme au milieu de cette épidémie de lâcheté. Certains risquèrent leur liberté et même leur vie, pour sauver celles de ceux dont ils ne partageaient pas les idées. Le mardi 30 mai, Charlemont quittait son refugedu n° 17 de la rue des Ursulines. Après avoir remercié tous les membres de la famille de son bienfaiteur M. Barbet, ainsi que les domestiques qui faisaient le service de sa table et de son appartement, il monta dans une voiture, que M. Barbet avait fait préparer et se fit conduire rue d’Aboukir, chezun de ses amis et élèves. Là, il se mit en mesure de passer à l’étranger, ce n’était pas encore facile à ce moment. Il se fit raser toute la barbe, teindre les cheveux en noir, ainsi que les sourcils, mit des lunettes bleues et ainsi transformé (comme Calandrin dans.les contes de Bocace), il se crut invisible. Muni du passeport de son ami, la bourse légère, il partit. Chauderlot, qui était sous-officier dans un régiment de Paris, prit une permission de quatre jours pour emmener Charlemont chez ses parents, à Sains-du-Nord, et à l’aide de ceux-ci, lui faire passer la frontière. A la gare de Saint-Quentin, des commissaires spéciaux passèrent la visite des passeports et interrogèrent les voyageurs. Il n’y eut pas d'incidents, mais arrivés à la gare de Sains, le brigadier de gendarmerie, de service à la station, interpella ainsi Chauderlot: «Où allez-vous, sergent ? — Chez mes parents. — Votre permission? — La voici. — Très bien, et vous, Monsieur»?— Chauderlot: — C’est un ami qui m’accompagne. — Monsieur, avez-vous des papiers ? Charlemont lui présente son passeport. Le gendarme lit... — «Comment vous nommez-vous?» Oh!... fatalité!... prisa l’improviste, Charlemont se trouble, ne se rappelle pas le nom de son ami, ne répond pas. — Répondez-moi, dit le gendarme, votre nom? Même embarras. — Mais, Monsieur, vous hésitez, reprit le gendarme? — Vous avez raison, brigadier, répondit Charlemont en fixant son interrogateur, je n’hésite pas, seulement je croyais que vous vouliez plaisanter, puisque vous lisez mon passeport, vous voyez bien que je me nomme L. R...» Charlemont avait retrouvé son assurance en retrouvant le nom oublié. Le gendarme en souriant lui remit son passeport. A la suite de ce petit incident, gros d’orage, après avoir réfléchi, Charlemont pria Ckauderlot de ne pas dire à ses parents qui il était, de crainte que ceux-ci, effrayés d’avoir un pareil brigand chez eux, ne se troublassent au point de commettre soit une imprudence, soit une maladresse qui amènerait, involontairement de leur part, son arrestation. Craignant aussi un retour dans les idées du gendarme, il décida qu’il prendrait, le lendemain matin, le premier train pour Bruxelles. Arrivé à la frontière, on lui demanda son passeport et après en avoir pris lecture, on le fît passer dans une pièce fermée, où il attendit qu’on prononçât sur son sort dans sa pensée il se croyait arrêté. Une heure après, un employé, qui paraissait faire partie du service de la douane, vint lui dire que son passeport n’étant que pour l’intérieur de la France, il ne pouvait passer la frontière. — En ce cas, que faut-il que je fasse? — Retourner à Saint-Quentin, le faire viser par le consul. — Mais comment? — C’est bien simple, vous reprendrez le premier train qui passera dans une heure, il vous y conduira. — A mes frais? — Parbleu, puisque nous n’êtes pas en règle, c’est de votre faute. Jusque-là, ça n’allait pas trop mal. A Saint-Quentin, le consul dit à Charlement d’allerà la souspréfeclure échanger son passeport contre un autre pour l’étranger. Là, le secrétaire, un petit bossu, l’engagea à prendre le concierge qui, moyennant un franc, lui ferait les -nombreuses courses que nécessitaient les formalités d’usage, qu’il n’aurait qu’à revenir à trois heures, son passeport serait prêt, il n’aurait qu’à le signer. Tout paraissait marcher pour le mieux. Il revint à l’heure indiquée, le petit bossu lui fît signer le nouveau passeport, se retira et disparut en haut d’un escalier, où il alla le faire viser au souspréfet. Un instant après, celui-ci en descend, tenant à la main les deux passeports (comme par instinct, Charlemont croit sentir venir l’orage), vient droit à Charlemont, et le fixant dans les yeux, d’un regard pe'rçant. — «C’est à vous, Monsieur, ce passeport ? — Oui, Monsieur. — C’est bien vous qui l’avez signé? — C’est bien moi. — Ce ne sont pas les mêmes signatures? — Oh, absolument les mêmes. — Pourtant ici, vous faites précéder votre signature d’une initiale, et là vous écrivez votre prénom en entier. — Cela m’arrive souvent, je n’y attache pas d’importance. Puis de son regard de plus en plus inquisiteur, plongeant dans les yeux calmes de Char- lemont, le préfet continue — D’où venez-vous? — De Liverpool, comté de Lancastre, puis du Havre et de Paris. — Où êtesvous né? — A Saint-Pierre-Martinique. — Que faites- vous? — Je suis négociant. — Où demeurez-vous à Paris? — 46, rue Richer. — Où allez-vous? — A Bruxelles. — Qu’allez-vous faire en Belgique?— Etendre nos relations commerciales fort éprouvées à la suite de la guerre. — Quels sont les articles dont vous vous occupez ? — Tels et tels. — Mais... votre passeport porte yeux noirs, et vous avez les yeux bleus? (Tout en faisant bonne contenance, Charlemont commençait à être fort mal à son aise; ce qui n’y contribuaitpas peu, c’est qu’en entrant dans l’antichambre, il s’était regardé dans une glace et avait vu ses cheveux teints qui reflétaient des nuances vertes, bleues, rappelant les plumets des chasseurs à pied, puis sa figure bistrée imitant le teint des créoles. Il craignit que ces détails ne le trahissent). Néanmoins, il répondit aveccalmeet assurance — «Monsieur le préfet, le maire du Havre est un grand ami de mon père, et mon passeport, établi en mon absence, était prêt lorsque je suis allé le prendre et le signer. Comme vous pouvez le voir, on m’a porté comme taille 1 mètre 80 et je n’ai qu’un mètre 70. (Si le préfet avait demandé à Charlemont le nom du maire du Havre, il l’eût fort embarrassé car il ne le savait pas.) — Enfin ceci est étrange, vous venez de Liverpool, puis du Havre à Paris ! — Cela est bien naturel après la guerre terminée, je suis allé en Angleterre faire des affaires; rentré au Havre, j’ai attendu que la circulation soit rétablie à Paris pour y revenir, et je vais, comme j’ai eu l’honneur de vous le dire, essayer de faire des affaires en Belgique et en Hollande. Dans le commerce, c’est comme cela, il ne faut pas s'endormir. — Je ne peux pas vous laisser partir, je dois vous mettre en état d’arrestation provisoire, en attendant des renseignements de la préfecture de police de Paris. Il y a en ce moment un grand nombre de communards qui se sauvent et nous avons des ordres en conséquence pour les arrêter/»?A cette déclaration aussi imprévue que désespérante, Charlemont sentit fléchir ses jambes et son courage. Mais comme il lui arrivait dans les circonstances difficiles et dangereuses, et comme sa liberté était en jeu, son énergie reprit le dessus. 11 eut un instant la pensée défaire connaître au préfet sa véritable situa- tion et d’invoquer sa générosité, ou encore, armé de son revolver chargé, de se défaire du préfet et de son secrétaire (le pauvre petit bossu qui avait été si gentil), mais réfléchissant, il y avait encore le concierge, et où aller ensuite? Il ne connaissait pas la ville où se réfugier ! Il serait pris, avec un crime à son actif. Il porta ailleurs ses réflexions pour attendre les circonstances. il répondit simplement au préfet — C’est bien regrettable, Monsieur le préfet, que la suspension des affaires pendant la guerre et la commune doive se continuer encore, à présent que le calme renaît le commerce a cependant assez souffert on devrait bien faire en sorte de lui redonner une prompte et vigoureuse impulsion. Charlemont avait-il touché la corde sensible? C’est bien possible, car aussitôt, changeant d’attitude et de langage, le préfet prit une feuille de papier qu’il mit devant Charlemont en lui disant de signer. Celui-ci, afin de nepas donner F éveil, se garda bien de signerautrement qu’il venait de le faire sur le nouveau passeport. — C’est toujours la même signature, dit le préfet. — Certainement, Monsieur le préfet, vous me feriez signer cent fois de suite qu’elles seraient toutes semblables. Dans quelques jours peut-être, sans y faire attention, mes initiales seules précéderont ma signature. Je vous l’ai dit, je n’y attache pas la moindre importance. Cette fois, la détente était complète. Le préfet en prenant la plume dit — Enfin ! puis signa le passeport, le poussa sur la tablette vers Charlemont en disant — Allez ! — Celui-ci n’oubliant pas que la prudence est la mère de la sûreté, et pour ne pas avoir l’air de se presser, fit semblant de nepas avoir entendu le préfet en s’en allant lui répéta — C’est fini, Monsieur, vous pouvez vous retirer. Charlemont remercia et s’en alla tranquillement, tout en ressentant un grand soulagement. Pensant bien ne pas encore être sauvé, il alla de suite chez le consul qui, sans aucune observation, lui visa son passeport en échange de la somme de trois francs, puis il se rendit à la gare, demanda s’il y avait un train pour la Belgique il lui fut répondu que l’express pour Liège allait passer dans quelques minutes. — «Donnez-moi une première pour Liège.» Charlemont pensait qu’en prenant cette ligne, il gagnerait du temps, et au cas où il prendrait fantaisie au préfet de télégraphier à Paris et sur la ligne de Bruxelles, il serait déjà sur le territoire belge. Il en fut pour ses émotions, car il fut sauvé une fois de plus. Nous sommes au 2 juin 1871. Charlemont est à Bruxelles aux prises avec l’adversité, sans ressources, sans relations d’aucune sorte, n’ayant d’autres recommandations que son travail, son courage et sa volonté. 11 pense à Petit de Liège, il va le voir pour s’entendre avec lui et organiser des assauts réciproques, à Liège et à Bruxelles. Petit le reçoit assez cordialement et lui promet son appui. Charlemont très physionomiste, observateur, douta de cette promesse, l’avenir lui donna raison, il avait à faireà un jaloux, prétentieux sans capacité. Il organisa trois assauts successifs à Bruxelles, au casino des galeries Saint-Hubert. Petit, prévenu, devait venir, accompagné de plusieurs de ses élèves. Son nom figurait en vedette sur l’affiche à côté de celui de Charlemont, il ne vint pas ni ses élèves. Charlemont eut pour adversaire commetireur Vandersteen, maître d’armes au régiment des grenadiers, qui ne savait pas grand chose, mais était très complaisant, il le ménagea et fit du jeu. Les trois assauts qu’il donna dans la même semaine réussirent au plus mal, à tel point que Charlemont ne pouvait payer la salle, ni sa publicité il eut à faire à un brave homme dedirecteur, comme on en rencontre rarement, non seulement il n’exigea pas le paiement de la salle, mais il paya les affiches et les circulaires de Charlemont. Ce directeur se nommait Graindorge, il ne devint pas riche. Chaque fois qu’il rencontrait Charlemont, il lui serrait la main de bon cœur. Comme on le voit, les débuts n’étaient pas très encourageants. Les résultats de la guerre n’avaient pas non plus relevé le prestige delaFrance aux yeux de l’étranger. LesFrançais qui devaienty vivre s’en aperçurent, Charlemont fut un de ceux-là. Le besoin de vivre stimule les individus dans le sens de leurs aptitudes lui, en avait pour le travail qu’il cherchait, mais qu’il ne trouvait pas, la boxe n’étant pas de première nécessité dans la vie matérielle. Il lui vint une idée: c’était la kermesse de Bruxelles qui se tient près la gare du Midi, elle dure un mois il doit y avoir besoin de lutteurs, de boxeurs, de tireurs de canne et d’escrime. C’était peutêtre un moyen de se faire connaître, en tout cas, c’était un moyen de vivre. Tout Bruxelles venait à la kermesse, les nombreuses communes suburbaines aussi; comme on paie bon marché dans les baraques, il y aurait beaucoup de monde, et puis nécessité fait loi, pasde sots métiers, le travail honore l’homme, en avant ! Charlemont était décidé. Il alla voir le patron d’une baraque de lutteurs qui se montait. — Voulez-vous me faire travailler avec vous? — Parfaitement, Monsieur Charlemont, avez-vous vos costumes? — Oui. — Nous commençons aujourd’hui à 2 heures, venez. — Les conditions étaient acceptables, Charlemont était engagé. C’était drôle de le voir sur l’estrade en parade, les bras croisés sur sa poitrine de manière à faire ressortir avantageusement ses biceps absents, puisse cachant derrière une paire de lunettes bleues, comme si personne ne pouvait le voir, et puis il avait peutêtre la vue faible, mal aux yeux. Un maillot bien propre, une écharpe, de belles bottines et le cordon de sa montre en sautoir. On le prenait pour un gentleman de la banque. Il faisait des armes, de la boxe française et anglaise, de la canne et même de la lutte. Lorsque lebarnum présentait sa troupeau public, il annonçait M. Charlemont, directeur des assauts du casino, le terrible boxeur. Charlemont n’était pas très à son aise, mais ses lunettes dissimulaient son émotion, on plutôt il le croyait. Ce n’est pas tout rose dans ce métier-là; il faut se tenir à la disposition de tous les amateurs qui demandent un gant on en voit de toutes sortes, et quel public! lorsque l’amateur peut vous décocher un bon coup de trique sur les côtes ! des bravos écrasants. Vive l’amateur ! on se moque du champion de l’établissement si au contraire celui-ci touche, on nie le coup ou bien c’est un brutal, il tape trop fort, on est prêt à l’écharper. Charlemont était parvenu à avoir sa petite clientèle de tireurs, des jeunes gens de Bruxelles, très gentils avec lui, qui lé connaissaient, alors le travail devenait moins pénible, ils le soutenaient à l’occasion, et lui, les régalait d’un faro ou d’un bon lambic. A minuit la journée était terminée, on allaita l’Enfer, sur la Grand’Place, manger des moules et des frites. Hubert Lecour, professeur de boxe à Paris, meurtd’une fluxion de poitrine, le 2 juillet 1871. Une fois la kermesse terminée, malgré toute sa bonne volonté, Charlemont ne put trouver du travail ses faibles économies s’épuisèrent vite et il fut réduit à la plus affreuse des misères, passant de nombreux jours sans manger. C’était fête pour lui les jours où il se trouvait à table devant deux œufs durs, un pistolet (pain) beurré et une pinte de faro. Ces jours-là étaient si rares que, poussé à la dernière extrémité, sentant les aiguillons de la faim, avant-coureurs des désespoirs où l’honneur sombre, il résolut de rentrer à Paris, préférant être arrêté pour ce qu’il était, que de l’être à l’étranger, pour des actes contraires à sa conscience. C’était le 23 août 1871, il venait d’apprendre que Louis Vigneron, son ancien professeur et ami, venait de se tuer par accident, à Boulogne-sur-Mer, que ses obsèques devaient avoir lieu à Paris, le 25. Il alla à la légation faire viser son passeport et revint à Paris où, au grand étonnement de ses amis et connaissances, il assista aux obsèques. Quelques jours après, son ancien élève et ami, M. Lionel Ralu, qui lui avait donné "son passeport et quelques fonds pour se réfugier à Bruxelles, partait pour la Havane, exploiter une fabrique d’huile et de savon. Tant pour le soustraire aux recherches dont il était l’objet, que pour s’en faire un auxiliaire dévoué aux intérêts de sa fabrication, il emmena Charlemont avec lui. Ils se trouvaient à Santander, attendant le paquebot qui devait les conduire à Cuba, lorsque le père de M. Lionel prévint son fils que la révolution était à Cuba, que ce n’était pas le moment d’aller risquer une installation aussi importante, l’engageant à remettre son projet à une époque ultérieure. Ils restèrent un mois à Bordeaux et revinrent à Paris. Réfugié à Ménilmontant dans une modeste chambre, il aidait sa femme à faire des fouets nattés, ils gagnaient, à eux deux, une vingtaine de francs par semaine. Charlemont avait aussi trouvé à faire quelques suppléments au journal le Temps, pour tirer la feuille. Un jour, Charlemont allait rue Saint-Martin chercher du travail, lorsqu’après avoir traversé la place du Château-d’Eau (place de la République;, il se disposait à entrer rue Notre-Dame-de-Nazareth, au coin de laquelle il s’arrêta, regardant avec surprise, à l’étalage d’un magasin, des bottines à 4 fr. 50 et des chapeaux de feutre à 0 fr. 95 centimes, le tout de belle apparence. 11 en était là de ses réflexions, lorsqu'il aperçut, à quelques pas de lui, deux individus à allures louches, qui paraissaient (sans en avoir l’air) s’occuper de lui. Il fit quelques pas dans cette rue, tout en regardant aux vitrines et tournant la tète; il vit les deux individus qui s’étaierçt rapprochés de lui, remplacés par deux autres de même allure. Ceci lui donna à réfléchir. Il continua à marcher doucement et se retourna de nouveau, cette fois, c’étaient quatre personnages de même acabit qui avaient pris la place des deux derniers. Il n'y avait plus à douter, il avait à faire à une brigade delà police de sûreté. Il pensait que si ce n’était pas à son intention qu’ils se trouvaient là, il aurait de la chance. Voulant en avoir le cœur net, il précipita le pas, et, retournant tout à coup la tête, il vit toute la brigade en marche. Bien convaincu que cette belle escorte lui était destinée, il calcula de suite ses chances d’évasion, en cas d’arrestation. Il pensait que les postes de troupes ou de police étaient encore assez éloignés de l’endroit où il se trouvait, qu’il fallait, sans plus attendre, provoquer le dénouement. A cet effet, il avait ralenti sa marche, lorsqu’il vit deux des lapins précédemment cités qui le dépassèrent d’une dizaine de pas. Il croyait déjà s’être trompé sur les intention^ de ces promeneurs mystérieux, quand il se sentit toucher l’épaule et se vit encadré de deux lapins dont l’un, le chef de la bande, lui dit — Monsieur Charlemont, nous vous arrêtons ne faites pas de bruit, et surtout pas de résistance car nous sommes huit, regardez. Celui-ci n’avait nul besoin de cette énumération, il l’avait déjà faite, mais autant pour gagner du temps que pour réfléchir, il s’arrêta en tournant machinalement la tête en arrière et répondit — C’est bien ! Mais aussitôt, un travail phénoménal se produisit dans son cerveau. Toutes les combinaisons, tous les moyens d’évasion étaient raisonnés avec une rapidité vertigineuse. Se sauver en courant, n’était pas pratique, les policiers pouvaient savoir fort bien courir, puis en criant Arrêtez-le les passants l’auraient arrêté. Il avait bien son revolver chargé, dans la poche intérieure droite de son veston, il ne pouvait s’en saisir que de la main gauche, ses aimables voisins auraient prévenu son mouvement. En supposant même qu’il y eût lutte et qu’il en tuât quatre ou cinq, les trois autres auraient eu raison de lui, ils étaient tous armés, les passants leur auraient prêté main-forte, il eût été pris et sa situation fort aggravée. Pendant que dans sa tête se livrait ce combat, une lueur d’espérance vint s’y glisser. Il marchait sur le trottoir de droite, les deux mains dans les poches de son veston, la droite tenait nerveusement un coup de poing américain en maillechiort, la gauche était prête à se porter dans ha poche intérieure droite, contenant le revolver, quand tout à coup un souvenir lui revint, il se rappela qu’un jour, il y avait une dizaine d’années de cela, en compagnie de son patron, M. André, fabricant de jouets, 32, rue Aumaire, il était passé dans une maison qui se trouvait presque en face la rue Volta, et qui donnait accès rue Meslay, où était-elle? mystère. Il n’y était passé que cette seule fois. Absorbé qu’il était à chercher à se rappeler l’endroit de ce passage, sa tête était prête à éclater par suite des efforts faits pour se souvenir. Cruel embarras ! Mais son étoile ne l’abandonnait pas, au moment où il faisait son suprême effort pour se remémorer, elle l’illumina comme d’un rayon de clarté magique, il lui sembla reconnaître la porte (c’était elle). Il est impossible de traduire ici ce qui se passa. Dans ce moment où la vie était le prix de la victoire, Charlemont, ne perdant pas la tête, rassembla toute son énergie, toute sa vigueur, et, avec une force dont il ne se croyait pas capable, aussi vite qu’un éclair, il porta presque simultanément un terrible coup de poing de la main droite armée, dans le creux de l’estomac de son voisin de gauche, et un coup de talon du pied droit, à celui de droite, et sans se retourner, il enfila la porte libératrice puis il voulut la pousser pour la fermer et se séparer de ses trop fidèles compagnons. Malheur ! elle était tenue par un crochet. Il ne lui fallut qu’une seconde pour décrocher la porte et la repousser avec violence, mais une main le tenait déjà par le collet de son veston. Celui qui le tenait ainsi ne put résister au choc de la lourde porte, et fut rejeté en arrière sur le trottoir. Lorsque Charlemont avait aperçu la porte de liberté il avait en même temps retrouvé ses jambes des grands jours. Sans perdre de temps, sans se retourner, il traversa l’allée en courant, enjamba l’entre-sol, sans s’occuper de la rétribution de cinq centimes qu’il fallait payer au concierge pour se faire livrer passage (par bonheur cette porte était ouverte), traversa la rue Meslay, puis le passage du même nom, qui se trouve en face du théâtre de l’Ambigu, héla un cocher, se fit conduire aux Ternes chez un ami, qu’il chargea d’aller à Ménilmontant, prévenir sa femme qu’il venait une fois de plus d’échapper à la furie versaillaise. Le policier de gauche était allé rouler sur le milieu de la rue, la respiration coupée, dans l’impossibilité de se relever; celui de droite, lancé dans la vitrine du magasin contigu à 1a, porte de sauvetage, était suspendu par le ventre, la moitié du corps à l’intérieur du magasin. Après, la commune, la plupart des vaincus, qui étaient recherchés, avaient changé de logement ou de quartier. La préfecture de police ne possédait pas leur adresse, mais elle avait des renseignements probables sur les quartiers qu’ils habitaient, elle savait qu’un peu plus tôt ou un peu plus tard (c’était une question de temps), ils passeraient inévitablement au point central correspondant à leur quartier. Elle fit établir des espèces de souricières dans tout Paris, en plaçant des brigades de policiers, munies de listes contenant les signalements de ceux qu’elles devaient arrê ter, sur les différents points centraux de la ville, tels que: Place de la Bastille, de la Madeleine, du Château-d’Eau, du Châtelet, etc... C’est la brigade qui opérait place du Château-d’Eau qui procéda à l’arrestation de Charlemont. A l’occasion de la commune, il y eut nombre d’évasions dont la police ne s’est jamais vantée. Parmi celles-ci nous en connaissons une qui, par sa simplicité et son dénouement humoristique, mérite d’être contée. Elle concerne une grande personnalité politique et républicaine, M. ArthurRanc. Député du IXe arrondissement de Paris, il fut de ceux qui, à l’assemblée de Bordeaux, se retirèrent devant le vote mutilateur de la patrie. Elu membre de la commune du IXe arrondissement, le 26 mars, par 8.950 voix sur 10.340 votants, il fit partie d’une commission la Justice et donna sa démission de membre de la commune le 5 avril. Les ruraux de l’assemblée...,, de malheur ne lui pardonnèrent pas sa foi patriotique et républicaine et jurèrent sa perte. Ils déposèrent sur le bureau de la chambre une demande de mise en accusation, contre le député de Paris. Cela traînait en longueur, il leur fallait réunir une majorité et ils l’obtinrent. Ranc n’en continuait pas moins la vie ordinaire et allait siéger. Partout où il allait, il était toujours escorté (comme un monarque,) de nombreux chevaliers de la tour pointue. Ils ne le quittaient pas d’un seul instant. Son concierge, ainsi que celui de son père, étaient assaillis de visiteurs louches qui, sous différents prétextes, s’informaient de ses allées et venues. Un jour, Léon Gambetta, dont il était l’ami, le prévint que sa mise en accusation serait votée à la Chambre à une grande majorité, il le pressa de quitter Paris, lui indiquant en même temps un moyen facile de passer en Belgique. Un matin, sans tambour ni trompette, sans bagages, les mains dans les poches, Ranc prit le train à la gare du Nord, pour une destination quelconque. Entré dans son compartiment, le train allait partir, il vit monter avec lui plusieurs compagnons de voyage, dont il n’eut pas de peine à deviner la profession. C’étaient messieurs de la police, qui, mandat en poche, avaient ordre de l’arrêter s’il voulait passer la frontière. Le train file. Après quelques stations, Ranc descend à une gare, va à l’urinoir, allume une cigarette et remonte tranquillement en wagon, toujours sans paraître soupçonner ses aimables compagnons de route. Le train part de nouveau. Quelques stations plus loin, le train ralentit sa marche pendant quelques instants, puiss’arrête. Ranc descend et se dirige vers un petit pont rustique, posé sur un tout petit ruisseau, le traverse, fait semblant d’uriner, prend une cigarette et Rallume. Pendant ce temps, le chef de train, se démenant, lui criait de remonter, qu’on ne s’arrêtait pas là, que ce n’était qu’une halte pour les correspondances et les paquets delà poste. Ranc, calme et souriant, lui dit — Je le sais bien, mais je reste. — Le train partait déjà, emportantses trop fidèles compagnons, qui, aux portières du wagon, voyaient leur proie leur échapper et leur prime avec. Il paraît qu’ils faisaientune tête, mais une tête, dont Ranc seul peut se faire une idée, ils étaient complètement ahuris. — Je crois bien ! Une explication est ici nécessaire. Comme le chef du train le disait, ce n’était pas une station, mais la halte de Velosne-Loigny. Le train ralentissait et s’arrêtait quelques secondes seulement, le temps d’échanger les paquets de correspondances du service des postes. Le petit ruisseau, qui se trouvait à une dizaine de mètres de la voie, était la limite de la frontière. Le pont traversé, Ranc était en Belgiqueà l’abri des fureurs de ses ennemis, sous la protection des lois internationales. Il fut jugé par contumace et condamné à la peine de mort. Aujourd’hui, il est sénateur et se porte bien. Pour la seconde fois, Charlemont reprit le chemin de Bruxelles, sans encombre toutefois. Grâce à la libéralité d’un de ses élèves, M. Plichon, neveu de l’ancien ministre de Napoléon III, cette fois, ses poches étaient un peu plus lourdes qu’à son premier voyage. Il loua une salle, Grand-Place, à l’estaminet: Aux Tanneurs, et fit de la publicité. A cette occasion la Petite Chronique de Bruxelles publia le petit article suivant CHRONIQUE Régénérons. — M. Charlemont, professeur des écoles de Paris (sic), vient d’ouvrir à Bruxelles un. cours dont le besoin se faisait vivement sentir, et que nous signalôns à la bienveillante sollicitude, toujours active, de la ligue de l’enseignement. — Il s’agit d’un cours de boxe anglaise, de canne et de boxe française (vulgairement dite chausson). «M. Charlemont fait distribuer en ville desprospectus illustrés, en tète desquels on voit des messieurs s’administrer des volées de coups de canne, des roulées de coups de poing et de coups de pied Au-dessus de ces images aimables, on lit en grands caractères RÉGÉNÉRATION DE L’HOMME PAR LES EXERCICES GYMNASTIQUES «Régénérer l’homme enlui cassantles reins est une méthode qui me paraît procéder de celle de nos sportmen qui échinent et abattent des chevaux sous prétexte d’améliorer la race chevaline. La Chronique 5 mai 1874 Malgré ses mauvais débuts, pendant les trois mois qu’il avait passés à Bruxelles, il avait pu déjà se faire connaître et apprécier. Il eut quelques leçons. Il fut invité dans quelques petits assauts donnés dans les faubourgs, dans des estaminets, par des anciens maîtres de l’armée. C’était très curieux, on retrouvait, dans ces petits assauts, le cérémonial de la fin du xvme siècle, où les maîtres présentaient aux tireurs les armes, cannes, masques et gants avec des formules respectueuses et patriotiques. Charlemont était bien reçu, on était fier d’avoir un vrai professeur, établi à Bruxelles, daignant condescendre jusqu’à venir prendre part on assister à de simples petits assauts d’amateurs, on lui en savait gré par de pe-' tites politesses. Par son caractère doux et affable, Charlemont entrait peu à peu dans l’estime de tous ceux qui l’approchaient. Mais l’administration de la sûreté publique de Bruxelles ne le voyait pas d’un œil aussi sympathique. Par l’intermédiaire de son chef dé bureau, M. Huo.t, elle lui fit signifier un ordre d’expulsion, par lequel il devait quitter la Belgique dans les 24 heures. Charlemont protesta, disant qu’il avait des moyens d’existence puisqu’il travaillait, et demanda des explications. — Vous êtes accusé de délits de droit commun, lui dit le chef de bureau. — Lesquels? — Vous avez fait sauter la poudrière du Luxembourg et commandé en chef au fort d’Issy. — Pardon, Monsieur, je vous ferai remarquer que de commander en chef, faire sauter une poudrière, ne constituent pas des délits de droit commun. Ensuite, je n’ai ni commandé en chef, ni fait sauter une poudrière, par la raison bien simple que j’étais chef de bataillon, sous les ordres de colonels et de généraux, qui eux étaient sous les ordres du délégué à la guerre faisant fonction de ministre. Puis je n’ai pas fait sauter la poudrière du Luxembourg, parce que je n’en avais pas l’ordre et que j’étais chez moi très surpris par l’explosion. Je vous le répète, aurais-je été l’auteur de ce dont on m’accuse, je n’aurais pas commis de délits de droit commun. Par l’entremise de l’ambassadeur de France, M. Ernest Picard, on suspendit à plusieurs reprises l’ordre d’expulsion, afin d’avoir une information. Il résulta de l’enquête faite à Paris, qu’iin’était pas prouvé que Charlemont ait fait sauter la poudrière, mais qu’il le savait (ceci est une erreur peut-être volontaire). Malgré tout, l’administration de la sûreté publique voulut maintenir son ordre d’expulsion il fallut une nouvelle et énergique intervention de l’ambassadeur de France, pour que Charlemont fût maintenu à Bruxelles. On lui délivra un permis de séjour dans lequel on invitait les autorités civiles et militaires à le laisser passer et librement circuler à Bruxelles et les faubourgs, et à lui donner aide et protection en cas de besoin. A partir de ce moment il put tranquillement se livrera ses leçons sous la protection des lois belges. Après réflexion, on se demande si les raisons invoquées pour expulser Charlemont étaient les vraies, ou si ce n’était pas plutôt une entente entre la sûreté de Bruxelles et celle de Paris, pour venger cette dernière de sa déconvenue dans l'arrestation de Charlemont (cela paraît probable). Casino des Galeries Saint-Hubert. — Saison d’été. Tous les soirs, de 9 h. à 1 h. bal orchestre de 25 musiciens. — Concert instrumental de 2 à 5 heures entrée libre. — De 9 h. du matin à midi, salle d’armes, boxe française, gymnase, professeur Char- Peu de temps après il entra comme professeur de boxe et de gymnastique à la Société libre de Bruxelles. SOCIÉTÉ LIBRE CONTRAT DE gymnastique Entre la Société libre de gymnastique 44, Place de la chapelle, 44 de Bruxelles, d'une part BRUXELLES et M. Charlemont, d’autre part, est convenu ce qui suit Art. Ier. — M. Charlemont doit se trouver au local de la société a) Les lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi, de 8 h. à 10 h. du soir, pour les membres effectifs b) Les mardi, jeudi et samedi, de 6 h. à 8 h. du soir, pour les membres-élèves. Art. 2. — M. Charlemont a les titres de professeur de boxe, de directeur du plancher, et de directeur du cours des membres élèves. Art. 3. — M. Charlemont emploiera le temps qu’il consacre à la Société, à donner le cours de boxe, à diriger les exercices d'en- semble des membres effectifs, et à diriger le cours des membres élèves, suivant les instructions qui lui seront données par le conseil d’administration. Art. 4. — M. Charlemont recevra un traitement annuel de 1000 francs, payable mensuellement. Il recevra, en outre, 20 0/0 sur le montant des recettes produites par les cotisations et les droits d’entrée des membres élèves. Art. 5. — Le présent contrat entrera en vigueur le 1er mars de Art. 6. — Il ne pourra être modifié que de commun accord entre les parties. Art. 7. — Il ne pourra être résilié que de commun accord entre les parties, ou après avertissement donné, un mois à l’avance, par écrit, par l’une des parties. Ainsi fait en double, à Bruxelles, le 28 février 1873. Au nom du Conseil d’administration représentant la Société libre de gymnastique Le Secrétaire Le Vice- Président J. Charlemont. Jules Tiberghien. Gustave de Leener. Le présent contrat a été résilié le 31 mars 1876. Au nom du Conseil d’administration Le Secrétaire, Le Vice-Président, J. Charlemont, Charles Cammaert. Il transporta d’abord sa salle rue du Chemin-de-Terre de là, rue de l’Union, à Saint-Josse-ten-Noode, puis rue Saint-Jean, et ensuite rue Cantersteen, à l’estaminet «Au Ballon — Ab! mais ! ce n’est pas facile de trouver une salle convenable pour donner des leçons et ne pas payer cher de loyer, il faut aller doucement, graduellement, suivant ses besoins et ses moyens. Voici le point de départ d’une grande série d’assauts donnés par Charlemont. Un matin qu’il allait faire une visite à MM. Vandersteen, maître d’armes aux grenadiers, et Derath, maître d’armes aux guides, il apprit que le chef armurier des grenadiers, ami de M. J.-L. Petit, avait reçu de ce dernier une dépêche dans laquelle il lui annonçait le résultat du défi de boxe qu’il était allé porter aux professeurs de Paris et qu’il était sorti vainqueur sur toute la ligne (sic). Les deux braves maîtres étaient satisfaits du résultat obtenu à Paris par leur compatriote, mais ils furent vite désillusionnés, la dépêche était mensongère, Charlemont avait les preuves en main. Une lettre de M. Chauderlot, une autre de M. Lionel Ralu et les comptes-rendus de plusieurs journaux la Liberté et le Petit Journal. Nous reproduisons à titre de curiosité l’affiche anonçant le défi porté par M. Petit, on pourra juger de son savoir en boxe, rien qu’à la rédaction de ce cartel CASINO CADET DIMANCHE 1 6 NOVEMBRE A 2 HEURES GRAND DÉFI INTERNATIONAL Ici la gravure. J DE CHAUSSON ET DE BOXE FRANÇAISE, BELGE, ANGLAISE ET AMERICAINE Porté à tous les maîtres et amateurs Par M. Jean-Louis Petit, professeur de l’armée belge. Par ce défi, M. Petit prouvera la supériorité de sa méthode qu’il démontrera après l’assaut, à tous les maîtres et amateurs de boxe et de chausson. Une médaille grand module, ainsi qu’un objet d’art d’une grande valeur, seront remis au vainqueur de M. Petit. Une commission prise parmi les maîtres et amateurs présents jugera les différends' et remettra au vainqueur les récompenses. Les inscriptions sont reçues chez M. Raynal., passage des Panoramas, Galeries Montmartre, à la salle d’escrime. Prix des places Galerie 5 fr. Parterre 3 fr. Cie d'affichage, 8, rue Pageviu. Paris. Imprimerie Poujin A. 13, Quai Voltaire. Il avait procédé avec un tel aplomb, qu’il en avait en quelque sorte imposé aux professeurs de Paris, mais à tel point que ceuxci, auxquels il avait dit, que, dans un assaut en vingt points avec Charlemont, celui-ci n’avait pu toucher que deux fois, qu'aucun d’eux n’était inscrit d’avance pour répondre au défi. Ce fut Charles Ducros,qui, séance tenante, sentant tout le ridicule de cette abstention, se fit inscrire pour la boxe anglaise et battit Petit à plates coutures, premier résultat. Emile Rive s’était fait inscrire pour la boxe française, lui qui d’habitude avait tant d’entrain en tirant, qu’il en était rageur, paraissait redouter son adversaire. Petit représentait du reste assez bien lm72 environ, solidement charpenté, ne manquant pas de force musculaire ni d’aplomb. Enfin, Emile Rive-attaque et réussit une magnifique 18e au creux de l’estomac; encouragé par ce premier succès, il tire si bien que son adversaire ne peut rien faire et se fait battre complètement, 2e résultat. Chauderlot fît un assaut de boxe française et Raynal un assaut de boxe anglaise avec le prévôt de Petit ce dernier, qui se nommait Lhoest, fut battu, mais il le fut moins que son professeur, il s’était mieux tenu. Voici le compte-rendu du journal La Liberté du mardi 18 novembre 1873. Une séance de boxe internationale a eu lieu hier dimanche, dans la journée, au casino Cadet. Dans cette exhibition de l’art de la Self-défense comme disent les Anglais, la France l’a emporté sur la Belgique. C’est ainsi que dans la première partie M. Raynal, un français, a vaincu M. Lhoest, professeur belge, de même M. Ducros, un français encore, a tombé M. Petit, autre belge. — 2e partie, boxe française et chausson Emile Rive, élève de Vigneron, contre Petit déjà nommé, Petit n’a pas de chance battu encore !... Lhoest contre Chauderlot, enfin, c’est ce dernier, grand et beau gaillard, qui a obtenu les honneurs de la journée. A la suite d’une erreur de noms, qui s’était glissée dans le compte-rendu ci-dessus, M. Emile Rive adressa la rectification qui suit. La Liberté, mercredi 19 novembre 1873. Nous recevons avec cette devise Je suis Français, mon pays avant tout, la lettre suivante que nous reproduisons volontiers. Paris,, 17 novembre 4873. Monsieur le rédacteur, Voulez-vous être assez bon pour rectifier une petite erreur qui s’est glissée dans le compte-rendu de la séance de boxe in- ternationale qui a eu lieu hier dimanche au casino Cadet? M. Dennery n’a pas assisté à cette séance, et j’ai eu, moi, Emile Rive, l’honneur d’être le champion de la France contre M. Petit, champion belge. Je suis en effet élève de M. Vigneron, qui n’a jamais été battu à l’étranger. Si vous voulez, Monsieur le Rédacteur, faire droit à ma de- mande, vous obligerez infiniment votre serviteur. Emile Rive, 6, boulevard de Strasbourg, maison Génot. A la suite de ses brillants succès, J. -L. Petit reçut de Charlemont un défi dans lequel celui-ci témoignait le désir de le voir en face et savoir combien il pourrait le toucher de fois en vingt points. L’assaut organisé à cet effet par Charlemont eut lieu au casino des Galeries Saint-Hubert, le vendredi 3 avril 1874. Le journal la Chronique de Bruxelles du 2 avril 1874, annonçait l’assaut en ces termes Une grande séance de boxe française et de lutte romaine aura lieu demain vendredi au casino des Galeries Saint-Hubert. Entre une conférence sur l’art de la boxe, par M. Charlemont, 1er champion et professeur à Bruxelles, et une grande lutte à main plate, M. Chauderlot, 1er boxeur de Paris engagera une conversation vive et animée avec M. Charlemont déjà nommé. Amateurs de boxe, mettez vos gants et prrrrenez vos billets !» L’attrait de la rencontre .avait attiré une foule de spectateurs la salle était bondée. Inutile de dire que Petit ne vint pas il se contenta d’adresser à Charlemont, par exploit d’huissier, une mise en demeure (coût 9 fr. 85) d’avoir à faire disparaître son nom des affiches qui portaient en gros caractères Défi de boxe française adressé à M. Petit, de Liège, par M. Charlemont, 1er champion et professeur à Bruxelles, sous prétexte que ce dernier voulait s’en servir pour faire une recette et aussi dans le but de le déconsidérer. Charlemont se garda bien de toucher à ses affiches, considérant que placer le nom de ce monsieur à côté du sien, ne pouvait que l’honorer. Puis Petit adressa à un ami une lettre que celui-ci lut dans la salle, pendant l’assaut elle reçut l’accueil qu’elle méritait, la réprobation générale. L’assaut était composé d’un grand concours escrime, boxe française, canne. Pour l’escrime, deux prix une magnifique paire d'épées Louis XV une belle paire de fleurets. — Canne, 2 prix une paire de cannes, une canne. — Boxe française une magnifique médaille d’or, une médaille d’argent. Conférence sur la boxe française par M. Charlemont, suivie de la démonstration pratique de cette théorie par son fils âgé de 11 ans. L’art de la boxe française, assaut entre MM. Charlemont et Chauderlot, les deux tireurs favoris du public parisien. Les Bruxellois virent pour la première fois un splendide assaut de boxe française. Puis une grande lutte à l'instar des Grecs et des Romains, par Charlemont fils et un jeune élève de son âge. Cette lutte fut une surprise fort agréable, très savante. Cette première grande séance apporta à Charlemont quelques notables élèves MM. Arthur Ranc, actuellement sénateur, Gaston Bérardi, directeur du journal Y Indépendance belge et son ami le baron Fernand de Marescot, tous trois français. L’horizon commençait à s'éclaircir. Souvenirs. — A propos des débuts de Charlemont à la kermesse de Bruxelles. Nous avons dit précédemment que M. Ranc prenait des leçons chez Charlemont, comme il allait lire les journaux au café du Grand Hôtel; Charlemont lq rencontrait de temps en temps et lui tenait compagnie quelques instants. On parlait généralement d’exercices physiques. Il est de notoriété publique que M. Ranc est un grand amateur et une fine lame à l’épée, mais il est surtout d'une grande compétence en matière d’exercices de défense, et la boxe comme la canne n’ont pas de secrets pour lui. Un jour au café, Charlemont venait de quitter M. Ranc un monsieur s’approchant de ce dernier l’interpelle ainsi — Comment, Monsieur Ranc, vous parlez à Charlemont?.. — Eh oui! et pourquoi pas?. — Vous ne le connaissez donc pas? — Si, très bien !. — Ah! et vous le fréquentez tout de même?... — Expliquez-vous!... — Mais vous ne savez donc pas qu’il a travaillé dans une baraque, à la kermessedeBruxelles ? — Jele sais ! — ,Eh bien, mais !... — Mais c’est pour cela même que je le tiens en estime, vous auriez peut-être mieux aimé qu'il carottât quarante sous à ses camarades, ou bien autre chose, hein ? c’est ce qui l’honore à mes yeux. Le Monsieur se le tint pour dit et n’y revint plus. Escrime et boxe — On annonce que le jeudi 4 juin, à 7 h. 1/2, il sera donné, à la salle de la Renaissance, au passage Lemonnier, une séance très intéressante pour les amateurs d’escrime, de boxe et de lutte. Dans le programme de cette séance qui vient de paraître, nous remarquons les noms de maîtres célèbres M. Charlemont, professeur à Bruxelles, pour la boxe, et M. Chauderlot, professeur à Paris, pour l’escrime. 11 y aura également une grande lutte à l’instar des Grecs et des Romains, qui se recommande spécialement à l’attention des amateurs. «Les professeurs, maîtres et amateurs, quidésirent prendre part à cette séance, sont priés de se faire inscrire par lettre chez M. Charlemont, rue de LUnion, Saint-Josse-ten-Noode, Bruxelles, jusqu’au mercredi 3 au soir. Charlemont ne perdait pas de temps et voulait battre le fer pendant qu’il était chaud. Le jeudi 4 juin 1874, il alla chercher L. Petit jusque dans son repaire, c’est-à-dire à Liège, en donnant un grand assaut dans cette ville, passage Lemonnier, salle de la Renaissance. Tous les professeurs et amateurs étaient invités. Deux médailles sont offertes par Charlemont pour la boxe et une offerte par Chauderlot pour l’escrime. Les boxeurs de l’Avenir Assaut de boxe française entre M. Charlemont fils et M. Van- Moll, tous deux âgés de 11 ans. Grande lutte par les deux mêmes. Charlemont et Chauderlot, en tirant ensemble, firent voir aux Liégeois ce qu’était un assaut de boxe française. Le lundi 22 juin 1874, théâtre de Bériot, à Louvain, encore un assaut donné par Charlemont. Assaut composé d’épée, de sabre, de canne, de boxe française et anglaise, de lutte et de gymnastique. Charlemont fils accompagne toujours son père. Plusieurs bons élèves prennent part à presque tous les assauts. De temps en temps Charlemont lire l’épée. Casino des galeries Saint-Hubert. Dimanche 4 octobre 1874, à 2 heures. Grand assaut donné par Charlemont. Assaut de boxe française entre MM. Charlemont et Joseph Lhoest, professeur à Liège, ancien prévôt de M. Petit. Assaut d’escrime entre MM. Charlemont et Desmoulin, 1er maître au 2e régiment de lanciers, à Louvain. Assautdeboxe française, de lutte et degymnastique, par MM. Charlemont fils et Van-Moll, âgés de 12 ans. Charlemont maintient toujours son défi du 3 avril 1874, et offre une médaille d’or à son vainqueur. Dans le but de donner un aperçu de l’enseignement de la boxe française, toutes les personnes qui prendront des places réservées ou des premières recevront un cachet valable pour une leçon donnée par le professeur Charlemont. La séance d’escrime, de boxe française, de lutte et de gymnastique, donnée hier par le professeur Charlemont au casino des Galeries, a eu beaucoup de succès. M. Charlemont est un excellent professeur, très adroit, très souple, et qui nous a paru de première force dans tous les exercices. Plusieurs professeurs de Bruxelles et de Liège, et quelques amateurs ont donné à cette séance un grand intérêt. Deux jeunes gens, deux enfants plutôt, ont lutté et boxé aux applaudissements du public. Ces concours de force et d’adresse devraient être moins rares enBelgique, afin de stimuler surtout les écoliers iln’ya pas de jeux plus utiles et plus agréables ils sont les plus sûrs moyens de devenir beau et fort, ils sont les meilleurs soutiens de la santé. La Chronique, lundi 5 octobre 1874. Guide du Sport, 9 octobre 1874. UN ASSAUT AUX GALERIES SAINT-HUBERT «Il a fallu que les giboulées d’automne, un peu précoces cette année, vinssent nous rappeler qu’il était autre chose au monde que les bains de nos plages, les promenades dans nos bois et les galops du turf. (( Dimanche dernier, par une de ces pluies épaisses et perpendiculaires, qui fo’nt songer aux hallebardes, la foule envahissait ce vaste parapluie de la capitale, que l’on nomme les galeries Saint- Hubert, et bon nombre de promeneurs entraient au Casino. Depuis tantôt trois mois que nous n’avions vu les flamberges au vent, il nous en tardait un peu, et ce devait être l’avis de beaucoup, car la salle fut vite pleine. L’assaut était offert par M. Charlemont, dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs. 11 a bien commencé la saison. Les passes ont été très brillantes; le sabre surtout a été manié de main de maître par un sous-officier de la garnison. L’épée a laissé un peu à désirer; M. Charlemont n’avait pas d’adversaires sérieux. Nous avons, toutefois, remarqué un tout jeune homme de Gand qui, lorsqu’il aura un ou deux ans de plus, sera un champion hors ligne. Le grand succès a été l’assaut de boxe française, entre MM. Charlemont et Lhoest, professeur à Liège. Nous l’avons dit précédemment, mais nous le répétons, il est impossible d’être plus fort, plus agile et plus gracieux que Char- Son adversaire, bâti pourtant en hercule, et très habile du' reste, n’a pu que simuler sa défense. C’était vraiment un spectacle singulier, que cet homme aux membres délicats, qui se jouait de son partenaire doué d’épaules et de bras à faire envie à Porthos lui-même. Aussi, à la fin de la séance, avons-nous vu deux de nos gentlemen, dont nous avons esquissé le portrait dans les salles d’armes, venir parler à Charlemont dans le tuyau de l’oreille. Gageons que voilà de futurs boxeurs. Bravo, Messieurs ! a La séance s’est terminée par un assaut de lutte romaine et de boxe française, entre le fils de Charlemont et un de ses camarades deux gamins de dix ans environ. Ils ontaussi soulevé des haltères comme je tiens ma plume. Aux gens étiolés et paresseux qui disent, ou font semblant de croire que les exercices du corps sont inutiles, je conseille d’aller un jour ennuyer ces deux moutards... ils recevront une bonne leçon ! Et seront convaincus... Franc-Tireur 25 octobre 1874. La séance d’escrime et de gymnastique, donnée le 4 octobre dernier par le professeur Charlemont, a réussi au-dessus de toute attente. De mémoire d’homme, on ne se souvenait avoir vu autant de monde dans la salle du casino Saint-Hubert. Les assauts, composés d’épée, de sabre, de canne, de boxe française et anglaise, de lutte et de gymnastique, ont été tous des plus intéressants, aussi les applaudissements et les bravos n’ont pas fait défaut. Il serait à désirer que les détracteurs des exercices corporels eussent l’occasion d’assister à quelques représentations dans le genre de celle que nous avons eu la bonne fortune de pouvoir admirer. Nous sommes bien convaincus que leurs préjugés absurdes ne résisteraient pas à pareille épreuve et que d’antagonistes ils deviendraient partisans exaltés des exercices corporels. Il nous reste à payer à M. Charlemont le tribut d'éloges qui lui revient pour la bonne organisation de la fête, ainsi que pour les résultats vraiment surprenants obtenus par ses élèves. Dimanche 25 octobre 1874, à 2 heures, salle de la Concorde, à Bruxelles, grand assaut donné par la Société la Vitale (société d’escrime), sous la direction de son professeur, M. J. -B. Merck. Gharlemont y prend part. M. Louis Bardoux, ex-prévôt de l’excellent maître Rouleau, du 8ierégiment de ligne, y prend part également. Gharlemont fils pleure ! Sa maman va le gronder en rentrant, parce que, pendant que son père tire, le parapluie neuf, acheté le matin chez Peyrable, rue du Ghemin-de-Fer, a changé de propriétaire son père le console et va en racheter un tout pareil en lui recommandant de n’en rien dire à sa mère, recommandation d’ailleurs inutile. Guide du Sport, 11 décembre 1874. (( P. S. On nous promet un brillant assaut pour le dimanche 20 courant, à 2 heures, au casino des galeries Saint-Hubert. Il est organisé par M. Charlemont, le professeur dont nous avons parlé quelquefois. L’épée, le sabre, la canne, la boxe française et anglaise auront leurs champions, et, d’après nos renseignements, chacune de ces spécialités sera bien représentée MM. Fontaine, professeur au gymnase normal d’Anvers Marneffe, 1er maître au 7e régiment de ligne; Mertens, 1er maître au régiment des grenadiers; Delalou, du régiment des carabiniers, etc., etc. «Du reste, M. Gharlemont nousa habitués à le féliciter. Espérons qu’il en sera encore de même. F. D. Galeries Saint-Hubert, dimanche 20 décembre 1874, 2 heures. Grand assaut donné par Gharlemont. Un grand nombre de maîtres de l’armée et d’amateurs civils y prennent part. Charlemont fait un assaut d’escrime avec Louis Bardoux et un assaut de boxe française avec un maître de l’arrfiée, ancien professeur à Lille. Charlemont tils fait la répétition de la théorie de la canne et développe 150 coups de canne en 50 secondes, et fait ensuite un assaut de boxe française avec le jeune Van-Moll. Ils terminent tous deux par des exercices gymnastiques. Il y eut un brillant concours d’escrime. Guide du Sport, 25 décembre 1874. UN ASSAUT AUX GALERIES SAINT-HUBERT. Je commence par demander mille pardons à la neige de Bruxelles que j’ai un peu maltraitée dans ma dernière correspondance. datée de la Suisse... Je l’ai retrouvée, à mon retour, moins pure et plus boueuse encore que je ne l’avais dit. Ma conscience étant maintenant à l’aise, j’aborde mon sujet. Il est deux heures, les rues de lacapitale sont pleines de flaques noirâtres et pas le moindre balayeur ne pointe à l’horizon brumeux. — Entrons vite au casino. Belle salle au point de vue du nombre et delà composition. Décidément les assauts offerts par M. Charlemont sont appréciéspar notre public, pourtant si difficile. ce Anvers, Liège, Li lie, Louvain avaient aussi envoyé leurs champions et leurs spectateurs. «MM. Bardou, de Lille, et Charlemont ont ouvert la séance par un assaut d’escrime, où tous deux ont montré leur parfaite connaissance de l’arme. «Pu is MM. Fontaine, d’Anvers, et Mertens, du régiment’des grenadiers, ont tiré le sabre d’une façon remarquable. Ces deux adversaires, parfaitement bien plantés, grands, adroits et lestes, méritent leur titre de professeur. La canne a été ensuite représentée par MM. Charlemont et Mertens. Quoique ce dernier soit très habile, il n’a pu lutter avec avantage contre Charlemont, dont la prestesse et l'agilité sont vraimenl incomparables. Entre ses mains, la canne est une arme aussi dangereuse qu’une hache, parce que, à l’opposé de ses adversaires, il développe ses coups de telle façon que leur vitesse et leur choc, parconséquent, en sont décuplés. On ne tire pas la canne de même que le sabre, comme Fa fort bien dit Charlemont dans son petit speechsur la matière, et c’est un défaut qui semble s’infiltrer chez les tireurs actuels, Un coup de canne non développé, c’est un chatouillement, rien de plus. La seconde partie s’eslcomposée d’un concours d’escrime entre MM. Bardou et Welkenhuysen, Mertens et Marneff, Fontaine et Lecœur, qui ont lutté par couple dans l’ordre indiqué. 1er prix, Marneff 2* prix, Welkenhuysen 3e prix, Lecœur. Mais nous croyons être certains que Charlemontestdécidéàne plus-offrir de concours, et nous l’approuvons, car il nous a semblé que les champions en général, et sans s’en douter, donnaient au jury trop de difficulté par leurs discussions et leurs appréciations personnelles. D’où il résulte nécessairement une apparence de partialité. Nous dirons aussi ce que nous avons déjà dit une autre fois Nous ne sommes pas partisans des plastrons noirs, à moins que chaque coup porté en pleine poitrine, soit à droite, soit à gauche, compte pareillement car avec cette restriction de réserver un côté, il n'y a rien de plus aisé que de se laisser toucher à droite, afin de toucher soi-même à gauche. <( Or, ce jeu n’est plus de l’escrime, dont le rôle est de parer autant que de blesser. La belle avance quand deux adversaires, une épée nue à la main, se pourfendraient de part en part, l’un et l’autre... Je doute fort que celui qui aurait reçu la lame du côté droit en fût plus fier pour cela !... Nous avons encore remarqué la rareté des coups droits et des simples dégagés, si beaux et si sûrs, lorsqu’ils sont faits avec la rapidité électrique des grands maîtres. c< Lejeune fils de Gharlemont a répété lathéorie de son père sur la canne, simulantla défensecontre plusieurs adversaires. Cet enfant fait honneur à son professeur il est arrivé, en moins de 60 secondes, à développer 150 coups ! La séance s’est terminée par deux assauts de boxe française. Le premier entre MM. Charlemont et Gérard; le second entre Gharlemont et Guillaume Depierre, de Liège, un jeune garçon plein d’avenir, s’il continue. Dire encore que Charlemont est d’une habileté extraordinaire, c’est se répéter. On ne peut mieux le comparer qu’à un sylphe pour l’agilité, et à un boxeur anglais pour la force. Il serait impossible de rencontrer un homme représentant mieux le type de la boxe française. Ses adversaires méritent aussi nos sincères éloges, car pour oser se mesurer avec un tel champion, il faut être des braves. A cinq heureset demie, laséance était close, aux applaudissements de tous les spectateurs. F. D. Franc-Tireur, 27 décembre 1874. UN ASSAUT DE BOXE FRANÇAISE. Reboucher est dieu et Charlemont est son prophète... Telle est l’impression que nousemportons du grand assaut de boxe française organisé par M. le professeur Charlemont. a Un assautde boxe française à Bruxelles est certes un événement et nous n’avions pas exagéré en disant précédemment que les premières séances organisées par ce maître avaient été une véritable révélation. La boxe française est un exercice de création toute moderne dont on ne saurait, au point de vue de l’hygiène, suffisamment faire ressortir les avantages. Jadis exclusivement pratiqué par les titis, les voyous parisiens, cet art (puisque art il y a) est aujourd’hui désencanaillé et vient, comme exercice de sport, prendre rang immédiatementaprèsla natation, l’escrimeetPéquitation. Les grands maîtres de boxe française furent les frères Lecour, de Paris, Loze, de Toulouse et particulièrement Leboucher, de Rouen, quia condensé les principes de la boxe dans un traité qui bientôt est devenu le bréviaire du boxeur. M. Charlemont avait entrepris de nous initier aux mystères de cette nouvelle branche du sport. La lutte avec un amateur liégois a été un véritable éblouissement. Ces rotations incessantes de bras, de jambes, ce feu d’artifice de taloches, de coups de pied, de coups de poing, ces séries que l’œil avait peine à suivre et dont l’enchaînement ne laissait aucun répit à l’adversaire, ont provoqué un réel enthousiasme. M. Charlemont étonne non seulement comme boxeur, mais dans la deuxième partie de l’assaut, il s’est montré vraiment supérieur comme bâtoniste. Ses développements théoriques du maniement de la canne, suivisde la démonstration pratique exécutée par le jeune Charlemont, ont été particulièrement goûtés par un public très connaisseur. Cent vingt coups de canne lancés à toute volée, en une minute, représentent en effet une dépense de vigueur et d’agilité réellement stupéfiante. Le concours d’escrime qui terminait la séance a été très animé, trop animé peut-être. Les sympathies du public se sont, à diverses reprises, bruyamment affirmées, et la tâche du jury chargé du contrôle delà lutte a été on ne peut plus difficile. «Le premier prix a été remporté, après une lutte émouvante, par M. Marneffe, grand, peu corpulent, ce tireur se distingue par une vélocité d’expansion tenant du prodige affectionnant la parade du contre de tierce, il riposte en dégageant par coupé. Malgré le succès qu’il a obtenu, M. Marneffe n'a pas répondu complètement à l’attente de ses partisans, nombreux dans la salle, et s’est permis, au cours de la lutte, des sauts que réprouvent les vrais principes. Le second prix a été attribué à M. Van Nieuwenhuysen. Beaucoup de jugement, une grande fermeté de paradé, telles sont les qualités saillantes de ce tireur. M. Lecœur a été classé troisième. En résumé, cette séance de boxe, panachée d’escrime, a obtenu un très grand succès. P. Van Gapellen. 1er janvier 1875. LA FÊTE INTIME DE LA SOCIÉTÉ LIBRE DE GYMNASTIQUE Lundi 21 décembre, à 8 heures du soir, nous avons assisté à une brillante fête, qui prouve quel développement ont pris chez nous les exercices du corps. C’est en l’honneur de M. Gustave Hoogen, membre fondateur et administrateur de la société, que la soirée était offerte. Après un discours chaleureux, ses camarades lui ont remis en souvenirune magnifique couronne de chêne et un surtout de table en argent. Puis les exercices ont commencé. <.( Nous, qui avons bien souvent assisté aux fêtes incomparables de ce genre, que la Suisse peut seule donner, nous dirons néanmoins que celle de lundi nous a rappelé la vigueur, l’agilité et la franche gaieté des Helvétiens. Nous avons remarqué des mouvements d’ensemble qui font honneur aux élèves et aux professeurs MM. Werheugen et Char- La soirée s’est terminée par la course serpentante, à laquelle tous les sociétaires ont pris part. Rien de plus gracieux et de plus original que cette fantaisie, qui a été couverte d’applaudissements par les nombreux invités. Nos félicitations sincères, Messieurs les gymnasiarques. Avec des hommes comme vous, la patrie ne périra pas. Ville d'Anvers. Dimanche 31 janvier 1875, à 2 heures de relevée, au local du Gymnase normal, avenue des Arts, 132, grand concours d’armes, donné par M. Fontaine, professeur à la Société d’armes et de gymnastique de MM. les officiers de la garde civique de cette ville, etc., etc. Le programme conjprend la pointe, contre-pointe, sabre, boxe française et anglaise, la canne royale, la lutte et l’escrime à la baïonnette. Concours de boxe française entre le 1er champion de France et celui du pays. M. Gharlemont remporte le 1er prix, une médaille et un brevet, contre M. Dekeersgieter, 1er maître au 4e régiment de lanciers à Tournay. Vie Sportive, 14 février 1875. Le Concours d'armes d'Anvers. — Sous ce titre un de nos sympathiques confrères de Belgique, le Guide du Sport, rend compte d’un brillant assaut, organisé par M. Fontaine, professeur d’armes et de gymnastique d’Anvers, qui prouve une fois de plus ce que nous disions dans un de nos précédents numéros, que l’escrime et ses corollaires habituels, la contre-pointe et la boxe française, font chaque jour des progrès plus marqués dans le pays hospitalier où fleurit la Brabançonne. La Société de gymnastique d’Anvers possède un très beau local, vaste, aéré, bien aménagé. «Tout autour de la plus vaste salle brillent, en lettres magistrales, les pensées de divers philosophes sur les exercices du corps, pensées qui peuvent toutes se résumer par la plus connue Mens sana in corpore sano. L’assemblée était assez nombreuse et surtout bien composée plusieurs dames, de nombreux officiers et même un colonel. cc Nous le citons exprès, car nous aimons voir les chefs donner l’exemple de l’intérêt que des militaires doivent prendre à cesspectacles, plus utiles que... En face de l’arène, sur un écrin de velours noir, s’étalaient les médailles, récompenses des futurs vainqueurs, et qui semblaient encourager par leur éclat les combattants à bien faire. On a beau dire, l'homme aime les hochets, et nous sommes certains que si les assauts ont été très remarquables, le désir d’obtenir une médaille y a été pour quelque chose. L’escrimeà l’épée a ouvert la séance. Douze maîtres et professeurs y ont pris part et chacun d’eux mériterait d’être cité, si la place qui nous est réservée permettait de le faire. Nous nous contenterons de nommer les vainqueurs MM. Marnefîe 1er; Cluytmans 2e; Lallemand 3e. Puis est venue la contre-pointe, pour laquelle M. Mertens a obtenu le 1er et unique prix ce qui ne nous a pas surpris, car ce tireur est vraiment remarquable au sabre. La boxe française venait ensuite, représentée par MM. Charlemont et Dekeersgieter. Nous n’avons pas à recommencer l’éloge de M. Charlemont, qui a été, comme toujours, le champion le plus élégant et le plus redoutable que nous connaissions. Son adversaire, quoique très habile, ne pouvait lutter sérieusement, et sur un coup de pied de figure (un des coups les plus habiles de la boxe française) il a préféré quitter la partie. Les jurés, à l’unanimité, ont par conséquent, décerné le prix à La séance s’est terminée par la distribution des médailles et des brevets par le jury, Nous saisissons l’occasion pour féliciter les membres qui le composaient, car nous avons rarement remarqué autant de connaissances pratiques et de juste impartialité. Ce n’est pas aussi commode qu’on pourrait le croire... Chaque nom appelé étaitcouvert d’applaudissements et c’était plaisir de voir ces énergiques figures sourire avec bonté à la vue de leurs camarades couronnés. Ces sentiments sont du reste naturels aux hommes forts qui dédaignent l’envie. Terminons à notre tour, en engageant M. Fontaine a renouvelerbientôtpareille fête, puisqu’il sait si bien les organiser. F.D. C’est au tour de la boxe de provoquer la controverse un fait récent, qui a fait et fera grand tapage des deux côtés du détroit, a mis le feu aux poudres. Pour beaucoup de personnes aujourd’hui la boxe nJest qu’un exercice barbare et inutile... 11 ne faudrait ce^ pendant pas juger de ce sport le plus national, le plus franchement indigène qui soit en Angleterre par un fait isolé que je qualifierai d’exception. Georges IV, le roi sportman, fut un partisan zélé de la boxe, et il tenait en grande estime le caractère du boxeur en général ce fut à la corporation des boxeurs qu’il confia la garde de Westminster, lors de son couronnement. Gally, célèbre boxeur, après avoir passé successivement sur l’arène publique et sur le turf, devint plus tard un des membres les plus considérés du Parlement. La boxe, en Angleterre, est de presque toutes les réunions sportives; de nombreux clubs, les noms les plus considérables des trois royaumes tiennent à honneur de patronner cet exercice utile. Le boxeur sait se défendre, il le fait avec tant d’habileté que le coup qui serait fatal à tout autre ne lui arrive que dans des conditions normales. Un coup de pied, uneégratignure sont réputés indignes; car la boxe anglaise a ses règlements, sa discipline, ses lois, dont les rigoureuses observations placent les champions sous la sauvegarde des principes les plus humains. Et en procédant par voie de comparaison, nous prétendons que les boxeurs anglais sont moins exposés dans leurs combats à recevoir des coups funestes que nos ouvriers dansleurs rixes. — Demandez-le plutôt à notre ami H. Lecour. Dans l’ordre des moyens naturels de protection, la boxe est une des gloires du sport anglais, elle rend brave, tenace avec la boxe, deux ennemis se regardent face à face, et, ma foi ! je trouve qu’il y a moins de honte pour l’humanité dans cette lutte corps à corps que dans les couardes perfidies du couteau et du poignard. Henri Vallée. Vie Sportive, 14 février 1875. Nouvelle Cour de Bruxelles, 35, rue des Sœurs Noires, samedi 20 mars 1875, 8 h. 1/2 du soir. Grande soirée donnée par la Société française de prêts mutuels de solidarité. Charlemont prête son concours, il fait un assaut d’escrime et un assaut de boxe française. Casino des Galeries Saint-Hubert, vendredi 26 mars 1875, 8 h. du soir. Grand assaut, donné par Charlemont. Deux maîtres de l’armée belge font un combat à l’escrime à la baïonnette qui est fort intéressant. Charlemont fait deux assauts de boxe avec des boxeurs anglais, puis un assaut de boxe française, un assaut de canne et fait répéter à son fils la théorie de la canne et la théorie de la boxe française. Il y eut une lutte des plus intéressantes, entre quatre amateurs des plus forts de Bruxelles. Dans cet assaut, Charlemont paraissait six fois comme on le voit, il ne se ménageait pas. Un incident L’assaut allait commencer, lorsqu’on fit passer à Charlemont un petit billet qui contenait un défi à la boxe anglaise; comme il avait aperçu J.-L. Petit, dans Bruxelles, avant l’assaut, il flaira un piège, et fit répondre que les tireurs étaient au complet, mais qu’il ferait exception pour M. Petit s’il voulait venir tirer avec lui il ne fut rien répondu à cette proposition. Charlemont, voulant tirer cette affaire au clair, consulta quelques personnes, et on fit entrer le provocateur. C’était en effet un élève de Petit qui, n’osant pas se mettre en face de Charlemont, envoya M. Félix Lepourc, un grand et beau garçon d’une vingtaine d’années, fort gaillard, mesurant lm 80 de taille, pesant 95 kilos environ. L’assaut entre lui et Charlemont ne dura pas très longtemps, Lepourc était mal exercé, pas entraîné, manquant de souplesse et d’agilité il recevait tous les nombreux coups que son adversaire lui portait avec une grande rapidité et à propos, Charlemont le harcelait sans cesse, ne lui laissant pas une seconde de repos; Lepourc n’en pouvait plus et s’était épuisé en vain sans avoir pu toucher Charlemont une seule fois. On vit ce grand colosse demander à son adversaire de cesser; il soufflait comme un bœuf, Charlemont était encore en bon état de continuer. Lepourc comprit que Petit l’avait trompé, qu’il n’était pas facile de battre un maître qui avait fait ses preuves depuis longtemps et travaillait encore tous les jours. Quelques jours après, Lepourc quittait son professeur et venait de Liège à Bruxelles prendre des leçons trois fois par semaine avec Charlemont, dont il est devenu l’ami. Voici du reste la lettre qu’il adressait à ce dernier Lize-Seraing, le 19 janvier 1876. Reconnaissant votre talent comme professeur de boxe, je désirerais vous avoir comme maître. Voulez-vous bien consentir à me donner quelques leçons? et à quel prix ? En attendant le plaisir de vous lire, je vous prie d’agréer mes sincères salutations. F. Lepourc. P. S. Je pourrai aller prendre ma première leçon dimanche 30 janvier et j’arriverai à Bruxelles à 10 h. 1/2. Ayez l’obligeance de me donner votre adresse. Voici la mienne F. Lepourc, négociant à Lize-Seraing, près de Liège. Une réponse s. v. p. Chronique de Bruxelles, 31 mars 1875. LUTTES PACIFIQUES. Après vous, monsieur. — Je n’en ferai rien. — C’est pour vous obéir. On est très aimable avant de se couper la gorge. Voilà ce que c’est que le progrès, on apprend à s’embrocher avec politesse, à se casser la tête avec affabilité. Nous avons eu, le soir du saint vendredi de multiplesassauts en la salle du Casino Saint-Hubert. M. Charlemont, professeur de boxe, d’escrime, de bâton, etc... avait invité le public à venir assister aux exercices de force et d’adresse qui composent l’art de tuer proprement ou de mettre hors de combat son adversaire. La soirée a été très orageuse. Un professeur de Liège, M. Petit, est venu raconter des choses auxquelles le public n’a rien compris. En résumé, ce qu’il y a déplus clair dans les explications bruyantes qui ont été échangées, c’est que M. Petit a refusé de se mesurer avec M. Charlemont. C’est dommage ! la lutte eût été intéressante. La soirée a un peu souffert des incidents extra-parlementaires qui l’ont surchargée. Nous devonsdire, cependant, queM. Charlemont nous paraît être un professeur excellent, de première force à l’escrime, à la canne, à la boxe française et même anglaise. Il a le sang-froid, l’agilité et une force nerveuse qui fatigue son adversaire, alors qu’elle donne à M. Charlemont des qualités de résistance extraordinaires. A partir du 1er avril, M. Charlemont ouvrira un cours d’escrime, de canne et de boxe, en sa salle d’armes, rue Cantersteen, 18. Nous recevons de M. Petit, professeur d’escrime à Liège, une lettre dans laquelle il décare qu’il n’y avait pas un mot de vrai dans le compte-rendu que nous avons donné de la séance d’escrime et de boxe de M. Charlemont. Nous déclarons, nous, que tout y est de la plus exacte vérité, et nous affirmons encore une fois, que M. Charlemont a offert à M. Petit, séance tenante, un assaut que M. Petit a refusé. Et, enfin, que le public n’a absolument rien compris aux explications embrouillées qui ont été échangées, avec force clameurs de part et d’autre. Quant au conflit entre M. Charlemont et M. Petit, c’est leur affaire, et nous n’avons pas à nous en mêler. Nous avons rendu compte de la séance du vendredi-saint, et nous voulons nous en tenir à ce compte-rendu absolument impartial, Le 1er avril 1875, Charlemont fait l’ouverture de sa nouvelle salle, 18, rue Cantersteen (au Ballon). L. Bardoux dirigera le cours d’escrime. Un assaut est donné à cette occasion. Guide du Sport, 2 avril 1875. L’ASSAUT DU VENDREDI-SAINT AU CASINO DES GALERIES SAINT-HUBERT Comme nous Lavions prévu, la salle du casino était presque trop petite pour contenir tous les spectateurs qu’avait attirés l’annonce de cette soirée. A 8 heures, devant la porte extérieure stationnaient les retardataires qui regardaient entrer d’un œil envieux les derniers favorisés, car on ne délivrait plus de cartes. MM. Bardoux et Collette ont ouvert la séance par un assaut d’épée. Nous avons déjà dit dernièrement tout le bien que nous pensions de M. Bardoux, tireur gracieux, habile et en outre excellent démonstrateur. M. Collette est aussi une vieille connaissance quoique jeune. Nous avons parlé, Lan dernier, de sa méthode et de sa rapidité dans les coups droits, en nous occupant de la Société des frères d’armes, dont il est le professeur-fondateur. Deux maîtres de contre-pointe, appartenant à la garnison de Bruxelles, ont succédé à ces messieurs, et s’ils n’ont pas précisément été remarqués pour la régularité rigoureuse de leur jeu, ils ont étonné la galerie par leur agilité. On les a beaucoup applaudis les coups qu’ils s’étaient amicalement administrés valaient bien ça. Un remarquable assaut de canne a suivi le précédent. Les adversaires étaient MM. Charlemont etM..., le plus fort tireur de Bruxelles, disait l’affiche. Eh bien ! nous croyons que l’affiche n’a pas menti. C’est assez rare pour que nous rendions hommage à cette affiche exceptionnelle. Ce M. M..- tire des deux maius et il est habile de l’une et de l’autre. 11 a fait jeu égal avec Charlemont — au moins nous a-t-il semblé, car on ne comptait pas les coups — et pour arriver à un tel résultat, il faut mériter le titre qu’il s’est donné ! Toutefois, nous ne trouvons pas ses coups assez développpés — chose indispensable pour faire de la canne une arme utile. Le fils Charlemont a répété ensuite la théorie de la canne et de la boxe française aux grands applaudissements de toute la salle. Cet enfant de douze ans sera, s’il continue, le plus rude jouteur de son temps. Il est vrai qu’il est à bonne école ! Mais voici un colosse ! On dit qu’il vient de Liège pour tâter Charlemont à la boxe anglaise. c< Ma foi! c’est un magnifique garçon. Belle tête, très haute taille, corps d’Hercule Farnèse. Ses gants immenses cachent à peine ses mains de fer attachées à des bras énormes où la graisse n’a rien à voir c’est tout nerf. Charlemont qui arrive derrière lui a l’air d’une mauviette. Iis se mettent en garde ! Un murmure d’étonnement court dans la salle dont chaque spectateur, j’en suis certain, disait en lui-même il va l’assommer! En effet la disproportion semblait trop grande et en outre la figure de l’hercule ne paraissait pas très tendre à ce moment-là. Quant à Charlemont il souriait... Du reste excellente pose chez lçs deux adversaires. Les premiers coups furent terribles, mais le poing du colosse est chaque fois arrêté par une parade non moins énergique... A son tour Charlemont tâte... souriant toujours. Au bout d’une minute, le professeur est fixé son adversaire ne lui résistera pas !... Cela paraît impossible et pourtant c’est ainsi l’agilité, le calme, l’adresse, le nerf allaient dompter la force matérielle. Bientôt les attaques de Charlemont étourdissent son adver- saire, qui ne sait plus ni parer, ni frapper et tourne épuisé dans l’arène. Tous ceux qui se souvenaient des fameux coups de poing de la fin du romanesque prince Rodolphe, ont dû se dire que le récit d’Eugène Sue n’avait rien d’exagéré. Enfin le combat s’est terminé au milieu de bravos effrénés quand le plus grand a fait signe au petit qu’il désirait cesser. Charlemont souriait toujours. Ici se place un incident regrettable sur lequel nous n’avons pas à nous étendre. Un professeur de Liège, avec lequel Charlemont a eu une polémique dans le journal le Franc-Tireur se trouvant dans la salie, a été interpellé par quelques spectateurs qui lui demandaient — puisqu’il était là — de régler son différend séance tenante, à la boxe anglaise ou française. Charlemont a accepté l’autre a refusé. Un certain tumulte s’en est suivi, ce qui est toujours regrettable, et nous espérons bien que, dorénavant, pareille scène ne se renouvellera pas. Deux professeurs spéciaux ont ensuite simulé un combat à la baïonnette, et un jeune hercule a fait des exercices de force étonnants. Enfin, la soirée s’est terminée par un second assaut de boxe anglaise entre un professeur anglais et M. Charlemont. Ça été le bouquet. Morbleu ! quels gaillards ! Et comme il faisait meilleur les voir qu’être à leur place. C’est égal, nous n’avons jamais vu si bel assaut et, malgré leurs coups furieux, jamais courtoisie plus parfaite de part et d’autre. Ces messieurs ont donné la preuve qu’ils étaient, à la fois, de première force au pugilat et au savoir-vivre. Deux choses qui pourtant, d’ordinaire, ne se donnent pas la main. C’est le 1er mai 1875 que fut fondé le Fencing-club de Bruxelles, 5, galerie du Roi, par MM. Gaston Bérardi, le baron Fernand de Marescot et plusieurs de leurs amis. Le Fencing-club avait pour but le développement et la saine pratique des exercices du corps, escrime, sabre, canne, boxe et autres sports. Pour l’année 1875-1876, le comité était composé Présidents d’honneur MM. baron de Arinos, ministre du Brésil, Jules Anspach, bourgmestre de Bruxelles. Membre d’honneur Son Altesse royale Monseigneur le Prince d’Orange président comte de Sauvage vice-président Eugène Anspach secrétaire: Gaston Berardi trésorier Wynand Janssens membres MM. le Major T. Brewer, officier d’ordonnance de S. M. le Roi des Belges, Hector Catoir, Léon Lambert, consul de Grèce et d’Italie, Alfred de Tbuin, membre de la chambre. des représentants, Fernand, baron de Marescot, Frédéric Simonson. MM. Mathieu et Napoléon Selderslagh étaient professeurs d’escrime et de sabre M. J. Gharlemont, professeur de boxe, canne et exercices gymnastiques. Gharlemont était en outre chargé de l’organisation et de l’entretien du cercle il y avait son appartement et une petite salle particulière où il donnait des leçons en ^dehors des cours du cercle. C’est par un brillant assaut que fut inauguré le Fencing-club, sous la présidence de M. le comte de Sauvage. Un grand nombre de professeurs et amateurs distingués, belges et français, y prirent part. MM. Carolus Duran et Vigeant, le distingué professeur de Paris, y firent de beaux assauts. Gharlemont fit un assaut de boxe française avec un de ses meilleurs élèves. Cette belle fête se termina par un magnifique banquet chez Sapin Un an plus tard, pour fêter l’anniversaire de la fondation du cercle, on donna un deuxième assaut, le 16 avril 1876, sous la présidence du général baron Yan der Smissen, mais ce fut le dernier, car l’année suivante, le cercle dut se dissoudre, faute d’éléments jeunes et travailleurs. Pour remercier Gharlemont de son dévouement au cercle, on lui fit don du matériel meublant les locaux ainsi que du fonds de caisse restant. Entre MM. les membres du Fencing-club et M. Charlemont, professeur de canne, boxe, etc... a été conclu l’engagement suivant Art. 1. — M. Charlemont est nommé professeur de canne, de boxe et de gymnastique du Fencing-club Ses appointements sont fixés à 1200 fr. (douze cents francs) par an, payables par trimestre chez le trésorier de la Société. Les cours réguliers durent du 1er septembre au lerjuin, mais M. Charlemont reste à la disposition des membres, au local du club, durant les trois mois de la saison d’été. Art. 2. — M. Charlemont est tenu d’être présent durant toutes les heures de cours, fixées comme suit Cours particuliers (canne, boxe, exercices gymnastiques), les lundi, mercredi et vendredi, de 2 h. 1/2 à 5 h. 1/2. Cours généraux tous les soirs, excepté le dimanche, de 8 h. à c< Art. 3. — M. Charlemont promet son concours aux fêtes et assauts exceptionnels organisés par le Fencing-club. Art. 4. — M. Charlemont est en outre nommé majordome du cercle; la surveillance et l’entretien du local, celui du matériel et des objets appartenant aux membres lui sont spécialement confiés et restent sous sa responsabilité directe. Les frais résultant du blanchissage du linge ou de l’achat d’ustensiles nécessaires à l’entretien du local du matériel, etc... ne sont pas à la charge de M. Charlemont. Art. 5. — M. Charlemont est logé par la société. 11 pourra à son gré donner des leçons particulières dans l’appartement qui lui est destiné, mais ne pourra ni recevoir ni exercer ses élèves en dehors des pièces désignées par le comité, le local du cercle étant strictement interdit aux personnes ne faisant pas partie de la société. .(( Le comité sera d’ailleurs seul juge des cas spéciaux qui pourraient se présenter et ne seraient pas prévus par le présent engagement. Art. 6. — M. Charlemont pourra, sur leur demande, fournir aux membres les divers objets nécessaires aux exercices qui sont de son ressort mais il ne pourra, sans une autorisation spéciale LA ROXE FRANÇAISE et écrite du comité, se livrer à aucun commerce, ni faire poser, soit en dedans, soit en dehors du local du cercle, aucun genre d'affiche ou d’enseigne, quelles qu’elles soient. Fait en double à Bruxelles, le 1er juillet 1875. Approuvé. J. Charlemont. Fencing-Club. FENGING-CLUB Bruxelles, 12 décembre 1875. A l’occasion de l’inauguration de notre salle d’armes, le comité du Fencing-Club me charge de vous offrir, à titre d’encouragement, l’indemnité ci-jointe pour le zèle dont vous avez fait preuve dans vos doubles fonctions. Le Secrétaire, Gaston Berardi. FENGING-CLUB Bruxelles, le 14 juin 1877. Monsieur, Nous avons l’honneur de vous faire part de la dissolution du Fencing-club et de la liquidation de la société. Nous plaçons sous vos yeux un extrait du procès-verbal de l’assemblée générale du 12 juin 1877. La séance est ouverte à quatre heures un quart, sous la pré- sidence du général Baron Yan der Smissen. M. le Trésorier expose à l’assemblée la situation de la société et lui fait part de l’impossibilité où il se trouvera de faire face aux dépenses de l’année courante, si cette situation est main- tenue. L’encaisse actuel suffira à la liquidation complète de la société, si cette liquidation est immédiate. En présence de cette situation, la dissolution et la liquidation de la société sont mises aux voix et votées à l’unanimité. M. le Trésorier est chargé de la liquidation et de la résiliation du bail. Lecture est ensuite donnée des dispositions des statuts qui constituent les membres fondateurs propriétaires du mobilier de la société. Après une courte discussion, les membres fondateurs présents décident, à l’unanimité, que le mobilier garnissante salle d'ar- mes, le fumoir et le cabinet de toilette,sera abandonné à M.Char- lemont comme indemnité et pour reconnaître le zèle dont il a fait preuve durant l’existence du Fencing-club. Les armes, effets, linge, etc., appartenant aux membres de la société restent évidemment leur propriété et sont tenus à leur disposition à dater de ce jour. Il est spécialement stipulé que, si une salle d’armes est éta- blie dans le local actuel du cercle, elle ne pourra garderie nom de Fencing-Club, qui est abrogé. Après des remercîments votés par acclamation au Président, le Fencing-club se déclare dissous et la séance est levée. Ont signé tous les membres présents. En conséquence, vous êtes prié, Monsieur, de faire reprendre, au local du cercle, dans un délai d’un mois, les armes, effets, etc., qui vous appartiennent. Agréez, Monsieur, l’expression de nos sentiments les plus distingués. La Commission. Escrime balnéaire. — M.Charlemont donnera, dimancheprochain, à Ostende, en la salle des Folies ostendaises, un grand assaut d’armes où figureront plusieurs professeurs distingués. L’assaut commencera à 2 h. 1/2. Qu’on se le dise! LaChronique, vendredi 20 août 1875. Ostende. Dimanche 22 août 1875 à 2 h., salle des Folies Ostendaises. Grand assaut donné par M. Charlemont. 3 prix: Une médaille d’argent pour l’escrime, une pour la boxe et une pour la canne. Charlemont fait trois assauts un de boxe française, un de canne et un de boxe anglaise avec un boxeur anglais. Répétition de la théorie de la boxe française et de la théorie de la canne par Charlemont fils. , Noël. 10. Charlemont père, Simonel. 11. Charlemont fils, Desfontaines. 12. Saint-Quentin, Lacoste. Places réservées 5 fr. Régisseur, M. Deville. M. J. Leclerc prévient par une lettre qu’ayant un tendon dugenou rompu et une entorse au pied, il ne pourra pas prendre part à l’assaut du jeudi 15 avril 1885. Anatole Perdriel, dit Vigneron fils décédé à Paris le 21 novembre 1885, âgé de 37 ans. Son ami intime, Lioul, dit le Cocher surnommé o Charles de Paris mourut peu de temps après, 26 août 1886, âgéde42ans. JEUDI 15 AVRIL 1886, A 8 H. 1/2 PRÉCISES DU SOIR DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE ET BATON Donné par M. J. Charlemont, professeur au Cercle artistique et littéraire Avec le concours des principaux professeurs et amateurs de Paris, des. Moniteurs de l’Ecole militaire.de gymnastique de Joinville et de ses nombreux élèves. MM. Antonio, Armand, R. Birmann, Blondel, Castérès, Charlemont fils, Léon Charnacé, Deleaü, Grimaud, J. Knab, C. Knab, Lacoste, Leclerc, Lefèvre, Liégeois, Marius, S. Meyer, Quentin, Richard, Joseph Dugniol, Bob Cribb, Bill Coob, boxeurs anglais. Répétition théorique et pratique de la boxe française par M. Charlemont fils et M. Castérès, son élève. 1. Deleau, Antonio. 2. Léon Ç.> Moniteur. 3. Quentin, Grimaud. 4. G. Knab, Moniteur. 5. Richard, S. Meyer. 6. Marius, Liégeois. 7. Armand, Lefèvre. 8. Charlemont fils, Leclerc. 9. Charlemont père, Moniteur, 10. J. Knab, Lacoste. 11. Castérès, Moniteur. 12. Birmann, Moniteur. Une leçon de canne, par M. J. Charlemont et M. Joseph Dugniol, son élève. Les dames seront admises. Régisseur M. Deville. ASSAUT ANNUEL DE BOXE ET DE CANNE. «J’ai vu rarement autant de monde à cetassaut, organisé comme d’ordinaire par Charlemont, à la salle du Grand Orient. On y remarquait beaucoup d’amateurs connus de nos salles d’armes et même quelques spectatrices. Le président était le capitaine Dérué, ayantprès de lui MM. le baron A. d’Ezpeleta, Waskiewiez, Saucède,Corthey, Halphen, L. Bardoux, A. Germain, etc. Le succès de la soirée a été pour la leçon de boxe française par M. Charlemont fils et Castérès, et pour la leçon de canne, par M. Charlemont père et Joseph Dugniol. Les deux Charlemont ont été aussi applaudis dansdes assauts de boxe française, où j’ai remarqué surtout leurs coups de pied bas et leurs chassés-croisés. Je citerai encore, pour la boxe française, Antonio, Deleau, Charnacé, Knab frères, Marius et Liégeois pour la boxe anglaise J. Dugniol, et pour la canne MM. Knab frères et Lefèvre. J. Leclerc prévient par lettre du 14 avril qu’il ne pourra prendre part à l’assaut du 15 avril 1886, ayant un effort dans l’aine droite. Pas de chance, ce pauvre Leclerc. Le dimanche 9 mai 1886, au préau des Ecoles, 3, rue Tandou, fête de gymnastique, offerte aux membres honoraires par la société L’Avenir du XIXe arrondissement Président M. le docteur A. Royer. Président d’honneur M. Mathurin Moreau, maire de l’arrondissement, sous le patronage de MM. les conseillers municipaux, de la municipalité, de M. Laisné, inspecteur de gymnastique des écoles de la ville, M. Christmann, professeur de gymnastique, M. Flamery, membre d'honneur et président de la société de tir l’Espérance MM. Allain-Targé et Delattre Eugène, membres d’honneur et anciens députés de l’arrondissement, deM. Pinotteau, ex-vice président delà société. Avec le gracieux concours des sociétés La Chorale de La Villette, directeur M. Perrin l’harmonie des Enfants de La Villette, directeur M. Bellanger, etdes délégués des sociétés de gymnastique L’Amorosienne, la Parisienne, l’Avenir de Pantin, sous la direction de M. Charlemont fils, professeur de la société. Nous voyons, intercalés dans le programme, les assauts suivants n° 6, Assaut de boxe française entre MM. Birmann et Charles Knab n° 8,Assautde canne parMM. Knab frères n°12, Assaut de boxe française entre MM. Charlemont fils et Knab Jules n°16, Démonstration de la boxe française parMM. Charlemont fils et Castérès, et enfin un assaut de boxe entre MM. Charlemont fils et Castérès c’est dans cet assaut que ce dernier a failli renverser d’un coup de tête une colonne en fonte servant de pilier. GRAND CASINO DE LLC-SUR-MER BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, ESCRIME ET CANNE Organisé par MM. Charlemont père et fils, professeurs au Cercle artistique et littéraire et au grand gymnase Heiser de Paris Avec le concours de plusieurs maîtres d’armes de Paris et de Caen. 1. Escrime. M. Carpentier, professeur civil et M. X..., caporal d’escrime au 5e de ligne. — 2. Canne. MM. Charlemont père et fils. — 4. Boxe française. MM. Birmann et Reubens, amateurs de Paris. — 4. Escrime. MM.X. et Z..., prévôts au 5° de ligne. — -5. Boxe française. MM. Charlemont fils et Birmann. — 6. Escrime. MM. Carpentier etX... du 5e deligne. — 7. Boxe française. MM. Charlemont père et Reubens. — 8. MM. X... et Z... prévôts au 5e de ligne — Et pour terminer Répétition théorique et pratique de la boxe française, par MM. Charlemont père et fils. Le 7 novembre 1886, un grand assaut d'armes est organisé par le regretté M. Albert Fierlants, dans les salons de la Société des ingénieurs et des industriels, dans le Palais de la Bourse de Bruxelles, sous la présidence de M. le baron d’Hooghworst et sous la direction de M. Cordelois. Ont pris part à ce remarquable assaut MM. Fradin, Charlemont père et fils, Ruzé Adolphe, Alphonso de Aldama et Rouvière (de Paris), Egerton-Castle et Thirriet (de Londres), Midelair (de Liège), Merckx(de Bruxelles), Klopp (de Valenciennes), Katzenfort (de Bordeaux),' Varnots, de Almeida, Prado, Prince deCaraman Chimay, Barbier, Hauman, Pleuzer, Strens, Chalie, Seeger, E. de Roubaix, Adan, Lebourguignon, Hessel, Fierlants et Lafon (de Bruxelles). Le Franc-Tireur du 21 novembre 1886 donne un long compterendu très détaillé, dont nous extrayons ce qui nous concerne L’assaut de boxe française entre MM. Charlemont père (Paris) et Pleuzer (Bruxelles), a été très intéressant. M. Charlemont, qui n’avait plus boxé à Bruxelles depuis plusieurs années, s’est montré à la hauteur de sa réputation incontestée de champion de la boxe française. La souplesse, la précision, l’aisance de tous ses mouvements exécutés avec une vitesse et une justesse exceptionnelles, jointes à un sang-froid, une science et un à-propos qui ne se démentent jamais, a obtenu le plus vif succès. M. Pleuzer, avec son étonnante souplesse, ses moyens exceptionnels et son jeu si fin, si rapide et si varié, a parfaitement donné la réplique au professeur parisien et lui a fort bien tenu tête. Ce brillant assaut a été fort applaudi. (( MM. Charlemont père et fils ont fait une remarquable partie de boxe française dans laquelle ils ont, entre autres, mis en action trois ou quatre leçons de l’excellent traité du savant professeur. Nous avons apprécié plus haut le beau talent de M. Charlemont père, disons maintenant que son fils, un véritable athlète, lui a, sans nul respect pour l’auteur de ses jours, donné rude-^ ment la réplique. M. Charlemont fil s possède le mêmejeu, les mêmes moyens, et naturellement les mêmes principes que son père, avec la jeunesse et une vigueur exceptionnelle en plus un peu d’expérience et une légère différence de taille en moins. La taille en restera là, mais l’expérience ne tardera guère et alors... avis aux amateurs. La soirée se termina par un banquet offert par M. Albert Fierlants, chez lui, où il réunissait un grand nombre de tireurs et d'invités; il présidait avec sa courtoisie bien connue et mettait tout son monde à l’aise par son amabilité et sa franche gaîté. Le jeudi 2 décembre 1886, à 8 b. 1/2 du soir, Salle du Grand Orient de France, 16, roe Cadet, J. Leclerc donne son premier assaut de boxe sous la présidence de M. Charles Lecour, ex-professeur. Les tireurs sont ainsi classés Boxe française. MM. Broca- Lacoste, Knab Jules-P.. Bourdier-Damey, Deleau-M... Raynal- Leclerc, Liégeois-Gross, Knab Charles-Birmann, Charlémont fîls-O. Qui Hier, Chauderlot-Leclerc Sabre. Chauderlot-Boudeau Boxe anglaise. Raynal-Duquesne Canne. Knab frères. COMPTE-RENDU DE LA SÉANCE <( L’assaut de boxe française et anglaise organisé hier soir par Leclerc, à la salle du Grand Orient, avait attiré un grand nombre d'amateurs et même quelques spectatrices. Charles Lecour, le doyen des professeurs de boxe, présidait la réunion. Remarqué également MM. le docteur Ménière, Corthey, Vavasseur, A. Germain, Nadar, Charlemont, Rue, L. Rardoux, etc.. Les honneurs de la soirée ont été pour Leclercet Charlemont fils, que tous les amateurs de boxe française voudraient bien voir tirer ensemble. Leurs deux adversaires, Ghauderlot et Qui Hier, leur ont d’ailleurs fort bien donné la réplique. Citons encore MM. Perré, Knab, Danny, Deleau, Marius, Renaud, etc... Deux assauts de sabre et de canne ont servi d’intermèdes à cette intéressante réunion. Nous recevons de Rruxelles, l’article suivant, extrait du journal le Franc-Tireur. L’épée, la noble épée, qui a si brillamment conquis en France ses grands quartiers de noblesse, est la seule arme vraiment digne de trancher tout différend de gentleman à gentleman. Le pistolet, il est vrai, a pris dans nos mœurs, surtout depuis quelques années, une assez large place, mais c’est une arme brutale, très meurtrière, ou qui frise le ridicule, quand le combat est sans résultat. On éprouve, en effet, un sentiment pénible, quand on apprend que deux hommqs sont allés sur le terrain, ont échangé deux balles qui n’ont laissé aucune trace piètre mise .en scène à la suite de laquelle les témoins ont déclaré l’honneur satisfait. L’épée sera donc toujours l’arme recherchée et préférée par tout vrai gentilhomme français. Malheureusement, on n’a pas toujours en face de soi un gentleman et, par ces temps d’agressions, d’attaques nocturnes, d’insultes brutales, si, par aventure, on n’a pas pris soin de se munir d’un excellent revolver, ou si on n’a pas le temps d’en faire usage, il est fort utile de pouvoir compter sur ses biceps, et surtout sur son adresse physique, pour pouvoir se défendre contre tout agresseur, même le plus robuste. 11 est utile aussi parfois, tout en n’ayant recours qu’à la dernière extrémité, d’être à même de se faire une justice sommaire sans invoquer l'action lente, solennelle et insuffisante du magistrat. L’étude de la boxe remonte aux temps les plus reculés tous les auteurs les plus éminents de l’ancienne Grèce, Pausanias, Pindare, Homère, etc..., ont célébré les jeux du cirque en si grand honneur aux temps héroïques. Parmi eux les exercices préférés étaient la palestre et le panératium qui se rapprochaient énormément de la boxe moderne. Ces exercices étaient aussi en grand crédit chez les Romains, les empereurs les honoraient de leur présence, distribuaient des prix, et bien souvent les héros les plus renommés, les sénateurs les plus illustres y prenaient part (qu’en pensent nos honorables pères conscrits du palais du Luxembourg!). En Angleterre depuis Georges II, l’art de la boxe a été cultivé avec passion et encouragé par Georges IV qui était lui-même un boxeur émérite. Ses successeurs et les hommes les plus distingués de la Grande-Bretagne lui ont continué leur patronage jusqu’à nos jours. Citons par exemple Le comte Eldon, lord Byron, le duc de Wellington, le marquis de Waterford, le comte de Munster, sir Robert Peel, le colonel Berkeley qui étaient passés maîtres en cet art. Nous devons citer l’excentrique lord Seymour, surnommé milord l’Arsouille dont les exploits sont légendaires. En France, jusqu’à présent, la boxe ne compte que quelques adeptes et nous le regrettons vivement, car en dehors des avantages déjà spécifiés, les effets salutaires de cet exercice, au point de vue de l’hygiène, sont vraiment admirables, les médecins les plus renommés sont unanimes à l’attester. L’un d’eux, le célèbre professeur Abernethy, est même allé jusqu’à affirmer que l’exercice de la boxe dans neuf cas de maladie sur dix, supprimerait le médecin. Nous comptons cependant en France quelques célèbres amateurs, entre autres Le général Ney, duc d’Elchingen, vicomte fie MaulmonLHochon, marquis de Laval, comte de Monthozon-Brachet, comte d’Enval, vicomte de Beaumont, capitaine Leroux, baron d’Escoublot, de Waeytens, Levé, Rouillard, baron de Watteville, etc. Nous ne parlerons pas bien entendu des lutteurs de profession, de la Cannebière et autres lieux. Versons un pleur cependant sur Arpin, le Samson du xixe siècle, qui est mort à Cette. Quant aux règles qui régissent la matière, il ne m’appartient pas de les déterminer ici, je laisse la parole aux excellents professeurs parisiens et je citerai au nombre des plus autorisés MM. Charles Lecour, vétéran de la boxe, Leboucher, Charlemont, Chauderlot, Devost, etc... MM. Charlemont et Chauderlot sont les chefs d’école de la boxe française, et sortent de l’armée. Les trois autres professeurs MM. Charles Lecour, Devost et Leboucher, sont des disciples de la méthode anglaise. Disons, pour terminer, que tout élève bien constitué, intelligent et bien dirigé, doit, au bout de trois mois de leçons, posséder à fond la théorie de la boxe et se servir correctement de l’attaque, de la parade, des retraites et des contres. Grâce à cela, il sera un boxeur de moyenne force quant à atteindre la perfection, dame ! comme pour toute autre étude, cela demande du temps. Le Carabinier- Gymnaste. Le 21 février 1887, le Cercle d'escrime et PUnion gymnastique de Gharleroi donnent une fête de charité dans le théâtre de cette ville. Gymnastique, escrime, boxe française, avec le concours de MM. Michon, Charlemont père et fils (Paris), de Mulder, Rabin, Desmedt, Merckx, Pleuzer, Dupont, Fadeux (Bruxelles), Brun (Senlis), Gabriel (Saint-Cyr), Lemignard, Meurs (Valenciennes), Blampain, Bervoets, Destrée (aux chasseurs Charleroi), Dupuis (Louvain), baron de Callewaert, Balz.a (Liège), Quicampois. Robert, Gador, des Essarts, Buisset et Van der Elst (Charleroi). La fanfare du Ie1- bataillon de chasseurs à pied, sous la direction de son chef M. Muldermans, prêtait son concours pour la partie musicale. Les secrets de la boxe française dévoilés, partie démonstrative, par MM. Charlemont père et fils. Dans la seconde partie, assaut de boxe française entre MM. Charlemont père et Pleuzer. FÊTE DE CHARITÉ Nous avions dit que la fête de charité organisée par le cercle d’escrime et de l’Union gymnastique serait probablement l’une des plus attrayantes de la saison d’hiver, et nous ne pensons pas aujourd’hui que l’événement soit venu nous donner un démenti. C’était un lendemain de plusieurs grandes fêtes dansantes, à une heure où le culte de maître Gaster attache encore beaucoup de £ens aux grandeurs de la table. N’importe, à l’heure dite, avec une exactitude toute militaire, le rideau de l’Eden-Théâtre se levait devant une salle des mieux garnies, découvrant l'excellente musique du 1er chasseurs qui ne voudrait pas laisser à d’autres qu'à elle le soin de compléter une fête de ce genre. Puis sont entrés successivement en scène nos gymnastes aux bicepà d’Hercule, aux jarrets d’acier, une série d’excellents tireurs et, pour couronner le tout, les maîtres de la boxe, les Charlemont père et fils, contre lesquels un amateur de Bruxelles, M. Pleuzer, n’avait pas craint de se mesurer. Nous serons sobres de détails, d’autant plus qu’en ce qui concerne la partie de l’escrime, nous aurons à examiner spécialement demain le jeu de chacun des jouteurs. Disons au plus vite que les assauts ont été presque tous remarquables, et que tous ont été combinés de façon à mettre en présence, soit des élèves, sait des maîtres,' de force égale. H y a bien eu par-ci, par-là quelque amateur ou quelque élève boutonné de main de maître, ruais ce fut la part de l’imprévu. Nos gymnastes ont été admirables de précision dans les mouvements d’ensemble et de massues qui ont ouvert la série des exercices. Très applaudie surtout la marche d’entrée rythmée sur la sonnerie éclatante du clairon. Pour le travail aux appareils ils s’étaient fait renforcer de quelques collègues des Sociétés de Bruxelles triées sur le volet. Aussi ne faut-il pas s’étonner si nos jeunes concitoyens ont été quelque peu éclipsés par ces virtuoses de la barre fixe et surtout des barres parallèles. Tudieu ! il y a là des gaillards qui vous font des planches à bras tendus... mais des planches qui méritent d’être vues. Franchement, c’est plaisir de voir des jeunes gens musclés de cette façon et de penser que nous pouvons en faire tout autant avec quelque peu de pratique et de dispositions. Ce n’est que cela d’ailleurs pratique et dispositions. Les Charlemont père et fils vous le diront. Y a-t-il rien de plus élémentaire que de donner un coup de poing ou un coup de pied?... Absolument rien. Seulement tout l’art consiste dans la façon de les donner et surtout de les éviter. Pour bien nous en convaincre, ces Messieurs nous ont fait tout d’abord la démonstration de la boxe et du chausson, en décomposant les coups d’attaque et de parade. Aussi, comme le programme le promettait, la boxe française n’a-t-elle plus désormais de secrets pour nous. Et cependant il y a là une façon de promener son pied sous le nez, et même parfois sur le nez des gens, qui fait rêver. M. Pleuzer, l’amateur de Bruxelles, que nous avons cité plus haut, doit en savoir quelque chose. Certes, notre compatriote est d’une force respectable, mais les hasards du programme ont voulu qu’il ait affaire aux premiers maîtres de France, et cela rendait la lutte quelque peu inégale. Il n’en a pas été de même de l’assaut entre Charlemont père et fils. Allons !... le père peut se vanter d’avoir fait là un fier élève. Ce dernier en manifeste d’ailleurs toute sa reconnaissance chaque fois qu’il peut en administrant à son professeur de formidables taloches, avec une pitié... toute filiale. De coups de massues en grandes volées, et de grandes volées en coups de poing, nous sommes arrivés à 7 h. 1/2 du soir, presque sans nous en douter. On a même été obligé de supprimer le dernier article du programme saut du bock par les gymnastes afin de pouvoir aménager la salle pour le bal masqué du soir. Aussi, en sortant, personne ne se plaignit de ne pas en avoir eu pour son argent. En somme, on avait assisté à un spectacle peu ordinaire dans certaines de ses parties, tout à fait nouveau dans d’autres. On s’était amusé en faisant le bien car n’oublions pas que la fête avait été donnée au profit des pauvres de la ville on a fait pour eux bonne et fructueuse recette, et ils en devront de la reconnaissance tout à la fois à ceux qui ont prêté leur généreux concours et aux sociétés qui ont entrepris la tâche de l’organisation. Ne terminons pas sans accorder une mention spéciale au joli programme que l’on vendait dans la salle au profit des pauvres le dessin artistique que Ton admirait est dû à M. E. Masson, un des ingénieurs les plus sympathiques de notre corps des mines. Journal de Char leroy. Le Boxing-club de Bruxelles a été fondé en 1887. L’initiateur, qui en est aujourd’hui le président, M. Henri Pleuzer, fut aidé par MM. 0. Grégoire, Adolphe Prier, de Saône, Evely, E. François, Miette, Gernaey, Tilbury, Jacques Dubois, Fiévet et Reiske. Le Boxing-club donne une séance annuelle internationale à laquelle prennent régulièrement part les champions des méthodes diverses de chaque nation, pour la boxe française et anglaise. Les couleurs du club ont été représentées aux différents assauts d’armes et de boxe qui se sont donnés dans le pays, ainsi qu’à de nombreux assauts à Paris, à un nombre plus restreint à Londres, et. aux championnats d’Angleterre. C’est dans les locaux de la salle Dupont, qui est le professeur du club, 30, rue des Petits-Carmes, que les cours ont lieu ainsique les assauts. VENDREDI 8 AVRIL 1887, A 8 H. 1/2 PRECISES DU SOIR Donné par M. J. Chap.lemont, professeur au Cercle artistique et littéraire Avec le concours des Principaux Professeurs, élèves et amateurs de Paris et des Moniteurs de l’Ecole militaire de gymnastique de Joinville. LA BOXE FRANÇAISE O ItD RE DES ASSAUTS Démonstration théorique et pratique de la boxe française par MM. Charlemont fils et Castérès, son élève. 1. Knab G., Siauve; 2. Knab J.,, Marius. 3. Lacoste, Lescure. 4. Moritz M., Liégeois. 5. Noël, Casier. (j. Charlemont père, Quillier. 7. Leclerc, Charlemont fils. 8. Moritz M., Knab. 9. Raynal, Castérès. 10. Quillier, Birmann. 11. Gross, Lefèvre. 12. Boxeurs anglais. Une leçon de canne par M. Charlemont fils et M. Lefèvre, son élève. 150 coups de canne seront développés en 50 secondes par M. Charlemont fils Les dames seront admises. Régisseur: M. Léon Charnacé. C’est le 1er octobre 1887, que M. Charlemont fonda l’académie de boxe, 24, rue des Martyrs. Cet établissement modèle, situé au rez-de-chaussée, est le plus grand et le plus confortable qui ait existé jusqu’à présent pour ce sport. Fort bien éclairé et aéré, il est composé comme il suit on y accède de la rue par un long et large couloir traversant deuxcorps de bâtiment d’une maison très propre. Au bout de ce couloir deux portes donnent accès, l’une à gauche, dans le vestiaire des hommes et servant d’entrée aux tireurs, les jours d’assauts, l’autre à droite, servant d’entrée habituelle aux élèves. A droite, en entrant, deux jolis vestiaires pour les enfants à gauche le salon tenant lieu de bureau, où chacun peut faire sa correspondance. Ce bureau est aussi un véritable musée de la boxe. On entre ensuite dans la salle d’exercices qui mesure plus de 11 m. de longueur sur 6 de large et 5 de hauteur. Cette salle est garnie de grandes banquettes en chêne, tendues de drap rouge; au mur, sont accrochésdes portraits d’élèves, de boxeurs anglais et américains célèbres, ainsi que les deux bustes en bronze des Charlemont père et fils, œuvres de Charlemont fils, ayant été exposées au salon de 1894. Une bascule automatique permet de se rendre compte des variations du poids. Au fond de la salle, à gauche, le vestiaire fort bien aménagé de banquettes et de porte-manteaux, de casiers où sont placés les vêtements de travail des élèves. Attenant au vestiaire, le cabinet de toilette avec grands lavabos et plus loin la salle d’hydrothérapie fort bien installée, eau froide et chaude. Les leçons y sont données par M. Gharlemont et ses deux prévôts, MM. Manguet et Chabier. GHARLEMONT ET CASTERÈS A LONDRES. Les Anglais ont enfin rompu avec les vieilles traditions, aujourd’hui dans la plupart de leurs assauts, ils y font figurer la boxe française (ils font bien), de là à la pratique il n’y a pas loin. Les Français les premiers ont rompu depuis longtemps déjà avec la traditionnelle savate en la complétant par les exercices des bras, c’est-à-dire par la boxe anglaise. Ils s’en trouvent très bien. Le vendredi 24 juin 1887, à l’occasion du grand jubilé de sa majesté la reine d’Angleterre, un grand assaut d’armes a eu lieu à Londres, à Saint-James’s Hall (Piçcadilly). L’épée, la boxe et le grand bâton à deux mains faisaient partie du programme. Les meilleurs champions anglais s’y mesurèrent, entre autres: Jem Smith, alors champion d’Angleterre. La boxe française était représentée par Gharlemont fils et son élève Gastérès qui tirèrent ensemble. Les spectateurs, qui certainement n’avaient jamais vu d’assauts de boxe française, rirent tout d’abord, tellement il Jeursemblait bizarre de voir donnerdes coups de pied mais par la suite, ils se rendirent compte du côté sérieux de notre boxe et s’enthousiasmèrent au point de rappeler cinq fois les deux adversaires. Le dimanche suivant eut lieu un assaut au Pélican-Club qui, alors, donnait de fréquents assauts et combats de boxe anglaise. Gharlemont fît sa démonstration de la boxe française et un assaut avec Castérès. La démonstration et l’assaut eurent un succès semblable au précédent. Gharlemont croyait avoir terminé la soirée quand on vint lui demander de tirer courtoisement, en boxe française, contre un professionnel anglais il accepta quoique fatigué. Les deux adversaires se placèrent en garde. Dès que l’An- glais, se rapprochant petit à petit, fut à sa portée, Charlemont lui porta un chassé-croisé en pleine poitrine qui envoya son adversaire contre le mur. Deux autres fois Charlemont réussit le même coup et envoya rouler son adversaire à terre. L’Anglais qui n’avait pu placer un seul coup de poing, voyant qu’il recevait toujours le même coup à la même place, effaça son corps davantage pour moins présenter de surface, ne se doutant pas qu’il prêtait aux coups bas. Charlemont ne perdit pas l’occasion de lui porter un chassé-croisé sur le genou, qui le fît pirouetter sur lui-même et tomber à terre. Enfin Charlemont recommença un chassé-croisé au corps qui glissa sur le côté de l’Anglais mais voulant éviter une mêlée de coups de poing, il lui porte un coup de hanche en tête avec tant de vitesse que l’Anglais, surpris, se trouva sur le dos en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire l’assaut se termina ainsi. Le résultat de cet assaut n’est certainement pas une conclusion définitive sur la supériorité de la boxe française, mais on peut en tirer cet enseignement que deux boxeurs de deux écoles différentes se sont rencontrés de leur propre volonté, ne se connaissant pas, que le boxeur anglais n’a pas pu approcher de son adversaire et par conséquent placer un seul coup de poing, qu’il s’est fait surprendre par un coup de lutte que nous démontrons dans notre théorie, pour les cas semblables, et qu’il a été mis hors de combat. On nous objectera mais l’Anglais n’était probablement pas entraîné. Charlemont ne l’était pas davantage et il était fatigué. Néanmoins, il faut bien le constater, c’était un succès pour Nous donnons ci-dessous le programme de cette magnifique séance. SAINT JAMES HALL Piccadilly THE GRAND JUBILÉE ASSAULT-AT-ARMS Under Distinguished. Patronage. Wil take place on Friday, By ail the amateurs, and professionnal, champions Jem Smith, Toff Wall, Jem Mace, Lees (the australian champion) Bat Mullins, Alec Roberts, Coddy Meddings, Dick Roberts, Pat.Condon, Ben SetR, Sam Blacklock, H. Mead, C. Williams, J. Sharp, W. Gee, W. Willis and others. Wrestling By J. Wannop and G. Brown. Wrestling (Indian style) By indian from the ” Wild West ”, by Kind permission of the Hom W. F. Gody, Gymnastic and Indian club exercices By members of the Saint James’s athletic club. French Boxing Mons. Gharlemont. champion of France, and Mons. Gastërès, of Paris. Fencing. Quaterstafï, etc.., by éminent Masters M. G’. S R. Habbyamand J. Harper. Général Manager M. J. fGeming. Dvors, open at 7.30 p. m. Gommence at 8 o’elock. Prices, £1 ls (Ladies admitted to the Guinea stalls, 40s. 6d. 2s. 6d. et 4s. C’est le 24 octobre 1887, que mourut M. Emile Rive, ancien prévôt de Louis Vigneron il était âgé de 45 ans. Il avait travaillé pendant de nombreuses années chez M. Paris, rue des Petites- Ecuries, comme ouvrier emballeur; le soir il donnait des leçons. C’était un bon tireur mais un peu rageur. MERCREDI 18 AVRIL 1888, A 8 II. 1/2 PRECISES DU SOIR DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE ET DE CANNE Donné par M. J. Charlemont, professeur au Cercle artistique et littéraire et au Betting-Club. Avec le concours des principaux professeurs, élèves et amateurs de Paris. Démonstration théorique et pratique de la boxe française par M. Charlemont fils et M. C.... son élève. 1. Lacoste, Philippe. 2. Knab Ch., Mari us. 3. Rogé, Duchêne. 4 QuillierJ., Noël. o. Knab X. C., Knab Z. J. 6. Moritz, Knab J. 7. Charlemont fils, Leclprc. 8. Quillier O., Liégeois. 9. Charlemont père, Chêne. 11. Chêne, Knab J. 12. Lefebvre, Richart. 13. Duchêne, Knab J. 14. Tom Gibson, Bob Cobley. M. O. Quillier prévient par lettre qu’il regrette cle ne pouvoir prendre part à l’assaut du 18 avril 1888, il Irouve son tireur inférieur. Il y en a d’autres quelquefois qui trouvent leur adversaire supérieur et ne tirent pas pour cette raison. LES JEUX SCOLAIRES ET l’ÉDUCATION PHYSIQUE Notes de voyage La boxe n’est pas, à proprement parler, un jeu scolaire, mais, elle tient dans la vie des écoliers anglais et dans l’histoire de leur développement physique un rôle trop important pour n’avoir pas droit à une mention en celte revue des exercices pratiqués par la jeunesse d’Outre-Manche. Est-il bien sûr d’ailleurs que celui-là ne doive pas être rangé parmi les jeux? On ne voudrait pas en jurer. «Il arrive certainement à plus d’un collégien d’Elon, de Harrow, ou de Rugby de jouer des poings avec un camarade par simple plaisir. 11 y a d’ailleurs une volupté particulière dans la confiance que l'adresse du pugilat inspire à l'individu qui en est doué, et dans la certitude de pouvoir toujours, en tout temps, en tout lieu, et sans autres armes que celles de la nature, repousser scientifiquement une attaque. Cette volupté particulière permet de ranger la boxe au nombre des sports. Elle possède au plus haut degré ce caractère quand elle reste, comme le jeu du fleuret, à l’état d’assaut courtois entre adversaires, pourvus de gants rembourrés. Pourquoi donc lui refuser le droit de cité dans l’arène gymnique et persister sottement à flétrir comme indigne d’un homme bien élevé ce qui est, après tout, la forme la plus naturelle et la plus loyale du combat réel ou simulé. Les gens qui affectent de considérer la boxe comme une escrime de goujats oublient un peu trop qu’ils sont exposés tous les jours à se trouver, bon gré, mal gré, engagés dans une querelle et même dans une lutte avec lesdits goujats. Quelle figure feront-ils s’ils n’ont jamais appris à se servir de leurs poings? Il est fort joli de hausser les épaules et de se considérer noblement comme supérieur à ces adversaires de bas étage, mais les injures ou les coups de ces adversaires n’en sont pas moins des injures qu’il est bon de châtier et des coups qu’il est utile de parer. Au fond c’est un pauvre homme qui ne s’est pas mis en état de repousser et de punir sur l’heure une insulte quelconque. Or, il n’y a pour cela qu’un moyen connu avoir à son actif quelques leçons de boxe et ne jamais hésiter à les appliquer, quand c’est nécessaire. On n'imagine pas le bien que deux ou trois coups de poing bien envoyés en pleine figure, font au moral, sinon au physique d’un insolent, quel que soit son état. Il est rare qu’il s’expose jamais à la récidive. Quant au bien que ces coups de poing font à celui qui les administre à bon droit, il est purement délicieux, et c'est probablement la plus grande joie qu'il soit donné d'éprouver en ce bas monde. J’en appelle à tous ceux qui l’ont goûtée. Comme exercice proprement dit, la boxe est un des meilleurs qu’il soit possible de donner au tronc, aux épaules et aux bras. Elle endurcit les muscles et leur communique une consistance qui les rend presque invulnérables, en ce sens du moins que les contusions s’y marquent plus difficilement et que les blessures guérissent avec une rapidité extraordinaire. .11 n’y a qu’à voir un pugiliste de profession pour reconnaître en lui les attributs les plus marqués de la force et le type même de l’Hercule antique front bas, maxillaires de bouledogue, cou de taureau, développement colossal des muscles du bras et de l'épaule. Si la boxe, considérée comme art de la défense naturelle, donne une supériorité évidente à l’individu, dans la vie ordinaire, il va de soi que cette supériorité sera également marquée à la guerre, quand le boxeur deviendra soldat. Habitué à ne compter que sur lui-même, à considérer comme inférieur et méprisable tout adversaire qui n’est pas rompu aux luttes corps à corps, il va de soi que ce boxeur sera, mieux que tout autre, propre à l'assaut ou à l’abordage. Ce n’est pas parce qu'il aura aux mains un fusil ou une hache, qu’il perdra sa force et son adresse. Et cette force, cette adresse trouveront nécessairement leur emploi en lui faisant rechercher le contact avec l’ennemi, contact qu’un combattant moins robuste ou moins habile n’ambitionne généralement pas. Ces motifs, ajoutés à toutes les autres habitudes athlétiques de la jeunesse anglaise, lui font cultiver avec passion ce qu’on appelle toujours de l’autre côté du détroit le noble art de la sell défence en dépit du discrédit où est tombée la boxe comme sport public et des lois répressives qui l’interdisent dans le Royaume-Uni. Lois et discrédit s'expliquent aisément, quand on sait à quels spectacles répugnants donnaient lieu les luttes des prize figliters pour le championnat, ou simplement pour les sommes d’argent engagées sur eux. Que des pugilistes de profession vinssent périodiquement se livrer des combats parfois mortels et s'assommer en présence d’une foule idolâtre, pour la plus grande joie de quelques garçons bouchers et quelques seigneurs, il n’y avait là rien de bon à la cause de la moralité nationale ou de l’éducation physique. Les chambres anglaises ont bien fait d’intervenir et la police anglaise fait bien de traquer sans pitié ces jeux sanglants, rénovateurs du cirque antique. Mais les abus d’une escrime, excellente en soi, ne sauraient effacer ses mérites. Tous les sports donnent lieu en Angleterre à des excès analogues, parce que la passion du jeu y trouve un aliment particulièrement approprié aux appétits britanniques. Les Anglais en effet n’aiment pas le jeu pour lui-même comme une lutte avec le hasard et un coup de sonde dans l’inconnu ils aiment le jeu pour le gain, à la manière du chevalier de Grammont, qui corrigeait volontiers la chance, c’est-à-dire quand ils croient avoir les atouts dans leur manche, sous la forme de renseignements secrets sur la valeur respective des concurrents. C’est pourquoi les meilleurs sports, les plus virils et les plus légitimes, dégénèrent toujours chez eux en coups de filet pour les aigrefins. L’habileté consommée aux exercices du corps suppose naturellement et produit 1 e professionnal or, l’homme du métier n’est pas plutôt au jeu, qu’il trouve tout simple de se faire payer pour perdre, et de gagner ainsi à coup sûr. Dans les luttes de prize figthers l’escroquerie se compliquait de coups et blessures volontaires, offerts en spectacle à des amateurs déjà trop portés pour la plupart aux brutalités et aux violences. On ne peut donc qu’approuver la guerre acharnée que leur font les pouvoirs publics, précédée et soutenue par l’opinion. De nos jours, leà combats du ring proprement dits sont devenus en Angleterre une sorte d’anachronisme des plus exceptionnels. On voit de loin en loin conter par les journaux que deux pugilistes s’étaient secrètement donné rendez-vous dans, une plaine isolée et qu’entourés d’un certain nombre d’affiliés, ils avaient déjà commencé à se marteler la face à coups de poing, quand les constables sont arrivés et les ont mis en état d’arrestation. Les feuilles LA BOXR FRANÇAISE radicales ajoutent ordinairement à mots couverts que parmi les spectateurs de cétte boucherie, on a cru reconnaître le prince de Galles. Deux ou trois jours après, le juge de police prononce contre les délinquants la peine de quelques semaines d’emprisonner ment* et c’est fini pour un semestre ou deux. Il en est de même des combats de coqs, également patronnés par l’héritier présomptif de la couronne et réprouvés par la police. En somme, on peut dire que la mémorable lutte de Tom Sayers avec Heenan, pour le championnat international, a clos sans retour l’ère du pugilat public. ce Mais, dans les mœurs privées, la boxe est toujours en honneur et peu de réunions hippiques ou autres ne s’achèvent sans qu'une altercation personnelle ou un différend quelconque ne se liquide par l’échange de quelques coups de poing. C’est vraisemblablement à cette habitude, autant qu’à la sévérité des lois, qu’il faut attribuer la disparition du duel -en Angleterre. Il est admis qu’une injure, une parole malsonnante valent un œil au beurre noir ou une fracture des os propres du nez. Après quoi, l’affaire est considérée, d'un accord tacite, comme terminée, et l’honneur des hautes parties belligérantes est parfaitement satisfait. Il en est de même dans les écoles, où l’on retrouve l’image la plus parfaite de ce que fut le ring en ses plus beaux jours. Le duel à coups de poing y est en effet resté très populaire, et quoique les maîtres ne l’approuvent pas ouvertement, quoiqu’ils affectent même de le blâmer et de le punir, on est fondé à croire que leur opposition est toute de surface. En tout cas, l'affaire se passe toujours dansles règles. Quand deux élèves ont résolu d’en venir aux mains, ils prennent jour et heure pour le combat et choisissent un endroit écarté où ils aient chance de ne pas être dérangés. Dans certains collèges, à Rugby, par exemple, il y a un champ clos consacré par l’usage, derrière le mur protecteur de la chapelle. Les camarades, avertis de la petite fête, ne manquent pas de s’y rendre pour former le ring ou cercle, qui est ordinairement un carré, par parenthèse. Deux témoins, désignés par chacun des adversaires, apportent la serviette, pour éponger la sueur qui va ruisseler sur les membres des combattants la bouteille, pour baigner leurs tempes ou leurs contusions et les ranimer, au besoin, d’une gorgée d’eau fraîche. Les champions dépouillés de leur veste, parfois de leur chemise, et restés en pantalon, se donnent la main pour affirmer que la lutte sera loyale, c’est-à-dire qu’aucun coup ne sera porté audessous do l'ombilic, que les jambes resteront étrangères à la lutte et que les mains ne seront point ouvertes, ni employées à saisir l’adversaire. Puis, sur un signal, le combat s’engage. Un arbitre ou umpirè montre en main, indique la durée des rounds ou reprises et des repos, qui sont alternativement d’une minute ou deux. Le pied gauche en avant et le poids du corps portant sur le pied droit, les adversaires échangent des deux poings, mais spécialement du poing gauche, des coups qui visent les deux yeux, les oreilles, le nez, la mâchoire, le creux de l’estomac ou les espaces intercostaux. Le bras droit, à demi replié en avant de la face et du thorax, pare ces bottes du mieux qu’il peut. Il est permis de baisser la tête, — techniquement de plonger, — pour esquiver un coup, mais non pas de se servir de la tête pour frapper à la manière du bélier. Les poings seuls doivent être en jeu. A la seconde précise qui marque la fin de la reprise, l’arbitre suspend le combat et chacun des témoins, un genou en terre, reçoit sur l’autre genou son combattant, qu’il éponge et rafraîchit de son mieux. Défense de s’asseoir à terre ou sur un autre siège, et de prendre un cordial quelconque. La pose finie à l'avertissement de time is up (le temps est écoulé) la lutte reprend de plus belle, pour se continuer ainsi, avec des reprises et des repos alternatifs, jusqu’à ce qu’un des champions soit hors d’état de se remettre en garde ou se reconnaisse battù. Ordinairement, c’est un coup de poing sur.lescôtes, en coupant la respiration, ou un double knocker sur les yeux, en l’aveuglant momentanément, qui amènent ce résultat. 11 ne reste plus alors qu’à ramener au logis vainqueur et vaincu, pour panser leurs contusions. Elles sont habituellement peu _d a n gere uses et ne résistent pas à deux ou trois compresses d’arnica. Parfois pourtant il y a des fractures qui nécessitent un traitement plus compliqué. Mais c’est chose exceptionnelle au collège, où les témoins s’efforcent en général d’empêcher que le combat ne soit trop acharné, tout en veillant à ce qu’il soit sérieux. Les yeux au beurre noir sont traditionellement pansés avec un cataplasme formé d’une rondelle de veau cru. On n’a jamais pu savoir si ce pansement bizare accélère la résolution de l’ecchymose orbitaire ou se borne à ne pas la retarder. Toujours estil qu’un pugiliste se croirait lésé dans son droit le plus sacré si l’on prétendait lui en administrer un autre dans le cas d’œil poché ou blinquer comme on dit en argot du ring. Car la boxe a sa langue à elle, que les collégiens anglais cultivent beaucoup plus volontiers que les langues mortes. Dans ce vocabulaire spécial, le poumon s’appelle le soufflet les yeux des hublots des lunettes des clignotants des louchants le nez devient la trompe le proboscis la tabatière la bouteille de vin rouge (quand il saigne) la bouche est la boîte à dominos, la sifflante la tête, la boîte à malice, la cruche à cervelle les poings sont la grappe à cinq grains les jambes sont des quilles ou des épingles la poitrine est le porte-manteau. Pocher les yeux à son adversaire, c’est lui peindre les hublots lui allonger un coup dans les côtes, c’est lui servir une côtelette y lui écraser le nez, c’est lui tirer une pinte de claret le coucher à terre, c’est l’asseoir sur le gazon..., etc... Quant à l’honorable corporation des pugilistes, elle s’honore du titre de the fancy le caprice, c’est-à-dire l’art par excellence entre tous les sports. C’est pourtant un art relativement facile et qu’un gymnaste adroit apprend en quelques leçons. Il s’agit surtout, dans cette escrime, de s’exercera décocher le coup bien droit, d’un poing ou de l’autre, mais toujours en garde, c’est-à-dire sans se découvrir, pour donner plus de jeu à l’avant-bras, avant de le lancer. Le tout est de deviner, au regard de l’adversaire, où il va frapper, pour arriver à la parade et au même instant de le tromper par une feinte, pour cogner au point qu’il découvre par exemple de lui envoyer le poing au creux de l’estomac, quand il l’attend entre les deux yeux, ou sur l’oreille gauche, quand il couvre instinctivement ses fausses côtes. c< Un coup plein au-dessus du diaphragme a généralement pour effet immédiat de casser les jambes à l’adversaire qui tombe sur les genoux comme une masse, et de mettre fin au combat sans laisser de traces visibles ou dangereuses. Mais les raffinés préfèrent en général ne donner ce coup de grâce qu’après avoir convenablement pilé le nez, les yeux et la mâchoire du sujet. Au bout de deux ou trois minutes, sa face devient une masse informe et boursouflée, d’un aspect tout à fait conforme à leur sentiment esthétique en matière de piTgilat. Alors seulement d’un coup sec sous le sternum, ils complètent la cure. Ces détails, avec les légendes plus ou moins fondées qui ont cours sur les exploits pugilistiques de la première moitié du siècle, ne peuvent guère manquer de laissser au lecteur français une impression défavorable de la boxe. Il se dit sans doute que c’est un sport sauvage et que le dernier mot de la civilisation ne saurait être de défigurer le prochain, soit à coups de poing, soit avec tout autre instrument contondant. Eb bien, il faut avoir le courage de le dire, c’est là une vue fausse et injuste de la boxe. Sous des dehors barbares, ce sport est le plus inofîensif et le plus véritablement utile de tous. Aucune autre escrime ne donne le moyen de mettre un mécréant hors d’état de nuire, sans danger sérieux pourra vie. Aucune autre ne développe aumême degré, chez ses adeptes, le sentiment de la justice et de l’égalité sociale. Aucune autre ne permet, à l’occasion, de redresser des torts qui crient vengeance ou de conjurer un danger imminent. Donnera- t-on des coups de revolver ou des coups d’épée à une brute qui bat une femme ou un enfant? à un ivrogne qui vous outrage? à un escarpe qui vous attaque inopinément ?... Un coup de poing bien placé règle tous ces comptes de la manière la plus rapide et la plus simple. (( Eugène Sue en avait eu le sentiment, quand il avait fait de son redresseur de torts, le prince Rodolphe, un pugiliste émérite il n’y a rien au fond de plus humain que la boxe, parce qu’elle met le châtiment à la portée et au niveau de la faute, parce qu’elle est la seule langue que comprennent certaines natures et celle qu’il faut leur parler. Les leçons de boxe se prennent habituellement avec des gants rembourrés, analogues au gant d’escrime. Mais il est essentiel, si l’on veut tirer de cet exercice tous les avantages qu’il comporte, de faire assaut sans gants avec un maître habile il s’arrange pour ne pas vous toucher à la face, mais vous allonge dans le thorax des poussées qui vous apprennent vite à ne pas le découvrir. Il faut avoir reçu sous les fausses côtes un coup de poing bien envoyé et qui vous coupe net la respiration, pour se rendre compte de ce qu’un boxeur adroit peut faire avec ses seules armes naturelles, contre deux ou trois assaillants plus robustes que lui. En trois temps et trois mouvements, il doit leur faire mesurer le terrain et leur ôter l’envie de revenir à la charge. Dans, certaines professions, telles que celles d’agent de police, de gardien de prison, etc... la boxe devrait être l’A. B. C. de la gymnastique professionnelle. Mais il n’est presque pas d’homme qui n'ait, au moins une fois dans sa vie, l’occasion de se servir de ses poings et de regretter amèrement sa maladresse, s’il n’en connaît pas l’escrime. Car il n’y a pas, en pareil cas, de force qui tienne, il s’agit exclusivement de savoir parer et envoyer un coup. Nous avons, au surplus, une école de boxe française qui vaudra l’école anglaise le jour où elle renoncera à l'emploi du pied, qui est canaille comme on l’a dit récemment à la Chambre, et unanimement réprouvé par tous les vrais sportsmen. Les Français par leur légèreté spécifique et leur adresse naturelle, ont même dans cette escrime des avantages tout particuliers et qui leur permettent souvent d’avoir raison de l’adversaire le plus musculeux, en le harcelant de tous côtés sans se laisser atteindre. Ils s'entraînent plus vite et arrivent plus aisément à cette condition parfaite du pugiliste qui fait dire à ses admirateurs, tant il a la peau lisse et brillante Il est blanc comme une femme !... Il serait donc à désirer que le noble art de la défense personnelle ne fût. plus aussi négligé qu’il Test présentement dans nos gymnases et qu’on revînt sans plus tarder à des traditions aussi bonnes pour le moral que pour le physique. La mode peut beaucoup à cet égard. Si tous les habitués de salles d’armes se mettaient en tête d’avoir des gants de boxe, pour varier leurs exercices, ils en verraient bientôt le prix. Dans les collèges et lycées, la boxe- devrait faire partie des exercices réglementaires. Si l’on osait même énoncer ce qui paraîtra sans doute une énormité, peut-être faudrait-il désirer que le duel pugilistique devînt, en certains cas, et entre grands élèves, obligatoire dans nos écoles, -comme le duel au sabre l’est dans nos régiments entre sous-officiers et soldats, à la suite d’une injure grave. 11 n’y a pas de meilleur système pour enseigner à un enfant le respect de lui-même et des autres, autant que l’ulililé d’un bon biceps. Mais ce serait trop demander sans doute à nos mœurs de sybarites. Tout au moins peut-on souhaiter que cette pratique se développe d’elle-même et que les maîtres la favorisent en fermant les yeux sur les combats de ce genre. Il est vrai qu’ils auraientàcompter avec les familles. Ellesn’en sont pas encore, hélas ! à comprendre que l’Europe est un champ clos, que les jeunes hommes ne doivent pas être élevés dans du coton, que, voués à faire un jour des soldats, le mieux pour le pays et pour eux-mêmes est qu’ils soient des soldats suffisants. Philippe Daryl. Le Temps, 7 septembre 1888. BONS FRANÇAIS ET BONS ANGLAIS. L’autre jour, un journal grave consacrait un long article à la boxe anglaise. La plupartdes journaux, sérieux ou non, reproduisaient trois ou quatre faits divers venus d’Amérique se rapportant à des boxeurs célèbres ou à des assauts importants; enfin récem- ment, nousavonseu en France, la visitede champions qui venaient sur le continent accomplir les paris qu’ils n’avaient pu exécuter sous l’œil de la police anglaise. Nous ne pouvons faire mieux que d’ajouter notre note modeste à ce concert universel. Seulement nous nous permettrons de mettre en face de laboxe anglaise dont on parle tant et qui n’est, en réalité, qu’un exercice de convention, la boxe française qui estl’image complète du combat, entre hommes livrés à leurs armes naturelles. A quel moment exact commence l’art de se servir de ses poings comme armes offensives etdéfensives, art qui constitue laboxe anglaise par opposition à la boxe française où il est permis de frapper des pieds comme des poings? Le moment sera difdcile à déterminer. Les Grecs avaient déjà le jeu du ceste, dans lequel ils remplaçaient notre gant rembourré par une sorte de gantelet muni de plaques et de cercles de métal qui, comme on se l’imagine, n’étaient pas précisément destinés à rendre le coup plus anodin. (( Ils avaient en outre, une sorte de lutte dans laquelle les poings étaient des armes, mais où, en revanche, les prises alternaient avec des coups. Si nous en croyons un petit livre, assez rareet traduit de l’anglais, la science du poing n’aurait apparu en Angleterre qu’au milieu du siècle passé. Quant à la boxe française, elle ne se perd assurément pas dans la nuit des temps, mais nous serions bien embarrassés de dire le jour où elle a pris naissance. Ce que nous pouvons remarquer, c’est que tandis que les Anglais ne se servent que des mains, les Français se servaientd’abord uniquement des pieds. Seulement quand nous disons français il ne s’agit que des gentlemen des barrières de Paris, et peut-être des messieurs du port de Marseille. C’est peut-être cette origine peu aristocratique qui a fait considérer notre exercice national comme pas chic. Ajoutons, pourêlre juste, que si anglaise qu’elle soit, lascience du poing n’est pas encore devenue select. Il n’y a du reste guère qu’une cinquantaine d’années que le chausson français a pris le nom de boxe française en combinant une partie des coups et des poses de sa sœur d’Angleterre, avec ses propres procédés. C’est seulement aussi à dater de cette époque qu'elle a pris une allure scientifique et qu’elle a pu suivre, sans faire trop mauvaise figure, l’escrime par excellence celle du fleuret. ce Nous ne dirons pas tout à fait comme le journal grave auquel nous faisions allusion en commençant Que la boxe anglaise, est un art relativement facile et qu’un gymnaste adroit l’apprend en quelques leçons. Il faut qu’un journal ait une forte réserve de gravité pour émettre sérieusement dépareilles... plaisanteries. L’alphabet n’a que vingt-quatre lettres, la gamme n’a que sept notes, la palette du peintre sept couleurs et cependant avec ces vingt-quatre lettres, ces sept notes et ces sept couleurs, on peut être tour à tour Molière, Michel-Ange, Rossi ni, voire Wagner. Evidemment l’Anglais, lui, n’a que deux poings pour exécuter sa symphonie évidemment les combinaisons qu’il en tire sont moins compliquées qu’un vaudeville de feu Hennequin mai si peu compliquées qu’elles soient, nous sommes désolés de troubler la gravité de notre confrère en lui disant que ce n’est pas quelques leçons qu’il faut pour les apprendre mais des mois et des années. Un de nos jeunes champions faisait à ce propos une remarque fort juste Un homme qui n’a pas appris à se servir de ses poings, disaitil, est bien plus désarmé vis-à-vis d’un professeur de boxe, qu’un ignorant de l’épée vis-à-vis d’un vieux tireur. Dans ce dernier cas, l’arme est la même et il n’y a de différence entre ceux qui s’en servent que dans la manière de s’en servir; mais dans le premier cas, c’est l’art qui fait l’arme, qui ne vaut précisément que par la façon dont on en use. Le coup de poing du premier venu, si grande que soit sa force naturelle, ne produit qu’une poussée, laquelle, mesurée au dynamomètre, équivaudra au plus à 50 ou 70 livres; celui d’un amateur entraîné atteindra une moyenne de 400 livres environ, qui pourra s’élever à plus de 600, dit-on, chez un professionnel. Mais, si la boxe anglaise n'est pas un artfacile, il fautajouter que la boxe française est un art très difficile. Aussi, peu d’amateurs arrivent-ils à être de première force. (( En revanche, elle présente des ressources innombrables pour l’attaque et la défense sans qu’aucune convention vienne l’entraver dans le développement de ses moyens. Car, non seulement elle tolère les coups de pied comme les coups de poing, mais elle enseigne même les prises de lutte. C’est donc en réalité trois arts différents qu’elle combine en un seul. Toutes les parties du corps doivent être à l’abri d’une attaque, et il faut surveiller son estomac comme sa tête, ses tibias aussi bien que son nez. Nous pourrions dire ses tibias surtout, caria moindre atteinte du soulier ou de la bottine brise l’os ou du moins le dénude de la façon la plus désobligeante. Ceci établi, il ne nous sera pas difficile de conclure au sujet de la supériorité d’une boxe sur l’autre. Et nous en faisons si peu une question de patriotisme, que nous sommes prêts à avouer, à la face de l’Europe, que ce sont les Allemands qui ont inventé la poudre. Mais enfin il faut être équitable, même pour soi et quediraiton d’un soldat qui prendrait son fusil par la baïonnette pour assommer ses adversaires à coups de crosse. En réalité, c'est à peu près ce que font nos voisins enlaissant de côté volontairement les trois quarts de leurs moyens. Nous disons les trois quarts parce que, non seulement, des deux armes qu’ils possèdent, ils n’emploient que la plus faible, mais parce qu'ils s’astreignent à rester dans une seule garde, le pied droit en arrière. Pourquoi?... <( Peut-être le premier boxeur anglais (par ordre de date) étaitil u n gaucher et a-t-il trouvé moyen de persuader à ses compatriotes que se mettre en garde à droite était souverainement ridicule. C’est aussi la raison pour laquelle les gens chauves ont un profond mépris pour la chevelure. La question est, du reste, jugée pratiquement. Un de nos jeunes prôfesseurs est allé à Londres récemment, et les deux méthodes ont été mises en présence. Le résultat a été décisif en faveur de notre compatriote. 11 l’aurait assurément été davantage si l’assaut avait été un A ce sujet, une anecdote racontée par le vaincu lui-même Un des premiers professeurs d’Angleterre s’était attardé dans les rues de Londres. 11 est heurté par un quidam. Deux ou trois jurons de part et d’autre, mais en langues différentes. Le professeur se met correctement en garde et reçoit un coup de pied. 11 tombe, se relève, se remet non moins correctement en garde, reçoit le pendant du premier coup, retombe... Mais le vainqueur avait fui, trahissant sa nationalité encore plus par son coup de pied que par son accent. Gela ne nous empêche pas de considérer la boxe anglaise comme un exercice excellent qui développe toutes les parties du corps, même... les gros orteils. Que l’on ne crie pas au paradoxe! un docteur, dont nous avons parlé surabondamment, recommandait le travail des jambes pour fortifier la poitrine. Et maintenant, terminons par une citation empruntée à un article de la Vie Sportive et signé A. G. Elle (la boxe anglaise) est contraire à tous nos principes d’escrime. Attaquer, parer et riposter, les voilà en trois mots. Or, au contraire, le meilleur boxeur anglais est celui qui peut, sans s’émouvoir, supporter le plus longtemps les coups de son adversaire. Il se pique de bien recevoir... comme une maîtresse de mai- son. Aussi s’entraîne-t-il tout particulièrement à se durcir la peau, son idéal est de l’avoir aussi dure que celle du rhinocé- ros. Il en résulte que chaque fois que je vois deux boxeurs anglais en face l’un de l’autre, pendant qu’ils se présentent réciproquement leurs figures, je crois entendre chacun mur- murer Frappe donc ! frappe bien fort ! pour que je te casse les poings avec mon nez. Joyeuse. Le Monde Sportif, du 7 octobre 1888. Faut-il ou ne faut-il pas, dans le combat sans arme, se servir des membres inférienrs, et est-il bien vrai, comme on Ta dit récemment à la Chambre, que le chausson soit canaille ? Telle est la question qui divise présentement le monde de la boxe. Monde beaucoup plus élégant, par parenthèse, que le profane ne le supposerait à première vue car, s’il n’est pas sans recéler un certain nombre de bookmakers et de garçons bouchers, il se compose principalement d’hommes d'épée, de fins cavaliers et de gymnastes émérites. La chose vaut qu’on l’examine, elle prendra bientôt un intérêt international il s’agit d’organiser pour l’exposition de 1889 un grand concours athlétique où la boxe aura sa place au même titre que la lutte à main plate, et le défi des champions français devant s’adresser spécialement aux champions américains et anglais, il importe avant tout de régler ce point épineux. De l’autre côté du détroit, le verdict est acquis d’avance. La règle du sport interdit formellement aux deux lutteurs de faire intervenir les jamhes dans le combat et de frapper au-dessous de la ceinture. Les coups doivent être portés à poings fermés, exclusivement sur le thorax et sur la tête. On sait quels terribles horions peuvent être échangés de la sorte, soit qu’ils portent sur les espaces intercostaux et paralysent momentanément le jeu des poumons, ou sous l’oreille, et qu’ils amènent l’anémie du cerveau par compression de la carotide, ou sur les yeux qu’ils aveuglent. Ce n’est donc pas un sentiment d’humanité qui fait défendre aux boxeurs anglais l’usage des membres inférieurs. 11 y a là une convention pure et simple, analogue à celle qui interdit, en France, sur le terrain, de saisir l’épée de l’adversaire avec la main gauche, ou qui fait juger défavorablement un Italien quand, au milieu d’une rixe, il tire son couteau. Et cette convention répond si bien à un instinct secret ou à un sentiment honorable, qu’on ne peut guère s’empêcher d’abord de l’approuver et de trouver plus noble, plus correct, plus régulier, l’usage exclusif des bras. Il est incontestable d’ailleurs que l’attitude et l’action de deux boxeurs, bien assis sur les jambes et se martelant le buste à poings fermés, ont je ne sais quoi de classique et de relevé, qui manque toujours un peu au coup de pied le plus lestement envoyé. C’est l’impression qu’on éprouve nécessairement, quand on a vu surtout pratiquer la boxe anglaise. On s’explique donc que des sportsmen élevés dans ce préjugé (car c’est un préjugé) aient de la peine à s’en défaire. Ils changent souvent d’avis, quand ils assistent à une lutte courtoise entre boxeurs français, et sont témoins des effets imprévus, charmants, pleins de grâce et de légèreté, qui peuvent résulter du travail des jambes. Il n’est même pas rare, dans ce cas, que la conversation soit aussi radicale que soudaine, et que les plus fins connaisseurs anglais, comme lord ï..., se déclarent convaincus de la supériorité de la boxe française. Mais il faut bien le dire, pour que cet effet se produise, il est indispensable que les lutteurs soient des virtuoses. Chez les simples amateurs, l’emploi du pied manque habituellement de maestria et prête le flanc à la critique, dans l’assaut public, bien entendu. Si l’on considère simplement la boxe comme un exercice, il en est peu d’aussi salutaire à la santé; il va de soi que le jeu des membres inférieurs ne pourra que le rendre plus complet. Et, dès lors, pourquoi s’en priver ?... Enfin, si l’on admet que la boxe est avant, tout l’art de repousser sans armes une agression brutale et soudaine, dans ce cas, l’usage des membres inférieurs n’est pas seulement naturel et logique, il est en quelque sorte obligatoire, et il serait par trop ridicule de limiter les moyens de défense. Un homme attaqué par des assassins ira-t-il s'interdire de leur casser les tibias à coups de bottes, s’il peut et s’il sait le faire?... — évidemment non. Con viendra- t-il avec ses agresseurs qu’on frappera de paî t et d’autre exclusivement au-dessus de l'ombilic? Poser la question, c’est la résoudre. L’excellent maître Charlemont, qui perpétue chez nous la tradition des Vigneron et des Lecour, est donc parfaitement en droit de dire que la boxe française reste un art plus raffiné et plus complet que la boxe anglaise. Et Théophile Gautier, qui se connaissait en sports comme en tout, a pu écrire avec raison que La boxe française est le plus beau développement de la vigueur humaine une lutte sans autres armes que les armes naturelles où Von ne peut être pris au dépourvu La méthode française a donc une supériorité évidente quand il s'agit de la lutte sérieuse, de la lutte pour la vie. Et l’assaut de salle d’armes n’ayant de sens que s’il est uiïe image fidèle du combat, il s’ensuit que des boxeurs français sont pleinement dans le droit et même dans le devoir, comme artistes et comme sportsmen, en enseignant et prescrivant à leurs élèves le travail du pied. Reste la question du tournoi internalional. Faut-il qu’ils fassent aux champions anglais la concession de limiter au buste l’aire d’activité de leurs muscles? Il semble qu'ils le pourraient sans déchoir, à la condition de réserver, dans les séances préparatoires et dans la séance suprême, une large place à la boxe française. Pourquoi ne pas stipuler, par exemple, qu’il y aura un grand prix pour l’une ou pour l’autre ? A supposer que le champion français triomphe de deux manières, sa gloire serait double. A supposer qu’il eût le dessus seulement dans l’assaut à la française, l’humiliation d’être vaincu dans l’autre serait moins amère. Et quelle plus belle occasion de montrer aux anglo-saxons la finesse et la grâce de notre méthode, dans tout son éclat?... Il va sans dire qu’il ne saurait être question de renouveler à Paris les sanglants spectacles du prize-ring anglais, et que tout devrait se régler à armes courtoises, c’est-à-dire à poings gantés. Mais quel spectacle unique et d’un intérêt superlatif, celui où les deux méthodes, en leurs représentants autorisés, se soumettraient parallèlement à l’appréciation des connaisseurs ! Ce n’est pas seulement du fin fond de l’Angleterre et de l'Ecosse, c’est de la Nouvelle-Orléans, de l’Inde et de l’Australie que les amateurs s’empresseraient à ce régal sans précédent. Les beaux jours de la salle Montesquieu seraient effacés, et les souvenirs alcyonnesques du passage des Panoramas passeraient du coup au rang des vieilles lunes. Philippe Daryl Supplément du Figaro du 13 octobre 1888. BOXE FRANÇAISE ET BOXE ANGLAISE Mon cher Joyeuse, votre dernier article sur la boxe, est, sans contredit, très intéressant, très. piquant, très amusant, mais... C’est ainsi que l’autre jour sur le boulevard m’interpellait un Monsieur qui est bien l’homme le plus aimable, le plus gracieux, le plus intelligent, le plus spirituel, le plus... Je regrette que la langue française soit si pauvre. Il s’était arrêté un instant sur le mais. — Mais quoi?... lui répondis-je... — C’est beau le patriotisme, c’est très beau ! Mais c’est comme la vertu, il ne faut pas en mettre partout. — Sans doute. — On ne doit pas l’employer mal à propos?... — Evidemment. — Et il est nécessaire que l’élévation de ce noble sentiment ne jure pas avec le fond du sujet que l’on traite. — Eh bien alors, mon cher Joyeuse, pourquoi avez-vous fourré le patriotisme dans vos coups de pied et vos coups de poing?... Autant mettre de la vertu dans les épinards. — Moi !... J’ai mis de la vertu dans... pardon. Je ne comprends pas du tout ! — Vous intitulez votre article qui a pour sujet la valeur comparative des deux boxes Bons français et bons anglais. Voulez-vous contribuera tendre les rapports suffisamment tendus déjà entre la France et l'Angleterre. — Que me chantez-vous là?. J’avais l’intention de dire quelques mots de la boxe anglaise et de la boxe française j’ai pris tout simplement pour titre Boxe française et boxe anglaise. — Eh bien, lisez. Et mon interlocuteur sortit de sa poche un chiffon de papier rose, constituant le reste du dernier numéro du Monde sportif. Je ne pus retenir un juron qui fit retourner les promeneurs et je ne sus pas arrêter un geste qui_ envoya à trois pas sur la chaussée le parapluie d’un vieux monsieur. Il y avait en effet en tête de l’article Bons français et bons anglais. — (c Prenez garde, mon cher Joyeuse, vous allez ameuter les passants. Gela ne vaut pas la peine de vous emporter. — Vous en prenez bien à votre aise. — Au contraire je suis embarrassé pour vous dire... — Vrai ! votre article est très amusant, très piquant, très intéressant, très... — Pardon vous me l’avez déjà dit. Quelle bévue ai-je encore commise ou m’a-t-on fait encore commettre ? — Voilà, moi, je suis de l’avis de mon journal, un journal très sérieux; l’emploi du pied dans le combat est un peu canaille ! — Pourquoi canaille ? — Parce que... — Dame! parce que, mon journal, qui est un journal très sérieux, dit que cet emploi est unanimement réprouvé par tous les vrais sportsmen. — Et pourquoi est-il réprouvé? — Pourquoi? pourquoi ? mais puisque tous les sportsmen.. — Alors, si le soir, un rôdeur de barrière vous envoyait un joli coup de pied chassé dans le tibia, vous vous contenteriez de lui dire, tout en prenant un maintien digne — Monsieur, l’emploi du pied est unanimement réprouvé par tous les sportsmen. — Non, je ne m’en contenterais pas. — Que feriez-vous donc ?... — J’appellerais avec énergie un sergent de ville ! — Pardon ! il n’y a pas besoin de crier, de connaître la boxe anglaise il suffit de ne pas avoir une extinction dé voix. Non, voulez-vous que je vous le dise à mon tour on répète ainsi une quantité de phrases qui n’ont d’autre raison que d’avoir été déjà répétées par d’autres avant vous. Nous ne sommes souvent que des perroquets. Si Ton en croyait une autre phrase plus ancienne encore, on n’emploierait, pour se défendre, pas plus le pied que le poing. Car on dit Jeux de mains, jeux de vilains. Cette expression du moins avait l’avantage de signifier quelque chose, au temps où les gentilshommes seuls avaient le droit de porter l’épée se battre avec un bâton ou avec ses armes naturelles, ne pouvait être que le fait d’un homme d’une classe inférieure, d’un vilain. Aujourd’hui où personne ne porte l’épée, et où tout le monde est gentleman, sinon gentilhomme, quand on vous attaque, on se défend comme on peut, avec tout ce que l’on a avec soi. Et comme, à moins d’être manchot ou cul-de-jatte, on a généralement avec soi ses pieds et ses poings si l’on sait se servir des uns et des autres, on est perpétuellement armé. — Vous avez beau raisonner, mon cher Joyeuse, puisque mon journal, qui est un journal sérieux, réprouve l’emploi du pied. — J’achèterai un revolver. — Très bien ! Seulement prenez garde de ne pas tuer un passant inofïensif ! Cela coûte très cher ! Joyeuse. Lé Monde sportif, 14 octobre 1888. LFS PEUPLES SAUVAGES LES TONGUIENS DES ILES DES AMIS Sous ce titre, le capitaine Mayne-Reid raconte, dans un de ses voyages aux îles des Amis (archipel indien), que les habitants des îles Tonga se livraient à l’exercice de la boxe, il dit Le jeu favori des Tonguiens est la boxe. — Dans les fêtes qu’ils organisent — leurs bals proprement dits, — le beau sexe joue un grand rôle et l’on peut dire que ces parties de plaisir offrent un coup d’œil unique, qui ne serait pas déplacé dans nos cercles civilisés. Leur façon de danse est réellement très élégante. L’un de leurs principaux amusements est la boxe ils se mettent Sur une longue file et à un moment donné, ils commencent le combat avec leur voisin direct. Cela vaut encore mieux que de faire la guerre avec des flèches empoisonnées, et de manger ses prisonniers. A l’occasion de l’exposition de 1889, il était question d’organiser un grand assaut international de boxe et le championnat des deux méthodes diverses boxe française et boxe anglaise. L’idée fut abandonnée, on ne sait pas pourquoi. Sur ces entrefaites, la fondation de la Ligue nationale de l’éducation physique vint donner un élan nouveau à l’enseignement de la boxe française. On sait l’histoire de ce grand mouvement national, préparé de longue date (depuis 1880) parles livres bien connus où M. Paschal Grousset, sous les pseudonymes de André Laurie et Philippe Darÿl, étudia la scolaire des divers pays et spécialement les mœurs pédagogiques de l’Angleterre, accéléré par une série d’articles mémorables du même auteur, dans le journal Le Temps articles qui exercent une influence décisive sur l’Université cette active propagande aboutit en 1888 à la création de la ligue. Tous les recteurs de France, la plupart des proviseurs de lycées et des principaux collèges, un grand nombre de pèresde famille et d’hommes éminents appartenant aux classes les plus éclairées de la nation, tinrent à honneur de s’inscrire parmi les fondateurs de la nouvelle association. Le Lendit des lycées et collèges fut institué et dès la première année, la boxe française fut inscrite parmi les divers concours de cette grande épreuve nouvelle. Le lycée Janson de Sailly puis le collège municipal Rollin, se signalèrent tout d’abord parle nombre et l’excellence relative des champions qu’ils mettaient en ligne. Le lycée de Rouen, puis le lycée Gondorcetse signalèrent bientôt parmi les plus ardents à suivre le mouvement. Aujourd’hui, la tradition est établie et la boxe française décidément entrée dans nos mœurs scolaires. Voici la liste des lauréats de boxe dans les Lendits successifs ouverts depuis la fondation. CONCOURS DE BOXE FRANÇAISE Arguello. Lycée Lakanal. 2e Prix. Gilbert. id. Dubreuil. Institution Cavé. *Duchez. 2° Prix. Dan. Lycée de Rouen. Prax Louis-le-Grand. *Roll. École Monge. *Holzschuch. Lycée Condorcet. 2e Prix. *Paulian. *Renaud J. Condorcet. *Paulian. 2e Prix. *Lecler. Rollin. Berthe. Rollin. *Siegler. Rollin. 2e Prix. *Daltroff. Condorcet. *Couchy. *Siegler. Rollin. 2e Prix. *Lecler. Rollin. *Cabrol. Rollin. *Magherini. Rollin. 2e Prix. Ducrocq. Chaptal. *Hattat. Rollin. FRANÇAISE *Hattat. Rollin. 2° Prix. *Laburthe. Rollin. *Naeder. Rollin. *Reinhardt. Condorcet. 2° Prix. Maymon. id. *Rives. Chaptal. *Chataignier. Janson. 2 Prix. *Muntz. Rollin. 3* Prix. *Darraste. Rollin. Louvet. Janson. C’est à partir de 1890, que Charlemont fils présenta ses élèves des lycées au concours du Lendit. Comme on peut le voir sur la liste des lauréats, les noms précédés d’un astérisque sont ses élèves, ils ont remporté vingt-trois prix sur vingt-neuf, tel est le résultat. JEUDI 20 DECEMBRE 1888, A 8 H. 1/2 PRECISES DU SOIR DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, SABRE, CANNE ET BATON donné par M. J. Leclerc, professeur à l’Ecole d’escrime française. Boxe française MM. Schultz, Guelpa, I. Knab, Marius, Noël, Robert, Garnier, Leclerc, Colle, C. Knab. Raynal, Lorenzi, Philippe, H. Knab, Langlois,. Jacquelard, Chauderlot, Leboucher. Sabre MM. Chauderlot, Barba. Canne WA. Quillier, Langlois, Hippolyte, Knab, J. Leclerc et E. Leclerc, son élève. En 1889, on fît l’adjonction d’une salle d’armes au cercle le Betting-Club. Charlemont fut nommé professeur on y pratiquait l’escrime, la boxe et la canne. Cet essai ne réussit pas, car 5 mois après, le cours cessait faute d’élèves. LA BOXE" FRANÇAISE Jl faut croire que lorsqu’on, s’occupe d’améliorer la race si intéressante des bêtes, on n'a plus le temps d’améliorer celle des hommes. Cest comme ceux qui croient améliorer leur porte-monnaie en allant jouer aux courses ou au baccara, ils en reviennent fort désillusionnés. Samedi 23 mars 1889, salle du Balneum, 16 bis, rue Cadet. Un grand assautd’armes estdonné aubénéfice de ^Orphelinat des arts et de la presse, sous la présidence de M. Bergès père. Les assauts d’escrime sont représentés par MM. Boitel, Gignac, Cherbouquet, Leneveu,Deydier, Decroix, Ranchoux, Bouard, Bergès fils, Lecomte, Garichon, Jéicoby, Laurent, Hazotte, Damotte, M,Ie Marcel le La boxe est représentée par MM. Leclerc, Chauderlot et Qui Hier frères Le sabre par MM. Boudier et Chauderlot Intermèdes musicaux parles Tziganes. VENDREDI-SAINT, 19 AVRIL 1889, A 8. H. 1/2 PRECISES DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE ET BATON Donné par MM. Charlemont père et fils, professeurs au Cercle artistique et littéraire et à l’Académie de boxe. MM. Pleuser, de Bruxelles, Chêne et Griessemann, de Reims, Moritz, M. Knab J. Ch. et Henri, Noël, Philippe, Massot, Jost, Richard, Liégeois, Blondel, Ruby, Robin, Lucet fils, et de Bob, le nègre, boxeur américain, professeurs et amateurs, et MM. C. V. Duchêne, Birmann, Lefebvre, Roger, H. G. Rogé, Mathiot Fernand, élèves de MM. Charlemont. Démonstration théorique et pratique de la boxe française par M. Charlemont fils et M. Mathiot Fernand, son élève âgé de 8 ans. Lucet fils. Ruby 0. B. F. Blondel, Chêne P. B. T. Robin E., Roger H. B F. Charlemont fils, Noël. B. F. Knab C., Marius M. N. Pleuser H., Richard. B. F. Lefebvre, Knab J. B. F. B. F. Démonstration. B. F. H G., Knab C. B. F. Chêne P., Knab H. B F. Knab J Chêne P. N. Griessemann, Duchêne. B. F. Massot, Liégeois. B. F. Moritz M., Birmann. B. F. Jost, Philippe. B. F. MM. J. Dugniol, Bob, le nègre, Duchêne, Jost, Rogé Légende Boxe française. B. F. Bâton, B; T. Canne, C. N. SOCIÉTÉ DE BOXEURS FRANÇAIS. La sociétédes boxeurs français a été fondée le 1er janvier 1890. Extraits des statuts: c< Art. 1er, 11 est fondé à Paris une société ayant pour but l°DedéveIopper le goût de laboxe et d’en favoriser lesprogrès; 2° L’union amicale des élèves delà saRe Charlemont et de tous les amateurs de boxe. Elle prend le titre de Sociétédes boxeurs français. — Art. 2. La société réalise son but par tous les moyens en son pouvoir et en organisant des assauts intimes et des assauts publics. — Art. 6. La cotisation annuelle est de 20 francs. Le siège social est à l’Académie de boxe, 24, rue des Martyrs. MEMBRES DU COMITÉ. MM. Dr Ménière, président, Jean, vice-président. H. Groslambert, secrétaire. J. Charlemont, trésorier perpétuel. A. Rogé, trésorier adjoint. Ch. Charlemont. San -Marin. MEMBRES FONDATEURS Belleroche (A. de), artiste peintre. Bouge, député. Bourgoin (Gh. de), avocat. Brault (Alb.), avocat. Charlemont (J.), professeur de boxe. Charlemont (Ch.), professeur de boxe Cuvillier (Eug.), artiste peintre. Daltroff (Alb.), manufacturier. Demoisson (Yalère). Groslambert (H.). Hauguet, rentier. Jean (A.). Lambourg (H.). Laitier (J.). Lefebvre (Aug.), dessinateur. Levallois (E.). Magny (A. de), rentier. Mathiot (E.), négociant. Meyenrock (C.). Ménière (E.), docteur en médecine. Motot (G.). Périn. Personne (Ai). Ponsolle (E. de), artiste peintre. Ranc (A.), sénateur. Reubens (Robert). Risler (P.). Rogé (A.), négociant. Salomon (A.). San-Marin, propriétaire. Santa-Maria (A. de), artiste peintre. CONCERT DES FOLIES DE BELLE VILLE DIMANCHE 17 AVRIL 1890a1 H. 1/2 PRECISES DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE donné par MM. Knab, professeurs. 1. Machet-Lebeaut. 2. H. Knab- Besançon. 3. Castérès-Noël. 4. Siauve- Casier. 5. Charlemont père-J. Knab. 6. Leclerc-Lescure. 7. Charlemont fils- Ch. Knab. 8. Moreau-X... 9. Philippe-Mariot. 10. J. Knab-Ch. Knab. Répétition de la théorie de canne par Ch. Knab et Ph. Knab, son élève. Intermèdes Grand quadrille excentrique par les Pulcinelli. La barre fixe par les frères Waltas’s de PHippodrome de Paris. DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE ET BATON Donné par MM. Charlemont père et fils, professeurs au Cercle artistique et littéraire, au lycée Janson de Sailly, et à l’Académie de Boxe. Démonstration théorique et pratique de la boxe française, par M. Charlbmont fils et M. M Fernand, son élève âgé de 9 ans. 1 Lambourg, Dumez. 2. Dandry, Lecocq. 3. Meyenrock. 4. C. Knab, Maurice, o. Massot,- Richard. 6. Groslambërt, J. Knab. 7. Charlemont fils, Leclerc. 8. Perré, Brault. 9. Chêne, Massot. TÛT Cuvillier, C. Knab. 11. Cuvillier E., Noël. .12. Lucet, Fernand.. 14. Moritz, Groslambert. Boxeurs anglais Edward Johnston, Jem Broode. LA BOXE A PARIS. Représentation annuelle de MM. Charlemont rue Cadet. Les combats de boxe avec prix sont des passe-temps essentiellement anglais, et bien qu’ils soient le sport par excellence de Fhémisphère occidental, bien des villes du continent ont des clubs destinés au noble sport de légitime défense. Hier soir, à la salle du Grand Orient, rue Cadet, M\I. Charlemont pèreet fils donnaient leur représentation annuelle de boxe et d’escrime, dans laquelle ils étaient secondés par leurs élèves et leurs collègues professeurs. Chacun connaît les Charlemont, car non seulement ils sont professeurs au cercle artistique et littéraire, au lycée Janson de Sailly et à F Académie de boxe, mais ils ont des élèves dans la haute société parisienne où ils sont connus de tous. Il est inutile de dire que quand le moment de commencer est arrivé, tous les sièges étaient remplis et qu’il n’y avait même plus de place pour regarder debout. Les deux ou trois premiers assauts de boxe française furent plus paisibles, mais la fine savate entre. MM. Meyenrock et Lucet furent beaucoup admirés. Ce dernier promet de devenir un fin boxeur, car ses feintes ont été excellentes, mais il est trop découvert. Deux professeurs ont combattu à la 4e reprise MM. Massot et Richard. Ce dernier possède un diabolique regard quand il est dans l’arène, et rappelle fortement Jake Kiirain. Tous deux ont boxé courageusement des pieds et des mains. Mais bien avant le laps de temps voulu, un bon coup de main gauche sur le nez de Massot fait jaillir le sang, ettous deux se retirent après s’être serré la main. Cela semble curieux aux nombreux Anglais présents, et les cris de cherchez le médecüi suivent leur retraite. Un match de canne entre MM. Knab et Maurice eut lieu ensuite, dans lequel le monsieur sans le Mac ?... fut victorieux. Ils y allaient si courageusement que une ou deux fois le public cria assez ! Ce fut une chaude affaire de coups et de ripostes et le couple se sépara au milieu des acclamations. M. Knab, frère de celui du précédent combat, professeur, et M. Groslambert, amateur, firent en peu de temps un vigoureux échange de coups de pied et de coups de poing, et quoique l’amateur eût semblé dans le début prendre l’avantage, avec une belle série de coups à gauche, il les reçut à son tour avec intérêt pour terminer. Une démonstration de leçon de boxe par M. Charlemont fils et son élève de 9 ans, provoque absolument une salve d’applaudissements, puisvient l'entr’acte. UNE CHAUDE RENCONTRE. A la reprise suivante MM. Perré et Noël donnent une autre performance de savate. C’est alors que les nombreux Anglaise! Américains présents furent surpris de ne pas voirparaître, dansla boxe anglaise, l’adversaire de M. Cuvillier, tandis que M. Reynolds, plus connu des habitués sous le nom de Billv, le plongeur, prenait le ganta sa place. Cuvillierétaitdeplusieursincheplusgrand que son partenaire le public éclate de rire quand ils se serrent la main et tombent en garde. Le Français vit cependant bientôt qu’il n’avait pas à faire à un novice, car quoique ayant un parti pins fort que lui, et dépourvu d’entraînement, Reynolds lui envoie sur la face trois ou quatre gauche et droite qui le font reculer. Rien de spécial dans cette rencontre qui fut acharnée. Naturellement Billy eutle dessous pour finir, car il ne pouvaitatteindre son adversaire, mais les applaudissements qui le ramenèrent après sur l’estrade montrèrent combien le vaincu avait été admiré. LE CLOU. Mais le clou de la soirée fut la rencontre de MM. Charlemont fils et Castérès, M. Leclerc, avec lequel le premier devait boxer, ne venant pas. Rien de plus joli que la science déployée par chacun d’eux avec leurs pieds et leurs poings. Ils étaient aussi vifs que deux singes, et même ceux qui ont vu Charles Laury, le plus agile des acrobates dans les Pilules du diable, les regardaient avec ébahissement. Une fois ou deux, il semblait queCharlemont allait avoir le dessus, mais, se rassemblant dansla dernière reprise, il renversa son adversaire. Il devait y avoir beaucoup d’autres rencontres encore, mais en raison de l’heure, nous dûmes quitter les lieux. Toute la séance avait été habilement dirigée et comme les années précédentes, il y eut un grand succès. The New York Herald. SOCIETE DES BOXEURS FRANÇAIS Programme de l'assaut d’ inauguration donné à VHôtel Continental le 17 février 1891. ORDRE DES Levallois, Perré, Paris, B. F Rogé, id. Pleuser. B. C. B. B. A, Brault, id. Gross, S. B. F. B. F Charlemont fils, id. Armstrong, B. C. B. B. A, fl? Sttn-Marin, Beauné, E. G. J. 6. Cuvillier, id. Tilbury, B. C. B. 7. Groslambert, id. Parmentier, E. G. J. 8. Gastérès, id. Leclerc, E. E. F. id. Follet, Verviers, 10. Armstrong, Tilbury, B. C. B. 11. Cuvillier, Jolit, E. G. J. 12. Charlemont fils. id. Pleuser, B. C. B. LÉGENDES S. B. F. Société boxeurs français. — B. G. B. Boxing-club Bruxelles. — E. E. F. Ecole d’escrime française. — E. G. J. Ecole gymnastique Joinville. — B. F. Boxe française. — B. A. Boxe anglaise. La salle Charlemont a fourni dans cet assaut neuf tireurs de première force; la salle Leclerc, un; le Boxing-Club de Bruxelles, trois; la Société de Verviers, un; l’Ecole de Joinville, trois. M. Pleuser est aussi un ancien élève de Charlemont. La soirée se termine par un banquet offert aux tireurs par les membres de la Société. ASSAUT INTERNATIONAL DU 22 MARS 1891 Salle Dupont, 19, rue du Pépin (local du Club). À cet assaut, il y avait 17 tireurs inscrits qui ont fourni 14 assauts, dont 9 de boxe anglaise et 5 de boxe française. MM. Simonis-Romedenne, — Tscharner- Wilkinson, — François-Follet, — Dumoulin-Wood, — Tilburg-Davis, — Pleuser-Dardenne, — Simonis- Hart, — Raes-Jônes, — Dumoulin-Osmonde, — Devenster-Wood — Tscharner-Follet, — Tilbury-Hart, — François-Dardenne, — Pleuser-Davis. Les Boxing-Glubs de Verviers et d’Anvers y étaient représentés. SALLE DES FÊTES DE L’HOTEL CONTINENTAL (Entrée, rue Rouget-de-Lisle). VENDREDI 18 DÉCEMBRE 1891, A 8 H. 1/2 PRECISES DU SOIR DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE i donné par MM. Charlemont père et fils, directeurs et professeurs à l’Académie de Boxe, professeurs de plusieurs établissements d'instruction publique Avec le gracieux concours de MM. Tscharner, professeur au régiment des guides de Bruxelles.. Delbrouwir, professeur à Liège Pleuser, amateur à Bruxelles. Leclerc, M. Moritz, Jules et Charles Knab, Piazza, professeurs à Paris Beauné, Jolit, Parmentier, Salini, Moscovino, moniteurs à Joinville-le-Pont Andrieux, Gross, amateurs à Paris Groslambert, San-Marin, Levallois, Reubens, Albanel, Fernand Mathiot, élèves de l’Académie de boxe. Démonstration théorique et pratique de la boxe française par M. Charlemont fils et Fernand Mathiot, son élève âgé de 10 ans. 1. Albanel-Beauné. 2. Jolit-Ch. Knab. 3. Reubens-Jules Knab. 4. Démonstration. 5. Pleuser-Gross. 6. San-Marin-Parmentier. 7. Levallois-Moscovino. 8. Charlemont père-Delbrouwir. 9. Charlemont fils-Tscharner. 10. Pleuser- Andrieux. 11. Leclerc-Groslambert. 12. San-Marin-Salini. 13. Tscharner-Piazza. 14. Levallois-M. Moritz. Premières prix, 5 francs. Par décret du 10 janvier 1892, de M, le Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, M. Léon Bourgeois, M. Charlemont père est nommé officier d’académie. Jusqu’à présent, c’est la première distinction qui fut accordée à la boxe, aussi nous sommes heureux de le constater, c’est la consécration intégrale, officielle de la boxe française dans l’éducation physique. C’est aussi le commencement de la fin des préjugés. Dans les premiers mois de l’année 1892, une Société de boxe a été formée à Marseille, ayant pour titre Boxing-Club de Marseille. Société française de boxe, canne et escrime. Nous extrayons des statuts Art. 1er. 11 est formé, à Marseille, une association d’amis ayant pour objet l’application, et pour but le développement du goût des exercices athlétiques, notamment de la boxe française, de la canne et de l’escrime. Ce projet, emprunté des sommités médicales et philosophi- ques de l’époque actuelle, est basé sur des considérations d'utilité publique. Il a pour fondement la conservation de l’hygiène individuelle, la foi dans le relèvement moral de la jeunesse atlachée par l’attrait d’un art revivifiant et viril ;il a pour objectif d’aider, dans de modestes limites, à la prospérité vitale et à la puissance de la Patrie. Art. 3. — Est nommé président d'honneur, M. Charlemont père, grand maître de la Boxe française professeur à la Société des Boxeurs français de Paris. Art. 9. — Sont admises spécialement pour la boxeet la canne la théorie de J. Charlemont; pour l’escrime à l’épée celles de MM. Prévost et Mérignac de Paris^ Art. 20. — M. Charlemont fils est nommé membre d’honneur. Membres du comité MM. Allard Henri, président; Allard Louis, vice-président Rieutor Ulysse, secrétaire Costabelle Ulysse, vice-secrétaire Ravaccia Jean, commissaire. Membres fondateurs: MM. Allard Eugène, Allard Henri, Allard Louis, Améglio Marius, Augias Antoine, Barielle Marius, Chave Clément, Costabelle Ulysse, Durbec Joseph, Escalière Valentin, L.-T. du Chénouax, Marion Edmond, Martin, Milhaud Henri, Nègre Pierre, Rieutor Amédée, Rieutor Ulysse, Ravaccia Jean, Valettes Jules. SALLE DU GRAND ORIENT MERCREDI 24 FÉVRIER 1892, A 8 H. 1/2 PRECISES DU SOIR. DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE, CANNE, SABRE ET BATON donné par M. Leclerc, professeur à l’Ecole d’escrime française. Boxe française MM. Loustalot-X..., — Langlois-Moscovino, — Bayle- Mayodon, — Deligny-Parmentier, — E. Quillier-Deligny, — E. Leclerc- Jolit, — J. Leclerc-Castérès, — Gharlemont fils-Gross, — O. Quillieï-Groslambert, — Chauderlot-Beauné. — Boxe anglaise: MM. Andrieux-E. Quillier. — Sabre MM. Chauderlot-Arnaud. — Bâton MM. Moscovino- Loustalot. — Canne MM J. Leclerc et E. Leclerc. Programme de l'assaut annuel donné au cirque d'été le 18 mars 1892. 1. Leclerc, E., professeur; Paulian, J., amateur, B. F. 2. Reubens, amateur; Beauné, moniteur à l’Ecole de Joinville, B. F. 3. Albanel, amateur Bayle, amateur, B. F. 4. Démonstration théorique et pratique de la boxe française par MM. Gharlemont fils et Mathiot Fernand, son élève. 3. Gross, amateur Parmentier, moniteur à l’école de Joinville B. F. 6. Mathiot, Fernand Jacques Müntz, âgés de 10 ans B. F. 7. Levallois, amateur Jolit, moniteur à l’Ecole de Joinville B. F. 8. Tarride, amateur; Leclerc, E., professeur G. 9. Rogé, amateur Paulian, A., .amateur B. A. 10. Groslambert, amateur; Moritz, M., professeur B. F. 11. San-Marin, amateur; Leclerc, J., professeur B. F. 12. Charlemont fils, professeur; Castérès, professeur B. F. B. F. Boxe française. — B. A. Boxe anglaise. — C. Canne. Compte-rendu. — La Société des boxeurs français donnait hier soir, à 8 heures 1/2, au Cirque d’été, son grand assaut annuel. Parmi les assauts de boxe française, les plus intéressants et les plus applaudis ont été ceux de MM. Albanel et Bayle, Levallois et Jolit, Moritz et Groslambert. Ce dernier, quoique simple amateur, a un jeu vraiment magistral. Nous devons citer également la démonstration théorique et pratique de la boxe française par M. Charlemont fils et le jeune Mathiot Fernand, son élève. Ce dernier a fait assaut ensuite avec le jeune Jacques Müntz, âgé comme lui de 10 ans, et cette lutte a été vraiment le clou de la soirée. La boxe anglaise a été dignement représentée par MM. Rogé et Paulian A. et la canne par MM. Tarride et E. Leclerc. Enfin la séance a été close par un der- nier assaut de boxe française entre MM. Charlemont fils et Castérès. M. Charlemont père, indisposé, assistait à la séance, mais n’a pas tiré, ce qui est assez rare. PALAIS DU TROCADÉRO Dimanche 27 mars 1892. Grande matinée et conférence pratique sur les exercices physiques en France et à l’étranger par M. Désiré Séhé, au bénéfice de l’Union des sociétés de gymnastique et de l’Union des professeurs de gymnastique de France, pour la fondation d’une caisse de secours. Tous les exercices de gymnastique en général y sont représentés. La Russie y est représentée par le patinage V Alsace- Lorraine par la gymnastique Y Espagne par la danse Y Angleterre pàv les exercices des massues; la Suisse par la lutte; la Suède par la gymnastique nationale et la France par la boxe, l’escrime et la gymnastique. LaFoxe d’ensemble, exercice fantaisiste exécuté par une section de professeurs, anciens moniteurs ou sous-officiers de l’Ecole normale militaire de gymnastique de Joinville-ie-Pont. Un assaut de boxe française entre MM. Charlemont fils et Groslambert, un assaut de. boxe anglaise par MM. Rogé et Paulian et la démonstration de la boxe française par M. Charlemont fils et M. Mathiot, âgé de 1 0 ans. L’escrime est représentée par MM. Adolphe Ruzé et Joseph Renaud. L’ACTUALITÉ Le premier boxeur du monde battu et la Nouvelle- Orléans Sullivan a trouvé son maître. — Un combat épique. — Les péripéties de la lutte. — Le nez cassé. — Un million de dollars d’enjeux. — L’Amérique enchantée. — Nouveau champion. L’athlète invincible, le rude jouteur, le boxeur qui n’avait jamais trouvé son maître Sullivan est vaincu. C’est en Amérique .l’événement qui prime tous les autres. Le vainqueur, — champion du monde désormais pour la boxe — est un californien de bonne tenue, qui eut une certaine situation dans la finance, appelé Corbett L’Amérique se^fiéjouit de son triomphe, car Sullivan était un champion insupportable, vaniteux, querelleur, et même méchant. Voilà donc pour l’humilier et l’amener à des sentiments moins glorieux. Il faisait de sa personne une estime exagérée et lorsqu’il était ivre, il fallait éviter de se quereller avec lui trente hommes une fois ne parvinrent pas à le maîtriser. Lorsqu’il donnait un coup de poing de son poing de fer à un adversaire, si le combat était sur la scène, il l’envoyait se promener dans la salle par dessus la rampe. De la force, de l'agilité, du muscle, mais ni générosité, ni délicatesse et une morgue si ridicule qu’il était devenu inabordable. Mais doué de mains énormes et de muscles résistants, on ne voulait pas croire à sa défaite, et lorsque, vers minuit, la nouvelle fut connue à New-York, on se refusait à l'accepter. Sullivan battu, c’étaient toutes les prévisions déjouées et des dollars par centaines de mille perdus. On avait parié avec frénésie. Dans les dernières vingt-quatre ou trente-six heures, il avait été mis au jeu. pour plus de 500.000 dollars. Sullivan était favori on payait 2 et 3 pour l’avoir. Le nombre des assistants à cette fête de la brutalité fut inouï l'établissement où le combat eut lieu a retiré des entrées, pour l’unique journée de ce sport, 125.000 dollars. Le combat. La bataille n’a pas été très longue, si elle a été singulièrement chaude. Elle a duré une heure vingt el une minutes et quarante-cinq secondes. La condition de Sullivan était médiocre: la noce a déprimé quelque peu ce géant il s’est présenté essoufflé, accusant un âge au-dessus du sien, quand au contraire Corbett était jeune, bien conformé, si agile dans sa boxe et si vite sur ses pieds qu’il a rappelé aux anciens amateurs l'idéal Mitchell et les beaux jours du vieux Tom-Sayers. Corbett était si vif et décochait les coups avec une telle habileté, que son adversaire n’avait pas le temps de les deviner. La fatigue arriva très vite pour Sullivan, qui suait à grosses gouttes el se démenait en pure perte. Corbelt l’eut enfin à sa merci, il le frappa sur le visage et dans Teslomac, par ce dernier coup il lui coupa la respiration. Le pauvre diable de grand champion haletait, tout penaud, Corbett était sans pitié^Chaque seconde, de son poing, il lui martyrisait le visage. Enfin, rNui écrasa le nez, qu’il lui fendit littéralement. Sullivan était méconnaissable, hideux, sa force morale l’abandonnait en même temps que sa résistance physique; on le surprenait les bras ballants, recevant les cruels camouflets sur sa figure tuméfiée. Le Californien lui infligea une humiliante punition il lui donna, sur la mâchoire, un coup de sa main gauche qui coûta à Sullivan, outre une dent, la jolie somme de 45.000 dollars et le titre de champion du monde. Le dernier coup de poing, sur son pauvre nez en marmelade, l’étendit à terre. Il tomba comme une masse et resta sur le sol, inanimé. On le traîna dans son coin, on le frictionna avec du vinaigre. Quand il rouvrit les yeux, ses premières paroles furent pour dire Est-ce que j’ai été fouetté? Quoi, c’est ce petit blancbec qui m’a fait cela! Sullivan humilié Et la foule applaudissait le triomphateur qui se redressait avec modestie, il avait reçu une douzaine de bons coups de Sullivan, mais il les portait avec sérénité il n’y paraissait pas trop. Sullivan au contraire était affreux. 11 faisait une mine d’orateur vraiment singulière lorsqu’avec sa face toute boursouflée, bleuie, tuméfiée, camarde, il s’avança pour faire un discours généreux. Je suis allé, dit-il, sur l’arène une fois de trop. Puis il se félicita d’avoir eu à combattre un aussi remarquable adversaire qui faisait à l’Amérique tant d’honneur. Mais au fond il frémissait de colère il venait d’être découronné, et c’était la courtoisie obligatoire qui lui dictait ce speèch. Son hacker, pour le remonter, déclarait que jamais Sullivan n’avait été plus en forme et que lui, Johnston, tiendrait encore20.000 dollars contre qui dénierait à Sullivan de battre qui que ce soit excepté bien entendu Corbett. cc Ce compliment parut un peu frais à l’infortuné vaincu. C’était lui avouer que sa place était au second rang, qu’il n’était plus m LA nOXFÜ FRANÇAISE qu’un boxeur comme tant d’autres. Oh cela non, c’était trop cruel, il envisagea sa déchéance et pleura comme un enfant. La presse anglaise et américaine consacra à cet événement des articles d’esprit fort grave. Tous s’accordent à féliciter Corbett d’avoir battu le record du monde, ce malheureux Sullivan qui n’aura même pas eu, pour étaler sur ses blessures et sur son pauvre nez malade, le baume des paroles consolantes.» L’ECOLE NORMALE CIVILE DE GYMNASTIQUE. En 1892, sous l’instigation de notre ami Désiré Séhé, une école normale civile fut créée dont le but était indiqué comme il suit Former des professeurs donner une méthode uniforme d’enseir gnement à tous ceux qui, à un titre quelconque, dirigent les exercices, du corps offrir à la jeunesse des écoles (Facultéde médecine, Faculté de droit, Ecole centrale des arts et manufactures, Ecoles supérieures et spéciales; le moyen de participer aux bienfaits des divers sports gymnastiques propager dans Rétablissements universitaires le g*oût et la culture des exercices physiques resserrer, par un entraînement esthétique et viril, le lien de solidarité et d'union créé par le patriotisme entre jeunes hommes de notre époque.. Un comité composé de MM. Paz, Charmeroy, Loutil, Léon Robelin et.Gustave Rey en prilla direction administrative etlescours furent confiés aux professeurs suivants MM. le Dr Bilhaut (orthopédie), le D1* Gollineau (hygiène), le Dr Damain (anatomie), le Dr Laburthe (physiologie), le Dr Wangelder (gymnastiquemédicale), le Dr Verdier(massage et hydrothérapie), et MM. Charlemont])our -la boxe et la canne, le capitaine Faber pour la marche, la course et le saut, Césari pour la gymnastique, Jamin pour l’équitation, Ad. Ruzé pour l’escrime, Léon Ville pour la lutte et P rot pour la danse. Pendant l’exercice d’essai, c’est-à-dire de novembre 1892 à juin 1893, les recettes et les dépenses s’élevèrent à environ 2000 fr. yenfin, 2036 présences furent constatées aux différents cours et conifère ricesL LA BOXE -imANÇAlSE m Il est doue permis cle croire que le second exercice* 1893-1894, aurait affirmé la fondation de l’école normale civile,' si les sociétés et associations de gymnastique n’avaient témoigna Fin différence, qu’elles manifestent d’ailleurs presque toujours pour tout ce qui se fait de nouveau. Ce n’est peut-être pas l’indifférence qui domine, mais ce qui est plus grave encore, la question d’église, de clocher et de personnes. Nous regrettons d’être obligé de l’avouer, mais dans le monde des gymnastes l’accord n’est pas toujours parfait et l’intérêt général passe, trop souvent hélas, après l’intérêt particulier. Nous avons, notre fils et nous, prêté notre concours à cette création appelée à rendre de grands services plus tard et nous ne désespérons pas de voir plus grande et plus prospère cette école normale civile, tant réclamée par les Laisné, les Paz, les de Jarry, lesSéhé, qui sera le complément de l’école normale militaire de Joinvillele-Pont et où se recruteront les praticiens et les physiologistes distingués. La séance d’ouverture des cours de l’école (exercice 1892-93) a eu lieu au siège social, Hôtel -des sociétés savantes, 28, rue Serpente, le mercredi 7 décembre 1892, à 8 h. 1/2 du soir? sous la présidence de M. Eugène Paz. Programme dè là soirée.'— Allocution du président Causerie sur les exercicesphysiques, parle DrCollineau Démonstration de la lutte française, professeur Léon Ville; Dénïonstrationde la boxe française et de la canne, assaut, professeur M. Gharlemont Démonstration de l’escrime, assaut, professeur, M. Ad. Ruzé. Le Ier février 1893, M. J. Gharlemont cède à son fil s la direction de l’académie de boxe, située, 24, rue des Martyrs (Place aux jeunes !). Gymnase municipal. Société de gymnastique, l’Avenir du XIXe arrondissement (fondée en 1880). Dimanche 3 février 1893, à 1 heure 1/2. Grande fête de gymnastique gratuite offerte à ses membres honoraires. Tombola au profit de la caisse de secours des écoles de -L’arrondissement. Avec le gracieux concours de MM. Charlemont père et fils, Groslambert, Knab frères, professeurs. Nous extrayons du programme: Boxe en section par la société; Assaut de boxe française par MM. Cbarlemont fils et Groslambert et assaut de canne par MM. Knab frères. THE GALIGNANI MESSENGER. STURSDAY Les visiteurs anglais et américains de Paris aurontce soîrune bonne occasion de voir lasavate ou boxe française dans laquelle les pieds, aussi bien que les mains, jouent un rôle important. L’assaut sera donné dans la salle des fêtes du Grand Hôtel, et au bénéfice de Charlemont père qui a si largement contribué à développer la savate et à en faire une science de légitime défense et un exercice salutaire Parmi les professionnels qui doivent nous donner ce soir le spectacle de leur habileté, citons: J. Leclerc, Lorenzi, Langlois, Castérès, E. Leclerc, Louslalot, Albert et les deux Charlemont. Parmi les amateurs les plus connus, admis ày prendre part, MM. Groslambert, Maynadié, Mayodon, Levallois, L. Georges Rogé, Deligny et Fernand Malhiot. En cédant sa salle à son fils, M. J. Charlemont abandonne la boxe d’une manière active, des raisonsde fatigue lui ont conseillé cette détermination. A cette occasion, la Société des boxeurs français, dont il est le fondateur, organise un grand assaut à son bénéfice. A cet effet le Comité adresse à ses membres, ainsi qu’à la presse, l'appel suivant: «Le Présidente! les membres delà Société des boxeurs français ont l’honneur de vous informer qu’ils organisent un assaut au bénéfice de M. Charlemont père qui prend sa retraite. Cet assaut aura lieu le vendredi 14 avril prochain, dans les salons du Grand-Hôtel. Des billets seront mis à votre disposition au siège social, 24, rue des Martyrs. Les dames seront admises. Prix des places Réservées, 10 fr. — Entrées, 5 fr. Nous ferons remarquer que c’est par exception que le. présent assaut est payant. La Société des boxeurs français donne ordinairementses assauts par invitation et par conséquent gratuits. La siciété fait bien les choses, car l’assaut donné pourM. Charlemont est sans préjudice de son assaut annuel qui aura lieu le 18 mai prochain, également au Grand-Hôtel. 1. Kepler-Foreau B. F. 3. Deligny-Groslambert 2. Larpin-Hugny B. F. 9. Mayorlon-Levallois 3. Loustalot-Baumblatt B. F. 10. Maynadié-Leniaître 4. Langlois-Rogé B. A. 11. Albert-Charlemont père 5. Müntz Jacqnes-MathiotF. B. F. 12. Rogë-Degreff 6. Jolit-Ranowitz B. F. 13 Castërès-Charlemont fils 7. Leclerc J.-Salini B. F 14. Moscovino-Leclerc E. 15. MM. Jolit et Loustalot, B. T. B. F. Boxe française. — B. A. Boxe anglaise. — B. T. Bâton. La soirée se termine par un banquet offert aux tireurs par MM. les Membres de la Société. Le vendre li 14 avril, dans les sa'ons du Grand Hôtel, baillant assaut organisé par la So -iété desBoxeurs français. M. Charlernont père, le renommé professeur, prenant sa retraite, c’est en son honneur et à son bénéfice, que l’assaut avait éléorganisé. Une des principales attractions était d'y voir tirer encore une fois celui qui fut, depuis vingt années, le maître en cette science difficile. la boxe française. Cé’ait, croyons-nous, la première fois qu’un assaut de boxe avait lieu dans le grand salon du Grand Hôtel. M. Ranc, sénateur, présidait, ayant à ses côtés M. Jean, le sympathique président de la Société organisatrice, M. le l)r Ménière. Puis MM. Roustan, commandant l’école de Joinville, Paschal Grousset, Robbe, Ch. Leroy, le comte de Luçay, Cuvillier, Charrière, San-Marin... etc... etc... m bansia. salle, cle jojies toilettes et de -jolies femmes, venues pour assister à ces luttes. courtoises, si bien faites pour mettre en valeur la vigueur et la souplesse de ceux qui s’y adonnent. Après; un premier assaut, entre MM. Forreau et Kepler, deux jeunes tireurs, lutte assez mou.vernentée,. entre MM. La r pin et Hugny, où celui-ci a montré beaucoup d’à-propos, et celui-là beaucoup de sang-froid. Assauts intéressants, entre MM. Joli F, de l’école de Joinville et Ranowitz. — M. Jolit est un tireur élégant, et ne manquant pas de coup-d’œil etentre MM. Loustaiot et Baumblatt, qui nous a paru ému de paraître pour la première fois devant un public aussi nombreux, et qui s’est laissé déconcerter un peu par un coup de poing de figure, pris dès le début, par M. Loustaiot. Un assaut de boxe anglaise mettait en présence MM. Langlois et Rogé M. Langlois manque un peu, à notre avis, de stabilité, et M. Rogé ne nous a pas semblé suffisamment entraîné. 11 y a un an environ, M. Rogé était plus vif, ét semblait, plus endurant. Viennent .ensuite, deux bambins d’une douzaine d’années, les jeunes Müntz et Mathiot, élèves to.qs deux de Charlemont fils, qui nous ont fait assister à un assaut charmant, plein de correction. Les mouvements sont bien exécutés, et quelle souplesse à cet âge, c’est surprenant ! Y brillamment dirigée par M. Goirand, et qui a droit à toutes ses félicitations poür sa correcte attitude dans cette circonstance. Le résultat de ce tournoi exceptionnel sera ce qu’il pourra être, mais, au moins, notre dignité en sortira intacte grâce aux quelques vaillants qui ne se seront point dérobés. Espérons néanmoins que les quelques heures qui nous séparent de cette soirée ranimeront certaines défaillances qui seraient qualifiées sévèrement. Parmi les amateurs conviés à tirer avec le champion national, désignons spécialement MM. Phocas, Michel Silhol, de Vuillemont, des Nolles, Franceschi, tous élèves de M. L. Allard, lejeune professeur du cercle d’escrime, qui tirera lui -même avec Charlemônt. (( Ajoutons que dans l’impossibilité absolue d’accéder à toutes les demandes qui lui ont été adressées, la commission des fêtes de notre grande société s’est vue dans l’obligation de renoncer à toute invitation. Seuls avec les membres de la presse, les sociétaires et leurs familles assisteront à ce premier assaut. ((Le séjour de Gharlemont à Marseille devant être de très courte durée nous pensons qu’une autre société sportive de notre ville saura profiter de l’occasion pour obtenir du célèbre tireur une deuxième séance qui pourrait permettre à un plus grand nombre de nos concitoyens d’applaudir l’artiste incomparable qu’est Char- «Les assauts d’armes seront dirigés par MM. Simon et David, professeurs au cercle d’escrime, dont la compétence et l’habileté sont connues. Les assauts de boxe française seront conduits par M. L. Allard, qui tirera avec Gharlemont. La fête sera clôturée par un somptueux banquet auquel prendront parties membres du cercle et leurs invités. «Nous ferons connaître à nos lecteurs les péripéties de cette soirée qui nous paraît fertile en vigoureuses émotions. CHARLEMONT A LA SOCIÉTÉ D’ESCRIME. «Jeudi dernier, a eu lieu, devant une salle d’élite, le grand assaut donné à la Société d’escrime par Gharlemont, le célèbre boxeur parisien. «Ainsi que l’avaient faitpressentir lesbruitsde la dernière heure, les défections ont été nombreuses dans le camp des tireurs de chausson marseillais. Parmi les invincibles des trains de banlieue, parmi les décrocheurs de timbale, aucun n’a eu le courage d’affronter le tireur que tous proclamaient battu d’avance, lors des réunions échauffées qui marquèrent l’introduction de la boxe française dans notre ville. Et du nombre bruyant de ces protagonistes, un seul s’était détaché depuis longtemps, simple, presque modeste; un seul qui, bravement, a marché au sacrifice pour sauver, dans sa défaite vaillante, les lambeaux fripés de la bannière. Nous parlerons de ce Gaulois. Les soirées dans le genre de celle organisée par la Société d'escrime de Marseille, à l’occasion de la venue de Charlemont, sont assez rares dans notre ville pour que les amateurs de boxe et d’escrime n’aient point profité avec empressement de cette bonne aubaine. Aussi jamais public ne fut-il mieux choisi que celui qui se pressait à cette soirée unique; public spécial, fait des seuls adeptes du sport et bien compétent pour juger de la valeur des méthodes en présence. On distinguait au premier rang des rares invités M. le général Ganonge, M. Haulpetit-Pourichon, secrétaire particulier du préfet, M. Estier, conseiller général. Nous avons également noté la présence parmi les invités et les sociétaires de MM. Ath. Vagliano, vice-président MM. Vagliano, Gounelle, Dubois, secrétaire général de la mairie, Go'irand, conseiller municipal, Ed. Roussier, capitaines Clémençon et Girolami, lieutenant Martin, Rambaud, Bourrageas, Berthou, de Wuillemont, Franceschi, Gros Vuccina, Caramano,DrsPantolani, d’Hergard, Bertrand, directeur du gymnase médical de la rue d’Arcole, Fleury, président de la Gauloise Coulbant, Gauthier, Yiannay, nos confrères Gaspard, Bailly, Y. Gombarnous, Janet et notre directeur. N’oublions pas de citer encore le dévoué secrétaire M. Guiral qui, avec M. Chabron, ont veillé avec un soin tout particulier à la bonne réussite de la réunion. La séance était présidée, comme aux grands jours, par le sympathique M. Melchior-Roussier, président du cercle. Le programme annoncé par M. Chabran, l’aimable et distingué secrétaire, s’est déroulé dans l’ordre suivant Entre M. Simon, l’habile professeur du cercle et M. Eschmann, amateur, assaut de fleuret au cours duquel se sont affirmés une fois de plus le talent du maître et le mérite de l’élève, très en progrès. Assaut très remarqué de boxe française entre MM. Michel et Silhol, membres du cercle, élèves de M. Allard, qui ont révélé de réelles qualités, paralysées par un trac très légitime. Assaut de chausson entre MM. Gauthier et Rastoul, professeurs aux amis des arts, qui ont déployé toute la gamme des évolutions classiques, en des fantaisies pleines de souplesse. Un peu déconcertés par le luxe des pirouettes qui forment la base de l'antique méthode, les spectateurs ont paru apprécier le baiser de paix de clôture donné vigoureusement des bras en losange. Que de peines et de temps perdu dans l’application de cette mise en scène, que l’on pourrait si utilement remplacer par des principes sérieux et vraiment pratiques! Néanmoins les applaudissements fort nourris de l’assistance ont prouvé aux tireurs consciencieux que la chorégraphie bien réglée trouvera toujours des amateurs avides d’un paisible délassement. c< Ont ensuite fait un assaut de boxe française, MM. Franeeschi, prévôt, et Garvin, qui mériterait de l’être tant était grande son assurance et réfléchi l’à-propos de ses ripostes aux attaques bien dirigées de son adversaire. Un autre assaut de boxe française entre M. Allard, professeur au Cercle, et M. Vincent, professeur à l'École de la rue d’Arcole, a préparé les amateurs aux émotions ultérieures de la grande rencontre. Le jeu habile de M. Vincent, qui est médaillé de Joinville, se ressent incontestablement des emprunts faits à l’école de Charlemont. Aussi sa méthode pourrait-elle servir de transition entre le chausson marseillais et la boxe française dont la supériorité se dessine d’une manière frappante dans les phases de cet assaut sérieux. Les feintes savantes de M. Allard, ses attaques bien combinées et ses ripostes remarquables de vitesse et d’effet ont soulevé à plusieurs reprises l’enthousiasme de l’assistance. A signaler spécialement le succès de ses coups d’arrêt dont le résultat pratique suffirait à lui seul pour justifier l’efficacité de cette méthode. C’est maintenant le tour à Charlemont. Alerte, l’œil perçant, le torse merveilleusement musclé. Charlemont présente le type du tireur d’assaut dans toute sa virilité son air mâle et assuré, est impressionnant. Il s’avance et déjà un frisson secoue les spectateurs. On sent qu’il va se passer là quelque chose d’inédit. Son adversaire est M. Ginoux. Grand, bien découplé, parfait de structure, il dégagede sa personne cette impression assurante de vigueur et d’adresse que l’on éprouve sur nos quais, dans le voisinage des portefaix robustes, des chargeurs infatigables dont le personnel se recrute parmi les plus beaux enfants de notice vieille cité. Les préparatifs s’achèvent dans un religieux silence. Après le shake-hand traditionnel, Ginoux croit devoir demander à son adversaire quelles seront les règles à observer. Un peu étonné, Charlemont répond «Tirez selon votre jeu, je ferai selon le mien. La parole brève du maître accentue l’émotion de rassemblée. Les champions tombent à peine en garde, que Ginoux, emporté par un élan impétueux, lance un coup de pied de figure qui vient loucher le front du maître. Une seconde de stupeur immobilise l’assistance. Ginoux, lui- même, s’arrête, médusé, et comme inconsciemment demande à son partenaire si le" coup porté lui a causé quelque dommage. Soit adresse, hasard ou simple ruse du maître, qui voulait peut-être se donner l’excuse d’une terrible victoire, le coup de Ginoux avait sa valeur, mais la question était une maladresse avec un champion comme Charlemont, martelé par des chocs de mille tournois, invulnérable sous sa triple cuirasse de muscles, et qu’un revers de figure ne pouvait même faire sourciller. Le moindre des initiés proclamera sans hésitation que ce coup à effet est sans résultat appréciable entre tireurs tant soit peu éprouvés. Mais il est toujours vrai que la femme de César ne doit point être soupçonnée, et Ginoux, sur le tard, dut le comprendre au plissement significatif de paupières qui fut la réponse du tireur parisien. C’est alors que l’assaut commence véritablement. Ramassé comme une panthère, Charlemont bondit et part d’un terrible coup de poing de figure pris en sautant sur l’attaque de l’adversaire, et comme celui-ci n’annonce pas l’attaque est doublée et triplée d’un coup de poing de revers et d’un violent chassé au flanc. Et c’est une suite ininterrompue de feintes pressées, d’attaques rapides et de ripostes inattendues les coups se succèdent déconcertants par leur élan et leur rudesse. Le poing du champion parisien s’abat comme une masse sa jambe, puissante comme une catapulte, se détend et, enlevant l’adversaire, le projette contre le mur heureusement matelassé. Pendant quelques minutes, l’assemblée haletante assiste à cette furie endiablée qui ballotte l’homme, l’accule, le presse, le réduit jusqu’à ce qu’un coup plus pesant l’amène à demander un armistice que chacun allait réclamer pour lui. On entraîne Ginoux dans une salle voisine, on le réconforte avec de chaudes paroles et un cordial énergique les sympathies éveillées par son courage l’assaillent de tous côtés, et notre âme du Midi, qui va aux vaincus et aux braves, s’ouvre entière à ce vaillant que les siens ont abandonné. Pour lui permettre un repos nécessaire, le programme est continué. Nous assistons successivement à un assaut de canne très gracieux entre MM. Arnaud et Rocques, professeur aux Amis des Arts, à un assaut d’escrime très remarquable entre MM. Bourrageas et Caramano, du cercle d’escrime, deux tireurs pleins d’avenir à un assaut de sabre entre M. David, professeur à la société et M. Goirand, directeur des Amis des Arts, lequel assaut a mis en relief, comme toujours, les qualités exceptionnelles de M. David et la vigueur étonnante de son partenaire. Un assaut de boxe entre M. Phocas, élève de M. Allard, et M. Rastoul, professur à la Société les Amis des Arts, a démontré une fois de plus la supériorité de la boxe française sur la savate. M. Rastoul, qui s’est bien défendu, a néanmoins été battu par son partenaire qui compte à peine quelques mois d’école. A ce moment a lieu la reprise entre Charlemont et Ginoux. Il semble que le maître veuille se faire pardonner son éclatant triomphe, mais malgréses efforts, son art l’entraîne. Bientôt, le champion reparaît et après quelques phases des plus brillantes, où les prises de pied et les coups d’arrêt ont remué les spec- tateurs, la défaite du chausson se poursuit et s’achève lamentable, irrémédiable et sans retour. La salle, soulevée malgré elle, acclame longuement les tireurs, et dans l'ovation que Ton faitau vainqueur calme etdigne, des félicitations s’adressent au vaincu dont la défaite fatale n’aura pas été sans honneur. Enfin, après un assaut entre Charlemontet M. Rastoul, dans lequel celui-ci a subi le même sort que le précédent partenaire du maître, la soirée s’est terminée par un assaut de boxe française entre Charlemont et son brillant élève, professeur au Cercle d’escrime, M. L. Allard. Fidèle à ses principes d’impitoyable sévérité, le maître n’a pas eu pour le disciple les égards qu’on en pouvait attendre. C’est avec la même fougue que l’attaque s’est développée, tenace,vigoureuse, harcelante, conduite avec un jugement, un coup d’œil merveilleux, une autorité surprenante; elle a été intéressante au plus haut degré entre tireurs de même école, dont on pouvait suivre le jeu. M. Allard s’est prodigué dans cette rencontre, avec les qualités personnelles qui le classèrent à la tête des tireurs de notre ville, quand il donna son premier assaut qui fut le premier coup porté à l’ancienne méthode. Ce qu’on aadmiré le plus, avecsa grâceélégante degentleman, c’est la précision de ses attaques, la vivacité de ses ripostes et son jugement de tireur lui permettant de déjouer les feintes de son terrible adversaire, lequel peut être fier de son élève à tous les points de vue. Et maintenant un dernier mot. L’assaut de Charlemont à Marseille aura été l’oraison funèbre de la savate. Qu’elle repose en paix profonde parmi les gloires ancestrales qui illustrèrent notre Phocée.La tâche par elle accomplie fut assez longue et assez honorable pour que nous en puissions tirer vanité. C’est d’elle que naquit d’ailleurs la boxe française, et ce titre seul lui mérite tous les égards. L’événement survenu est d’une logique banale le sport a suivi l’évolution lente de toutes les choses, les lois fatales du pro- grès. A l’œuvre donc! que l’exemple donné par Charlemont nous soit profitable travaillons à nous améliorer et souhaitons que l’an prochain, Marseille puisse présenter au maître des champions dignes de lui. Louis Delajante. Le Midi-Sport, 13 janvier 1897 (Journal de Marseille.) BOXE Gros succès pour l’assaut donné par Charlemont à Marseille, sous les auspices du cercle de l’escrime. Son adversaire M. Ginoux, insuffisamment préparé, n’a pasoffert de résistance sérieuse au champion dont les passes ont été fort applaudies. Figaro, dimanche 17 janvier 1897. l'escrime française BOXE Charlemont à Marseille. La mort de la savate. La victoire de Charlemont sur M. Ginoux est un grave événement dans l’histoire de la boxe c’est la victoire de la boxe française sur le chausson marseillais. Ainsi s’exprime notre confrère Louis Delajante du Midi-Sport. La boxe française vient d’enjamber des siècles de routines et d’ignorance: Charlemont vient de mettre au grand soleil du midi la puissance et la clarté d’un art où il a conquis la maîtrise, à force de volonté, de temps et de travail. M. Ginoux ferait sans doute un boxeur de talent sa défaite n’est donc pas personnelle, c’est celle d’un préjugé, d’une erreur, et il faut lui savoir gré de l’avoir courageusement affrontée. «Désormais, Marseille renonce au chausson et à la savate et saura nous donner des boxeurs. Cette tâche lui sera facile avec un professeur comme Allard, élève de Charlemont, fidèle disciple au- tant que sérieux adversaire. L’assaut de boxe française entre le maître et l’élève était bien un assaut de maîtres. L’Escrime française, dimanche 24 janvier 1897. FÊTE A LA SOCIÉTÉ D’ESCRIME A l’occasion du passage de Charlemont, le célèbre boxeur français, champion du monde, la société d’escrime avait organisé, avant-hier soir, une brillante fête à laquelle assistait l’élite denotre société marseillaise. Divers invités, parmi lesquelsM. le général Canonge, ont chaleureusement applaudi aux intéressants assauts qui se sont succédé. Inutile de dire que les assauts de boxe auxquels a pris part Charlemont ont particulièrement soulevé les bravos de la salle entière, véritablement émerveillée de la vigueur habile déployée par le célèbre boxeur. Le Petit Provençal du 9 janvier 1897. BOXE La Société d'escrime de Marseille vient de donner son premier assaut de boxe française. Quelques tireurs de chausson marseillais etplusieurs élèves d’Allard, ancien prévôt de Charlemont, prêtaient leur gracieux concours à cette fête. Le clou de la soirée était* l’assaut de Charlemont avec un champion marseillais. Inutile de dire qu’on a eu toutes les difficultés du monde pour trouver un adversaires Charlemont et que l’excellent professeur n’a pas eu de peine à démontrer la supériorité de sa méthode de boxe française sur le chausson marseillais, qui consiste surtout en coups de pied tournants. Charlemont a exécuté sur son adversaire ses merveilleuses séries de temps, qui font de lui le redoutable tireur que l’on connaît. Paris-Vélo, dimanche 17 janvier 1897. ATHLETISME Boxe. — Le chausson a vécu et c’est Charlemont qui lui a porté le coup mortel au cercle de l’escrime de Marseille. Tout ce que la ville compte d’amateurs de sport était présent et si l’on a admiré le courage de M. Ginoux qui a osé se mesurer avec un pareil adversaire, il faut constater que sa défaite et celle de l’art spécial qu’il professe ont été lamentables. Ce n’est qu’à Marseille que l'on peut voir des triomphes, bien mérités du reste, car il a littéralement joué avec son adversaire, que l’on avait mené au combat après force hésitations de sa part. Il faut rendre à M. Ginoux cette justice que, sur la grande quantité de tireurs qui devaient, en principe, ne faire qu’une bouchée du boxeur parisien, il est le seul qui ait osé l’affronter. Echo de Paris, 18 janvier 1897. D’autres comptes-rendus ont aussi été publiés dans le Petit Marseillais et le Soleil du Midi, du 9 janvier 1897, dans le Mondain du 13 et la Vie Marseillaise du 16 du même mois. BOXE Le match de boxe organisé le 17 janvier, à 2 heures 1/2, au Casino de Saint-Pierre par M. le professeur Albert Killmann, avec le concours de MM. les professeurs P. Vigny, Nanche, Lambert, et de plusieurs amateurs distingués, a brillamment réussi. Dès 1 heure 1/2, la grande salle du Casino semblait trop petite pour contenir les nombreux amateurs de ce sport si goûté, et le programme alléchant de nos aimables professeurs promettait d’être exécuté devant un public nombreux et sélect. Remarqué dans la salle M. Gardiol, un ancien tireur de la vieille époque, M. Tbomeguex, un escrimeur parisien, universellement connu, de retour du Transvaal... etc., etc. Dans la première partie, assaut d’escrime entre MM. Nanche et Vigny, professeurs. Après un mur exécuté à la perfection ces messieurs sont tombés en garde et ont croisé le fer. M. Vigny attaque surtout par des coups droits très vites tandis que M. Nan- che, par un jeu serré et un doigté merveilleux, avait les parades franches et d’excellentes ripostes deux adversaires de grande qualité qui ont vu leur jeu savant accueilli par les bravos de la foule. Nombreux applaudissements aussi à l’assaut de boxe anglaise entre les jeunes Favre, élèves de Killmann. Les luttes suisses et libres entre quelques-uns de nos meilleurs gymnastes ont été accueillies par le public avec une grande satisfaction malheureusement le plancher ne se prêtait guère à ce genre d’exercice. Le n° 4 du programme, qui sans contredit a été le clou delà matinée, annonçait un match de boxe anglaise entre les professeurs Killmann et Vigny. Dès leur entrée dans le ring, les matcheurs sont salués par les applaudissements de nombreux spectateurs et amis impatients d’assister à ce match sensationnel. Dans le premier round, rien de saillant les deux adversaires, s’attaquant mutuellement, font de jolis coups les parades de M. Killmann sont particulièrement remarquées. Dans le second round, les coups sont plus vites, plus serrés le match change d’allure après un magnifique coup de revers de M. le professeur Vigny. M. le professeur Killmann commence une charge qui soulève l’admiration de la salle et termine par un coup de poing direct envoyé de main de maître, qui met pour quelques instants M. Vigny en état d’infériorité marquée, aussi, quand commence le troisième round, le public voyant un peu de sang, réclame-t-il la fin du match qui se termine sur cet incident. Pour terminer, assaut à l’épée de combat entre MM. Hanche et Vigny. On doit lui sayoir’gré de venir se mettre en ligne après un assaut aussi passionnant que celui de boxe qu’il vient de soutenir nous assistons alors à une passe d’armes, selon toutes les règles de l’art, régal des yeux, disait quelqu’un près de moi, et le mot était juste, car nos deux professeurs, en artistes consommés, nous ont tenus sous le charme de leur courtoisie parfaite et de leur science élégante. Puisse le succès de cette matinée les engager à nous ouvrir bientôt de nouveau les portes du casino. A. La Pédale Genève, 20 janvier 1897. Le dimanche 24 janvier 1897, à 2 heures très précises. Fête d'inauguration du Stand de la Société de tir des amateurs français, 8, rue Glairaut, avenue de Clichy, sous la présidence du colonel Périer, membre d’honneur de la société. Exercices, équilibres, lutte, boxe et escrime. La boxe française est représentée par MM. R. Laburthe, Loriot, Mainguet, Gbabrier et Leclerc, ce dernier, absent, n’a pas tiré. Académie athlétique, 23, rue des Boulets, grand assaut athlétique donné par M. Noël (le Gaulois), le samedi 30 janvier 1897, Grandes luttes, exercices de force, assauts d’escrime, de boxe et de canne. ACTUALITÉ La fusion avec le cercle de V escrime. Aménagement unique. Charlemont père professeur Le sport de la boxe — et particulièrement la boxe française — a pris en certaines années une extension qui étonne même ses plus anciens partisans. 11 n’y a pas bien longtemps cet exercice était encore vilipendé par ceux qui, naturellement, en ignoraient les règles les plus essentielles. On le confondait généralement avec le pugilat, ou même avec l’ancienne savate que l’on pratique encore à Marseille. Quant au monde de l’escrime, il professait pour la boxe française un dédain qui n’était pas exempt de jalousie. Aujourd’hui tout est changé. Les salles de professeurs de boxe, peu fréquentées à l’époque, comptent à présent de nombreux élèves. Charlemont fils, Gastérès, les frères Leclerc, ne savent plus où donner de la tête, et du matin au soir ils se multiplient aidés de leurs prévôts, pour apprendre à quantité de néophytes l’art de donner des coups de poing et des coups de pied et de ne point en recevoir. Quant aux escrimeurs, non seulement ils ne méprisent plus la boxé, mais nombre d'en Ire eux la pratiquent concurremment avec le fleuret, l’épée et même le sabre. Aussi annonce-t-on pour cet hiver des assauts mixtes où nous verrons se succéder, sur la planche, escrimeurs et boxeurs et, — nouvelle plus sensationnelle encore — la Société des boxeurs français vient, elle, de fusionner avec le Cercle de l’escrime. La S. B. F. pour employer l’abréviation admise dans le langage sportif, est, en quelque sorte, la société d’encouragement au sport de la boxe. C’est-à-dire qu’elle ne protège pas de coterie, et qu’elle est accessible à tous les amateurs de cet exercice. Fondée en 1890, avec les meilleurs éléments de la salle Charlemont père et fils, elle vient d’afficher son indépendance en s’installant chez elle, au cercle de l’escrime. C’est là, rue Taitbout,en plein centre de Paris, que la S. B. F. va occuper un local dont l’aménagement sera non seulement luxueux, mais tout à fait nouveau. Nous y pénétrâmes hier par l’entrée particulière qui donne sur le grand escalier du cercle. Nous nous dispensons de la description du vestiaire, des lavabos, douches, etc. Arrivons tout de suite à la salle de boxe qui est de grandes dimensions. Très haute de plafond et éclairée à l'électricité, elle est beaucoup plus aérée que les salles de boxe ordinaires. Mais ce qui en constitue le clou, est le capitonnage épais qui en recouvre les murs jusqu’à une hauteur de lm70. Ce perfectionnement tout nouveau permettra aux tireurs du club de s’envoyer dinguer »isans risquer de recevoir des gnons sinon dangereux, du moins désagréables ! Une terrasse en plein air continue la salle elle sera aménagée de façon à pouvoir y faire assaut lorsque la douceur de la température le permettra. En dehors de ce magnifique local, les membres de la Société des Boxeurs français jouiront de tous les avantages offerts aux autres membres du cercle de l’escrime. Ils auront notamment accès à cette brillante salle d’armes du cercle, où, en dehors des professeurs Hottelet, Mégie, Midlair et Anjalbert, l’on voit tirer chaque jour les plus fines lames du monde car la salle est le rendez-vous des tireurs étrangers ou provinciaux de passage à Paris. Pini s’y entraîne en ce moment tous les jours en vue de la campagne qu’il doit fournir cette année. Mais revenons à la S. B. F. Quel sera, direz-vous, le professeur delà salle? Oh! mon Dieu, la Société eût pu tomber plus mal, car elle a tout simplement choisi J. Charlemont père, c’està dire l’homme qui a codifié la boxe française et en a fait Part véritable, qu’elle est actuellement. Cinquante ans — (il ne les parait pas) — la figure martiale, mince et élancée comme un jeune homme, le célèbre professeur a gardé une grande souplesse. La goutte l’a cependant attaqué, mais elle ne le terrassa point. Le Mérignac de la boxe sera donc le directeur dé la salle des boxeurs français c’est dire que l’on y respectera les règles de l’Académie la plus pure. Quant à Charlemont fils, le si digne fils de son père, il continuera à présider avec sa maestria ordinaire aux destinées de la salle de la rue des Martyrs. Car, nous ne saurions trop insister, la Société des Boxeurs français ne s’érige pas en concurrence des salles de boxe existantes. Ce sera au contraire, un terrain neutre où les élèves de tels et tels professeurs pourront se rencontrer. Ils seront conviés aux assauts intimes pour lesquels il a été voté un budget important. Ceux-ci auront lieu dans la grande salle d’armes du cercle qui peut contenir cinq cents personnes. Puis viendront les grands assauts, entre autres celui du cirque des Champs-Elysées. Celui-là — signe des temps — sera mixte, c’est-à-dire composé de numéros de boxe et d’escrime, ce qui permettra de ne convier que l’élite des tireurs. Avant de clore cet article écrit à la hâte, il s’agissait de ne pas rater un tuyau aussi sensationnel — parlons un peu de la composition de la société qui, malgré sa fusion avec le cercle de l’escrime, garde son autonomie. Président A. Rogé vice-président C. Ranowitz secrétaire G. Baumblatt, un actif entre les actifs membres du comité MM. O. Robbe, un des fondateurs de la S. B. F., Signoret, Groslambert, Stock, G. Brettmayer. Parmi les quatre-vingts membres, citons A. Ranc, sénateur, un grand partisan de la boxe; Paschal Grousset, député, baron de Fréederickz, Faucher d’Otrante, Reubens, Paoli, San- Marin, etc... Gageons que le chiffre des membres de la société va doubler, tripler même cette année, et cela pour le plus grand bien du sport dont elle s’est chargé de diriger les pas. 0. Parivel. Paris-Vélo, l«r février 1897. CERCLE D’ESCRIME DE VERVIERS Salle du manège, dimanche 14 février 1897, à 7 heures 1/2 précises, grande fête d'ar mes, sous la direction deM. Hanlet, professeur du cercle, avec le concours de MM. Charlemont, Fr. Thirifays, A. Paul, J. Evearerts, E. Hicter, J. Falise, J. Hanlet, H. Litt, H. Barthélemy, G. Verhaert. Sous la présidence de M. Chinval, major de la garde civique de Verviers, assisté de MM. Bonhomme, A. Henrion, D. Adolphy, également officiers de la garde civique de Verviers. L’assaut se composait d’exercices d’escrime au fleuret, au sabre, bâton, canne, boxe française et anglaise et d’escrime à la baïonnette. Ci-joint les comptes-rendus de la presse verviétoise. CERCLE D’ESCRIME 11 fallait que le Cercle d’escrime, de fondation récente, et qui ne s'était encore répandu dans le publié que par des manifestations très intimes, s’imposât par une grande fête à même de démontrer sa vitalité et de prouver l’esprit d’initiative animant ses membres. a Un public extraordinairement nombreux se pressait hier au manège. Il y avait foule, et foule compacte à toutes les places, malgré la concurrence d’autres fêtés de genre similaire. Nous n’avons pas, à notre connaissance du moins, le souvenir d’une salle aussi bondée. On s’y écrasait et tout ce monde pourrait aussi donner la mesure des sympathies dont ne manque pas de jouir le cercle organisateur, et prouver combien reste considérable sur les foules l’attrait du nom du boxeur célèbre, M. Charlemont. Nous regrettons de ne pouvoir ici signaler que les numéros d’importance première, parmi lesquels nous aurons à citer notamment l'assaut de fleuret de MM. Thirifays et Hanlet, l’assaut de sabre de MM. Hicter et Vandendoren, deux travaux d’ensemble, l’escrime aubâton par les élèvesdu cercle et àla canne par les membres. Ces deux numéros de ce programme corsé sont notamment à citer. a Pour terminer la première et la seconde parties, M. Charlemont devait faire assaut avec MM. F. Hanlet et H. Litt. M. Charlemont est loin d’être; à Verviers, un inconnu. Nous avons eu, il y aura bientôt deux ans, l’occasion d’apprécier les brillantes qualités qui distinguent ce maître delà boxe française. Le souvenir de deux parties de boxe remarquables avec MM. Dardenne etHonnayest resté dans la mémoire de nombreux amateurs. M. Charlemont est ainsi resté le tireur hors ligne que nous avons connu, méthodique et calculé, doué, outre d’une adresse remarquable, d’une force musculaire énorme. Dans les assauts que Charlemont a eu à soutenir, contre d'abord M. H. Litt et ensuite M. Hanlet, il est resté le virtuose du coup de poing, déjà fort avantageusement connu. M. Litt a fait de vaillants efforts pour soutenir, contre M. Charlemont, une remarquable partie de boxe, M. Litt, qui n’avait pas froid aux yeux, n’est pas seulement resté sur une défensive honorable, en somme, mais a eu quelques beaux coups de riposte et d’attaque. On ne peut donc que le louer pour l’attitude qu’il sut conserver devant le champion français. Avec M. Hanlet, M. Charlemont avait à faire à un adversaire rompu au métier. M. Charlemont a eu l’occasion ainsi de témoigner sa grande agilité, en risquant, avec M. Hanlet, son fameux coup de pied qu’il a porté par deux fois à la tête de son rival. Nous aurons à signaler encore deux beaux assauts de fleurets entre MM. Alf. Paul et J. Everaerts, de Liège, et entre MM. Falise et Hicter une très intéressante partie de boxe anglaise entre MM. Batta et Vandendoren et un bel assaut de canne, qui a fait valoirtoute la souplesse et l’agilité surprenantes de M. Jean Hanlet, entre ce dernier et M. G. Verhaert, un amateur de belle force.» Journal du jour, de Verviers, 15 février 1897. Escrime. — L’art de faire des armes compte encore d’innombrables adeptes. Nous avons pu en juger hier par l’engouement qui s’est manifesté pouf la fête que le cercle d’escrime, de fondation récente, organisait au manège. Ce dernier, dès 7 heures, était comble jusque dans ses moindres recoins, depuis le rez-de-chaussée jusqu’au cintre et, pour un peu, la foule, qui grossissait sans cesse, envahissait la piste. Il est vrai que les organisateurs s'étaient assuré le concours d'un fort ténor exceptionnel qui, il y a deux ans, avait laissé un souvenir inoubliable à Verviers M. Charlemont fils, professeur à l’Académie de boxe à Paris. cc Plusieurs autres tireurs et boxeurs de renom devaient aussi contribuer au succès de la fête. Celle-ci s’est ouverte à 7 heures 1/2. MM. Chival, majordela garde civique, préside aux assauts; il a comme assesseurs MM. A. Henrion, capitaine honoraire, et D. Adolphy, lieutenant adjudant-major de notre milice citoyenne. Le premier numéro est sensationnel. Le professeur F. Hanlet présente quatre élèves trois de ses enfants, dont l’aîné a 12 ans et le cadet, aux cheveux bouclés retombant sur ses épaules, a 6 ans. Lejeune Hausenne, âgé d’une douzaine d’années, complète ce charmant quatuor. Dès la première leçon de bâton, le public est émerveillé par lacrânerie et la précision, l’agilité de ces tireurs-miniatures, qui, plus tard, fournissent encore un ensemble surprenant dans des exercices à la baïonnette. Aussi sont-ils applaudis avec frénésie. Se succèdent ensuite plusieurs assauts de fleuret, de sabre, de boxe française, de canne, de boxe anglaise, qui nous permettent d’apprécier l’élégance, la robustesse, la souplesse de plusieurs maîtres et prévôts d’armes de Liège et de Verviers et de quelques amateurs de notre ville. M. G. Thirifays, professeur au cercle littéraire de Liège, a montré une grande correction et un doigté superbe dans son assaut contre M. F. Hanlet, l’excellent professeur verviétois, dont on a si souvent apprécié les hautes qualités. M. Vandendoren, a accusé beaucoup de fougue dans une lutte d’estoc et de taille contre M. Hicter, qui manie le sabre avec aisance. MM. J. Delatte et Deby qui développent très bien ont été très heureux dans leur assaut de boxe française. M. J. Everaerts, de la salle Thirifays de Liège, s’est montré le digne élève de son maître contre M. Jean Hanlet, doué d’uneénergie extraordinaire. La boxe française fournie par MM. H. Barthélémy et G. Verhaert, a aussi été très intéressante; tous deux sont adroits et agiles mais manquent un peu de théorie. M. Alfred Paul, adjudant, professeur au 8e régiment d’artillerie à Liège, possède une magnifique main et beaucoup de sûreté il nous l’a prouvé dans son assaut au fleuret contre M. Everaerts. Quant à M. J. Falize, de notre ville, il a remporté un des plus beaux succèsde la soirée il excelle surtout dans les contre-ripostes. Son adversaire au fleuret, M. Hicter, a fait montre de beaucoup de connaissances un bon entraînement lui siérait bien cependant. Dans la partie de canne, M. Verhaert, très agile malgré sa forte corpulence, connaît très bien le maniement de son arme, mais pèche par l’excès du jeu; la belle lui a été vaillamment disputée par M. Jean Hanlet, dont la supériorité a été incontestable. Dans une leçon de fleuret avec son élève, M. F. Hanlet a savamment et clairement exposé sa méthode. MM. J. Batta et Vandendoren ont prodigué beaucoup de vivacité et de chaleur dans une partie de boxe. Enfin nous arrivons aux deux numéros émouvants, les assauts auxquels le champion du monde participe. Tout d’abord M. Charlemont a comme adversaire M. H. Litt, un jeune prévôt verviétois. Le tireur français est resté à hauteur de sa réputation uni- verselle, sa méthode fait école d’ailleurs M. Charlemont est âgé de 35 ans, c’est un homme de stature moyenne, très bien découplé et doué d’une force herculéenne et d’une souplesse surprenante. Il est de tempérament froid, son regard est fascinateur. Il devine tous les coups que son adversaire peut lui porter et développe admirablement ses coups sont un peu rudes toutefois et ses partenaires doivent souvent en conserver des souvenirs. Empressons-nous de dire que M. Litt s’est très vaillamment comporté devant un adversaire aussi redoutable et les deux boxeurs se mesurant pour la première fois ont dû, de part et d’autre, tâter le terrain par des feintes qui précèdent les coups. Cette partie, des plus animées, s’est terminée par une magnifique passe de coups de pied croisés aussitôt parés et ripostés. MM. Charlemont et F. Hanlet terminaient cette joute superbe par une brillante partie de boxe française qui a été trop courte malheureusement; M. F. Hanlet, professeur du Cercle d’escrime, avait dirigé toute la fête et paraissait fatigué. Néanmoins les attaques et rispostes étaient promptes les feintes de coups bas de jambe, notamment, étaient très bien évitées de part et d’autre. De chaque côté il y eut des touches. Les coups étaient parés avec une remarquable adresse par les deux champions et la série de coups de pied en pivotant, les croisés et les coups de poing ont soulevé l’enthousiasme des connaisseurs. Cette fête constitue un éclatant succès pour le cercle d’escrime, dont la fondation remonte à un an à peine les élèves qui ont été produits ont accusé une capacité très appréciable qui nous promet d’excellents tireurs pour l’avenir. Nous apprenons qu’au cours de la soirée intime qui a eu lieu après la fête, au local du cercle de l’escrime, au rez-de-chaussée de l’Emulation, M. Charlemont a été proclamé membre d’honneur du Cercle, titre que le champion français a accepté avec plaisir. L’Union libérale de Verriers 15 février 189T. Cercle de l’Escrime, 9, rue Taitbout, 9. ASSAUT DE BOXE FRANÇAISE ET ANGLAISE Donné le 28 février 1897 Sous la présidence d’honneur de M. Paschal-Grousset Réputé, de la Seine. 1. M. Lachâtre, amateur, membre du Boxing-club de France, — M. Vidai, moniteur, à l’Ecole de Joinville. B. F. 2. M. Agié, amateur, élève de M. Albert, — M. Loriot, amateur, élève de Charlemont fils. B. F. 3 M. Van-Roose, amateur, membre du Boxing-club de France, — M. Gros, moniteur à l’école de Joinville. B. F. 4. M. Levallois, amateur, vice^présid. du Box. -cl. de France, — M. Cha- brier, prévôt, à l’académie de boxe Charlemont. B. F. 5. M Roberts, — M. John Jones de Manchester. B. A. 6. M. Flori, moniteur, à l’Ecole de Joinville, — M. Charlemont père, pro- fesseur Société des Boxeurs français. B. F. 7. M. Albert, professeur, directeur de l’Institut de boxe, — M. Mainguet, prévôt, à l’académie de boxe Charlemont. B. F. 8. M. Castérès, professeur, dir. de la salle de la rue Nouvelle, — M. Mos- covino, sergent -major, moniteur à l’école de Joinville. B. F. 9. M. Paulian, amateur, membre de la société des box. fr., — M. H. Ga- connet, professeur de boxe anglaise. B. A. 10. M. Groslambert, amateur, membre de la société des boxeurs fr., — M. Charlemont fils, prof, directeur de l’Académie de boxe. B. F. 11. M. Attfîeld, champion français, — M. Smith, champion anglais. B. A. B. F. Boxe française. — B. A. Boxe anglaise. A COUPS DE POING Un sport pratique. La renaissance de la boxe à Paris. Fête d'inauguration de la Société des boxeurs français. Que le lecteur se rassure. Ce titre suggestif A coups de poing ne doit pas l’effrayer il ne s’agit point, en l’espèce, d'une nouvelle charge policière, d’exploits d’agents à poigne ayant démantibulé quelques mâchoires, assommé quelques inoffensifs passants au nom de l’ordre. Les boxeurs qui se sont administré hier soir d’élégantes tournées en présence d’une nombreuse assistance de curieux, étaient des gentlemen, des amateurs ou des professionnels, d’un sport éminemment utile, pratique en même temps qu’hygiénique la boxe française, qui reprend petit à petit le rang, avec même quelque chose en plus, qu’elle occupait il y a quelques années, avant l’envahissement de la bicyclette, dans les distractions de nos contemporains. La boxe française n’est pas ce qu’un vain peuple pense une simple succession de coups de poing et de coups de pied quelconques où la raison du plus fort est toujours la meilleure. Il faut taper fort, sans doute, mais il faut surtout taper juste. Et pour taper juste, il faut prendre des leçons pendant des mois et des années auprès de bons maîtres. Un colosse aux biceps énormes, ignorant totalement la façon de se servir utilement de ses poings d’hercule, peut recevoir uqe pile effroyable d’un bout d’homme étique ayant cültivé l’art des Gharlemont, des Leclerc et autres virtuoses de la boxe française. La boxe est d’une nécessité incontestable. Quelles sont les armes que l’on porte toujours sur soi ?... Les pieds et les poings. Or, à qui n’est-il pas arrivé, au moins une fois en sa vie, d’avoir été obligé de recourir à ces extrémités frappantes ? Un voyou vous insulte dans la rue si d’un air de mousquetaire vous lui tendez votre carte, en lui disant comme de Nangeac dans le Demi-Monde sVous recevrez de mes nouvelles ce soir, monsieur ! le voyou vous tombe dessus. Si au contraire vous ripostez à ses injures par le pesant argument que vous portez au bout du bras, et pour peu qu’il soit dirigé avec adresse, le voyou ayant son compte, file sans demander son reste. Une foule d’autres raisons militent en faveur de l’art, cher jadis aux Grecs — en ce moment si mal en point — cultivé avec ferveur en Angleterre, trop longtemps délaissé chez nous. La société des boxeurs, qui inaugurait hier soir son nouveau local admirablement installé, 9, rue Taitbout, P a pensé et, depuis deux ans, elle a fait des efforts inouïs, à l’aide d'une propagande intelligente et incessante, pour que la boxe prît enfin sa véritable place, qui est bien près d’être la première dans l’éducation corporelle pratique. Ces efforts paraissent aujourd’hui couronnés de succès. La fête à laquelle nous venons d’assister, où se sont distingués des amateurs de premier ordre comme MM. Van-Roose, Levallois, Paulian, Groslambert; des maîtres hors pair, comme Charlemont père et fils, marque réellement une date dans la renaissance de Ainsi que nous l'ont expliqué deux des membres du comité de la Société, MM. Rogé et Georges Breittmayer, il fallait que la boxe s’établit au centre de Paris afin de pouvoir, par l’exemple des assauts qu’elle compte donner souvent, rayonner et faire des prosélytes jusqu’à la périphérie. Voilà qui est fait. Que ceux qui pensent qu’il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire de batailler du bec et des ongles, pour faire sa trouée dans l’existence, se le disent. On prétend que rien ne vaut le ridicule pour tuer son ennemi. Un bon coup de poing dans les règles de l’art est plus sûr, à notre avis. «Charles Roger. Intransigeant, 2 mars 1897. AU CERCLE DE L’ESCRIME La soirée à laquelle nous avait conviés la société des boxeurs français, au cercle de l’escrime de la rue Taitbout, était une véritable soirée d’inauguration, et M. A. Rogé, président, a fait les honneurs lavée une affabilité parfaite, secondé par MM. Baumblatt et Breittmayer qui, comme toujours, se sont multipliés, pour assurer le succès de la fête. Est-il besoin de dire que la salle était bondée, que le Tout- Paris du sport était là. Citons quelques noms: MM. Paschal Grousset, présidentd’honneur; MM. Robbe, commandant Roustan, lieutenant Taine, Faillot, maire du IVe arrondissement MM.Ra- nowitz, Mouquin, Lévy, Breittmayer frères, Dubonnet, baron (THurcourt, F. Xau, Payotte, Guinebert, Morand, Gellinard, Bruneau de Laborie, Lechaume, Chaillou, baron de Frederickz, Stevens, de Lucenski, L. Minard, etc... La première partie comprenait plusieurs assauts intéressants, entre autres, ceux de M. Lachâtre contre M. Vidal, et M. Agié contre M. Loriot. A l’assaut un peu dur entre MM. Van Roose et le sergent Gros, bien que ce dernier ait été très modéré, contrairement à son habitude, a succédé un assaut très brillant et très applaudi entre MM. Levallois et Chabrier, assaut où toute la finesse et l’élégance de la boxe française ont été mises en lumière. (( La première partie se terminait par la rencontre de Charlemont père et Flori, qui ont eu l’un et l’autre de forts jolis coups à leur actif. Je cite pour mémoire l’assaut de boxe anglaise entre Roberts et J. Jones: de poids disproportionnés, ils n’ont pu tirer également et au 2e round, Jones couchait à terre son adversaire. Un entr’acte de 15 minutes nous a permis d’admirer la nouvelle salle de boxe du cercle, et la future salle d’été, vaste terrasse qui sera recouverte d’une véranda. La deuxième partie a débuté par un excellent assaut entre les deux excellents maîtres Albert et Mainguet le premier, très en jeu, a eu nettemment l’avantage. L’assaut entre Gastérès et Moscowino s’est passé comme il fallait s’y attendre, tout en bras. Castérès excelle dans le coup de poing, il nous l’a montré une fois de plus les deux adversaires ont obtenu un très franc succès. Si la boxe française peut et... doit, en public, rester élégante et gracieuse, la boxe anglaise doit, pour intéresser, être dure et brutale, et nous devons féliciter MM. Paulian et Gaconnet de la façon dont ils ont mené leur assaut. M. Paulian a fait preuve d’une grande supériorité, et bien qu’il n’y eût que trois rounds, il a vigoureusement mené son adversaire qui a dû trouver que c’était très suffisant. Le second assaut de boxe anglaise, entre Attfield et Smith, a été plus mou le premier a’ eu l’avan tage du premier sang, le second pourtant nous semblait avoir le meilleur au 5e et dernier round. L’assaut final entre MM. Charlemont fils etGroslambert.nous a permis de constater que l’excellentprofesseur était toujours dans sa merveilleuse forme M. Groslambert a fait une défense très honorable, ce à quoi bien peu pourraient prétendre vis-à-vis de l’incomparable tireur qu’est Charlemont. Nous ne voudrions pas terminer ce rapide compte-rendu sans féliciter les organisateurs du succès mérité de cette soirée et sans les remercier de leur accueil charmant. Paris-Vélo, 1er mars 1897. BOXE Société des boxeurs français. — Une nombreuse assistance se pressait à l’assaut d’inauguration du nouveau local de la société des boxeurs français, 9, rue Taitbout. M. Paschal Grousset, député de la Seine, présidait, assisté de M. Rogé, président de la société. Nombreux et brillants ont été les assauts fournis par MM. Lachâtre, Agié, Van-Roose,Levallois, Loriot, Paulian, Groslambert, amateurs, Vidal, Chabrier, Albert Mainguet, Castérès, Moscovino, Gaconnet, professeurs. 11 faut citer comme hors de pair les maîtres Charlemont père et fils, qui ont lutté de science et de brio en deux superbes assauts. La société des boxeurs français, poursuivant heureusement son active propagande, en faveur d’un art trop délaissé en France depuis quelques années, s’est installée luxueusement dans sa nouvelle salle élégante et vaste. En été, une terrasse, aménagée à cet effet, servira de champ clos pour boxer en plein air. Si l’on ajoute que le comité a décidé de donner de nombreux et intéressants assauts publics destinés à propager en France le goût de la boxe, on peut dire que la société des boxeurs français, grâce à l’initiative de son distinguéprésident et à l’intelligent dédévouement de M. Georges Breittmayer, membre du comité, qui a organisé la séance d’inauguration en expert de tous les sports et en incomparable maître de maison, a bien mérité les éloges elles encouragements de tous ceux qu’intéresse la renaissance d’un art bien français, passionnant au possible, et qui, de plus, est d’une utilité pratique sans pareille. J ARN AC. La Patrie, 3 mars 1897. La Société des boxeurs français vient, par un heureux accord avec le cercle d’escrime de la rue Taitbout, de s’installer luxueusement et confortablement, dans le bâtiment du cercle même. Les amateurs y trouveront, au premier étage, une salle de boxe vaste et élégante, aux parois capitonnées soigneusement pour éviter le fâcheux choc en retour, un ballon d’entraînement fixé au sol et au plafond par deux courroies élastiques et qui vient furieusement frapper le nez du néophyte au coup de poing mal dirigé. En été, et en plein air, une terrasse sera aménagée en salle de travail protégée par un vélum. En outre, décidé à favoriser de plus en plus le goût de la boxe en France, le comité a voté des sommes importantes pour l’organisation d’assauts publics, qui ne pourront manquer d’être intéressants, s’il en faut juger par la séance d’inauguration donnée hier, et qui fait le plus grand honneur à ses organisateurs, membres du comité de la Société. Il régnait dans tout l’assaut une atmosphère de courtoisie, de correction et de concorde tout à fait agréable à constater. Citons surtout les assauts de MM. Levallois, vice-président du Boxingclub, et Ghabrier, prévôt de Charlemont, rivalisant tous deux de finesse, avec des attitudes d’une grâce et d’une précision accomplies Albert jeune et Mainguet, lutte pleine de science soutenue avec une énergie admirable par Mainguet, contre un adversaire d’une supériorité évidente en poids et en force Castérès, l’excellent professeur du Boxing-club, tirant contre Moscovino, de Joinville Charlemont fils contre l’amateur Groslambert a fait de jolies choses. L’école de Joinville était brillamment représentée par Flori, Gros, Moscovino, tous en progrès très sensibles. L’assaut de boxe anglaise de MM. Paulian, amateur de la Société des boxeurs français, et Gaconnet, professeur, était vraiment empoignant, mené avec beaucoup de cœur de part et d’autre supériorité évidente de M. Paulian, qui s’est donné en Angleterre un entraînement des plus sérieux. Louis d’HuRCouRT. Le Temps, 2 mars 1897. BOXE Beaucoup de monde à l’assaut donné hier soir par la Société des boxeurs français installée maintenant au Cercle de l’escrime, où elle a une salle spéciale. Dans la première partie, je cite surtout pour la boxe française, MM. Yan-Roose, Gros, Levallois, Chabrier, Flori et Charlemont père, qui s’est montré toujours étonnant de souplesse et d’habileté. Trois assauts de boxe française sont à mentionner spécialement dans la deuxième partie. Les adversaires étaient MM. Albert et Mainguet, Gastérès et Moscovino de l’école de Joinville, Groslambert et Charlemont fils. Ce dernier assaut a été particulièrement applaudi. La boxe anglaise a été moins bien représentée dans cette réunion. Mais l’ensemble de la soirée a été plus que satisfaisant et a offert parfois un grand intérêt. Le Figaro, 2 mars J 897. BOXE La première partie de la séance a offert un intérêt tout particulier, car on y a vu tirer Charlemont père que la Société s’est attaché comme professeur et qui depuis bien longtemps déjà n’avait pas fait assaut en public. On a été vraiment stupéfait en voyant combien cet homme, qui a soixante ans sonnés, est encore souple et vigoureux. Il a bril- lamment tenu tête à son jeune adversaire et a obtenu un grand et légitime succès. Avant lui, on avait applaudi deux amateurs bien connus, MM. Yan-Roose et Levallois, qui avaient en face d’eux, le premier un moniteur de Joinville, M. Flori, et le second un prévôt de la salle de Gharlemont fils. Après un entr’acte, pendant lequel M. Rreittmayer a fort gracieusement fait visiter aux invités le local de la Société, la séance a repris par un brillant assaut entre MM. Albert et Mainguet. Ont ensuite tiré avec leur maestria ordinaire, MM. Castérès et Moscovino, Groslambert et Charlemont fils. Les assauts de boxe anglaise ont présenté ceci de particulier que, sur six boxeurs, deux seulement étant français, ce sont ceuxlà qui ont fait un assaut rude et intéressant. M. Paulian, un amateur qui a étudié la boxe en Angleterre même, et qui est bâti pour la pratiquer avec succès contre n’importe qui, a infligé une défaite sanglante, par le nez seulement, au professeur Gaconnet. <( Les boxeurs anglais Roberts, John Jones, Attfield et Smith ont joué à ne pas se faire mal. Ils ont très bien réussi. Le Petit Journal, 1er mars 1897. BOXE Dans la première partie, on a goûté et applaudi les jeux de MM. Lachâtre et Vidal, Agié et Loriot, Van-Roose et le sergent Gros. Après MM. Levallois et Chabrier, qui ont lutté avec beaucoup d’élégance, la rencontre de Charlemont père et Flori, a permis d’admirer la science des deux partners et l’excellente méthode du célèbre professeur français. Dans la deuxième partie, les maîtres Albert et Mainguet ont tiré avec beaucoup de brio, ainsi que MM. Castérès et Moscovino, qui ont eu beaucoup de succès. Après MM. Paulian et Gaconnet, Attfield et Smith, un assaut final splendide a eu lieu entre MM. Charlemont fils et Groslambert. Charlemont est toujours le merveilleux exécutant qu’on sait ad- mirablement en forme, il a splendidement tiré et son adversaire a eu le très grand mérite de lui bien donner la réplique. Gil-BlaSy 2 mars 1897. Sur les trois assauts de boxe anglaise qui figuraient au programme, ceux des professionnels ont manqué d’intérêt, mais le troisième entre M. Paulian, amateur, et M. Gaconnet, professeur, a été palpitant. M. Paulian y a déployé toutes les qualités d’un excellent tireur. Cette réunion a procuré le plus vif plaisir, en somme, aux amateurs de ce sport si intelligent la boxe française. Le Radical^ mars 1897. La presse a été largement représentée à l’assaut d’inauguration donné dimanche 28 février par la société des boxeurs français, au Cercle de l’escrime, rue Taitbout des comptes-rendus ont été publiés par les journaux Le Figaro le Temps Gïl-Blas, le Petit Journal l’Intransigeant, la Patrie, Le Petit Parisien, le Journal, le Radical, l’Echo de Paris, la Presse, le Paris-Vélo et le Vélo. La presse tout entière s’intéresse à tous les sports utiles, ne se contentant pas d’annoncer et de rendre compte des fêtes, sportives, elle les encourage encore en organisant elle- même des fêtes, des concours et des tournois elle décerne des prix de grande valeur, aux vainqueurs des différents sports. Elle aura bien mérité de la reconnaissance de tous les amateurs d’éducation physique. salle des fêtes de la société des agriculteurs de France, LE 11 MARS 1897, A 8 HEURES DU SOIR m Grand assaut annuel de boxe française et anglaise et de canne donné par Ch. Charlemont directeur de l’Académie de boxe, professeur au lycée Janson de Sailly èt au collège Rollin, Avec le concours gracieux de MM. Pierre Vigny, professeur à Genève, J. Dardenne et Halleux, du boxing-club de Verviers, Hermans, duboxing-club de Liège, Grainger, Camrridge, University-Boxing-club; Charlemont, père, Chauderlot, Mainguet, Chabrier, professeurs Moscovino, Gros, Flori, Vidal, moniteurs à l’Ecole militaire de Joinville Deligny, Legrand, Levallois, Maynadié, amateurs Groslambert, Taine, lieutenant instructeur à l’Ecole de Joinville, Baumblatt, A. Paulian, J. Paulian, Blau, Foréau, Ramon Fonst, Roger, Landowski, Loriot, Laburthe, élèves de l’académie de boxe. Démonstration théorique et pratique de la boxe française par M. Charlemont et Ramon Fonst, son élève. Intermède de canne par M. Pierre Vigny, professeur à Genève. Les dames sont admises. Places réservées 10 francs. — Entrée 5 francs. LA SOIRÉE DE CHARLEMONT La séance annuelle donnée par le célèbre professeur de la rue des Martyrs a eu lieu, hier soir, à la salle des agriculteurs de France, rue d’Athènes. Le programme était conçu de main de maître et, malgré ses très nombreux numéros, l’intérêt a été tenu en éveil d’un bout à l’autrede la réunion. Roxe française, boxe anglaise et canne avaient réuni les meilleurs amateurs et professeurs dans chaque spécialité. Naturellement le grand succès a été pour le merveilleux athlète que tout le monde connaît nous avons nommé Charlemont jeune. Parmi la très nombreuse assistance qui se pressait dans la salle de la rue d’Athènes (constatons cependant que tout le monde était bien placé), notons la présence de MM. Ranc, sénateur, qui présidait, ayant à ses côtés MM. le colonel Dérué et O. Robbe; MM. Dubonnet, Ranowitz, Charleroi, Rogé, Chennevière, commandant Roustan, Baumblatt, lieulenantTaine, Vavasseur, Pierre Wolff, Kahn, Crémieux-Foa, F. Juven, Louis Minart, de Lucenski, Victor Letellier, AdamLévi, Déneri,Montet, docteur Landoux, Emile André, Eug. Paz, Courteline, Louvet, Gremois, Siry, etc... Le défaut de place et l’heure tardive nous empêchent de donner un compte-rendu suffisamment détaillé. Citons parmi les plus applaudis Charlemont et son élève Ramon Fonst qui, dans la démonstration théorique et pratique de la boxe française, obtiennent un succès plus vif que jamais. ce On ne sait ce qu’il faut admirer le plus, de la science et du bagout de l’éminent professeur ou du brio de son élève. Aussi, M. Ranc est-il très applaudi, lorsqu’il remet au jeune Ramon Fonst la médaille que lui offre Charlemont en récompense de ses réels progrès. Dans la première partie, remarqué les assauts de MM. Ruffier des Aimes, amateur, et Petit, moniteur à Joinville Blau, amateur, qui pourrait faire partie des 100 kilos», et Gros, Joinvillais; les frères Paulian, boxe anglaise, qui n’y vont pas de mainmorte; Moscovino, Joinvillais, et Chabrier, professeur, ce dernier plus en forme que jamais, et enfin de Charlemont, père de son fils et delà véritable boxe française, et de Chauderlot assaut courtois s’il en fut. Dans la seconde partie, MM. Agié et Laburthe, amateurs, se livrent à des chassés-croisés qui font la joie des spectateurs MM. Levallois et Landowski, également amateurs, font assaut de science et de finesse; M. Groslambert, tireur classique s’il en fut etd’un jugementparfait, contreFlori, Joinvillais, rempli d’ardeur Loriot et Vidal Mainguet, premier prévôt de Charlemont et Maynadié, amateur, de jolie force; mais les clous de la séance sont incontestablement 1° L’âssaut de Vigny., professeur à Genève et Charlemont fils. 2° Grainger, de Cambridge, et Legrand, amateur, boxe anglaise; Vigny et Attfield, boxe anglaise. Pour finir, un truculent assaut de canne, qui vaut un assaut de sabre, entre Charlemont fils, trois fois nommé, qui y excelle, et Taine, lieutenant instructeur à Joinville. En résumé, un très gros succès. G. de L. Paris-Vélo 12 mars 1897. SPORTS ATHLÉTIQUES BOXE Jeudi soir a eu lieu, à la salle des agriculteurs, l’assaut annuel de boxe donné par Charlemont fils. Ce sport est très suivi maintenant si l’on en juge par le public nombreux qui se pressait dans cette salle trop petite pour une solennité de ce genre. Sauf quelques assauts de jeunes amateurs qui ont un peu laissé à désirer, tous les jeux ont été intéressants d’un bout à l’autre de la réunion. cc Parmi les meilleurs, citons M. Blau, digne de faire partie du Club des 100 kilos, et qui, malgré cela, a montré beaucoup de qualités et de légèreté, contre le moniteur Gros, très en progrès; du moniteur Moscovino contre Chabrier de M. Levallois, contre M. Landowski, assaut très intéressant, du moniteur Flori contre M. Groslambert, qui a été une des plus belles passes de la soirée et qui fait regretter de voir vieillir M. Groslambert; il est de ces amateurs à qui ce malheur ne devrait pas arriver. Charlemont père n’a, malheureusement, fait que quelques passes avec le professeur Chauderlot et sans touches, une espèce de démonstration, ce qui a été regretté de tout le public. Vigny, de Genève, et Attfield, professionnel anglais, ont obtenu un énorme succès de boxe anglaisé. Que dire de Charlemont fils? On ne sait plus ! Il a d’abord été applaudi dans sa démonstration pratique et théorique de boxe avec le jeune Fonst, son élève, à qui le président, M. Ranc, a remis une médaille de la part de son professeur. Il a littéralement joué avec Vigny, le professeur de Genève, et cela a été un régal pour les amateurs que d’admirer cet assaut. (( Charlemont fils a clôturé la séance par un assaut de canne avec le lieutenant Taine, instructeur à Joinville. Qui n’a pas vu tirer Charlemont à la canne ne sait pas ce que c’est. Quant à moi, j’avoue une chose, c’est que j’en ai été baba!!... M. Gremonin. Le Siècle, 12 mars 1897. L'ASSAUT DE CHARLEMONT La seule critique qu’on pourrait formuler à l’égard de la soirée donnée par l’éminent professeur Charlemont fils, est que le programme était un peu chargé. Mais ce serait se plaindre que la mariée était trop belle, car tous les assauts présentèrent, à divers titres, de l’intérêt. M. Ranc, sénateur, présidait, et à ses côtés avaient pris place le Colonel Dérué, le Commandant Roustan, de l’Ecole de Joinvillele-Pont, MM. Rogé et Ranowitz, président delà Société des boxeurs français, nos confrères Courteline, Emile André, d’Hurcourt, etc... Les passes de la première partie s’échangèrent entre MM. Ruffier des Aimes et Petit, Foréau et Loriot, Blau et Gros, après quoi Charlemont fils vient donner à son élève Ramon Fonst une démonstration théorique et pratique de la boxe française, au cours de laquelle tous deux, maître et disciple, firent preuve d'une science et d’une endurance remarquables. Charlemont fils, qui s’est fort dépensé, mais qui en a les moyens, a encore tiré contre le professeur Vigny de Genève. Cela n’est pas exagéré de dire qu’il lui a donné une leçon. Elle a seulement duré trop longtemps. La fin de l’assaut, moins brillante que le début, a empêché l’attention d’être retenue sur quelques coups admirablement réussis, au commencement, par Charlemont. Les frères Paulian ont lutté en boxe anglaise. Les progrès du cadet sont visibles. Il a eu, pour la première fois, l’avantage sur son aîné. Chabrier, moniteur de Charlemont, un tireur du plus grand avenir, a dominé son adversaire Moscovino, moniteur à l’Ecole de Joinville. LA 130 XE FRANÇAISE MM. Charlemont père et Chauderlot n'ont pas combattu ils se sont contentés de se livrer à une série d’attitudes, de dérouler des phrases de mouvements, sans doute pour prouver que la boxe conserve à ses adeptes, même quand l’âge est arrivé, la souplesse des membres et la légèreté, apanages de la jeunesse. La deuxième partie a commencé par un assaut violent, tumultueux, fougueux, mais peu raisonné entre MM. Agié et Laburtbe. Combien différent, et plus agréable, celui de MM. Levallois et Landowski courtoisie parfaite, harmonie des gestes, tact à coup d’œil, science et habileté en un mot le modèle des assauts entre amateurs. O Dans la passe de boxe anglaise entre deux jeunes gens, M. Grainger, de l’Université de Cambridge, et M. Legrand, ce dernier, admirablement entraîné, a eu une supériorité incontestable, grâce à son entraînement, sur son rival d’un p\)ids sensiblement plus élevé. MM. Loriot et Vidal sont des tireurs de force égale M. Groslambert a réussi, comme toujours, contre M. Flori, de l’école de Joinville MM. Mainguet, professeur, et Maynadié, amateurs, ont déployé des qualités différentes la variété leur a fait défaut. Un professionnel de la boxe anglaise, M. Attfield, a eu facilement raison de Vigny, professeur à Genève. Pour finir, assaut de canne entre Charlemont fils et le lieutenant instructeur Taine, de l’école de Joinville. L’officier, plein de vigueur, de vitesse, malgré une agilité et une grâce félines, n’a pu que se défendre contre le professeur qui a eu l’avantage et de beaucoup. M. Taine a dû bien souvent crier touché! 11 l’a fait de la meilleure humeur et doit être donné comme exemple aux tireurs de Joinville qui sont à ce point atteints de mutisme qu’on appelle l’Ecole de Joinville l’école du silence. Ayant lu ce compte-rendu succinct d’une longue soirée très bien rem plie, on ne sera pas étonné que la salle des agriculteurs, où elle avait lieu, ait été bondée d’un public très élégant où les jolies femmes, auxquelles ces travaux d’Hercule semblent plaire, n’étaient point rares.» Le Radical J 4 mars 1897. Il résulte des nombreux comptes-rendus publiés par lapresse, sur Fassaut donné le 11 mars 1897, par Charlemont fils, qu’elle est unanime dans ses appréciations comme dans ses encouragements. A cet effet, nous n’en reproduirons que quelques-uns qui les résument tous, pris parmi les journaux suivants Le Figaro, le Temps, le Siècle, V Autorité, le Petit Journal, le Radical, l’Evénement, l’Escrime française VÊpée, Paris-Vélo, la Revue mondaine et la Presse. Quelques jours après l’assaut de Charlemont, le 17 mars, un assaut d’une autre importance avait lieu aux Etats-Unis d’Amérique à Carson-City. C’est le combat entre J. Corbelt, californien, et Bob Fitzsimmons, australien. Nous donnons ci-dessous les préliminaires et les résultats de ce mémorable combat. Ne connaissant pas suffisamment Fitzsimmons, nous nous abstenons de toute interprétation. Connaissant Corbett, pour être venu nous faire une visite à l’Académie de boxe, lors de son passage à Paris, en 1894, nous pouvons affirmer qu’il nous a paru doué d’une intelligence supérieure et en même temps très savant sur tout ce qui a rapport à la boxe. Nous regrettons sincèrement sa défaite, notre opinion étant que la science doit avoir raison de la force brutale. C’est à Carson-City, capitale de l’Etat de Névada, le 17 de ce mois, que se consommera la grande bataille à coups de poing — match de boxe, pour parler le langage du sport — entre J. Corbett, celui que familièrement on appelle Jim le bon enfant et Bob Fitzsimmons, les deux plus célèbres boxeurs d’Amérique. (c Et ne croyez pas que ce pugilat, qui, dans la vieille Europe, relèverait de la police correctionnelle, soit une petite affaire poulie nouveau Monde celui-ci s’y passionne, et de l’autre côté de l’Atlantique, c’est en ce moment, la question la plus grave. On se soucie bien là-bas, de l’ile de Crête, de la guerre possible en Orient, et des massacres d’Arménie; de ces petits incidents lointains, les yankees n’en ont cure, toutes leurs préoccupations sont pour la lutte homérique qui va mettre aux prises Jim — champion du monde — jamais vaincu, Jim fatigué de gloire, et l’audacieux Bob, qui, après avoir battu les plus célèbres boxeurs de l’Amérique et de l’Angleterre, a provoqué Jim, l’attend de pied ferme, prêt à lui arracher ses lauriers. Le plaisant de l’affaire, c’est que les combats de boxe sont interdits dans la République des Etats-Unis; seulement chaque Etat étant libre chez lui, et maître dans son territoire, l’Etat de Névada a, cette fois, par exception, autorisé le grand match. 11 y a toujours un Etat, quand cela est nécessaire, qui autorise, par exception, car cela rapporte gros; les parieurs, en effet, accourent de tous les coins de l’Amérique; il faut organiser des trains spéciaux à leur intention, ils sont foule innombrable, et les logeurs de Carson-City vont y trouver leur compte. Au fond, les choses tournent toujours en spéculation, dans ce pays utilitaire tout s’v résout en dollars et les passions les plus vives se chiffrent en doit et avoir. Les mouvements de bras des deux adversaires amèneront de sérieux mouvements de fonds. — On en peut juger par ce fait qu’en ce moment les paris engagés pour et contre dépassent deux millions cinq mille dollars, soit environ dix millions de francs. — Quant aux champions leur enjeu personnel est d’une centaine de mille francs on peut dire qu’ils n’y vont pas de main morte ! Quel sera le vaiqueur? Ceci est difficile à prévoir on dit les deux adversaires en admirable condition et les paris se font à égalité. Ce ne sont pas d’ailleurs des amateurs, mais bien des professionnels de la boxe car là-bas on est boxeur, comme ici on est jockey, maître d’armes, de danse, et la boxe est un art, — l’art de donner des coups de poing, — qui s’apprend, s’enseigne et se professe. Toutefois la science ne serait rien, en pareille matière, si elle ne se doublait de certaines conditions physiques et de précautions d’entraînement indispensables, pour développer la force musculaire et aussi l’endurance et la force morale. 11 est terrible le régime auquel doit se soumettre l'apprenti boxeur et des plus compliqués il faut, en quelque sorte, qu’il refasse sa constitution et pétrisse son corps, en vue des efforts qu’il aura à lui demander. Le système est bien connu il consiste d’abord à soumettre le sujet en préparation à un régime nutritif élémentaire, compliqué de purgations et sudorifications qui débarrassent le corps de tous les liquides et graisses inutiles et l’amènent à un état de maigreur relative. Cette première transformation achevée, on passe à un nouvel exercice qui consiste à alimenter le boxeur en vue du maximum de force à donner à ses muscles, la musculature étant l’élément essentiel. C'est alors la nourriture azotée, avec adjonction de peu de liquide, c’est un travail continuel marches, haltères, gymnastique, etc... L’entraîneur, ceci est nécessaire, devra en outre entretenir le sujet en joie et belle humeur, car la préoccupation et la mélancolie sont les ennemis de la force. Le parfait boxeur ne doit être ni gros ni maigre, très leste, en pleine vigueur sa peau doit être lisse, rosée et transparente, ce qui est un indice certain que le régime a donné son effet. Et ce ne sont pas des combats pour rire, que ces luttes sauvages, où souvent il y a mort d’homme. C'est effroyable à voir vainqueur et vaincu sont là, sanglants, couverts d’ecchymoses, l’œil poché, les dents brisées, parfois l’épaule démise ou la jambe cassée. Les séances, avec des repos et des reprises, sont plus ou moins prolongées, suivant la force et l’adresse des adversaires, et il n’y a victoire que si l’un d’eux, renversé, — les épaules ayant touché terre — a mis plus de 10 secondes à se relever. Dès qu’un des. deux boxeurs a été mis à bas, le commissaire du combat, un monsieur impassible, en chapeau haute-forme, une fleur à la boutonnière, montre en main, compte les secondes, à la onzième' si le malheureux ne s'est pas relevé, il est déclaré battu et son adversaire est proclamé vainqueur — s'il s’est relevé, il y a reprise, et d’ordinaire il ne tarde pas à retrouver sa place sur le sol, où l'envoie rouler un nouveau et formidable coup de poing. Ce sport hideux, indigne d’une nation civilisée, est fort en honneur aux États-Unis, où il est, d'ail leurs, ainsi que nous l’indiquions, hypocritement interdit, mais s’exerce sans difficulté, par exceptions régulières S’il n’est pas sans danger pour ceux qui le pratiquent, il n’est pas non plus sans profit, et les professionnels y trouvent leur compte. J’ai oui dire que- Jim Corbett était riche à deux millions de dollars, soit environ huit millions de francs, amassés à coups de poing, en quelques années. En Angleterre, la passion et le goût de la boxe ne sont pas moindres qu’aux Etats-Unis c’est une sorte de sport national, tout à fait populaire; et cela ne date pas d’hier, cette fureur athlétique. L'excès en était tel qu’il a même fallu l'enrayer par des lois répressives. Là aussi, la boxe est interdite comme aux Etats-Unis, avec cette différence que l’édit d’interdiction s’étend à tout le Royaume- Uni, et ne peut être tourné, comme chez les Yankees, par des décrets d’exception. Mais cela n’arrête rien et ne fait rien à l’affaire ce qui ne se fait pas ouvertement s’exerce de façon occulte, et combattants et parieurs se réunissent dans des caves, loin des yeux de la police, qui, d’ailleurs, les ferme le plus souvent, alors qu’elle-même ne parie pas pour ou contre l’un des champions. Elle est bien connue l’anecdote du constable qui pénètre dans le sous-sol d’un cabaret où se livre un combat clandestin de boxe. Il entre, tenant en main son petit bâton d’ébène à bout d’ivoire, prêt à verbaliser au nom du roi, mais le combat se continue en sa présence, et il s’y intéresse malgré lui, comme ferait tout bon Anglais. Survient un coup admirable d'une volée droite, l’un des adversaires envoie son poing dans la figure de l’autre, lui fracasse la mâchoire, lui fait sauter trois dents et le culbute à terre. — Quel admirable coup ! — _s’écrie le constable, un fin connaisseur, en cachantdans sa poche le symbole de la loi. Il ne s’en remettra pas ! Puis il s’échauffe, contemplant le malheureux sans mouvement, pendant que le times-keeper compte les onze secondes fatidiques, Mjui doivent décider de sa défaite. — (( Il ne se relèvera pas ! — répète-t-il convaincu. — Je parie que si... riposte un des tenants, qui sait l’endurance du pseudo-vaincu. — Dix schellings qu'il a perdu... dit le constable. — Tenu les dix schellings. a Le vaincu se relève, reprend l’offensive, et, tout aveuglé par le sang qui lui coule de la bouche et des yeux, d’un victorieux coup de poing, casse deux côtes au soi-disant vainqueur qui va rouler sans connaissance. Le times-keeper compte les secondes c’en est fait, l’homme ne se relève pas; le constable a perdu ses dix schellings, il s’avance vers le vainqueur, dont on frotte les membres endoloris avec un mélange d’alcool et de térébenthine étendue d’eau. — Tous mes compliments, dit-il, souriant d’admiration. Jamais je n’ai vu une passe si glorieuse, tous mes compliments !... Puis prenant un air grave, et de son petit bâton d’ébène touchant l’épaule du vainqueur — Au nom de la loi, je vous arrête. Il est vrai que l’homme s’en tirera à peu de frais, une pénalité analogue à celle qu’on décerne aux toréadors qui daguent le taureau, à mort, en territoire français. Les deux concurrents de Carson-City sont intéressants, à divers titres,' et la lutte entre eux sera terrible on comprend qu’elle passionne les amateurs delà-bas. Jim Gorbett est plus jeune que son adversaire c’est un beau garçon d’une trentaine d’années, né à San-Francisco, d’origine irlandaise, gentleman accompli, instruit et bien élevé il est devenu boxeur par vocation il s’est mesuré avec les plus forts et lésa vaincus. Aussi, il y a quelques années, il a été déclaré roi des boxeurs», champion du monde »,et a pu ceindre la ceinture ornée de diamants, qui est l’insigne traditionnel. Arrivé au comble de la gloire professionnelle, il s’était retiré sous sa tente, dédaignant de combattre des adversaires indignes de lui. Mais voilà que dans l’ombre, s’est, formé un émule, un ri- val dont la renommée est allée grandissant, depuis qüelques années. Celui-là c’est Bob Fitzsimmons, le diable Bob, un gaillard solide, aux poings pesants, aux mains agiles, d’extraction plus humble et moins beau cavalier que Jim, mais aux pieds de plomb et aux reins d’acier. Il a battu tous ses rivaux ceux qui ont osé se présenter ont tous mordu la poussière, il est resté seul, bien seulen face de Jim, et le défi s’impose. Qui des deux sera champion du monde qui portera la ceinture diamantée? L’Amérique tressaille, les paris s’engagent, on se passionne pour et contre. La bourgeoisie et le high-life tiennent pour Jim Corbett. Le peuple est pour Fitzsimmons. Lel7 mars, le télégraphe fera courir dans toutes les directions le nom de l’heureux vainqueur de ce tournoi sansprécédent; tous les fils seront occupés par cette grave nouvelle. Je parie qu’il n’en resterait pas un seul pour annoncer, s’il y avait lieu, — ce qu’à Dieu ne plaise ! — l’abdication du roi de Grèce, ou le blocus du Pirée. Félix Duquesnel. Le Petit Journal, 15 màrs 1897. LE GBAND MATCH LE CHAMPION AMERICAIN DE LA BOXE ET SON RIVAL A qui la ceinture ? U anxiété des fils de Jonathan. Millions de paris engagés. L'art de s'assommer dans les règles. Jim et Bob. Si la vieille Europe s’occupe beaucoup, à cette heure, de la question d’Orient, la jeune Amérique est bien autrement intéressée par le match Fitzsimmons-Bob, J. Corbett. Toutes les histoires de politique extérieure ou intérieure cèdent le pas, chez les Yankees, à ce duel qui va mettre aux prises le champion du monde et celui qui ose lui disputer, en même temps que son titre, sa ceinture de diamants de 10.000 francs, la ceinture qui appartient d’office au roi des boxeurs. «Nous n’avons aucune idée de ces matchs. La fièvre dejeu qui saisit nos habitués du turf, à la veille du grand prix de Paris, ne peut nous donner qu’une très faible idée de l’anxiété des fils de Jonathan à la veille du combat de Carson-City. Carson-City est la capitalede l’Etat de Névada qui verra, le 17 mars prochain, cette lutte homérique. «Comme les héros d’Homère, en effet, avant la bataille, le champion actuel, celui qu’on appelle dans l’intimité Jim Corbett et Bob Fitzsimmons, se sont lancé de nombreux défis, pendant de longs mois, d’un bout du monde à l’autre bout. Avant d’en venir aux mains, ils ont exalté leur réciproque valeur, leur endurance et leur victoire certaine. Finalement des comités se sont formés, les deux partenaires ont fixé leur enjeu et arrêté les conditions du combat. Ils ont déposé chacun 25.000 dollars, soit 75.000 francs par tête. Mais cette somme n’est rien à côté des centaines de mille francs que les paris pourropt leur faire perdre ou gagner, à côté des centaines de milliers de dollars queles amateurs ont engagés sur l’issue de la lutte. Et les amateurs sont légion. Il faut, pour les transporter, organiser des services de trains spéciaux; il faut, pour les placer, construire des cirques, d’immenses hippodromes où le moindre coin de gradin se loue dix fois plus cher qu’une loge à l’opéra, un soir de gala. LE COMBAT Ce spectacle est bien un peu sauvage. Il y a souvent mort d’homme. Ces messieurs ont le secret de certains coups assommant de façon définitive et ilya des oc Knock-out qui font mordre la poussière pour toujours. Pour sortir vainqueur du combat, il n’est point nécessaire, bien entendu, qu’on ait tué son partenaire, il suffit qu’on l’ait abîmé suffisamment pour qu’il ne puisse se relever pendant onze secondes. Il y a là le times-keeper — celui qui compte le temps — avec sa montre et, pendant que l’un des adversaires râle sur le sol, il laisse tomber froidement les secondes One, two, three. oc Ensanglanté, crachant ses dents, laissant pendre un bras cassé, ou encore la mâchoire démolie, car dans cet ordre d’idées, il n’y a que l’embarras du choix, le malheureux se relève, se laisse administrer un nouveau coup qui le rejette sur le sol où il reprend haleine.... car ce peut être une tactique. Mais, s’il n’est pas debout quand le times-keeper a prononcé le fatal eleven c’est fini! Les cris de rage éclatent, bientôt couverts par les Hip ! Hip ! Hurrap ! de ceux qui viennent souvent de gagner une fortune. Hypocritement, depuis deux ans environ, ces luttes ont été prohibées aux Etats-Unis mais comme chaque Etat peut prendre sur lui de les autoriser quand l’occasion s’en présente, ça ne gêne pas les boxeurs. Présentons les deux adversaires et leurs deux gloires. CORBETT J. Gorbett ne nous est pas inconnu. Nous l’avons vu à Paris, aux Folies-Bergère, où il s’exhibait en lutte avec un ballon auquel il administrait une grêle de coups de poing qui provoquait l’enthousiasme des amateurs. J. Gorbett est un parfait gentleman, rasé, imberbe, de mine rose et souriante, de haute taille, mais dont la structure ne dénote aucune force exceptionnelle, dont les membres, les biceps en particulier, ne sauraient faire prévoirie vainqueur de Sullivan, le titan champion qui fut battu à la Nouvelle-Orléans en 1873. Gorbett est né de parents irlandais à San-Francisco. 11 fît, au collège de cette ville, d’excellentes études, et fut, comme on dit là-bas un Schollar Quand il eut 20 ans, il entra en qualité de caissier dans une banque; mais il s’intéressait beaucoup moins à ses comptes qu’au sport national de la boxe. Il devint vite le champion amateur de Frisco Ses amis lui dirent alors Que ne faites- vous de la boxe «pour de bon Devenez professionnel. Gagnez un million par an. Ce chiffre n’était pas exagéré et l’on estime que James Corbett en cinq ans a gagné cinq millions. Devenu professionnel, il a combattu les professionnels il a vaincu Mitchell, Sullivan, il s’est mesuré avec le champion australien Peter Jackson. La lutte avec ce nègre ne cessa qu’avec la fin du jour. On compta soixante-douze reprises et il n’y eut pas de résultat. James Corbett possède une vigueur extraordinaire, une agilité légendaire. Il a pour lui trois avantages :1a jeunesse, lepoids, la vitesse du pied. — Quickness of foot. — Il possède une endurance rare. On l’a vu lutter et vaincre avec les deux poignets brisés, dès la seconde reprise. FITZSIMMONS Ayant battu tous l^s champions, devenu champion du monde, James Corbett, las de combattre et n’ayant plus personne à combattre, passa sa fameuse ceinture de champion à un de ses collègues qu’il élut le plus fort après lui, Maher. Mais Maher fut battu par Fitzsimmons en trois reprises et voici que Corbett se trouve en face de Fitzsimmons. Celui-ci a pour lui le poing plus lourd et la plus grande agilité des mains. Il est arrivé à un rare degré d'entraînement. Avant d’avoir à lutter contre Corbett, il lui a fallu battre les sixcatégories de champions que l’on doit battre avant de se mesurer avec le champion des poids lourds. En Amérique on suivait sesprogrès, on ne perdait aucun de ses faits et surtout de ses gestes, depuis deux ans on marquait les points et surtout les coups de poing dont l’un tua un homme. U y eut jugement et acquittement bien entendu. Pendant ce temps, James Corbett, se reposant sur ses lauriers, jouait la comédie, se faisait payer ses engagements fort cher dans des pièces où la scène de pugilat était la great attraction Il n’empêche qu’aujourd’hui, James Corbett affirme être en excellent état et sûr de vaincre. — Je connais, dit-il, je connais à fond le style de Fitzsimmons, il n’y a pas un truc de son répertoire que je ne puisse éventer... C’est un novice auprès de moi. Il est vrai que le novice prétend, lui aussi, qu’il ne fera qu’une bouchée du champion du monde. Comme on le voit, on est beaucoup plus gai que chez nous, de l’autre côté de l’Atlantique... FITZ BAT CORBETT Notre excellent confrère le ISew-York-Hérald nous adresse la dépêche suivante Carson-City, 17 mars 1897. Le match de boxe pou rie championnat du Monde s’est terminé par la victoire de Fitzsimmons en 14 reprises. Corbett a eule dessus au commencement, mais au quatorzième round, Fitz lui donna un fort coup dans la région du cœur et l'Américain n’a pu se relever avant l’expiration des dix secondes. Ainsi s’est terminée la lutte engagée aux Etat-Unis entre James Corbett et Robert Fitzsimmons. Voilà bien longtemps qu’on entend parler de Corbett contre Fitzsimmons. Si nos lecteurs ont bonne mémoire, ils doivent se souvenir que nous les avons fait passer l’année dernière par toutes les péripéties de la chasse à l’homme qui eut lieu dans plusieurs Etats de l’Amérique du Nord. Fitz et Corbett cherchant toujours à se rencontrer, les mauvaises langues prétendent le contraire et la police déployant toutes les finesses de ses ruses pour empêcher la rencontre. A vrai dire, nous ne croyons pas que la big-fight (la grande lutte) peutjamais être un événementaccompli. C’était en quelque sorte pour les gens d’Outre-Atlantique ce que fut pour les cyclistes de France le match Jacquelin Morin, et ces matchs-là n’aboutissent presque jamais. Une sorte de guigne les poursuit. Ceux qui assistèrent à la chute mémorable, au vélodrome de la Seine, l’automne dernier ne me contrediront certes point, pas plus que ceux qui attendirent le match Huret-Shorland pendant deux ans. La comparaison est cependant exacte, et jusqu’à un certain point, car si les matchs entre cyclistes intéressent au plus haut point les seuls habitués des vélodromes, la lutte entre Corbett et Fitzsimmons a fait couler des fleuves d’encre, fait remuer des millions et tenu anxieuse, pendant unejournée, la population presque entière des Etats-Unis et une bonne partie de celle de la Grande- Bretagne. (c Ce journal, qui s’occupe, avec une égale sollicitude, de tous les sports — et son prochain titre est pour le prouver, — ne pouvait se désintéresser d’une manifestation aussi considérable, encore que la boxe anglaise, telle qu’elle est pratiquée par des professionnels, comme les deux hommes dont il s’agit, puisse recevoir un autre nom que celui donnéà l’exercice du chevalou de la bicyclette. Cette boxe ressemble à celle qui se pratique chez les maîtres français Charlemont ou Leclerc, à peu près comme le jeu de football ressemble au jeu de volant. Ici, des hommes souples, agiles et élégants, luttant de grâce en même temps que de force, faisant assaut plutôt de qualités brillantes que de force brutale et mauvaise. Là-bas, au contraire, des colosses, frappant comme avec des masses de leurs poings qui, recouverts pour la forme de gants de peau mince, à chaque coup brisent un cartilage ou une dent, s’ils ne font pas sauter un œil de son orbite ! C’est donc une très ancienne querelle que lesdeux adversaires d’hier avaient à vider. Voici brièvement ce qui l’avait motivée En 1892, James Corbett, tout jeuneencore, défit régulièrement, à la Nouvelle-Orléans, le très fameux John Sullivan, un boxeur dont la réputation était telle que, malgré cette défaite, il reste encore dan s beaucoup d’esprits com me le type du champion de boxe. Sullivan n’avait aucune tactique et toute sa méthode consistait à se durcir les muscles et le corps le plus possible afin de pouvoir résister impunémentà toutes les attaques, qui ne duraient pas longtemps d’ailleurs, car il avait tôt fait d’étendre un adversaire sur le sol de son poing, qui, — le mot est vrai au moins pour lui, — aurait assommé un bœuf. On conçoit que cette victoire de Corbett l’ait du coup mis en lumière il n’avait que vingt-six ans alors et il en atteint maintenant trente et un. Deux ans après cet exploit, Corbett confirma la qualité que beaucoup lui refusaient encore en réglant en trois rounds l’anglais Mitchell, beaucoup plus facilement qu’il n’avait battu Sullivan, puisque la lutte avec celui-ci avait demandé 22 reprises. C'est là-dessus qu’il fut défié pour le titre de champion du monde par l’Australien Robert Fitzsimmons, <.( Celui-ci, plus âgé de 4 ans que Corbett, est un vieux lutteur, ily a plus de 15 ans qu’il boxe. Ses trois victoires les plus caractéristiques, dont le récit ne vous apprendrait pas grand chose, ont été remportées en quelques minutes. La plus récente — pour beaucoup, le motif déterminant de sa rencontre avec Corbett, — est celle qu’il tira de l’Irlandais Peter-Maher et que nous avons racontée l’année dernière. Ce combat eut lieu en 1896 dans le Mexique et dura juste une minute 35 secondes. Or ce Maher se trouvait champion du monde sans avoir combattu. En effet, Corbett, qui régnait en maître incontesté depuis ses succès, avait trouvé plus commode, après un combat de Maher contre un tiers, de feindre une vive admiration et lui avait cédé sanscoup férir ce titre de champion du monde que tous les hommes de sport s’attribuent si facilement en Amérique. Maher était donc champion du monde lorsqu’il fut battu par Fitz, d'où il résulte que ce dernier est maintenant détenteur du titre. Corbett et surtout ses admirateurs ne pouvaient supporter l’idée que l’homme rouge allât se vanter d’avoir repris de haute lutte un titre que l’Américain avait abandonné. Il y allait de sa réputation et de celle du pays, car Fitzsimmons est australien et par conséquent quelque peu anglais. Voilà pourquoi la rencontre d’hier s’est faite. Pour échapper aux autorités, les deux hommes ont dû se réfugiera Carson-City, dans l’Etat de Névada, tout près de la frontière du Canada, et là, non seulement on n’a pas mis d’entraves à leur rencontre, mais encore la municipalité a offert au vainqueur une ceinture brodée d’une valeur de 80.000 francs. Corbett et Fitzsimmons sont tous les deux grands (lm80environ chacun) et à peu près de même poids; mais le premier est mieux proportionné que le second, dont les jambes sont relativement grêles, comme celles de maints hercules de foires. Corbett est, en outre, beaucoup plus tacticien que son adversaire d’hier, et il n’avait rien négligé pour mettre toutes les chances de son côté. Il s’exerçait contre un de ses entraîneurs qui s’entourait la figure d’une sorte de coussin pneumatique, on devine pourquoi. Corbett est connu des Parisiens; il est venu il y a quelques années donner des représentations aux Folies-Bergère, si je me souviens bien. C’est dire qu’il ne fait passes exercices de force précisément en amateur. Avant la big fîght on avait demandé des pronostics à toutes les personnalités tant soit peu en vue en Amérique de ce nombre a naturellement été Haie qui gagna jadis la course de six jours, de triste mémoire. Haie avait pronostiqué Corbett et avait même indiqué d’avance le nombre de rounds auquel il faudrait procéder. Enfin l’Américain inspirait une telle confiance à ses partisans que l’un d’eux avait parié sur lui jusqu’à 200.000 fr. Johy Mor. Paris-Vélo, 18 mars 1897. LE GRAND MATCH DE BOXE LES DÉTAILS DU COMBAT Nous avons publié hier le résultat du grand match de boxe disputé à Carson (Etats-Unis) entre James Corbett et Robert Fitzsimmons pour le championnat du monde et un enjeu de 30.000 cc Grâce à la dépêche de notre correspondant, nos lecteurs savent donc que, contrairement aux pronostics, c’est l’australien Filzsimmons qui est sorti vainqueur de cette terrible lutte. Nous empruntons maintenant les très intéressants détails qui suivent à notre confrère du The-New-York-Hérald qui s’est fait adresser par câble un long compte-rendu du combat. AVANT LA BATAILLE C’est par un temps superbe, mais un peu froid, qu’a été décidée cette vieille querelle entre deux hommes qui ont le plus fait parler d’eux dans les annales pugilistiques. Depuis près de deux ans que «James et Bob» se livraient à un match à coups de lettres et de défis dans les colonnes de la presse, le monde sportif se figurait que jamais on ne les verrait aux prises à coups de poing jusqu’au dernier moment on a trouvé des gens pour parier que jamais les deux célèbres boxeurs n’entreraient dans le ring. L’émotion grandissait donc à mesure que le grand jour s’approchait; jamais la petite ville de Garson n’avait présenté un aspect semblable. Les dix mille visiteurs étaient debout de bonne heure et les rues présentaient une animation extraordinaire. Bien avant l’heure fixée pour le combat, l’immense amphithéâtre était comble. Détail qui montrera bien à quel degré d’acuité était arrivée la question de parti; à l'entrée de l’amphithéâtre on fouillait les spectateurs pour leur enlevertoutes les armes qu’ils pouvaient porter sur eux, de même que les cannes elles parapluies. A 10 heures, heure fixée pour le commencement de la lutte, 10.000 personnes étaient présentes. Pas une place libre dans la vaste enceinte. Pour des raisons encore inconnues, les matcheurs étaient cependant en retard et l’on a fait attendre la foule de longues heures. Mais chacun était si désireux d’assister à cette lutte de géants que personne n’a bougé. LE COMBAT <( Enfin, à midi 7 minutes exactement, les deux rivaux ont fait apparition dans le cercle (ring) salués par une clameur formidable. Tous deux semblaient en superbe condition et aü mieux de leur forme. Corbett pesant 10 livres de plus et mesurant 4 centimètres de plus que son rival. (( Corbett paraissait souriant et plein de confiance, tandis que son adversaire, les dents serrées et le regard dur, avait une mine qui dénotait une farouche résolution. Lorsque les deux hommes se sont trouvés en face l’un de l’autre, Corbett s’est avancé les mains tendues pour échanger la traditionnelle poignée de mains. A la surprise générale, Fitzsimmons a retiré sa main en faisant signe qu’il se refusait à donner à son adversaire cette preuve d’estime et de loyauté. L’impression causée par cet incident n’a guère eu le temps de se faire jour, car, immédiatement après, le signal était donné et le premier coup de poing échangé. Un silence tragique s’était fait à ce moment sur l’arène. Mais pour la clarté du récit, adoptons le compte-rendu, reprise par reprise, qui donne une idée très exacte des différentes phases du combat. LES QUATORZE REPRISES lre Reprise. — La lutte s’ouvre par quelques feintes; le premier coup est porté du poing gauche par Fitzsimmons mais esquivé par Gorbett qui lui plante ensuite deux coups de poing l’un sur la mâchoire et l'autre sur l'estomac. Après un corps à corps, Gorbett touche Fitz au côté mais est ensuite touché lui-même à la tête. Gorbett est souriant Fitzsimmons paraît agressif et (le mot est textuel) féroce. 2e Reprise. — Un corps à corps à la suite duquel Fitz frappe Corbett au côté; James est très prudent et semble attendre une occasion. Mais un vif engagement se produit, Gorbett touche Fitz^durement dans l’estomac et le frappe à coups redoublés au moment où le gong retentit, annonçant la fin de la reprise. 3e Reprise. — Dès le signal, Gorbett touche dur du poing gauche, Fitz semble rager et lance plusieurs coups qui touchent à peine. En revanche Gorbett le touche encore plusieurs fois. Dans un corps à corps Gorbett frappe Fitz plusieurs fois, son bras faisant l’office d'un véritable piston. 4e Reprise. — Gorbett touche du gauche sur la poitrine et Fitz riposte bien du gauche dans l’estomac. Le combat est très vif Fitz commence à s’exciter et attaque à tout propos, Gorbett est beaucoup plus scientifique etse dépense moins. 5e Reprise. — C’est cette reprise qui voit le premier sang et Corbett en a les honneurs; il touche Fitz sur le nez et plusieurs fois ensuite au corps et au menton. Gorbett a un avantage marqué. 6e Reprise. — Un corps à corps durant lequel Fitzsimmons saisit Corbett et le renverse. Réprobation de la foule. Corbett est vite debout et touche deux fois à la figure. Un instant Fitz se met à terre sur un genou afin de reprendre haleine et reste ainsi jusqu'à ce que le référé ait compté 9 secondes, ce qui est son droit il se relève d’ailleurs sans donner de signes d’épuisement. 7e Reprise. — Le spectacle commence à être affreux. Fitzsimmons est couvert de sang mais paraît encore aussi fort qu’un taureau. Au contraire Corbett souffle comme un homme qui commence à se fatiguer. Les deux hommes se touchent à plusieurs reprises au visage. 8e Reprise. — Fitzsimmons force le combat mais est reçu par un formidable coup de poing sur la bouche qui le soulève littéralement de terre. Il se remet vite et touche Corbett du gauche en pleine figure. Il est vrai que Corbett riposte par un coup semblable. et 8 Reprise. — Après plusieurs feintes, Fitz toucheau-dessous de la ceinture et reçoit un avertissement du référé. Corbett touche dur du gauche sur l’estomac mais après un corps à corps, Fitz plante un coup solide du poing gauche sur la mâchoire, suivi de plusieurs autres. Le boxeur australien semble reprendre l’avantage en raison surtout de ce que Corbett se fatigue. 10e Reprise. — Fitzsimmons crache le sang à plusieurs reprises, mais ne semble guère faiblir. Il porte à Corbett un coup formidable, celui-ci pare pour riposter de la gauche sur la bouche amenant encore le sang. Fitzsimmons force néanmoins Corbett contre la corde au moment où on annonce la fin. 11e Reprise. — Après un corps à corps, Corbett touche du droit sur l’estomac, mais est touché à la mâchoire. Fitz répète la dose plusieurs fois et force son adversaire à rompre. Corbett semble faiblir de plus en plus. 12e Reprise. — Cette fois Corbett attaque, mais manque un beau coup droit et est touché à la figure. Il revient ensuite, accule Fitz contre la corde et le frappe à plusieurs reprises dans le côté, puis au visage. Fitzsimmons crache lesang en abondance Corbett manque d’un cheveu un coup formidable destiné à assommer son rival il a alors un avantage marqué. 13 Reprise, — Fitzsimmons touche du droit au côté et du gauche au menlon et accule de nouveau Corbett au moment où la fin est annoncée. 14e Reprise. — Au moment où le signal est donné, Fitzsimmons après une feinte, porte un coup terrible à Corbett juste sur le cœur. Le boxeur américain, avec une effroyable expression d’angoisse et d’agonie sur le visage, tombe sur le flanc comme une masse et le référée compte les dix secondes règlementaires à haute voix. Au moment précis où il compte dix, avant même, disent quelques témoins, Corbett parvient à se remettre sur ses jambes et se précipite de nouveau sur Fitzsimmons. Cependant Corbett, lorsqu’on lui annonce le verdict rendu contre lui, entre dans un épouvantable accès de fureur il crie que le référée a eu tort car il était relevé avant les dix secondes. Puis il se précipite comme un fou furieux cherchant Fitzsimmons que ses amis ont déjà emmené triomphalement, et frappant à tort et à travers tous ceux qui tentent de le calmer. Enfin on le maîtrise et on l’entraîne de force loin de l’arène. Alors sa fureur fait place à un abattement complet et il fond en larmes comme un enfant. Une scène indescriptible suit; beaucoup de spectateurs protestent contre le verdict du référée en disant que Corbett s’est relevé avant le délai fixé. L’agitation est à son comble, mais il n’v a rien à faire, car le jugement est sans appel. La lutte qui a passionné toute la libre Amérique est terminée Robert Fitzsimmons est champion du monde. QUELQUES CONSIDÉRATIONS t( On voit par ce compte-rendu analytique que le combat a été acharné. Le match Sullivan-Corbett n’avait pas été à beaucoup près aussi terrible. Corbett s’était appliqué à lasser par des feintes et une boxe savante son pesant adversaire, si bien que les spectateurs, qui souhaitaient une lutte plus active, crièrent ce jour-là àdiverses reprises Fight ! Fight ! (combat! combat!) Il semble que la victoire de Fitzsimmons remette un peu en honneur les principes de l’ancienne boxe, d’après lesquels les combattants devaient surtout triompher par leur résistance à recevoir les coups. Pendant les six premiers rounds, Gorbett a eu un grand avantage. Il a tapé sur son adversaire comme sur un billot, mais il s’est lassé lui-même à ce jeu, et du septième au onzième tour, les deux rivaux paraissaient bien (cuits) l'un et l’autre. Au douzième tour, Gorbett se ressaisit et paraît devoir prendre l’avantage, mais il rate de peu un coup terrible qui pouvait terrasser l’australien. Le boxeur scientifique a en somme été battu par l’homme résistant. Il faut désormais allier les deux qualités pour prétendre à la gloire du fighting. Plusieurs hommes seraient disposés, paraît-il, à disputer le championnat à Fitzsimmons. Il est douteux qu’il accepte le défi de Maher, qu’il a réglé l’année dernière; Sullivan, dont on a parlé aussi, souffre du bras gauche. Les Anglais appuieront lachancede leur champion Mitchell, qui a déjà envoyé un défi en bonne et due forme au vainqueur pour 25.000 francs. Gorbett a battu facilement Mitchell en 1894, mais le boxeur anglais avait, disions-nous l’autre jour, l’excuse de la malaria En somme, le plus qualifié de tous ces hommes nous paraît être le nègre Peter Jackson. Il est plus grand, plus lourd que Fitzsimmons et son allonge esttout à fait remarquable. Enfin, il a une résistance d’enclume, et avec lui l’australien aura fort à faire. Peter Jackson a trente-six ans, Fitzsimmons trentecinq, ce sont tous deux de terribles frappeurs. Victor Breyer. Nous lisons dans le Journal Le Temps du 13 mars 1897, sous la rubrique BOXE, les quelques lignes qui suivent Charlemont a donné hier son assaut annuel avec un programme très varié et très intéressant, comprenant des tireurs étrangers de lre force. M. Vigny, professeur à Genève, a fourni, contre Charlemont lui-même, une lutte en boxe française soutenue avec un art et une résistance rares, en présence d’un tel adversaire. Au début Charlemont avait pris un énorme avantage, mais le premier moment d’étonnement passé, M. Vigny s’est repris, et la fin de l'assaut a été plus qu’honorable pour lui. La belle particulièrement a été disputée avec une énergie extraordinaire. Plusieurs attaques foudroyantes de Charlemont ont été parées ou esquivées avec un jugement parfait. Bien que la victoire de Charlemont fût indiscutable, on peut dire que, pour la première fois, il avait trouvé un tireur étranger digne de faire sa partie. Ensuite, M. le professeur Vigny a fait un nouvel assaut de boxe anglaise avec M. le professeur anglais Attfield, qui a fort bien réussi. (( En lisant ces lignes nous ne pouvons moins faire que de remercier très sincèrement M. le professeur Vigny de s’être dérangé pour aller faire un assaut à Paris, contrecelui qui passe, ajuste titre, pour le champion français. D’après le compte-rendu ci-dessus, M. le professeur Vigny s’est comporté de telle manière que toute la presse parisienne a été unanime pour féliciter ce sympathique professeur. Aussi sommes-nous heureux d’enregistrer ce succès, car M. Pierre Vigny, quoique français, est une vieille connaissance génevoise. Le Genevois, 18 mars 1897.. MORT DE DEUX BOXEURS Un match de boxe qui a eu une issue fatale a été disputé hier à Philadelphie. Les deux adversaires, Edwards Gibbons et John Perry ont apporté un acharnement tel qu’un mauvais coup était inévitable. En effet, à la troisième reprise Perry a touché Gibbons d’un coup formidable au cœur; ce coup est semblable à celui qui a renversé Gorbett dans le grand match de mercredi dernier. Gibbons, inanimé, a été porté à l’hôpital où il est mort quelques heures après. De son côté, Perry a succombé le lendemain par suite de la fatigue et de l’émotion qu’il avait ressentie. Ce tragique événement a causé une profonde sensation. Brooklyn. LA RÉGION Salon. — Soirée des plus charmantes et des plus intéressantes, samedi 13 du courant, à la société de gymnastique. Nous avons vu défiler tour à tour sur la planche notre ami M. Rougès, un amateur hors de pair, qui a fourni avec M. Farjon, maître d’armes de Marseille, un assaut absolument remarquable par la netteté et la précision des coups portés. De l’avis de M. Farjon lui-même M. Rougès, avec un peu plus de vivacité dans son jeu, deviendra un tireur hors ligne. MM. Golombani, Guitton et Vergne, élèves de M. Gros, nous ont fait apprécier l’excellence de leur méthode, tous trois ont été irrréprochables, et cela fait le plus grand honneur au professeur qui n’a ses élèves que depuis un temps relativement court. Nouvel assaut, entre M. Gros et M. Farjon, assaut particulièrement intéressant par le jeu savant des deux adversaires, qui l’ont mené et prolongé d’une façon brillante, sans la moindre fatigue apparente. Toutes nos félicitations à ces deux dévoués et intelligents maîtres de la lame. La soirée comprenait aussi deux assauts de boxe, méthode de Gharlemont, donnés par M. Allard, professeur, qui avait pour partenaires MM. Fauquier, caporal moniteur des zouaves, Franceschi, maître de boxe, Carvin et Rieutor, amateurs de talent. Outre ces deux assauts une séance de démonstration a été donnée par M. Allard oh! combien nous sommes loin des mouvements lents et classiques que nous ont appris nos instructeurs du régiment; la méthode Charlemont est pratique avant tout et la démonstration qui en a été donnée par M. Allard a fort intéressé les assistants ajoutons que le jeune maître a su la rendre agréable aussi par l’élégance de son jeu. Voilà un exercice que tous les sociétaires voudront connaître et pratiquer. Tous ces assauts ont été présidés par M. le capitaine Archer, du 4e zouaves, qui les a dirigés avec toute sa compétence habituelle. Un groupe de jeunes gens a, en outre, gratifié l’assistance de quelques excellents morceaux de musique qui ont rempli gaiement la soirée. (( Un bon point à tous les dévoués qui ont accompagné MM. Allard et Farjon au milieu de nous et au président de notre jeune et yaillante société descrime et de gymnastique; nos félicitations surtoutau maître Gros, toujours sur la brèche... et surla planche... pour le bon renom et le progrès de sa société et aussi pour nous avoir organisé cette séance exceptionnelle. Nous ne saurions passer sous silence le travail de poids exécuté par M. Fourneau, le dévoué et sympathique trésorier delà société de même devons-nous signaler la présence à cette fête de M. Colombet, le représentant infatigable et distingué des sociétés patriotiques de Marseille. Saunet. Le Midi-Sport, journal de Marseille, 24 mars 1897. DE MONTE-CARLO Nulle part, les sports ne sont plus en honneur que sur le littoral méditerranéen où un climat splendide, un paysage admirable permettent de se livrer, dans d’excellentes conditions, à tous les exercices sportifs: bicyclette, tennis, tir aux pigeons. «Naturellement, T escrime ne pouvait être oubliée. Déjà l’année dernière, un succès considérable a été fait à la grande fête d’escrime où, parmi de nombreux assauts intéressants, figurait une rencontre entre le célèbre maître français Rue et le non moins célèbre maître italien Pini. Tous les assistants furent très impressionnés par cette passe d’armes dont ils garderont longtemps le souvenir. La grande fête d’escrime de cette année, qui aura lieu le 31 mars, ne présentera pas moins d’intérêt l’école française se mesurera contre l’école italienne, en les personnes de deux de ses meilleurs professeurs, Kirchoffer et Conte. Un assaut qui met aux prises le vainqueur du tournoi international de 1896 et Antonio Conle, dont les récents assauts ont été si admirés, sera intéressant au suprême degré. Le programme de cette belle fête sportive est des plus attrayants et annonce le concours du roi de la boxe française, Char- lemontfils; en outre, plusieurs assauts de boxe anglaise entre des champions très réputés permettront de juger des deux méthodes française et anglaise. Le Journal, 26 mars 1897. CHARLEMONT A MARSEILLE Les nombreux amateurs de ce sport apprendront avec plaisir que notre ami, M. Allard, le distingué professeur de boxe de notre ville, qui se rend au Casino de Monte-Carlo en compagnie du maître Charlemont, pour faire un assaut, devant l’élite des sportmen, en villégiature sur la côte d’azur, est chargé par la Société d’escrime de notre ville de vouloir bien prier le maître de rééditer, à son passage à Marseille, la brillante fête qui eut lieu le 7 janvier dernier. Noussommespersuadésque l’attrait de la température exceptionnelle dont nousjouissons et les saveurs de notre bouillabaisse décideront M. Charlemont à accéder à un désir général. Des pourparlers sont aussi engagés avec MM. Pini, Mérignac fils, de Paris, et Kirchofîer, trois des meilleures lames de notre époque, afin de les décider à prêter leur concours à la fête projetée par la vaillante société d’escrime. Espérons que ces pourparlers aboutiront et que nous assisterons bientôt à une fête sportive des plus brillantes. (( Piétron. C’est devant une brillante assistance que Ja Fraternelle du Gard donnait un assaut, samedi 20 mars. Nous ne saurions trop féliciter cette vaillante société de l’initiative déployée en cette circonstance, et, sans exagérer, nous pouvons affirmer qu’il nous a rarement été donné d’assister à un assaut aussi brillant. La présidence avait été dévolue à M. Dubois, le sympathique secrétaire général de la mairie, assisté du commandant Guize, du capitaine Lemoine et de M. Martin. Nous remarquons dans la salle MM. de Morgis, Savy, P. Caublot, Eschmann, Dermyes, Piolle, Roustan, Aubert, R. d’Hergard, docteur Poizat, Beltrami, E. et A. Liotard, H. Allard, Rieutor, etc... L’assaut d’ouverture a lieu à l’épée de combat entre MM.Piquemal, maître au 19e d’artillerie, et Simon, maître de la société d’escrime de Marseille; à l’actif de M. Simon, un joli coup à la cuisse par un liement pris sur la préparation de son adversaire qui a pu à son tour dérober deux coups au bras. En somme brillant assaut. L'assaut entre MM. Teissier, professeur au lycée de Nîmes, et Granier, professeur au lycée de Marseille, a été fort applaudi. MM. Hurrant, maître au 11e dragons et Ranc, maître au 9e hussards, nous ont fait assister à un assaut académique dans toute l’acception du mot, tous deux très en forme, ils ont fait preuve d’une science et d’une correction parfaites. L’assaut de boxe française entre MM. Allard, professeur d’escrime, et son prévôt M. Franceschi a vivement intéressé le public. M. Franceschi, très en progrès, a réussi sur son maître de très jolis coups, notamment un coup de poing de figure avec échappement sur un coup de pied bas qui lui a valu de sincères applaudissements. M. Allard nous a paru manquer un peu d’entraînement, ou peut-être surentraîné, mais il n’a pas été le tireur brillant que nous sommes habitués à voir. u La première partie a été clôturée par un assaut au fleuret entre MM. Giraud et Pinelli. Ce dernier a opposé une sérieuse résistance au terrible gaucher qu’est M. Giraud. La deuxième partie a été ouverte par MM. Lanoi, moniteur au lycée de Marseille, et doyen des maîtres d’armes de Marseille, et M. Goirand, président des amis des arts. Ces deux maîtres, malgré leur âge, ont déployé une énergie et une souplesse que beaucoup de jeunes gens envieraient. Ils sont un exemple frappant de ce que peuvent sur nous les exercices du corps. MM. Gros, professeur au Cercle d’escrime de Salon, et Panzer- gue, moniteur à la réunion des sous-officiers, ont été applaudis dans leur assaut au fleuret. M. Gros, bien en forme, a réussi de fortbelles ripostes du tac au tac sur les attaques rapides de son adversaire. L’assaut entre MM. Millous et Farjon a montré une fois de plus que ces deux tireurs sont à la hauteur de leur réputation. La démonstration de la boxe française par MM. Allard etCarvin, son élève, a soulevé les applaudissements du public, qui a pu ainsi se rendre compte de ce qu’est la boxe réellement pratique et de la différence qui existe entre la méthode de Charlemont et l’ancienne savate ou chausson. MM. Riffaud, moniteur au 163e, etDelas, moniteur au 141e, ont été parfaits de grâce et de correction dans leur assaut au fleuret. Nous adressons toutes nos félicitations à M. Simon, qui avait été chargé de l’organisation de cette brillante soirée et qui s’est surpassé en cette circonstance, car depuis de longues années nous n’avions assisté à un assaut dont le programme fût aussi varié. — MM. Kirchoffer et Comte, les deux célébrés maîtres d’escrime français et italien, après les assauts qui auront lieu le 31 à Monte-Carlo, ont gracieusement consenti à s’arrêter à Marseille où ils se rencontreront à la salle de lasociété d’escrime, 51, rue Saint-Ferréol, avec les meilleurs tireurs de la région. Les membres de lasociété seront prévenus incessamment de la date exacte de l’assaut. Midi-Sport, de Marseille, L'avril 1897. CERCLE DES ÉTRANGERS DE MONACO SALLE DES CONCERTS MERCREDI 31 MARS 1897, A 8 HEURES 1/2 DU SOIR ASSAUT D’ARMES Organisé par M. A. Blondin, sous la présidence de M. Edmond Dolfus avec le concours de MM Conte, Kirchoffer, Epée Charlemont, Allard, Boxe française Georges Reynolds, G. Attfield, Boxe anglaise; Bernadini, Camatte, Courtial, Diet, Domergue, Dumazer, Fontana, Gelas, Lambert, Lézard, Martin, Michel, Mimiague, Mutrel, Perramon, et Richard. L'assaut sera dirigé par M. A. Ta vernier. INTERMÈDE Par l’orchestre du Casino, sous la direction de M. Léon Jehin L’ASSAUT DE MONTE-CARLO L’assaut d’armes de Monte-Carlo, organisé par M. A. Blon* din sous la présidence ddionneur de M. Edmond Dolfus, a été donné dans la somptueuse salle du théâtre de la principauté, devant une assistance excessivement nombreuse et élégante qui comprenait la plupart des personnalités de la Gentry en déplacement sur le littoral. Remarqué notamment la grande duchesse de Leuchtenberg, M. et Mme Camille Blanc, M. et Mme Bornier, MM. le comte de Béarn, le duc de Talleyrand-Périgord, Maurice Ephrussi, Tsidor de Lara. La séance était présidée avec autorité par M. Edmond Dolfus, ayant à ses côtés MM. le général Carreyde Beliemarre, colonel de Christen, Ch. Dufour, A. Tavernier et Blondin. Un bon assautde fleuret a ouvert la séance entre MM. Camatte, professeur à la salle d’armes de Monte-Carlo, et Diet, maître au Ie chasseurs alpins. Deux autres maîtres militaires, MM. Richard et Bernardini, font une passe d’armes assez soutenue, puis MM. Gélas et Lézard, du 6e chasseurs alpins, se mesurent avec vigueur, réussissant de part et d’autre quelques bonnes attaques d’allonge. Mais Kirchoffer et Conte paraissent sur la planche et des applaudissements nourris saluent l’apparition des deux maîtres. Très en armes tous deux, le tireur français et le tireur italien nous ont donné le régal d’une magistrale passe d’armes où il n’y eut que d’admirables coups échangés. Kirchoffer, dont la maîtrise va en grandissant, a tiré en vrai champion du tournoi international de 1896; il a réussi d’éblouissants temps d’arrêt, des remises magistrales et une belle variété de coups en attaques, ripostes et contre-attaques. Le jeu sûr et puissant de Conte s’est affirmé dans ses attaques et ses ripostes par coupé, et la galerie a confondu, dans les mêmes bravos, les deux merveilleux tireurs. 5il Un assaut de boxe française terminait la première partie. Dans sa lutte avec Allard, professeur de Marseille, Charlemont a fait applaudir son étonnante vigueur, la sûreté de ses coups et une science qui font de lui un incomparable lutteur. La deuxième partie a repris avec des assauts de fleuret où Ton a goûté tes jeux de MM. Lambert et Courlial, maîtres militaires et de MM. Michel et Dumazer, professeurs à Nice et à Cannes. «Un vétéran du fleuret, M. Mimiague, a fait un excellent assaut avec M. Domergue, professeur à Nice,- et MM. Martin et Perramon ont lutté non sans succès. «Après un vigoureux assaut de sabre entre MM. Lambert etMutrel, maîtres aux chasseurs alpins, la séance s’est terminée par un très intéressant assaut de boxe anglaise entre MM. Georges ReynoldsetG. Hassfield. Les deux professeurs ont vivement passionné la galerie par la vigueur et la netteté de leurs jeux. «Reynolds est, d’ailleurs, un brillant élève de l’illustre Corbett, et il a fait montre de beaucoup d’adresse et de force dans l’exercice d’entraînement au ballon On a beaucoup applaudi les deux champions. L’excellent orchestre de Léon Jehin, sous la direction de son habile chef, s’est chargé de remplir, de la façon la plus agréable,, les intermèdes de cette soirée sportive qui restera dans la mémoire des dilettanti comme une des plus réussies du genre. Comme mot delà fin Pas un accroc au très substantiel programme de la soirée. Il n’y a que sur le littoral qu’on voit ces choses-là et Blandin, l’organisateur, a droit à toutes.les félicitations, Figaro, 3 avril 1897. LES ASSAUTS DE MARSEILLE Profitant du passage à Marseille de M. Kirchoffer, le célèbre et jeune gaucher parisien, de M. Conte, le maître italien; deM.Charlemont, l’invincible maître de l’académie de Paris, dont la méthode est affirmée de partout, grâce aux nombreux élèves qu’il a su former; et de M. Géraci, maître italien déjà connu dans notre ville, comme un fort toucheur, la société d’escrime avait organisé un assaut dans ses salons de la rue Saint-Ferréol. A la présidence, M. le Général Znrlinden, commandant le 15e corps d’armée, M. Roussier, le sympathique président de la Société d’escrime, dirigeait les combats. MM. Pouzergue, maître à la réunion des anciens sous-officiers, et Farjon, professeur civil, entrenten ligne. Nous avons été heureux de voir ce bon gaucher en face de M. Pouzergue. Leurs jeux se marient absolument bien aussi nous avons eu un assaut excessivement fin. MM. Gonzalès, lieutenant d’artillerie, membre de la Société d’escrime, et M. Millous, professeur civil. Toujours très correct, ce dernier a eu, en M. Gonzalès, un excellent partenaire qui contribua beaucoup à ce joli jeu. A noter un dégagement dedans magistralement fourni. MM. Granier, professeur au lycée, et Pinelli, professeur civil, assaut qui mit en belle évidence les deux tireurs. MM. Allard, professeur à la société d'escrime, et Gauthier, professeur civil. Ce dernier, un gracieux boxeur de l’ancienne méthode, qui a dû prendre une leçon de la nouvelle, créée par M. Charlemont et dont M. Allard est ici le digne élève. M. Gauthier a cependant bien résisté au professeur de la Société d’escrime et mérita des applaudissements. MM. Roque et Armard, professeurs civils, nous donnent un assaut de canne. Ces messieurs très souples, très agiles, nous montrèrent de jolies passes et de bonnes parades. MM. Conte et Géraci, deux maîtres italiens, produisent un assaut fort intéressant certes. M. Conte nous a donné toute la virtuosité dont il a fait preüve à Monte-Carlo. M. Géraci, d’une tenue parfaite, s’est montré adversaire correct et surtout très difficile. MM. Charlemont, maître de l'académie de boxe de Paris, et Balme, professeur civil. Après le cliquetis des fleurets, coups de poing ouatés alternant avec d’énergiques coups de pied. Nous félicitonstrès sincèrement M. Balme qui asoutenu crânement l’assaut du maître; mais hélas! c’élaitle mouton dans les pattes du lion. Quelle souplesse, quelle force et quel travail intelligent ! Nous regrettons de ne pouvoir admirer le champion du monde avec un adversaire capable de lui opposer une résistance effective. MM. Kirchoffer et Simon de la société d’escrime. Très visiblement ému de se trouver en face d’un adversaire d’une telle force, M. Simon a été moins heureux que d’habitude. 11 faut cependant reconnaître qu’il a fourni un jeu très correct. Remarqué les dérohements sur les changements d’engagementde M. Simon qui lui ont valu certains coups de bouton. En somme très joli assaut que le public choisi a souligné d’unanimes applaudissements. MM. Conte et Caublot, de la société d’escrime. Ce dernier a payé jeudi son manque d’assiduité à la salle. M. Conte, très courtoisement, lui a démontré que lorsque l’on est fort en escrime, il faut quand même travailler pour se maintenir. M. Géraci et Ranc, maître au 9e hussards. Le fort maître italien a trouvé en M. Ranc un adversaire redoutable. En effet M. Ranc, dont la tenue sur la planche a élé particulièrement remarquée, a su profiter du jeu un peu large de la méthode italienne. M. Géraci, très en forme et bien entraîné, a poussé des attaques vigoureuses que son adversaire a reçues avec un calme et un sang-froid que tout le monde a su apprécier. MM. Charlemont et Allard. Le maître et l’élève nous ont démontré en quelques leçons la supériorité de cette savante méthode dont M. Charlemont est le créateur. Nous sommes unanimes àdéclarer que l’on peut envoyer dans un monde meilleur l’ancienne savate qui ne peut servir de point de mire à la nouvelle boxe française. MM. Kirchoffer et Conte. Nous regrettons que quelques malencontreux corps à corps aient déprécié ce jeu aussi vaillamment soutenu de part et d’autre, autrement ce fut le plus suggestif et le plus émouvant. Parfaitement entraînés, les deux maîtres ont été d’une virtuosité admirable. M. Conte nous impressionne avec ses feintes rapides et les parades de M. Kirchoffer ont une' dextérité et une vitesse admirables. Quel est le vainqueur? Remarqué dans l’assistance MM. Dubois, secrétaire général de la mairie, Vittini, secrétaire de M. le préfet, de Fauconnet, Arnavon, Lagarde, Ghabran, le professeur Carvin, d’Hergard, commandant Guize, Vagliaux, Graffin de Roux, Scaramanga, Chanot, Guiral, etc. etc. L’épée. CONFÉRENCE SUR LA BOXE. C’est hier qu’a eu lieu, au théâtre mondain, la conférence de M. Ed. Lewis, sur la boxe. L’orateur a étendu son sujet à tous les sports et, dans un langage élégant, — M. Lewis est un poète — il nous a fait comprendre combien les exercices corporels, même ceux dont la brutalité est apparente, sont nécessaires à l’entretien de la beauté physique de l’individu. M. Lewis nous a démontré ensuite que la boxe anglaise et la boxe française correspondaient aux mœurs et usages respectifs des pays où elles sont en honneur. Nos remerciements au conférencier pour les aimables paroles qu’il a bien voulu consacrer au Journal des sports. Charlemont et son excellent élève Ra mon Fonst ont obtenu leur succès habituel dans la démonstration théorique et pratique de la boxe française, intercalée au milieu de la conférence. Puis nous avons assisté à un assautentre un amateur M. X... et Chabrier, prévôt à la salle de la rue des Martyrs. L’exiguïté de la scène et la peur d’abîmer les décors ont empêché les tireurs de faire un bon assaut un chassé-croisé eût pu crever la toile du fond. Journal des Sports 10 avril 1897. Salle H. Dupont, 39, rue des Petits-Carmes. ASSAUT INTERNATIONAL Leclerc (S. S.), Mulle (S. S.) Dettmer, id. Tilbury (B. C. D.) Koning, id., Dupont, id. Delens (Dînant), Ryckr. id. Houa (S. T. L ),Van Dyck, (S.S ) Dupont id. Luff, (B. C. B.) Dettmer, id. Fievet, id. 20 Round Contest entre Fred Curtis et Fred Bimmington (champion featerweights. Londres.) Juges: MM. O. Grégoire, G. Fiévet. E. Dettmer et Dupont. Référée H. Pleuser. — Times Keeper: A. Prier de Saône. (Liège), S. S. Salle Simonis. — S. T. L. 'Salle Thirifays. — B. C. B. Boxing club, Bruxelles. ECHO DES SALLES D’ARMES Ecole d’escrime de la Rive Gauche. — Public nombreux, de jolies toilettes, samedi dernier, dans la salle de la société d’encouragement. Bon orchestre dirigé par M. Arnold, le maître fort apprécié, pendant les entr’actes, ainsi que les intermèdes artistiques de M. deSussex, M. le docteur Chatin, membre de l’académie de médecine, dirigeait les jeux. Citons dans la première partie MM. Clappier et Marschal, prince Radziville et Portefin, Grand et Bettenfeld; les assauts d’épée de MM. Fernand Chatin et Delétang, F. Lesourd et lieutenant Véron. Passes de fleuret intéressantes entre MM. Davila et Cuvilliez, maître au 89e de ligne de jolies phrases succédèrent à de jolies phrases, les ripostes et contre- ri postes s'enchaînèrent heureusement. M. Cuvilliez attaque à fond, citons un battement coup droit, un doublé dessous, et, de la part de son adversaire, une feinte de coup droit dégagé. La deuxième partie se termina par la rencontre de MM. Ad. Ruzé et Rothéa. L’amateur gaucher trompa adroitement le fer, il déroba les engagements adverses et saisit plusieurs temps d’arrêt heureux sur la marche. Ad. Ruzé, quoique indisposé, déploya son énergie habituelle; ce vaillant maître est de ceux qui tirent toujours, ne reculent devant aucun assaut dur, — et il en compte grand nombre d’heureux à Paris comme à l’étranger. — Il est l’antithèse de l’escrimeur à réputation surfaite qui, comme il y en a tant de nos jours, choisit ses rares adversaires puis se repose sur ses lauriers. Ruzé tire et toujours avec succès il suppléa samedi à sa vitesse par son jugement et sa profonde connaissance des armes. Après un assaut de boxe française bien mené entre les professeurs Langlois et Qui Hier, et une rencontre de sabre entre MM. J. Froment-Meuriceet Davila, nous avons applaudi les passes serrées et suivies de MM. Royer-Grenier et Wlly Subzbacher, deuxtireurs élégants et réguliers. M. Grenier, qui remporta le 1er prix au concours des lycées de 1893, possède actuellement une main très sûre; son adversaire tira d’allonge et réussit entre autres un coup droit précédé d’un battement, et de jolies attaques en marchant. Citons encore MM. Machet et Coquelin, G. Voulquin qui fit un assaut intéressant d’épée avec M. H. d’Haussen, Lusciez, un bien joli tireur, et le docteur Semelaigne. Mentionnons l’assaut de boxe anglaise entre MM. Chatelin et Liouville; ce dernier est un jeune amateur qui possède de réelles qualités d’endurance, de sang-froid et de jugement; il réussit de merveilleuses esquives sur les attaques de son redoutable adversaire, auquel revient une part des applaudissements de l’assemblée. Après les passes vigoureuses de MM. Léonardi et Mauban, citons l’assaut final entre l’adjudant Ramus et le maître E. Tixier. L’adjudant réussit de jolies attaques, trompant l’épée par des feintes progressives Tixier lui opposa une vive résistance, il saisit de jolies attaques sur les préparations de son adversaire; nous sommes heureux de l’en féliciter ainsique de la complète réussite de cette soirée. Jules-Jacques Knab est décédé à Paris, le 2 mai 1897, il était âgé de 42 ans. Il fut bon tireur de boxe et de canne, très sympathique. Le soir en compagnie de ses frères Charles, Henri et Philippe, il donnait des leçons; il donna aussi quelques assauts et prit part au plus grand nombre de ceux qui ont été donnés dans la période de Il était élève d’Emile Rive. SOCIÉTÉ D’ENCOURAGEMENT DE LA BOXE Nous recevons de Charlemont, le célèbre boxeur français la lettre suivante: Paris, le 30 avril 1897. «Monsieur, J’ai l’honneur de vous informer de mon intention de fonder une société d’encouragement de la boxe. Cette société pourrait être fondée, à peu près, sur les mêmes bases que l’ancienne société des boxeurs français. Cette dernière, avant sa fusion avec le cercle de l’escrime, remplissait parfaitement le but poursuivi par ses fondateurs; c’est-à-dire: organiser de grands assauts afin de répandre le goût de la boxe. Les assauts du cirqued’été sont encore présents à la mémoire de tous, et j’estime qu’ils ont le plus contribué à propager l’art de la boxe. C’est afin de faire revivre ces fameuses soirées, que je viens vous demander votre adhésion à la nouvelle société, et de bien vouloir assister à la réunion qui aura lieu le lundi 10 mai, à 8 h. 1/2 du soir, à l’académie de boxe, 24, rue des Martyrs. Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée. Ch. Charlemont. Est-il besoin d’ajouter que nous donnons au projet de Charlemont notre adhésion pleine et entière comme à toutes les ini- tiatives capables de développer le goôt et de favoriser le progrès de nos sports nationaux parmi lesquels la boxe française tient, à si juste titre, une place de plus en plus grande. au bénéfice de ses prévôts MM. Mainguet et Chabrier. Petit, moniteur, école de Joinville, Randon, amateur. Vidal, moniteur, école de Joinville, Loriot, amateur. Moscovino, moniteur, école de Joinville, Landowski, amateur, Taine, lieutenant instructeur, école de Joinville, Foréau, amateur, canne. Groslambert, amateur, Mazoyier, professeur. Flori, amateur, école de Joinville, Mainguet, professeur. Petit, moniteur, école de Joinville, Reinhardt, amateur, Foréau, amateur, Demètre, amateur. L. Legrand, amateur, F. Legrand, amateur (boxe anglaise). Gros, moniteur, école de Joinville, Charlemont fils, professeur. Levallois, amateur, Moscovino, moniteur à Técole de Joinville. Vidal, moniteur, école de Joinville,' Chabrier, professeur. Taine, lieutenant instr., école de Joinville, Charlemont fils, prof, (canne). Boxe. — L’assaut donné à la salle Charlemont au bénéfice des prévôts MM. Mainguet et Chabrier, avait attiré un grand nombre d’amateurs. Dans la première partie nous avons remarqué M. Randon, un débutant très doué qui a bien tiré contre M. Petit, moniteur à Joinville MM. Vidal et Loriot, MM. Moscovino et Landowski, qui ont fait un jeu fin et correct, MM. Mainguet et Flori, assaut très intéressant qui nous a permis d’admirer les progrès constants de M. Flori et la forme actuelle de M. Mainguet. Enfin pour clore la première partie, assaut de canne entre i.A IÎOXE FRANÇAISE 549 M. Foréau etM. le lieutenant Taine, de l’école de Joinville, un tireur d’une agilité et d’un coup d’œil merveilleux. c( La seconde partie comprenait les assauts entre MM. Petit et Reinhardt, ce dernier débutant plein de promesses; MM. Foréau et Demètre, le premier avec son jeu très primesautier, le second avec ses moyens très puissants MM. Legrand frères, assaut de boxe anglaise très sévère en six reprises; MM. Vidal et Chabrier, assaut correct et bien mené; enfin M. Charlemont nous a donné l’occasion de l’applaudir deux fois, d’abord comme boxeur dans un assaut avec M. Gros, de Joinville, et ensuite comme, tireur de canne, dans une rencontre avec M. Taine. Ce dernier assaut a été très goûté des amateurs, qui ont fort applaudi les deux partenaires. La Presse. BOXE L’assaut annuel de la salle Charlemont a été donné hier. Les meilleurs tireurs de Joinville y ont pris part, notamment le sergent Flori, qui a fait un excellent assaut contre Mainguet, le prévôt de Charlemont, et le moniteur Gros, qui a courageusement lutté contre Charlemont lui-même, livrant le combat jusqu'à la fin sans se laisser démoraliser, par l’immense supériorité de son adversaire. Les deux frères Legrand ont fait cinq reprises de boxe anglaise, permettant de constater la science réelle de l’ainé,Léon, et la grande force de résistance du cadet, Fernand. M. Taine, lieutenant instructeur à Joinville, qui a su donner à l’enseignement delà division de boxe et de canne une heureuse impulsion, a fait deux jolis assauts de canne, l’un avec M. Foréau amateur, l’autre avec Charlemont. Inutile de dire que Charlemont reste, sur ce terrain, comme en boxe, invincible. lia exécuté des merveilles de finesse et de précision. Les élèves de la salle Charlemont viennent de fonder une société d’encouragement sous le titre La Boxe française. CHEZ CHARLEMONT «Les assauts donnés chez Charlemont fils sont toujours fort suivis, et celui qui a eu lieu hier soir au bénéfice de ses excellents prévôts Mainguet et Chabrier a obtenu le succès habituel. L’incomparable maître a tiré deux fois, dans un assaut de boxe française contre le sergent Gros etdans un assaut de canne contre le lieutenant Taine; dans Lun et l’autre il nous a montré une force exceptionnelle, une inouïe rapidité et une souplesse... de panthère. Les deux assauts Mainguet-FIori et Chabrier-Vidal ont été l'occasion, pour les deux prévôts, de déployer d’incontestables q ualités person nel les. A citer en core l’assau t Landowski-Moscovino Les frères Legrand, en boxe anglaise, nous ont fourni une intéressante diversion. Profitons de l’occasion pour annoncer la formation d’une société d’encouragement sous le titre« la Boxe française dont le président est M. Rampai. Remarqué hier dans la salle MMUe Rousselot, MM. Rampai, Rogé, d’Hurcourt, Dubonnet, Minart, etc... Le Journal des sports, jeudi 20 mai 1897. BOXE Charmante soirée hier chez Charlemont qui donnait un grand assaut de boxe annuel au profit de ses prévôts, MM. Mainguet et Chabrier. Public aussi nombreux qu’élégant. Parmi les tireurs les plus remarqués, citons MM. Landowski, Foréau, Mainguet, Reinhardt, Chabrier, Gros. Le clou de la soirée a été l’assaut de canne entre le lieutenant Taine et Charlemont fils. Les deux adversaires se sont surpassés et ont été vivement applaudis par toute l’assistance. Paul Field. Le Vélo, jeudi 20 mai 1897. BOXE Des amateurs de boxe et des élèves de la salle Charlemont se sont réunis lundi 10 mai, dans lelocal de l’Académie de boxe, 24, rue des Martyrs, à l’effet de constituer une société d’encouragement de la boxe. Le but de cette nouvelle société sera surtout la propagation delà boxe française au moyen de grands assauts publics. La défunte société des boxeurs français avait jadis réalisé à ce point de vue, au cirque d’été, ses séances de boxe française et anglaise qui sont restées les plus belles manifestations publiques de ce sport. C’est pour recommencer ces réunions si fécondes pour la boxe, que la nouvelle société la Boxe française s’est formée. Le Comité est composé de MM. Clerc-Rampal, président, Berton, vice-président Foréau, secrétaire ;Barrois, trésorier, Eugène Paz, lieutenant Taine, Bardac, Pasteur, Ruffier des Aimes, Ch. Le 30 mai 1897, Charlemont fils est nommé officier d’Académie par décision de M. le Ministre de l’instruction publique et des beaux-arts, M. A. Rambaud. C’est la seconde distinction officielle accordée à des professeurs de boxe. Espérons que ça ne sera pas la dernière. Dans sa séance du 24 mai dernier, le comité de la société (la Boxe française) a décerné à M. Charlemont père le titre de membre d’honneur. Le samedi 12 juin 1897, à 8 heures 1/2 du soir, au grand café des Omnibus, 27, rue de Belleville, grand assaut de boxe, donné par MM. Châtelain et Mille, avec le gracieux concours de MM. O. Qui Hier, E. Quillier, Leclerc, Langlois, Guelpa, Van Rooze, Legrand, Larue, Bidault (professeurs de boxe), et de MM. André, Seine, Mariot, professeurs d’escrime, M. Jean le Bordelais, professeur de lutte, MM. Dewezet Hochet, des Concerts' de Paris. Le 7 juillet, à 9 heures du soir, assaut intime donné par MM. les membres du cercle de l’Omnium, dans la coquette salle du boulevard des Italiens, sous la présidence de MM. le duc de Luynes, et le duc de Brissac, président et vice-président de la société. Les assauts dirigés par M. Ayat, professeur d’escrime; assauts de fleuret :MM. Jourdan, prof., Margaut, prof., Louis, prof, au 46ede ligne Bruneau de Laborie, amateur; Raud,prof. au 89e de ligne ;Bougnol, prof, au cercle d’Anjou Epée Cuvillier, prof, au 89e de ligne L. de Heredia, amateur Jourdan, prof.; de Blest Gana, amateur sabre Cuvillier-Bougnol boxe française Charlemont Pils-RamonFonst, démonstration théorique et pratique assaut de boxe française Mainguet-Chabrier. Le 8 août 1897, M. Charlemont père rompt son engagement avec la société des boxeurs français, en adressant la lettre suivante (recommandée) Monsieur le président de la société des boxeurs français, au cercle de l’escrime, 9, rue Taitbout. Monsieur le Président, Par sa composition actuelle, le comité de la société des boxeurs français, ne m’offrant pas les garanties suffisantes pour ma dignité de professeur, je. vous adresse ma démission. En conséquence, je quitterai mes fonctions le 31 août 1897. Agréez, etc. J. Charlemont. Ceci est pour répondre à des insinuations malveillantes de membres du comité, qui prétendaient que Charlemont avait été congédié ce qui ne pouvait être puisqu’il avait un engagement valable jusqu’au 15 février suivant. JAMES JIM CORBETT J. J. Corbett abandonne définitivement son titre de champion du monde. Au lendemain de sa retraite, il est intéressant de résumer la carrière du célèbre boxeur. J. J. Corbett, le seul vainqueur de John Lawrence Sullivan, el tout dernièrement le vaincu de Robert Fitzsimmons, est né à San Francisco le 1er septembre 1866. Son père, Patrick J. Corbett, en 1854, quitta son pays natal, l’Irlande, pour venir s’établir en Californie. Quelques années plus tard il se mariait et assemblait autour de lui une famille qui forme aujourd’hui un cercle très intéressant. Il eut dix enfants: Frank, Harry, Esther, Jim, John, Theresa, Mamie, Kattie, Joe et Tom. Propriétaire d’une grande entreprise d’uniformes à San Francisco, il emploie comme comptable son fils John Franck est clerc de receveur de contributions à San Francisco; Harry tient une maison de jeu dans la cité de Golden Gâte; les plus jeunes, Joe et Tom, sont étudiants au collège de Oakland. Les quatre filles ne sont pas mariées et vivent à la maison, J. J. Corbett fut dans ses premières années un gentil et régulier élève du collège de Oakland, à San Francisco, quoique son amour pour le jeu de la lutte causa à ses parents et à ses maîtres plus d’une heure d’anxiété. Son inclination pour donner ou recevoir une correction à coups de poing était le principal caractère de ses premières années. Il fut renvoyé du collège de Saint-Ignace pour s’être battu et avoir assommé un camarade. Cette bataille lui donna aussitôt une grande réputation parmi ses amis, et Corbett rechercha alors toutes les occasions de se battre. «Dans l’écurie de son père, chaque palefrenier était obligé le matin de mettre les gants et de se mesurer avec lui. J. J. Corbett avait un compagnon, Forty Kenaly, qui lui aussi aimait la boxe et avait une dureté de fer. Un jour qu’ils étaient présents à une représentation donnée par Sullivan, le président demanda des amateurs, Corbett profita de l’occasion et un match régulier s’ensuivit. Ce fut la première fois qu’il eut affaire à un véritable pugiliste; Sullivan était un rude partenaire et pendant un moment la chance de Corbett fut bien compromise; finalement, après un coup de poing en pleine poitrine, Sullivan chancela et tomba. Corbett fut alors porté en triomphe et n’aspira plus qu’à la lutte. Comme ses adversaires, la première idée de Corbett, quandil eut passé ses premières années, fut de devenir un joueur déballés professionnel. Mais ayantété battu par les champions de l’époque, Àrison, Start, Bardock et autres, il se dégoûta de ce sport et Siir les désirs ardents de sa mère il rentra comme aide comptable dans la Banque nationale de Névada. Il garda cette position pendant quelques années, mais aussitôt qu’il fut capable de connaître et d’apprécier les bénéfices des exercices gymnastiques, Gorbett fit partie de l’OIympic Athlétique Club de sa ville natale et devint bientôt un des meilleurs et des plus habiles .membres. Il aimait particulièrement la boxe et une pratique constante avec le professeur Walter Watki ns, dont l’idée principale était de frapper plutôt que de veiller aux coups, fit bientôt de lui le vainqueur des amateurs qui faisaient partie des tournois de son club. Avant sa dix-huitième année, il avait gagnésix fois le championnat de boxe de son club, et soucieux de se mesurer avec des adversaires plus forts que lui, il se détermina à devenir un boxeur professionnel. Ce fut en 1884 qu’il fit ses débuts contre Dave Eiseman, qu’il battit en deux rounds. Dansl’espâce de cinq années successivement il battait les meilleurs champions de l’époque tels que James Daily, Duncan, Marc Donald, Jack Burke, le champion Irlandais Frank Smith, Georges Atkinson, Frank Glover, Joe Choynski, John Donaldson, William Miller, champion d’Australie Martin Costello, Dave Campbell, etc., etc... Le 17 février 1890, à la Nouvelle-Orléans, Corbett se rencontre avec Jake Ki train, pour le prix de 3,500 dollars, offert par le Southern Athletic Club. Après une lutte des plus émouvantes Jake Kilrain fut battu en six rounds. Le 14 avril 1890, il se mesure avec Dominick-Caffrey, professeur de boxe du Club Athlétique de Manhattan. C’est devant plus de 5,000 spectateurs que ce combat eut lieu en présence de J.-L. Sullivan et de Pliill Dwyer, juges arbitres. Après quatre rounds très durs, Cafîrey fut vaincu. Le 21 mai 1891, le nègre australien Jakson Peter le défie à San-Francisco. Jakson arrivait de Californie où il avait battu ré- gulièrement les meilleurs champions boxeurs tels que George, Godfred, Joe-Mac Au liffe, NeoSmith, etc. «Un match fut conclu et le California Athletic Club offrit un prix de 10,000 dollars. L’enjeu était de 1,500 dollars de part et d'autre. Gorbett en 61 rounds battit son adversaire mais à la suite des difficultés avec des organisateurs delà lutte, il ne put toucher que 100 dollars. Ce fut le 7 septembre 1892, que Corbett acquit sa célébrité. Pour la première fois, il se rencontra avec l'invincible champion John Lawrence Sullivan, pour le titre de champion du Monde avec enjeu de 20,000 dollars et 25,000 dollars comme prix offert par l’Olympic Club. La lutte fut émouvante, car les deux adversaires étaient bien préparés par leur manager John-Donough pour Sullivan et J. C. Kennedy pour Corbett. Plus de 5,000 personnes étaient présentes et, parmi elles, les premiers boxeurs du monde, presque tous battus par les deux pugilistes. Après 8' 35" Sullivan succombait et J.-J. Corbett, proclamé champion du monde pour la boxe, encaissait la jolie somme de «J.-J. Corbett mesure 6 pieds 1/2 et pèse en moyenne 195 livres. Son centre d’entraînement est dans le joli pays de Locle Arbourg, à Asburg Park. Son chef entraîneur est W. A. Brady’s. Il prend sept heures et demie de sommeil par jour le matin, au réveil, il prend un léger cordial et se dirige vers un lac où pendant une heure, il canote. Quand la fatigue se fait sentir et qu’il ne peut plus ramer, il se déshabille et fait alors quelques milles à la nage puis il se sèche et se fait masser vigoureusement. Après son massage, il parcourt cinq milles au pas gymnastique, puis se repose. 11 prend ensuite son premier déjeuner, qui se compose d’omelette, œufs à la coque, côtelettes ou rosbeaf et un peu de fruit. Il s’abstient de pâtisserie. L’après-midi, lorsque sa digestion est toutà fait finie, Corbett travaille au Bag Puncbing pendant une demi-heure puis après avec son entraîneur W. A. Brady’s il se livre à quelques assauts de boxe. Après son travail, de Californien est frotté à l’alcool et se repose pendant une heure au moins. Avant de se coucher, il lutte et pratique le pulley weights pour se donner de la force et de la résistance dans le poignet. Telle est la préparation du champion J J. Corhett qui, comme les lecteurs le savent, vient d’être récemment battu par Robert Fitzimmons dans un match pour le titre de «champion du monde» pour la boxe. Ainsi que le Journal des Sports l’a annoncé dernièrement, J -J. Corbett quitte définitivement le ring. Il va pratiquer le baseball et va faire, durant la saison d'hiver, une tournée d’exhibition sur scènes et estrades, dans différents établissements. J. Marcel-Lemoustre. Journal des Sports, 27 août 1897. POUR LA BOXE a Combien de fois ai-je entendu poser cette question La boxe française est-elle supérieure à la boxe anglaise? Tel est le problème queM. Louis Moriaud vient de chercher à résoudre dans sa première causerie sur la boxe. Son enthousiasme pour le chausson l’entraîne à faire des comparaisons capricieuses qui, je le crois, ne peuvent avoir aucun bon résultat pour son sport préféré. Nos sympathies, nous dit M. Moriaud, vont à la boxe française, car un homme dont les bras sont faibles et n’ont pas beaucoup de détente, peut suppléer à cette infériorité par son habileté à se servir des jambes. Erreur; on voit souvent des hommes grêles doués d’une force surprenante, tandis que d’autres, robustes en apparence, sont loin de posséder la vigueur des premiers, ce qu’il serait difficile d’expliquer si l’on ne faisait pas intervenir l’impulsion nerveuse. Un homme sans volonté éprouvera la même difficulté à mettre en action ses membres inférieurs ou ses membres supérieurset cela parce que l’énergie cérébrale est lente à se développer. L’homme tire en réalité de ses jambes la force qui paraît venir de ses bras. Quand j’avais mes deux jambes, disait un zouave amputé, je donnais un fameux coup de poing» et le zouave avait raison. Un coup de poing bien asséné est appuyé par tout le corps l’effort qui lance en avant la main fermée commence dans le jarret qui se tend, puis gagne la cuisse qui projette le tronc dans la direction du coup à donner les muscles des reins transmettent le mouvement au thorax et les muscles du thorax à l’épaulequi, à son tour, fouette l’avant-bras et le poing en leur transmettant la somme de force à laquelle a contribué le corps tout entier (1).» C’est cette parfaite harmonie de mouvements qui fait qu’un boxeur bien entraîné peut développer un coup de poing d’une force équivalant à son poids. Ceci me rappelle cette phrase vulgaire d’un boxeur américain dont le nom m’échappe Un forgeron n’a pas besoin de quatre marteaux, s’il en a un bien emmanché. Que les Sullivan et les Corbett aient proclamé la supériorité de l’Ecole Française, c’est possible. Ces professionnels, fatigués des questions qu’ont pu leur poser des reporters indiscrets, ont répondu indifféremment oui ou non. Ils savent que la France a des maîtres de boxe anglaise et attendent que ces derniers aillentconquérir cette fameuse ceinture qui n’a jamais franchi le détroit. Pour me servir de la comparaison de Bouchard ce sont de mallieu reux ouvriers qui cherchent de l’ouvrage et n’en trouvent pas. Le récit suivant emprunté au Docteur Lagrange fera aisément comprendre la crainte qu’inspirent ces pugilistes Dans une lutte restée célèbre entre les boxeurs Maffey et Macarthey, qui dura quatre heures quarante-cinq minutes, l’un d’eux tomba étourdi cent quatre-vingt-seize fois avant de consentir à s’avouer vaincu (2). Dans un autre combat, l’un des champions reçut dès la première passe un coup de poing qui lui brisa le bras gauche; il fit soutenir par une écharpe son membre fracturé et soutint l’assaut (1-2) Lagrange pendant cinq quarts d’heure encore, jusqu’au moment où un dernier coup le laissa plusieurs minutes sans connaissance, et le força de s’avouer vaincu. (<: Cette incroyable force de volonté qui fait rester ferme devant des coups si terribles, le boxeur ne la puise pas dans la colère. C’est un axiome de pugilat qu’un boxeur qui ne sourit plus est un boxeur vaincu. Quand le rictus de la rage vient remplacer le sourire sur les lèvres d’un champion, les parieurs expérimentés l’abandonnent et son adversaire devient le favori. C’est l’entraînement seul, c’est-à-dire l’accoutumance aux efforts musculaires violents et prolongés qui donne une si surprenante énergie à ces hommes que Royer-Collard déclarait si différents des autres hommes. A première lecture ces deux comptes-rendus paraissent exagérés; Cependant, si l’on se souvient du dernier assaut fourni par mon ami Albert Killman, boxeur au-dessusde toute critique, quoique d’une force musculaire moyenne, on peut se faire une idée de la puissance que peuvent acquérir des hommes choisis dont l'entraînement est poussé au plus haut degré. «Alfred Kuhn. La Suisse sportive, 31 août 1897. BOXE FRANÇAISE ET BOXE ANGLAISE Je me fais un plaisir en même temps qu’un devoir de répondre àM. Alfred Kiihn, au sujet de l’article intitulé Pour la^boxe qui a paru l’autre mardi dans la Suisse Sportive sous sa signature. Je crois pouvoir me permettre de discuter cette question et, peut-être, de la trancher, ayant fourni déjà quelques preuves de mon savoir dans les deux branches, apte, par conséquent, à en faire reconnaître les bons et les mauvais côtés, les avantages et les inconvénients. M. Kühn défie les maîtres français professant la boxe anglaise, de jamais se mesurer avec des champions Américains et Anglais tout à fait exceptionnels tels que Fitzsirtimons, Corbett ou Sullivan. Ceci coule de source, car les matchs tels que les comprennent nos voisins d’Angleterre et d’Amérique ne peuvent en- trer dans nos mœurs françaises; notre éducation, notre caractère, ne s’alignerontjamais avec la brutalité que demandent ces sortes de pugilats. Ces matchs n’ont pas lieu, du reste, dans l’unique but deconquérir la fameuse ceinture qui sert d’emblème au Champion du monde, mais bien de gagner une somme d’argent qui se chiffre en général par des centaines de mille francs. Aussi faut-il remplacer souvent le mot courage par celui de cupidité. Je ferai observer en outre, que les maîtres français professant la boxe anglaise en Suisse et en France, possèdent la science de leur métier aussi bien que ces grands pugilistes. et qu’il y a autant l’étoffe d’un champion dans les uns que dans les autres seulement nous ne trouvons pas, comme dans le nouveau continent, des personnes décidées à payer un entraînement fort long, et fort coûteux, à un boxeur paraissant posséder les qualités requises pour en faire un champion. Puisqu’il s’agit de reconnaître la supériorité de Pune des des deux boxes, voici mon avis. J’ai tiré en boxe anglaise à Paris, contre Attfield, professionnel de Londres, — à Genève, contre Killmann et Lambert, — en boxe française — pour n’en citer qu’un — contre Charlemont, le champion français je ne suis donc pas seulement un professeur de salon et j’ai fait suffisamment mes preuves pour pouvoir, en connaissance, affirmer la supériorité de la boxe française telle que nous l’enseignons, Charlemont, Gastérès et moi. Naturellement, si l’on parle de la boxe française telle qu’on l’enseigne au régiment, alors qu’elle n’est prise que comme gymnastique, il n’est pas nécessaire d’être boxeur anglais pour avoir le dessus dans un combat. Mais au point de vue hygiène d’abord, comme assouplissement de tous les membres, comme développement et comme équilibre, la supériorité de la boxe française n’est pas à discuter. Au point de vue combat, boxe anglaise contre boxe française, l’avantage restera toujours à cette dernière, car il faut avouer que la boxe anglaise est une affaire de convention qui ne permet de frapper que dans une certaine partie du corps, soit audessus de la ceinture. Avec la boxe anglaise on arrive donc à n’obtenir de l’endurance que dans la poitrine et la figure, mais en lutte sérieuse dans la rue, alors que la vie est en jeu, on ne doit admettre que la boxe française, qui est l’image même du combat et qui permet de frapper partout où l’on peut atteindre, surtout dans des endroits où l’endurance d’un coup n’est pas possible. Je ne mécontente pas d’affirmer mon opinion, je suis prêt à en démontrer la justesse. Dès ma rentrée à Genève, au mois d’octobre, j’organiserai une première séance et je ferai cette démonstration avec tous ceux qui désireraient me prouver le contraire et devant toutes les personnes qui s’intéressent à cette question. Ceci vaudra mieux et sera plus efficace que toutes les critiques et toutes les polémiques qui, presque toujours, n’aboutissent à rien. Pierre Vigny, Professeur de l’Académie de boxe de Genève. La Suisse Sportive, 44 septembre 1897. On nous annonce, pour jeudi 23 septembre, un grand assaut de boxe et d’escrime sous la présidence de M. Dubois, le sympathique secrétaire général de la mairie. Une indiscrétion nous permet de pouvoir annoncer que l’on s’attend à un assaut sensationnel entre MM. L. Allard, ledistingué professeur de la Société d’escrime, et Balme, le sympathique maître, qui, l’on s’en souvient, fut le seul qui osa se mesurer avec Charlemont, le champion français. Parmi les autres tireurs, on nous a cité P. Franceschi et Michel, professeurs à l’académie de boxe, etPh. Gagean. C’est jeudi 16 septembre, qu’a eu lieu la réunion des membres fondateurs de la société la Boxe Française, dont nous avions déjà parlé au début de sa formation. A l’unanimité ont été élus MM. Et. Cavailler, président; Lud. Aubert, secrétaire; H. Allard, trésorier, Carvin, Font, Vincent et Reisacher, commissaires. Après une chaude allocution du président sur le but de la société et sur l’utilité des exercices physiques, dont la boxe occupe le premier rang, M. Louis Allard, le sympathique directeur-pro- fesseur, a présenté ses professeurs adjoints, MM. Pierre Franceschi et A. Michel. L’inauguration a été fixée au 1er octobre. Nous reviendrons, d’ailleurs, surlesdétails des assauts projetés. David et Simon, professeurs à la Société d’Escri me Millous, Fargeon, Giraud et Pons. Nul doute que la coquette salle de la rue Colbert ne soit bondée ce soir-là. Nous tiendrons nos lecteurs au courant de ces différents assauts. Midi-Sport, 22 septembre 1897. L’assaut, que nous avions annoncé, dans notre dernier numéro, a eu lieu au milieu d’une salle archi-comble, beaucoup trop petite pour contenir autant de spectateurs. Beaucoup, avec raison, murmuraient contre lesorganisateurs, pour le mauvais choix de la salle et nombreux ont été ceux, qui, malgré leurs cartes d’entrée prises à l’avance, ont dû renoncer à se faire une place et se sont résignés à quitter la salle. Le premier assaut a mis en présence MM. Fargeon etMillaux, deux fins tireurs à qui nous reprocherons, malgré leur jeu brillant, de trop se coucher sur leurs parades et par suite d’en venir presque au corps à corps. L’assaut de sabre entre MM. David, professeur à la Société d’Escrime, et Goirand a été très intéressant. MM. Raimbaud et Arnaud ont fait une gracieuse leçon de canne et non un assaut, car l’on devinait trop de convention et d’entente chez les deux tireurs. L’intermède de danse exécuté par M. Agasse a été très applaudi. L’assaut de fleuret entre MM. David et Millous nous a montré ce dernier moins bien en position sur la planche que l’année dernière. Néanmoins, jeu brillant et plein de science. La seconde partie est ouverte par MM. Simon, professeur à la Société d’Escrime, et Giraud. Assaut mouvementéoù nous nous plaisons à reconnaître un changement complet dans le jeu de M. Simon, qui a abandonné le jeu trop académique que nous lui reprochions naguère. Passes rapides et brillantes départ et d’autre à l’actif de M. Simon, un superbe dégagé dessous. L’assaut de boxe française si impatiemment attendu entre MM. Ph. Gagean, 1er maître, et I,. Allard, professeur à la Société d’Escrime, a montré encore une fois la supériorité incontestable de la méthode Gharlemont. M. Ph. Gagean, complètement déconcerté par les attaques rapides de son adversaire, se borne à une simple défensive, qui, malheureusement, ne lui réussit pas, car les coups se succèdent et arrivent chaque fois avec une rapidité extraordinaire. d Nous adressons nos compliments à M. Ph. Gagean pour le courage et l’énergie qu’il a montrés en face d’un adversaire tel que M. Allard. L’assaut de canne entre MM. Pons et Arnaud est une seconde édition de l’assaut entre Raimbaud et M. Arnaud. Décidément les tireurs de canne n’ont pas l’air de se douter que l’assaut doit être l’image du combat et non une succession de coups réglés à l’avance. Allons, messieurs, un peu moins de fantaisie et un peu plus de science! ! Brillantes passes d’armes entre MM. Eargeon et Goirand. La soirée a été clôturée par un brillant assaut d’escrime entre MM. Simon et Tassy, un tout jeune homme d’avenir, avec lequel il faudra bientôt compter c’est le fils dé l’ancien maître d’armes du 1er hussards, dont nos escrimeurs se rappellent encore. M. Dubois, secrétaire général de la mairie, présidait l’assaut avec sa compétence habituelle. Remarqué dans l’assistance Cavailler, président de la boxe française; Chabran, de Wuilmont, L. de Roux, Beltrami, de Lusnay, Eschmann, commandant Brunhaut, capitaine Giraulami, Bonifay, directeur de l’octroi; Rieutor, Carvin, de Cavailleux, Rabattu, Poiroux, Cayol, Gaujou, Cheuret, Gally, etc., etc. La Boxe Française. — Cette Société composée d’élèves du distingué professeur de boxe, M. Louis Allard, nous annonce sa première soirée d’assauts pour vendredi prochain, à 9 heures du soir, danè son coquet local, rue Saint- Jacques, 12. Après plusieurs assauts de boxe française, M. L. Allard démontrera avec leconcoursde ses professeurs adjoints, MM. Franceschi et Michel, la supériorité delà méthode de Charlemont. Nous sommes certains, avec les éléments sérieux qui composent cette Société, du succès de cette soirée. Midi-Sport 29 septembre 1897. (( Malgré un temps épouvantable, une nombreuse assistance se pressait vendredi soir, dans la .salle du Gymnase Saint-Jacques, à l'occasion de la première réunion publique de la vaillante, quoique jeune, société la Boxe Française. Remarqué parmi les sportsmen présents MM. Chabran, Silhol, de Margis, de Wuilmont, Acbard, Cayol, Leroy, Demarne, Eschman.n Raymond, Fourniaud, de Salon, Viarmay, Moro, etc. D’un bout à l’autre la soirée a été pleine d’intérêt et l’on a applaudi, comme ils le méritaient, ces vaillants lutteurs. L’assaut entre MM. R. Silhol, élève de M. Allard, et J. Galli, élève de M. Vincent, a été vivement remarqué. Les deux jeunes adversaires ont fait preuve de brillantes qualités. M. Silhol, qui a visiblement ménagé son partenaire, a réussi, malgré cela, de très jolis coups et notamment un superbe chassé-croisé sur le départ de son adversaire qui a perdu pied. Galli a vaillamment soutenu le choc et s’est très bien défendu. Un assaut impatiemment attendu était celui de MM. A. Michel, professeur à l’académie de boxe, et Décugis, amateur. M. Décugis s’est très bien comporté devant son difficile adversaire et nous nous plaisons à reconnaître en lui le champion de l’ancienne méthode. M. Michel nous a montré de brillantes qualités d’attaque, de vitesse et de décision, il a réussi des ripostes d’une maîtrise indiscutable. L’assaut entre MM. Allard L. Vincent a été vif et plein de courtoisie. M. Allard nous a prouvé qu’on peut faire un joli assaut sans avoir besoin de bourrer, il a fait plusieurs prises de jambes qui ont été vivement applaudies. M. Vincent a fait de réels progrès et a touché plusieurs fois son redoutable adversaire, c’est certainement un des plus gracieux assauts auxquels nous ait fait assister le maître. M. Vincent est un très joli tireur, bien en garde, très vif et plein de décision il est le seul qui jusqu’à ce jour se soit brillamment défendu contre M. Allard. A l’actif de M. Vincent, un joli revers de pied. La leçon de boxe française donnée par M. Pierre Franceschi à M. A. Carvin amateur, a été très remarquée et a mis en évidence le côté pratique de l’instruction. Le clou de la soirée a été la démonstration théorique et pratique de la boxe française entre MM. L. Allard et A. Michel, professeurs. M. Allard a fait défiler devant les yeux étonnés des spectateurs toute la gamme des attaques, des esquives et des ripostes savantes de la méthode Charlemont, brillamment enlevée par les deux distingués professeurs, qui se sont retirés suivis des applaudissements enthousiastes du public émerveillé. Midi-Sport, 6 octobre 1897. Le dimanche 14 novembre 1897, à 2 heures très précises, au gymnase municipal, 87, rue d’Allemagne. Fête annuelle de la société d’Education physique l'Avenir du XIX arrondissement. Charlemont fils et ses deux prévôts, Mainguet et Chabrier, représentent la boxe française. L’assaut donné hier soir parle Boxing-Glub à la salle Castérès, rue Nouvelle, a eu un fort joli succès. L’assistance était nombreuse et principalement composée de spécialistes, elle comptait dans ses rangs plusieurs dames qui ne redoutent pas les fortes émotions. Remarqué: MM. Lambert, l’excellent maître d’armes, Piermé, Lussiez, Riguelle, Lacour, L. Vonoven, Bianchi, Schrader, Monbiot, Etienne Giraud, le chauffeur bien connu; Pujol, Spitzer, Quillier, professeur de boxe; d’Enneval, Templier, Georges, Chaillou, notre directeur Paul Rousseau, etc., etc. La réunion était présidée par M. Levallois. L’assaut de boxe française entre MM. Joyeux et Haracca a ouvert la série. Assaut de débutants, qui, en vertu de l’émotion inséparable d’un premier début, a été timide. M. Joyeux a eu l’avantage. M. Haracca a eu quelques rapides coups de pied bas plutôt pénibles pour les tibias. MM. Bernard et Frantz Reichel ont tiré trois jolis rounds de boxe anglaise. Chaque round a été vivement mené, M. Bernard a fait preuve de plus de science que son adversaire qui a mis à profit avec beaucoup d’à-propos ses qualités de vitesse et de fond. M. Ribard, dominant une timidité proverbiale, a, dans un jeu d’attaque, réussi contre M. Green qui s’est fort bien défendu, de très jolis doublés du pied, et de très heureuses remises de coups de poing. MM. Legrand frères ont fait un assaut de boxe anglaise en trois rounds. Partie savante, menée très fraternellement, et au cours de laquelle les deux adversaires ont exécuté des esquives magnifiques. Le public a applaudi comme il le fallait ces remarquables élèves de Castérès. L’assaut de boxe française entre MM. Yan Rooze et Godignon a été acharné. Les adversaires ne se sont ni l’un ni l’autre ménagés et le président, devant une si belle ardeur, a cru devoir écourter une démonstration qui menaçait de devenir trop pratique. cc M. Levallois, président, a tiré en boxe anglaise avec M. Henriquez de Zubiria. Quelques jolis coups de revers à l’actif de M. Henriquez. Une superbe série de coups d’arrêt et de coups en sautant à l’actif de M. Levallois qui a paru plus en souffle que son La réunion s’est terminée par un magnifique assaut entre le professeur Castérès et son prévôt M. E. Antoine. Nous avons applaudi des chassés-croisés étonnants, des revers de figure étourdissants, des coups de pied surprenants de vitesse et d’adresse, précédés, accompagnés ou suivis de coups de poing supérieurs. Le prévôt s’est admirablementdéfendu et comme disaitun spectateur: — Toute la valeur du maître se retrouve dans le prévôt capable d’un tel assaut après deux ans de salle seulement. En résumé, bonne et brillante fête intime du muscle. Lacroix du Maine. Le Vélo, 28 novembre J 897 BOXE Le clou du dernier assaut de l’Académie de boxe de Genève a été la rencontre du professeur Pierre Vigny et de M. Francfeld, du Boxing-Club de New- York. Vigny s’est surpassé, se servant de ses jambes avec une dextérité surprenante, parant de formidables attaques, il a indiscutablement eu l’avantage. Les amateurs parisiens auront du reste probablement l’occasion de l’applaudir, car on dit qu’il doit se mesurer Je 11 décembre, au Cirque d’Eté, à l’assaut delâsociété la Boxe Française, avec le maître Charlemont et avec Bob Lewis, professeur de boxe anglaise. Vélo, 2 décembre 1897. L’ASSAUT DE LA BOXE FRANÇAISE Hélas ! trois fois hélas! L'assaut sensationnel entre Castérès et Charlemont fils, que le Tout Paris sportif attendait depuis si longtemps, est tombé à l’eau. Quelle guigne! Quelle désillusion ! Et cela par suite d’une de ces fatalités imbéciles, quelque chose d’analogue à la légendaire pelure d’oignon qui fait glisser de ridicule façon le grand acteur à son entrée en scène. C’est si bêle qu’on ose à peine dire le pourquoi. Voici la chose cependant. Hier matin dans un vaste bâillement — telle est l’absurde vérité — Castérès s’est donné un effort dans un tendon du cou, si grave que tous les massages n’y purent rien et que l'adversaire de Charlemont — remplacé par le professeur genevois Vigny — dut assister en spectateur navré à la belle série d’assauts offerts hier soir au Cirque d’Eté par la Boxe Française. Chambrée magnifique. Du basen haut le cirque était comble. Pas une place de libre. L’organisation était parfaite et ceci dit, je. passe dare dare au compte rendu des assauts qui ont étéplusparticulièrement bien conduits. M. Reinhardt, amateur, dans son assaut de boxe française, contre Vidal, moniteur à l’école de Joinville, a eu à son actif quelques jolis coups, notamment un revers de^ figure exécuté dans toutes les règles de l’art. L’assaut de boxe française entre MM. Dunet et Landowski (amateurs) a été des plus jolis. M. Landowski, attaquant avec beaucoup d’audace, M. Dunet, plaçant de très beaux coups d’arrêt. M. Taine, lieutenant instructeur à l’Ecole de Joinville, a fait une amusante partie de canne avecM. Foréau, amateur. M. Taine a eu l’avantage de bout en bout. — a Messieurs, mesdames, du calme pendant les assauts de boxe anglaise, annonce le président. N’excitons pas les adversaires. M. Legrand, élève de la salle Castérès — et jadis delà salle Leclerc, pour faire plaisir à un lecteur du Vélo — tire en boxe anglaise contre Webster, champion du National Sporting Club de Londres. Assaut bien conduit en trois rounds. Legrand a eu des esquives d’une prestesse étonnante. Dans le premier round les adversaires ont fait jeu égal. Dans le deuxième round, Webster a, sur la fin, pris l’avantage. Dans le round final, Legrand — qui m’a paru posséder plus de fond — a le meilleur. Très académiqueassaut de boxe. française entre MM. Levallois, président du Boxing-Club, et Moscovino, élève de l’école de Joinville. Jeu classique, plein de courtoisie coups d’une parfaite exécution. Tactique de coups de pied accompagnés de coups de poing. Bravo, Messieurs ! La première partie du programme s’est terminée par un assaut de boxe française entre MM. Allard, professeur marseillais, et Flori, ex-moniteur à l’Ecole de Joinville. Le professeur marseillais s’est montré excellent, té mon bon ! Il ne s’échauffe pas. Attaque à propos. Pare idem. La Cannebière peut être fièrede lui. Seconde partie. Elle s’ouvre par une désillusion. u On annonce que Castérès ne pourra pas tirer contre Charle- mont. Tant pis, car tous espéraient bien que cet assaut serait la réconciliation décisive, publique et loyale des deux rivaux. Ce n’est que partie remise. Tel est le vœu de chacun. Après deux assauts sans grand intérêt entre MM. Ruffier des Aimes et Randon, MM. Ramon Fonst — un jeune qui promet — et Dubonnet fils, nous avons vu Chabrier, professeur chez Charlemont, exécuter de merveilleux coups de pied et de merveilleux coups de poing contre M. Leclerc, professeur, que son jeu très bas a mal servi hier soir. Le professeur génevois Vigny — remplaçant Castérès — s’est alors aligné contre Charlemont fils. Charlemont a dominé son adversaire, qui n’a pas su utiliser sa grande taille. Vigny s’est d’ailleurs bien défendu, il a, entre autres exploits, donné un coup de pied de figure qui a sauvé sa mise.' Second assaut de boxe anglaise entre Webster, déjà nommé, et Dettmer, champion du Stanhope Club de Londres. Plus lourd, plus résistant et plus vite que Webster, Dettmer a eu l’avantage de bout en bout. Dans le dernier round, Dettmer a réglé Webster d’un coup du droit en pleine figure. Websterest tombé, s’est relevé aussitôt, mais dès lors ses coups ne portaient plus. Assaut très applaudi. Mainguet, professeur chez Charlemont, a fait contre Vigny un endiablé assaut de boxe française. Le professeur génevois n’y a vu que du bleu. Chassé-croisé, coups de pied de revers à la figure, coups de poing en sautant, se succédaient ininterrompus. Vigny, fatigué sans doute de l’effort donné contre Charlemont, a paru médiocre. La soirée s’est terminée par un assaut de canne entre le lieutenant Taine et Charlemont fils. L’épée, c’est bien joli la boxe, c’est bien passionnant, mais ma foi, je ne connais rien de plus empoignantqu’un assaut de. canne... quand on manie la canne comme C’est fini ! Et déjà, dans les couloirs, on murmurait que la rencontre avortée hier pour cause de guigne pourrait bien être donnée d’ici peu, en janvier ou en février, à un assaut qu’organiserait le Boxing-Club de Paris. Espérons. Le Vélo, 9 décembre 1897. AU CIRQUE D’ÉTÉ — UN GROS SUCCES ABSTENTION DE CASTÉRES (( La fête donnée hier soir au Cirque d’été par la Boxe Française peut compter pour un succès, et un gros succès, même. Certes, l’annonce de l’assaut Castérès-Charlemont, si attendu, avait contribué pour beaucoup à attirer un nombreux public, et on peut dire, sans être taxé d’exagération, que le Tout-Paris sportif était présent. Publier la liste complète de toutes les notabilités que nous avons remarquées parmi les 2.000 personnes qui assistaient à cette fête est chose impossible qu’il nous suffise donc de dire que l’Omnium et le Sporting-Club étaient au grand complet, et que toutes nos fédérations sportives se trouvaient largement représentées. Malheureusement le programme n’a pas été suivi, et le morceau de résistance, l’assaut Charlemont-Castérès n’apu avoir lieu. A l’annonce de cette nouvelle, le public n’a pas protesté et ce pauvre Gastérès, qui souffrait depuis le matin même d’une légère contraction musculaire dans la région du cou, nous a paru encore plus navré que les assistants. LES ASSAUTS (( Le programme n’en a pas moins été des plus attrayants et le public a souligné de vigoureux applaudissements les assauts les plus disputés. La soirée a commencé par un assaut de boxe française entre Loriot, amateur et Vignes, moniteur de l’Ecole de Joinville. L’assaut entre Reinhardt, amateur, et le moniteur Vidal, de l'Ecole de Joinville, n’a pas enthousiasmé l’assistance je n’en dirai pas autant de l’assaut entre Dunet et Landowski, qui a été très intéressant. (( Le jeune Landowski a émerveillé l’assistance. Ce jeune tireur a une facilité de jambe surprenante, etDunet, un grand gaillard, un peu sec, moins élégant peut-être, mais doué de beaucoup de sang-froid, a fait également bonne impression et a paru avoir l’avantage sur la fin de l’assaut. L’assaut de canne qui a suivi a soulevé les applaudissements de l’assistance et Taine, lieutenant instructeur de l’Ecole de Joinville, tireur des plus élégants, nous a paru avoir l’avantage sur son adversaire, M. Foréau. L’amateur Legrand, toujours en progrès, a lutté avec avantage contre Webster, champion du National Sporting-Club de Londres, dans un assaut de boxe anglaise des plus réussis et très goûté du public. L’assaut de boxe française entre l’amateur Levallois et Moscovino, adjudant de l’Ecole de Joinville, a été des plus courtois; ces deux boxeurs, d’une souplesse et d’une élégance extraordinaires, ont soulevé de véritables tonnerres d’applaudissements. Un assaut splendide entre Allard, professeur de Marseille, et Flori, moniteur à l’Ecole de Joinville, a clôturé cette première partie. Rien à dire de l’assaut entre Ruffier des Aimes et Randon par contre, je nesauraistropcomplimenter le jeune Emile Dubonnet qui s’est fort bien tenu devant Fonst, l’élève favori de Char- Iemont, toujours en progrès. Cbarlemont fils a fait assaut avec Vigny, un professeur de Genève, contre lequel il avait déjà lutté l’année dernière à lasalle des Agriculteurs. Cedernier s’estfort bien défendu eton aapplaudi à tout rompre. Chabrier et Leclerc, deux professeurs très réputés, ont eu également leur part de succès et Chabrier a remporté brillamment la belle. Après cet assaut très réussi, Webster, déjà cité, s’est mesuré à nouveau dans un assaut de boxe avec Dettmer, champion amateur du Stanhope-Club de Londres. LA NOTE GAIE A signaler, la légèreté et la souplesse des deux concurrents et les esquives splendides de Dettmer, manifestement supérieur à son adversaire'. Vigny qui, s’étant déjà mesuré avec CKarlémont, s’est rencontré avec Mainguet, professeur à la salle Charlemont. Get assaut a été la note gaie de la soirée, et Vigny, tout en se défendant vigoureusement, a manqué fréquemment de sangfroid et nous a paru un peu trop surexcité. Un assaut de canne des plusréussis et des plus courtois entre Charlemont fils et Taine a clôturé cette soirée, qui comptera dans les annales de la boxe. L. Manaud. Les Sports, 9 décembre 1897. Cercle de l'Escrime. — Très brillante réunion, hier dans la journée, au Cercle de l’Escrime, rue Taitbout. M. Paul Vigny, de Genève, y a fait un assaut de boxe très intéressant avec Albert, le professeur du Cercle, qui a pris un avantage sensible. Le maître Genevois a ensuite fait un assaut de can ne avec Midelair, et un d’épée avec Mimiague. On ne peut être universel, et il est très certain que chez M. Vigny l’étude de la boxe fait un certain tort à celle de la canne et de l’épée. Les Sports, 10 décembre 1897. LA MORT D’UN BOXEUR Le procès provoqué par la mort du boxeur James Croot, à Londres, s’est terminé hier par l’acquittement de toutes les personnes impliquées dans l’affaire. C’estpendant une lutteque Croot avait succombé. Son adversaire était le boxeur Barry. Celui-ci, d’après les uns, avait, se sentant vaincu, renversé par deux coups terribles en plein ventre, frappant à la fois des deux poings. Mais d’autres témoins du combat, parmi lesquelssir George Cbetwynd, baronnet, une autorité en matière de pugilat, ont affirmé que James Croot n’avait point été tué par les deux coups, mais par une blessure au crâne qu’il s’était faite au moment où il est tombé, en heurtant de la tête le bord en bois de la piste. C’est à la version de ces derniers que le juge s’est rallié. Je n’ai pas besoin de dire que pendant les quinze jours que le procès a duré, tous les journaux anglais ont été remplis de discussions à ce sujet. C’est que la boxe en Angleterre n’est pas seulement, comme l’a dit le juge, un sport légal elle est un vieux sport national Toutefois, dans les journaux, le débat n’a point dépassé certaines bornes. Mais dans les conversations particulières, c’est autre chose ! On y mettait une véritable passion. Et comme laboxe a sa langue à elle, on entendait se croiser les expressions à la fois les plus étranges et les plus pittoresques. Dans ce vocabulaire spécial, le poumon s’appelle le «souflet les yeux sont des hublots le nez devient la trompe ou, quand il saigne, la bouteille à vin rouge la bouche est la boîte à dominos les poings sont la grappe à cinq grains les jambes sont des quilles ou des épingles la poitrine est le «porte-manteau Pocher les yeux à son adversaire, c’est lui peindre les hublots lui allonger un coup dans les côtes, c’est lui servir une côtelette lui écraser le nez, c’est lui tirer une pinte de claret Si on le renverse, on emploie une expression, toute charmante, presque idyllique on dit qu’ on vient de l’asseoir sur le gazon Et il arrive assez souvent que le gentleman ainsi couché sur l’herbe tendre ne se relève plus. Ce fut encore le cas, il n’y a pas longtemps, à Liverpool, d’un boxeur qui, abattu sous les coups, expira quelques heures après le combat. Il est vrai que son adversaire était lui-même en un lamentable état, un œil crevé et la joue fendue. Cela rappelle la fameuse lutte de boxe racontée par Victor Hugo dans YHomme qui rit. Les deux boxeurs étaient un Irlandais de Tipperary, nommé du nom de sa montagne natale Phelemghe-Madone, et un Ecossais appelé Helmsgail. Ils s’attaquèrent. Du premier coup, Phelem-ghe-Madone fut frappé en plein front, entre les deux sourcils, et tout son visage ruissela de sang, pendant que la foule criait Helmsgail a fait couler le bordeaux ! Mais, alors, Phelem-ghe-Madone, tournant ses bras comme un moulin à ailes, se mita démener ses deux poings au hasard, et à plusieurs reprises son adversaire fut atteint. Il y eut vingt-quatre passes. Soudain, dit Victor Hugo, Helmsgail trouva moyen de prendre sous son bras gauche courbé comme un croissant d’acier la grosse tête de son adversaire et le tint là, sous son aisselle, cou ployé et nuque basse, pendant que son poing droit, tombant et retombant comme un marteau sur un clou, maisdebas en haut et en dessous, il lui écrasait à l’aise la face. Quand Phelem-ghe-Madone, enfin lâché, releva la tête, il n’avait plus de visage. Ce qui avait été un nez, des yeux et une bouche n’était plus qu’une apparence d’éponge noire trempée dans du sang. A la vingt-cinquième reprise, il y eut un étonnement général. Les deux lutteurs tombèrent. Voici ce qui s’était produit tandis que Helmsgail, levant le bras, frappait, Phelem-ghe-Madone avait profité du terrible coup que son adversaire lui donnaitsur le crâne pour lui en lancer un non moins terrible dans la poitrine. L’assistance s’écria Remboursé! Et on emporta Helmsgail sur une civière. L’opinion était qu’il n’en reviendrait pas. Quant à l’autre, il était estropié pour la vie. Un combat de boxe qu’on évoque souvent en Angleterre est celui qui, le 17 avril 1860, mit aux prises à Fanborough le redoutable Tom Sayers, champion de la Grande-Bretagne, et John Heenan, champion de l’Amérique. Pendant deux mois, la presse anglaise ne s’occupa pas d’autre chose. Et voici en quels termes un journal anglais rendit compte du combat Il s’agissait du combat de Goliath et de David. Tom Sayers était dépassé de quatorze ou quinze pouces par son gigantesque rival. Cependant, au début, l’Anglais semble avoir l’avantage. Plus agile que le colosse qui le menace, il fait pleuvoir sur lui une grêle de coups depoing. Lemieux appliqué brise la mâchoire de l’Américain; on voit jaillir de ses lèvres un flot de sang. Des milliers de bravos éclatent. Mais le blessé se rince la bouche avec un verre d’eau et se jette aussitôt sur Sayers, qu’il envoie rouler à quinze pas, la face contre terre. Sayers se relève et se précipite sur Heenan, qui le reçoit par un coup de poing du même calibre. On suspend le combat. A la reprise, Sayersy met de la prudence. Il esquive par des reculades le bras de Goliath, qui frappe dans le vide; il tourne autour de lui, le trompe par des feintes et lui applique un coup terrible en plein visage, qui enlève à son adversaire un œil de J’orbite. Le combat eut trente-huit passes. A la fin, dit le journal anglais, Heenan n’a plus figure humaine; c’est une masse de chair hachée en mille endroits comme par un couperet de boucherie. Dans cet état monstrueux, aveuglé sous le sang qui l’inonde, il s’élance contre Sayers, lui brise la mâchoire à son tour, lui casse le bras droit et l’étend de nouveau sur la poussière. Mais celui-ci se relève presque aussitôt et porte encore un coup à son adversaire. Toutefois, aucun des deux blessés ne succomba. Les journaux donnaient chaque jour des nouvelles de leur santé. On les comblait de cadeaux de toute sorte. Et, à la suite de ce combat, Tom Sayers, qui était déjà célèbre, se vit en pleine gloire. Aussi, quand, à trente-neuf ans, il mourut, on lui fit de superbes funérailles. Si la boxe était tenue pour un simple exercice, si elle restait à l’état d’assaut courtois entre adversaires pourvus de gants rembourrés, on pourrait la mettre au rang dés sports qui servent au développement physique. Malheureusement, comme on vient de le voir, il ne s’agit pas de cela. Et même, dans les collèges anglais, il est admis que deux élèves peuvent ainsi en venir aux mains. A Rugby, par exemple, si nous en croyons M. Philippe Daryl, qui a consacré plusieurs études à la vie scolaire en ngleterre, il y a un champ clos consacré au pugilat. Les champions, dépouillés de leur veste, parfois de leur chemise, et restés en pantalon, se donnent la main pour affirmer quelalutte sera loyale, c’est-à-dire qu’aucun coup ne sera frappé au-dessous de l’ombilic. Puis, sur un signal, le combat s’engage. Il y ades témoins, munis de serviettes et de la bouteille d’eau traditionnelle, la serviette servant à éponger la sueur qui va ruis- seler des membres des combattants, la bouteille pour leur rafraîchir les tempes, pour laver leurs contusions, pour les ranimer par une gorgée d’eau fraîche. La lutte continue jusqu’à ce qu’un des champions soit hors d’état de se remettre en garde ou se reconnaisse battu ordinairement, ce résultat est amené par un coup de poing sur les côtes, qui coupe la respiration, ou par un double «/cnoc/cer» sur les yeux, qui aveugle momentanément. Le fin, dit M. Philippe Daryl, est de deviner au regard de l’adversaire, où il va frapper, pour arriver à la parade, et, au même instant, de le tromper, par une feinte, pour l’atteindre au point qu’il découvre. Mais, dans les collèges, on surveille assez lalutte pour qu’elle n’ait pas d’issue malheureuse. Il en est autrement dans les assauts entre boxeurs de profession, où les assistants parient pourtel ou tel adversaire. Dans le dernier combat du championnat universel de la boxe, où l’Américain JimCorbettet l’Australien Bob Fitzsimmons se mesurèrent, àCarson (État de Nevada), il y eut particulièrement des scènes terribles. A treize reprises de trois minutes, et alors que Corbett semblait avoir l’avantage, Fitzsimmons l’atteignit d’un coup formidable au cœur qui le fit tomber. L’arbitre qui dirigeait le combat ayant compté jusqu’à dix sans que Corbett pût se relever et se remettre en garde, Fitzsimmons fut proclamé vainqueur. Mais, à ce moment, Corbett, revenu à lui, fut saisi d’un véritable accès de rage et voulut se ruer sur son adversaire; il frappa et renversa ses témoins, qui s’interposaient, et il fallut plusieurs hommes pour mettre fin à ce nouveau pugilat. De tels incidents devraient, mettre fin aux combats de boxe. Mais non. Et la mort de James Croot ne les empêchera pas davantage. Cependant, le juge anglais qui avait à se prononcer dans le procès concernant ce dernier pugiliste a déclaré qu’il serait nécessaire qu’une loi réglât les assauts de boxe, et il a annoncé qu’il en conférerait avec le gouvernement. «PoNTARME. )) Le Petit Parisien, 25. décembre 1897. LA BOXE EH A NÇ AISE La Société la Boxe française Charlemont, professeur, a donné avant hier son grand assaut annuel aux arènes du Palais- Bourbon, sous la présidence de M. Brisson. 'Séance remplie; beaucoup de jolies femmes aux tribunes; programme alléchant. M. Jaurès, le redoutable gaucher, s’est montré plus en forme que jamais nous avons admiré sa jolie tenue, sa garde correcte. M. Gérault-Richard également gaucher a fait preuve de rares qualités d’attaque! M. de Bernis un droitier peu en forme avanthier a paré par de savantes esquives les rapides coups droits, coups de poing de revers et coups de poing de masse de son vigoureux <( Labelle àM. Gérault-Richard qui abrillamment mis en pratique le vieil adage: la ligne droite est le plus court chemin d’un poing à un autre... cc Une reprise a eu lieu entre MM. Jaurès et de Bernis; ce dernier, oubliant que la courtoisie doit régner dans ces assauts, a frappé son adversaire à la nuque. Vilain coup pour un gentleman boxing ! M. Deville, un tireur select, indigné, a jeté à la tête dudit boxing un encrier qui ne l’a heureusement pas atteint. A signaler encore les remarquables corps à corps de MM. Viviani, Chauvin. Coûtant, Fauvières contre M. le Provost de Launas, Baudry d’Asson, de Vogue, etc. Constatons que les gauchers — question d’entraînement sans doute — sont plus dangereux que les droitiers. La Garde Républicaine, sous la direction de son sympathique chef d’orchestre, a entonné l’Hymne russe et la Czarine. Bref, jolie séance pour les amateurs de pugilat et triomphe pour le professeur Charlemont, l’adroit chaussonnier. Voilà qui laisse bien loin les assauts de Sir Corbett. Des séances de boxe comme celle-là ils n’en ontpas, ils n’en ont jamais eues en Angleterre. Georges Wernert. La Paix, mardi 25 janvier J 898. CASTÉRÈS A LONDRES Robert du Voisinage annonçait ces jours derniers que très prochainement Gastérès, le célèbre professeur de boxe de la rue Nouvelle, allait se rendre à Londres pour donner, devant un public de sportsmen, une démonstration de l’école française. Robert du Voisinage était bien informé. En effet, vendredi dernier Gastérès recevait une dépêche du très fameux athlète Sandow, qui a ouvert à Londres une merveilleuse école d’athlétisme, l’invitant à franchir la Manche pour tirer en boxe française dans une soirée privée donnée par son académie du muscle. Castérès accepta et samedi soir, en compagnie de Graham Lewis, le manager de Sandow venu exprès de Londres, et de son jeune et excellent prévôt E. Antoine, le rival de Gharlemont, s’embarquait à la gare Saint-Lazare, arrivait à Londres dans la matinée du dimanche, tirait le soir à l’Ecole de Sandow, et après quelques heures de repos suivies de quelques pérégrinations à travers les brouillards de la Tamise, reprenait le chemin de la France. Hier soir, à sept heures moins le quart, j’étais donc — prévenu de son retour — sur le quai de la gare Saint-Lazare pour avoir de Castérès sur cet événement — car un assaut de boxe française à Londres est un véritable événement — les plus complets renseignements. Au diable les hommes modestes! Au diable les silencieux ! Au diable donc Castérès! Il m’a fallu lui arracher mot par mot l’aveu de son succès. Le train vientd’entreren gare il s’arrête. Paris ! tout le monde descend ! Les voyageurs sautent sur le quai, et parmi eux Castérès etson prévôt. Je l’aborde, et dare dare je commence l’extirpation des renseignements. Voici: C’est dimanche, à 9 heures 1/2 du soir, dans une fête intime de l’académie Sandow, située dans les locaux de l’Agricultural Hall, que Castérès a fait assaut. La soirée était présidée par le marquis de Queensbury qui remplissait eu même temps les fonctions de juge. L’assaut de boxe française entre Castérès et son prévôt était le seul numéro du genre au programme, qui comportait une partie musicale, artistique, et les exhibitions musculaires de l’étonnant Sandow. Assistance nombreuse, élégante. Rien que des sportsmen, des amateurs des luttes pugilistiques; quelques spécialistes delà boxe, et parmi eux Arthur Lamley, un bon champion de Glasgow. Castérès a été — ce n’est pas lui qui me l’a dit, mais son prévôt, qui se rappellera longtemps la danse que son professeur lui a fait exécuter — Castérès a été, dis-je, merveilleux. Il a sorti le grand jeu des grands jours: chassés-croisés foudroyants, coups de pied de revers étourdissants coups de pied horizontaux estomaquants; le tout entremêlé de coups de poing aussi vigoureusement décochés que rapidement envoyés. Son prévôt, très en verve, et piqué au jeu, lui a fait la riposte avec brio et souvent avec bonheur. Ça ne l’a pas empêché d’ailleurs d’aller par dix fois — record ! — mesurer de tout son long le plancher. Un dernier chassé-croisé l’a déposé plus vite qu’il ne le désirait sur les genoux du juge, le marquis de Queensbury. Le marquis en fut légèrement baba. L’assaut a duré une demi-heure. Rien que cela! Et lorsque la distribution de gnons fut arrêtée, les acclamations et les applaudissements de toute l’assistance ont salué Castérès et son prévôt. Trois fois, ils furent rappelés. A Les Anglais étaient stupéfaits. Ils n’avaient jamais vu ça. Cette lutte leur avait donné une preuve éclatante de l’admirable souplesse, de l’extraordinaire rapidité et de l’étonnante vigueur de notre race française. Le marquis de Queensbury, qui jusqu’alors n’avait été témoin que d’assauts de boxe anglaise, était le plus emballé C’est merveilleux ! a-t-il déclaré. Vous pensez si Castérès triomphait. Arthur Lamley, le boxeur de Glasgow cité plus haut, a été très intéressé par cette démonstration pratique. J’te crois, fighter! Lamley a demandé à Castérès de vouloir bien tirer contre lui, Cas- térès tirant en boxe française, et lui Lamley en boxe anglaise. Ce régal sportif nous sera offert très probablement en juin, à Paris. Avis à vous, messieurs les boxeurs ! Dernier détail qu’ils apprécieront les Anglais n’appellent plus la science de Castérès et de Charlemont la savate mais l’appellent «la boxe française Quel progrès ! Le Vélo, 25 janvier 1898, NOS FUTURS DÉPUTÉS le président (de la gauche claudicale, sonnant rue des Martyrs!, àV Académie de boxe). — Monsieur Charlemont, s. v. p. charlemont. — C’est moi. le président. — Enchanté, cher Monsieur. Voici brièvement le but de ma visite. Je viens vous demander de vous présenter aux prochaines élections, comme député. c< charlemont. — ??? le président. — A la suite des derniers événements, mon groupe a résolu de faire assister son leader, dans les grandes séances sensationnelles, par un champion capable de le protéger, lui et ses partisans. Voulez- vous être député? charlemont. — Si ça ne doit pas m’empêcher de travailler... le président. — On fera une exception pour vous vous ne viendrez qu’aux séances extraordinaires et là, à chaque interruption, vous vous mettrez en rapport immédiat avec l’interrupteur. C’est moi qui ai eu cette idée-là, car je dois vous l’avouer, je tiens surtout à ce qu’on ne m’abîme pas la figure. Cela vous convient-il? charlemont. — Mon Dieu !... le président. — Seulement, vous me permettrez bien un petit examen? Il est nécessaireque je sache si vous êtes à la hauteur de votre réputation et en état de nous défendre... Vous savez, je ne tiens pas à ce qu’on m’abîme la figure, moi ! charlemont. — Interrogez. le président. — Je suppose que je suis l’interrupteur... J’in- lerpelle notre orateur... au hasard.. jechoisis une des expressions usuelles. (Interpellant :) Tête à claques, calotin... charlemont (lui cassant le nez d'un coup de poing de figure). — Vlan ! le président (enchanté). — Superbe ! Magnifique ! Je continue: Escroc, filou, souteneur... charlemont (lui faisant sortir un œil d' un revers de pied). — Vlan 1 le président (ravi). — Admirable ! Carrara, Vacher, Panamiste. charlemont (lui arrachant quatre dents et le cuir chevelu). — Vlan ! le président (enthousiasmé). — Quelle précision ! Vous êtes notre homme. Suivez-moi immédiatement, je vais vous présenter à mon groupe. charlemont. — Je vous suis. le président (ramassant son œil, ses molaires etsonscalp). — Vous permettez que je reprenne ces menus objets? charlemont. — Si ce sont des souvenirs de famille le président (radieux). — Avec vous, je serai parfaitement tranquille moi, je vous l’ai dit, je tiens surtout à cequ’on ne m’abîme pas la figure. P.-L. Flers. L’Echo de Paris, 3 février 1898. Paris qui Passe, politique, art, littérature. CONSÉQUENCE d’une séance tumultueuse a la chambre des députés Un groupe important d’électeurs a décidé le professeur de boxe Charlemont à présenter sa candidature aux élections législatives. Tout vient au poing... à qui sait attendre. Ducarnet. LES DEUX BOXES Boxe française et boxe anglaise. — Charlemont à Londres. — Lassant du 15 février Nous avons vu déjà la partie du programme de notre Fête sportive du 15 février, qui comporte un assaut de bâton par les deux bâtonniers de Tarbes bien connus MM. Renaud et Cuilhé et un assaut de boxe anglaise entreMM. Fievet, champion du Boxing Club Bruxellois et Legrand, un de nos meilleurs tireurs parisiens. Nous parlerons aujourd’hui du bel assaut que vont faire les deux excellents professeurs de boxe française MM. Charlemont et Gastérès. Nous ne ferons pas ici la biographie de ces deux personnalités du sport parisien si connues. Chacun sait que M. Charlemont est l’élève de son père et qu’il enseigne après lui une méthode impeccable de boxe. C’est un professeur de rare mérite, aimant par dessus tout son métier, l’accomplissant avec joie, avec orgueil. Ses succès ne se comptent plus, ses élèves se pressent plus nombreux chaque année dans sa salle de la rue des Martyrs. Et il en produit d’excellents, de merveilleux. Castérèsest son élève, c’est tout dire. Gastérès continue de son côté les bonnes traditions, prêche, en de merveilleux coups de pied, la belle doctrine du selfdéfense. Et quand le public les verra tous deux la semaine prochaine, non pas luttant ensemble pour décrocher un titre banal quelconque, mais pour montrer aux sportsmen ce que c’est qu’une belle académie de boxe, on pourra voir qu’ils sont bien tous deux de la même famille, des vaillants et de loyaux lutteurs. Français contre Anglais N’est-ce pas à eux que nous devons de voir connus dans l’Angleterre, toujours si fermée à ce qui ne vient pas d’elle, les principes de notre boxe française. C’est au mois de juin 1887 que Charlemont figura à Saint James avec Castérès, en ce moment encore son élève, dans un tournoi athlétique. Par deux fois, en deux journées différentes, ils firent de si belles passes que les Anglais en furent émerveillés. A la fin du second assaut, Charlemont fut prié de se mesurer contre un professionnel anglais. Bien que fatigué, il accepta. Les spectateurs comprirent le côté sérieux de notre boxe et s’enthousiasmèrent au point de rappeler cinq fois les deux adversaires. Quelques jours après eut lieu un second assaut au Pélican Club qui, alors, donnait de fréquents assauts et combats de boxe anglaise. Charlemont fît sa démonstration de la boxe française et un assaut avec Castérès. La démonstration et l’assaut eurent un succès semblable au précédent. Charlemont croyait avoir terminé la soirée quand on vint lui demander de tirer courtoisement en boxe française contre un professionnel anglais il accepta quoique fatigué. Les deux adversaires se placèrent en garde. Dès que l’Anglais, se rapprochant petit à petit, fut à sa portée, Charlemont lui porta un chassé-croisé en pleine poitrine qui l’envoya contre le mur. Deux autres fois Charlemont réussit le même coup et envoya rouler son adversaire à terre. L’Anglais, qui n’avait pu placer un seul coup de poing, voyant qu’il recevait toujours le même coup et à la même place, effaça son corps davantage pour présenter moins de surface, ne se doutant pas qu'il prêtait aux coups bas. Charlemont ne perdit pas l’occasion de lui porter un chassé-croisé sur le genou qui le fit pirouetter sur lui-même en tombant à terre. Enfin, Charlemont recommença un chassé-croisé au corps qui glissa sur le côté de l’Anglais, mais voulant éviter une mêlée de coups de poing il lui porta un coup de hanche en tète avec tant de vitesse que l’Anglais surpris se trouva sur le dos en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, et l’assaut se termina ainsi. A Marseille Charlemont fît aussi une apparition à Marseille où Allard, son ancien prévôt, enseigne sa méthode; il se mesura avec les célèbres savatiers de Marseille et les mit en complète déroute. Demandez maintenant à Marseille la savate a disparu complètement, remplacée par la boxe. Castérès faisait aussi dernièrement à Londres une apparition chez Sandow où il enthousiasma le public d’élite qui était venu le voir. C’est dire tout l’intérêt sportif que comporte la rencontre de ces deux professeurs, qui, répétons-le, n’auront qu’une préoccupation, faire un incomparable assaut de boxe française. Bill, des sports, 4 février 1898. La (.< Boxe Française a eu hier son assemblée générale à l’Académie de Boxe Charlemont. On a réélu l’ancien comité composé de MM. Clerc-Bampal, président; Louis Berton, vice-président; Barrois, trésorier; Eug. Paz, lieutenant Taine, instructeur à l’école de Joinville Ed. Bardac, Ruffîer des Aimes, Foréau, Ch. Charlemont et secrétaire M. Le Provost de Launay, le distingué sportsman. La Boxe Française dont le but est de propager l’exercice si complet qu’est la boxe, compte donner, le dernier mercredi de chaque mois, un assaut chez Charlemont où se produiront les nouveaux adeptes et où seront invités nos meilleurs amateurs. Le Petit Rose, Des sports, samedi 5 février 1898. GYMNASE DE LA SORBONNE 13, Rue Victor-Cousin DIMANCHE 6 FÉVRIER 1898, A 1 H. 1/2 PRECISE GRANDE SÉANCE ANNUELLE D’ESCRIME CANNE, BOXE, LUTTE ET GYMNASTIQUE Donnée par les Élèves et Professeurs de l’Établissement Sous la présidence de M. Sansbœuf 0. Président d’honneur de l’Union des Sociétés de Gymnastique 1. Assaut de canne. MM. Viola, pr. et X..., amateur. 2. Les Escrimeurs Lilliputiens. Lé- colle et le petit Bancarrel. 3. Assaut de boxe anglaise. MM. Piazza, prof, et X..., amateur. 4 Assaut de Boxe française. MM. Vidal et Rolland. 5. Assaut d’Escrime. MM. Vinet et Bçuard, professeurs. 6. Lutte Olympique. MM. X... et Bruscaresco. 1. La Pyramide antipodienne. 2. Les Hercules modernes. 3. Les Cordes romaines. 4. Les Barres helvétiques. 5. Les Cascades aériennes. 6. L’Équilibriste mondain. 7. Les Anneaux espagnols. 8. L’Échelle périlleuse. 9. Les Barristos. 4 0. La Batoude américaine. 11. Voltige à la Léotard. GRANDE FÊTE SPORTIVE Organisée par Le Journal des Sports Sous le patronage de l’omnium au Cirque d’été LE MARDI 15 FÉVRIER 1898, A 9 HEURES 1. Bâton. M. Cuilhé, de la Bigourdane de Tarbes, M. Renaud, de la Bigourdane de Tarbes. 2. Boxe anglaise. M. Fiévet, du boxing-club de Bruxelles, M. Legrand, amateur. 3. Epée. M. W. de Blest-Gana, amateur, M. Spinnewyn, professeur. 4. Boxe française. M. Charlemontfils, professeur, M.Castérès, professeur. 5. Fleuret, M. Kirchofïer, professeur, M. A. Rouleau, professeur. Orchestre dirigé par M. Carrié. Le clou du tournoi athlétique du Journal des Sports a été — la presse fut unanime à le constater — l’assaut de boxefrançaise entre Charlemont et Castérès. Voilà qui nous ravit, car nous n’avons jamais cessé de plaider la cause de cet excellent sport, que nous souffrions devoir confondre par le public avec l’ancienne et commune savate Or, la boxe française, telle qu’elle a été codifiée par Lecouret par Charlemont père, est bien au contraire un des exercices les plus esthétiques qu’il soit. La rencontre des deux célèbres professeurs a enthousiasmé les spectateurs du Cirque. Rien de plus académique, en effet, que le style des deux tireurs en présence. A les voir en garde, on eût dit deux athlètes olympiques posant devant un Praxitèle. Et quelle légèreté dans l’action ! Quelle souplesse, quelle rapidité, quel à-propos dansl’exécutiondes mouvements et des coups, dont le classicisme était absolu ! Ce fut vraiment un beau spectacle et nous en jouîmes d’autant plus que la salle regorgeait de sportsmen escrimeurs, footballers, cyclistes, etc., de haute volée et très réputés dans leurs spécialités. Or, certains assistaient pour lapremièrefois à un assaut de boxe française. Ils ont été bien servis, car les fidèles même de cet exercice ne se souviennent pas d’avoir vu si bien faire depuis de longues années. C’est qu’il régnait jusqu’ici entre les deux professeurs un antagonisme qui empêchait la fréquence de leurs rencontres. Et quand celles-ci se produisaient (la dernière remonte à trois ou quatre ans), la brutalité intervenait, qui nuisait à la science de l’assaut. Mardi, Charlemont et Gastérès se sont sans doute souvenus qu’avant d’être les champions de ce genre d’exercice, ils reçurent la leçon d’un maître commun,: Charlemont père, maintenant retiré de la lutte. Leur assaut a été on ne peut plus courtois, sans cesser d’être très disputé. Mais il n’y a pas à envisager, dans la boxe française, que le côté esthétique. Son excellence, au double point de vue de l’hygiène et de l’utilité, est incontestable. C’est l’exercice le plus recommandable pour une personne prédisposée à l’embonpoint. En le pratiquant, on est sûr de ne devenir jamais ventru et poussif. Il conserve aussi à tous les muscles une souplesse extraordinaire et nous connaissons des boxeurs qui, bien qu’ayant dépassé la cinquantaine, lèvent la jambe avec une aisance qui rappelle celle de Nini-Patte-en-l’air. «Enfin il donne à ses adeptes une confiance et une assurance tout à fait nécessaires. C'est par excellence l’art du self defense c'est-à-dire l’art de se défendre soi-mème dans un pays où, comme en France, l’usage des pieds dans le pugilat de la rue n’est pas tacitement défendu. Or, la boxe anglaise — que j’admire également — ne nous enseigne que le coup de poing; c’est ce qui, sous ce rapport, constitue son infériorité. Je citerai, à l’appui de ce dire, l’anecdote suivante: Il y a quelques années, Smith, un champion de la boxe anglaise, était venu s’exhiber au Nouveau-Cirque, où il se contentait de faire, avecson entraîneur, la démonstration de l’exercice, n’ayant pu trouvera Paris d’adversaire de sa valeur. Or, comme on lui parlait de la boxe française, qu’il ignorait jusque-là, Smith eut un sourire méprisant Je parie, dit-il, avoir raison de votre Charlemont dans une rencontre où je lui laisserai faire usage de ses bras et de sesjambes tandisqueje n’utiliserai que mes poings. Le match fut décidé mais, avant de le disputer, Smith demanda à assister à la démonstration de la méthode de son antagoniste. On se rendit à la salle de la rue des Martyrs et Charlemont donna la leçon à un de ses élèves. Le boxeur anglais ne sourcilla pas. Mais, quand la leçon fut finie, il dit au professeur français Je vous prie de renoncer au match; il est impossible, carjamais je ne réussirais à placer un coup de poing. Avec vos sacrées jambes, vous me tiendriez toujours à distance! Voilà qui peut sembler concluant. G. de Lafreté. Le tournoi illustré. — L'Illustration de cette semaine (numéro paru aujourd’hui) publie une page remarquable par le texte etles gravures sur le tournoi athlétique donné mardi dernier au Cirque d’Eté par le Journal des Sports. Les dix portraits sont d’une ressemblance frappante et les renseignements donnés par Rapière ont un grand intérêt technique. Reproduisonsles suivants, qui ont trait aux deux héros de l’assaut de boxe française: Charlemont fils. — Un doux, très puissant, à l'abord rude. Trente-cinq ans. Professeur rue des Martyrs, avec son père, dont il a appris, dès l’âge de trois ans, à donner des coups... et à les recevoir. A formé Castérès, ce qui n’est pas son moindre titre de gloire. Structure débordante démuselés. Tourde poitrine, 1 m. 12. Bras étendus, 1 m. 75. Biceps, 38 centimètres. Charlemont a promené du Midi au Nord, même en Angleterre, sa méthode, et il l'a appuyée, auprès de ses adversaires, d’arguments frappants et décisifs. Dans sa vie privée, le professeur devient un excellent ami. Quelquefois aussi un disciple de Michel-Ange Charlemont a exposé aux Champs-Elysées quelques œuvres remarquables.il n’en est pas plus fier pour cela. Castérès. — Trente-deux ans, professeur, rue Nouvelle. Possède une incontestable virtuosité dans l'art de décocher un coup de pie l à son prochain. Elève de Charlemont père et fils, bientôt leur sujet remarquable et leur égal. Castérès est d’une taille — 1 m 63 — petite, mais extraordinairement vigoureuse et athlé tique. Large d’épaules, la poitrine rebondissante, il mesure 1 m. 15 au tour de poitrine, 40 centimètres de biceps, 1 m. 71 d’envergure, 70 centimètres de longueur de bras et pèse 74 kilos. Les qualités dominantes chez cet athlète, à la physionomie souriante, sont la vitesse dans l’exécution et le cœur à la lutte. La Presse, 19 février 1898. LA VIE SPORTIVE LA SOIRÉE DU CIRQUE d’ÉTÉ La soirée à laquelle nous avons assisté hier au Cirque-d’Eté marquera dans les annales sportives de l’année. On nous avait promis de nous montrer deux par deux les champions qui, par leurs performances publiques, s’étaient montrés les plus dignes de représenter devant une salle où pas un connaisseur ne faisait défaut le fleuret, l’épée, la boxe française, la boxe anglaise et le bâton. Notre compétent confrère le Journal des Sports, organisateur de la soirée, n’a pas manqué à sa parole pas une défection, et une série d’assauts tout à fait remarquables. Nous ferons cependant une réserve en ce qui concerne l’assaut à l’épée entre MM. W. de Blest-Gana, amateur, et Spinnewyn, professeur, quitte à ne plus y revenir par la suite. Il nous a paru que rien ne ressemblait moins à un assaut d’épée que cet assaut-là. M. Spinnewyn est un ancien professeur de fleuret; il s’est consacré entièrement à l’enseignement de l’épée; mais, heureusement pour son art, sa méthode se ressent des études qu’il fit quand il avait encore notre culte du fleuret. M. de Blest-Gana, tireur spécialiste de l’épée, n’a pas été heureux dans cette rencontre; tous deux ont surtout tiré au corps, et, à ce jeu-là, l’ancien tireur de fleuret devait triompher. Nous n’avons noté qu’une seule riposte à la main, à l’actif de Spinnewyn par contre, cinq ou six coups d’arrêt nettement exécutés par lui sur des attaques en coupant lui ont donné un avantage marqué. Mais l’assaut a été loin d’être ce qu’il devait être, c’est-à-dire une rencontre simulant un duel. Le lever durideau a étél’assaut de bâtonentre MM. Cuilhéet Renaud, deux champions de la célèbre Société la Bigourdane, de Tarbes. Le sport du bâton est abandonné, nous ne savons pourquoi, à Paris. Dans le Midi, les traditions se sont conservées; ces deux jeunes athlètes nous ont prouvé que leurs métiers de graveur et de plombier ne les empêchent pas d’étudier avec assiduité le maniement d’une arme rustique, mais joliment redoutable quand on sait s’en servir. Simplement en maillot, sans masque et sans gant, ils se sont escrimés avec une maëstria qui fait honneur à la persévérance de leurs efforts, et, sans les connaître beaucoup, nous serions bien étonnés s’ils n’étaient pas parmi les plus forts tireurs qui soient. L’assaut de boxe anglaise entre MM. Fiévet, champion du Boxing-Glub de Bruxelles, et Legrand, un des plus forts amateurs français, s’est terminé, après quatre rounds par un léger avantage àl’actif du tireur belge. Question de poids surtout. MM. Charlemont et Castérès, que tous nos lecteurs connais- sent comme les plus forts professeurs de boxe française, planant de toute leur supériorité sur la foule de leurs rivaux, ont fait plutôt une démonstration qu’un assaut. Mais que de qualités déployées dans cette voltige perpétuelle des pieds et des mains, quelle agilité et quelle précision! Sans assaut sérieusement disputé, il n’y a pas de résultat précis. Les deux professeurs restent inattaquables dans leur égalité. Nous arrivons à l’assaut final de fleuret entre Kirchoffer, le jeune gaucher, élève du célèbre Vigeant, et Ad. Rouleau. Bel assaut évidemment, que nous jugerons sans entrer dans le détail des coups, en disant qu’il y avait à peu près égalité comme coups de bouton avant la belle, mais que cette dernière a donné l’avantage au sympathique professeur Ad. Rouleau. Il a touché son adversaire trois fois de suite. Comme tenue sous les armes, Rouleau a aussi un avantage incontesté, de par sa taille et sa stature. Kirchoffer, petit, mince, très féminin, manque totalement de cêttë qualité essentielle de l’escrime au fleuret, que nous appelons avoir des jambes Il fait toutes ses attaques en marchant. Sa taille lui interdit toute espèce de maîtrise. Souhaitons, pour l’avenir de l’escrime, et aussi pour notre plaisir personnel, que le Journal des Sports nous offre souvent encore des soirées aussi réussies et aussi instructives. A LA SALLE MERIGNAC Hier soir, petite réunion intime et intéressante à la salle Mérignac. M. Fritz, maître d'armes du vaisseau-école le Borda étant de passage à Paris, est venu saluer le maître et faire quelques assauts avec ses élèves. M. Fritz a des qualités qui assurent à ses élèves un enseignement méthodique et des résultats certains. Le Petit Parisien, 16 février 1898. Oh! la bonne, l’exquise soirée passée hier au Cirque d’Eté. Remercions-en seulement les tireurs qui ont eu l’amabilité de nous adresser des fauteuils et constatons que ces Messieurs du journal Le Sport ont vraiment traité la presse en quantité négligeable. Ceci dit, passons. Nous remarquons dans une salle comble président Ducreux, Chauveau, Louis Perré, baron de Schonen, Jullien, Régamey, de Bu fia, comte de l’Angle Beaumanoir, Legrand, Youlquin, Prévost, Janvier, Chevillard, Rue, Emile Mérignac, adjudant Ramus Tassart, et près de nous, rasé de frais, superbe, le grand, l’illustre Montjarret. M. Hébrard de Villeneuve ouvre la séance par un assaut de bâton entre MM. Cuilbé et Renaud, tous deux de la bigourdane de Tarbes, tous deux rivalisant de courtoisie, d’agilité, d’impétuosité. On a du sang-té! dans le Midi! Puis c’est un assaut de boxe anglaise, entre Fiévet du boxingclub de Bruxelles, et Legrand, un jeune amateur qui a exécuté de vifs doublés et coups de poing de revers contre un robuste adversaire en possession de formidables coups droits, de jolies esquives de tête et de coups d’arrêt. L’assaut d’épée — est-ce bien de l’épée — entre M. de Blest- Gana et le professeur Spinnewyn n’a pas été très passionnant. Habiles coups de temps de Spinnewyn, savants doublés dessous et la belle à Blest-Gana, souple et nerveux. Ça été un succès que l’assaut de Charlemont fils contre Caslérès, professeur, ce dernier feinte surtout du pied pour placer de rapides coups droits, coups de poing de revers et de masse. Charlemont fils — le premier de nos chaussonniers — a recueilli de légitimes applaudissements. Elégance, rapidité déconcertante, il y a de tout dans ses admirables coups de pied tournants, coups de pied bas, coups de pied brisés. Que viendraient faire contre cela tous les boxeurs d’Outre- Manche. Adolphe Rouleau tirait contre KirchofTer. Que dire de celui- ci qu’on n’ait ressassé. Faut-il évoquer ses feintes de coupé-coupé à la marche, ses contre-ripostes foudroyantes, ses unes-deux-trois. Quel régal pour les amateurs de beaux gestes que cet escrimeur ne sacrifiant rien à l’esthétique. Aussi nous n’étonnerons personne en racontant qu’au désespoir de M. Hébrard de Villeneuve, Adolphe Rouleau, habituellement si beau tireur, si bien en forme a été inférieur hier, voire doublé en cinq sec ne vous aije pas ditqu’il tirait contre KirchofTer? «Georges Wernert.» Extrait des sports, 16 février 1898. J’arrive au gros morceau de la soirée Charlemont contre Gastérès. Ce fut bien beau et dans la salle, comme on suivait de l’œil les poings de chacun des maîtres ! car chacun d’eux est un maître. Ils l’ont bien prouvé hier, et on leur a bien montré qu’on le savait par les vivats qui ne leur furent pas ménagés. Ah ! si vous aviez vu après un coup du puissant Charlemont, ou bien une esquisse habile et si bien calculée, tous ces gens qui montaient sur leurs bancs et qui acclamaient le boxeur, criant, applaudissant, brandissant leurs cannes, levant leurs chapeaux*. Oui, c’est bien beau — et bien reposant de., ce que vous savez — toute une salle, ainsi, en délire. Longtemps, les bravos se prolongèrent. Et quand ce fut fini? cela recommença. Entre voisins, on se disait — Comme c’était superbe! Etclassique. M. Paz, qui s’y connaît, arrive près de notre Directeur et lui affirme, simplement — Voilà le plus bel assaut de boxe que j’ai jamais vu ! Oui, vous pouvez vous vanter de nous avoir procuré un plaisir rare! Pendant que j’explore les coulisses du Cirque, les deux boxeurs Fiévet et Legrand ont opéré et ce sont les bravos qui me font rentrer dans la salle. — C’est rudement bien, me sôuffle quelqu’un, ce qu’ils viennent de faire. Restez pour voir la 4 e reprise. Je restai, et, en attendant la quatrième reprise, vis les soins qu’on leur prodiguait pendant le repos. L’un d’eux sucé un citron — pour tromper la soif et... les coups, tout à l’heure. L’autre se fait éventer, par son entraîneur, avec une serviette, et un air de béatitude se peint sur son visage ruisselant de sueur. Et de nouveau les voilà en face l’un de l’autre, pour la quatrième reprise qui fut réellement intéressante et après laquelle eux aussi, Fiévet et Legrand, durent revenir saluer. C’était un régal d’assister à l’assaut de boxe française, d’applaudir aux merveilleux coups de pied de Charlemont qui a été magistral, aux coups de poing de Gastérès, à l’agilité émouvante des deux professeurs. Tous les Sports La 2e partie a débuté par un assaut de boxe française qui a valu à plusieurs reprises une véritable ovation aux deux adversaires MM. Charlemont et Castérès, tous deux parfaitement découplés, taillés en force, bien entraînés, et sachant se servir très habilement de leurs surprenan ts moyens. Ainsi pratiquée, la boxe française produit à bien juste titre beaucoup d’action sur le public. Le Figaro. — Le célèbre boxeur américain Corbett se retire définitivement et se fait acteur. C’est en désespoir de se rencontrer avec Fitzmmonsque Corbett a pris cette résolution. — Le Journal des sports, qui avaitorganisé l’assaut d’avanthier soir, dont nous avons brièvement rendu compte, juge ainsi différents assauts il donne l’avantage à M. Cuilhé pour le bâton et à M Legrand pour la boxe anglaise il ne conclut pas pour l’assaut Charlemont-Castérès. Nousferonsde même, bien que, sur les vingt personnes auxquelles nous avons demandé de formuler leur opinion, treize aient été favorables à Charlemont. Mais les deux merveilleux athlètes ont bien mérité tous deux les ovations dont ils ont été l'objet et il ne saurait être question de leur supériorité. U Écho de Paris, 18 février 1898. UNE FÊTE SPORTIVE Nos excellents confrères MM. de Lucenski etJuven, qui, sous le patronage du Journal des Sports, ont organisé la soirée d’hier au Cirque d’Eté, ont droit à tous les compliments. Au programme figuraient les noms de maîtres comme MM. Rouleau, Spinnewyn, Kirchoffer, et d’amateurs, MM. Blest- Gana, Legrand, Fiévet. Le clou de la soirée, c’était l’assaut de boxe française donné par MM. Charlemont et Castérès, qui, par leur agilité merveilleuse, leur à-propos et leur maîtrise, se sont fait longuement acclamer. La fête, enfin, a été de tous points réussie et les nombreux assistants qui ont suivi son brillant programme ne ménageaient pas les éloges à l’intelligente initiative de nos deux confrères. La Presse. a Mais le clou de la soiréea été l’assaut de boxe française entre les deux maîtres, Castérès et Charlemont. Cette rencontre, attendue comme un véritable événement sportif, a tenu tout ce qu’elle promettait elle a été merveilleuse et les deux hommes ont réussi une succession de coups qui ont provoqué les acclamations de la salle. Ces acclamations se sont changées en une véritable ovation à la fin de l’assaut. S’il m’est permis de donner mon opinion sur cet assaut — elle est conforme à celle de quelques maîtres, — Castérès a montré qu’il était plus que l’égal de son adversaire, le merveilleux Fera-t-on jamais aussi bien qu’eux? C’est possible. Mieux, c’est impossible ! Le Vélo. A propos de l’article ci-dessus, nous sommes allé demander à M. Reichel sur quoi il basait son opinion voici sa réponse. — a C’est mon opinion. Ceci est une réponse évasive, qui n’explique rien elle démontre soit l’ignorance de son auteur, soit un parti-pris nous croyons à ce dernier, M. Reichel étant élève de M. Castérès, il prend ses désirs pour des réalités. Voici la vérité: Charlernont fils a touchéson adversaire un bien plus grand nombre de fois que lui, et, si nous nous en rapportons à une règle établie depuis la naissance des sports, que ce soit à l’épée, à la canne ou à la boxe, c’est le tireur qui touche son adversaire le plus grand nombre de fois, qui est reconnu vainqueur. Ceci n’est pas une opinion, c’est un fait acquis, et, toutes les opinions fantaisistes ou intéressées, ne changeront pas celte règle. Quant à la correction dans l’assaut, voici notre opinion! En boxe française, le tireur qui cherche les corps à corps commet une grande faute. La défense du boxeur doit se faire à distance, de manière à conserver tous les moyens qu’il doit tirer de ses pieds et de ses poings. Car dans le cas contraire, il peut rencontrer un adversaire plus lourd et plus fort que lui physiquement et qui peut lui faire perdre tous les avantages d’adresse et d’agilité que donne l’exercice de la boxe. Cette grande faute, l’adversaire de Charlernont fils l’a commise plusieurs fois, nous pouvons ajouter qu’il est coutumier du fait et qu’il en a déjà été victime. A l/ACADËMIE DE BOXE PREMIÈRE RÉUNION MENSUELLE CHEZ CHARLEMONT L’excellent professeur Charlernont conviait hier soir ses élèves et amis à la première des réunions mensuelles qu’il a l’intention de donner. I.A I30XE FRANÇAISE Nous rie saurions trop le féliciter de son initiative; nous avons passé hier uneexcellente soirée assauts pleins d’entrain et decourtoisie où les élèves de la salle de la rue des Martyrs ont montré qu’ils étaient à bonne école. Dans l'assistance très nombreuse, noté au hasard MM. Clerc Rampai, E. Paz, docteur Just Lucas-Champion nière, M. Dubonnet, Castérès, Charlemont père, Grémouin, Minart, etc., etc. La séance a débuté par un assaut vif et mouvementé entre MM. Foréau et Landon l’un et l’autre ont eu de jolis coups à leur actif; la belle' est restée au bouillant Foréau. M. Loriot, un vieux routier, a eu le meilleur contreM. Green, un amateur encore novice, mais qui a de puissants moyens. Le jeune Championnière a été très applaudi dans ses exercices de massue, forl gracieux et fort élégants intermède très applaudi. M. Foréau, toujours sur la brèche, a pris ensuite du jeune professeur Chabrier une bonne leçon de canne. Deux petits boxeurs d’avenir MM. Dubonnet et Roseau ont fourni un assaut intéressant; le jeune Dubonnet a eu le meilleur et a pris la belle. Mainguet, professeur à la salle, a tiré contre Petit, moniteur à Joinville, .et a conservé tout le temps une grande supériorité contre son adversaire; assaut fort applaudi. Mainguet a réussi de jolis coups de revers de figure. r Le maître de céans, Charlemont, s’est mis à son tour sur la planche devant M. Charbonnel, moniteur à Joinville. Ce dernier, très agile et habile à l’esquive, a fait de son mieux contre ce virtuose du poing et du pied qu'est Charlemont c’est un régal des yeux que de voir ce dernier: les applaudissements n'ont pas été ménagés aux deux adversaires. Après un joli assaut entre MM. Landowski et Dunet, tous deux très en jambes. Chabrier a tiré contre Petit, et nous a permis d’admirer ses excellentes qualités son adversaire n’a pas existé devant lui. Mainguet, et Chabrier sont, pour Charlemont, d’excellents auxiliaires et font honneur à renseignement de la salle de la rue des Martyrs* Pour terminer la soirée, le maîtrë a donné à son professeur Mainguet unebonne leçon decanne chaque coup portait et comme toujours, Charlemont s’est montré incomparable. Somme toute, excellente soirée d’inauguration pour les réunions mensuelles on s’est donné rendez-vous en mars. Journal des Sports, 24 février 1898. Boxe. — Les séances de boxe se suivent et chacune d’elles présente un intérêt particulier. Hier soir, l’Académiede boxe, qui a pour professeur Charlemont fils, nous conviait à la célèbre salle de la rue des Martyrs. Réunion très réussie, au cours de laquelle on a applaudi les assauts du maître (j’ai nommé Charlemont) contre M. Charbonnel, moniteur à Joinville, qui a fait de son mieux, et de ses deux prévôts, Mainguet et Chabrier, tous deux excellents, qui ont tirécontre Petit, de Joinville. Comme assaut final, Charlemont et Mainguet ont fait un brillant assaut de canne. Sapristi, il n’eûtpasfait bon de pénétrer dans la zone de tir! Avant de terminer, signalons la rencontre de deux petits boxeurs en herbe, MM. Roseau et Dubonnet. Ce dernier, fils du président de la Basse-Seine, a eu carrément le dessus. — Rappelons que c’est samedi, à neuf heures, au Palais- Sport, qu’a lieu la soirée du Boxing-Club à laquelle Charlemont et Castérès participeront. La Presse, 25 février 1898. LA SOIRÉE DU BOXING CLUB La boxe est maintenant un sport à la mode, tout bon sportsman s’y intéresse et il n’est pas exagéré de dire que ce joli sport s’est propagé tout particulièrement dans le monde chic. Tout dernièrement, la Boxe Française avait remporté un gros succès avec son assaut du Cirque d’Été il y a quelques semaines, c’était le tour du Journal des Sports, où nous avons eu l’occasion de voir aux prises les deux grands maîtres Charlemont et Castérès, et hier soir, à son tour, le Boxing Club de France nous avait convié à son assaut annuel qui aeu lieu dans le grand hall du Palais- Sport. Encore une fois, le public est venu nombreux, et plus de deux mille personnes avaient tenu à assister à cette brillante soirée. Nommer toutes les personnes présentes serait chose impossible; néanmoins notons toujours au hasard du crayon: MM. Dubonnet, président de la Basse-Seine Faure, président del’Olympique; May, de Kniff, deNeuflize, Worms, Ouzou, Louis Minart, Manoury, Marfan, Morin, Elias, Sloan, Prévost, Tampier, de Pallissaux, Domain, Bianchi, Bel, Mathei, Lacroix, Saint-André, Legrand. LES ASSAUTS Le premier assaut a mis en présence MM. Dandieu, amateur, et Vidal, sergent de l’Ecole de Joinville. Assaut ordinaire Vidal, qui s’est montré supérieur, a pris la belle par un coup de poing droit en pleine figure. MM. Green, amateur, et Van Roose ont fait un assaut des plus courtois. Van Roose a pris la belle et a placé quelques jolis coups de poing. Le troisième assaut, de boxe anglaise, celui-là, avait mis en présence deux de nos footballeurs bien connus, Fr. Reichel et le Dr Henriquez de Zubeiria. Assaut très mouvementé et très applaudi dans les deux premiers rounds, Reichel a eu un avantage marqué, au troisième, les deux adversaires ont fait jeu égal. Après la rencontre de ces deux athlètes, changement à vue, et, aux applaudissements de l’assistance, on annonce Tampier, le fils de notre collaborateur, et Dubonnet fils. Ces deuxjeuues gens ont fait untrès joli assaut et s’annoncent comme de futurs boxeurs émérites. Lejeune Dubonnet nous a paru avantagé par sa taille, lejeune Tampier, plus petit que son adversaire, s’est montré excessivement vite et d’une très grande précision. Ce dernier, qui travaille depuis huit mois à peine chez Castérès, n'est âgé que de treize ans, c’est dire qu’il promet pour l’avenir. Dubonnet a pris la belle inutile de dire que ces deux bambins ont soulevé des tonnerres d’applaudissements. Ce n’était que justice. Dunet et Loriot ont fuit ensuite un très bon assaut Dunet s’est montré supérieur et nous a fait assister à une magnifique rentrée de coups de poing. La première partie s’est terminée par un assaut de boxe anglaise entre Maynadié et de Vaumesle d’Enneval, où Maynadié, beaucoup plus vite et plus souple que son adversaire, a pris l’avantage, et un assaut de canne très applaudi entre le lieutenant Taine, de l’Ecole de Joinville, et Monbiot, un élève de Castérès. La seconde partie débute par un assaut des plus courtois entre F. -E. Koning, de Bruxelles, etE. Levallois; ce dernier nous a paru dominer son adversaire. Landowski et C. Ribard ont fait un assaut des plus ternes, restant l’un et l’autre sur la défensive. Le clou de la soirée a été sans contredit la rencontre de E. Antoine, jeune professeur de la salle Castérès, avec le sergent Gros très connu. Antoine très en progrès a placé à son redoutable adversaire quelques bons coups de poing, ce dernier, au contraire, a réussi une série de coups de pied bas. Ces deux boxeurs ont été très applaudis, et ont dû se représenter à nouveau sur l’estrade. Maynadié a fait assaut avec Vignes et a pris la belle. Deligny a placé quelques bons coups de poing de figure dans son assaut avec Moscovinoet la soirée s’est terminée par les deux rencontres sensationnelles de Charlemont avec Flori, et de Castérès avec J. Leclerc. L. Manaud. Les Sports 27 février 1898. La soirée athlétique donnée hier soir au Palais-Sport, rue de Berri, par le Boxing-Club de Paris, a été le triomphe décisif de ce très beau sport, la boxe. Du haut en bas de la spiraie, le Palais-Sport, si pittoresque, si merveilleusement éclairé, était bondé, archi-bondé d’une foule élégante, parmi laquelle nombre de dames. Les assauts étaient présidés par le comte Féry d’Esclands, assisté de MM. Levallois et Bruneau de Laborie, M. Faure tenait le chronomètre. lia soirée a débuté par un assaut de boxe française entre MM. Dandieu (amateur) et Vidal, sergent à l’école de Joinville. Belle partie, dont le sergent est sorti avec Favantage. Il a pris la belle sur un coup de poing droit à la figure. L’assaut de boxe française entre MM. Green et Van Roose (amateurs; a été un peu lent. M. Van Roose, malgré une énergique défense de son adversaire, a eu le meilleur. Notre collaborateur Frantz Reicbel s’est mesuré en boxe anglaise en un assaut de trois reprises contre M. Henriquez de Zubeiria. Plus vite, plus rapide et plus tin que son adversaire, notre collaborateur a eu dans les deux premières reprises de Fassaut — très correct et sans nulle violence — un avantage très marqué. M. Henriquez s’est réveillé dans la troisième reprise. M. Henriquez use du corps à corps c’est une erreur. Gros succès pour les jeunes Tampier et Dubonnet fils qui ont tiré en boxe française. Le jeune Dubonnet, bien servi par sa taille, a eu le meilleur, mais le minuscule Tampier — dont c’étaient les débuts en public — possède un jeu plus précis. Assaut assez mouvementé entre MM. Du net et Loriot (amateurs, boxe française). M. Dunet,qui se plaît au jeu très bas, s’est pourtant décidé à tenter quelques coups dans les lignes hautes. Il a exécuté ainsi quelques jolis coups de pied de revers. Second assaut de boxe anglaise entre MM. Maynadié et de Vaumesle d’Enneval (amateurs). Partiebien conduite par M. Maynadié qui possède un beau jeu d’allonge. M. de Vaumesle d’Enne- val, plus léger et moins entraîné, s’est courageusement défendu. Son adversaire a eu l’avantage. La partie de canne entre le lieutenant Taine, de l’école de Joinville, et M. Monbiot, amateur, a été parfaite, M. Monbiot, a montré des qualités de jeu très remarquables contre son très redoutable et si correct adversaire. Dans la seconde partie le public a applaudi les assauts de boxe française entre MM. Maynadié, amateur, et Vignes, sergentmajor de l’école de Joinville (boxe française), entre MM. Landowski dont la jambe est si facile, et Ribard, un de ceux qui n’osent pas user de leurs moyens, entre MM. Deligny, amateur, etMoscovino, adjudant à l’Ecole de Joinville, et qui a pris l’avantage, après un début malheureux, par des coups très vites et très classiques. Dans la seconde partie entre MM. F. E. Kœnig, de la salle Simonis de Bruxelles, et Levallois. M. Kœnig, que je crois meilleur et plus tacticien que son compatriote Fievet, a eu le meilleur. Il a fait un jeu d’une finesse et d’une élégance supérieures. lia trouvé en M. Levallois un adversaire tout aussi gracieux, moins entraîné mais possesseur d’un jeu très nourri. Bravo à tous deux! Le clou de la soirée pour le public a été la partie très mouvementée faite entre Antoine, prévôt de la salle Castérès, et Gros, sergent-major de l’Ecole de Joinville, qui ont tous deux gagné l’assistance par leur énergique façon d’annoncer les «touchés». Gros, adversaire vigoureux, très allant, admirable dans la parade, bon dans le coup de poing, moins bon dans la jambe. Antoine, un jeune, au jeu léger, fignolé, savant, qui perd la tête dans les bousculades. Les adversaires ont fait jeu égal. Le public les a rappelés. Et pour terminer, du nanan pour les boxeurs 1° Charlemont fils contre Flori, de l’Ecole de Joinville. Le Joinvillais a été remarquable. Au célèbre professeur il a opposé, après un joli et brillant début, une défense extraordinaire. Charlemont fils a dominé son adversaire. 2° Castérès contre Leclerc (professeurs). Partie étourdissante et d’une extrême rapidité du côté du fameux Castérès qui a exécuté avec succès toute la gamme de ses coups de pied. Leclerc, au jeu dedéfense si serré, trop serré, a réussi quelques jolis coups d’arrêt. L’avantage à Cas térès. Tel est le bilan très complet de cette très brillante soirée du Boxing-Glub de Paris. (( P ONTCHARTRAIN. Vêlo> 27 février 1898. BOXE La salle Loustalou a donné dimanche soir, à Courbevoie, une soirée de boxe qui a remporté un véritable succès. Nous avons assisté à huit assauts. Legrand a pris l’avantage sur Barbés, principalement vers la fin, où Lagrand a porté quelques bons coups. Le professeur Loustalou s’est rencontré avec C. Tardieu, l’excellent sprinter du Red Star Club, jeune d’âge et de science, mais très vite. Il a réussi quelques beaux coups en pleine figure, l’avantage est resté à Loustalou. L. Duparc s’est mesuré avantageusement contre Swendon. G. Duparc a eu un avantage marqué sur N. Norris, et L.Norris nous a paru supérieur à Louvey. Restent à signaler les assauts entre Dufaure et Longadey, Henriquez et G. Duparc, Jaurès et Fabrien. Une centaine de personnes assistaient à cette première soirée mensuelle qui a remporté un véritable succès. Bruxelles. — Le 2 avril prochain, le Boxing-Club organise un grand assaut international, auquel prendront part Pinford, Pateywalsh, Arthur Laab, etc. CHARLEMONT ET CASTERÈS A MARSEILLE (( Nous apprenons, de source certaine, l’arrivée prochaine à Marseille de Charlemont, le fameux boxeur parisien, qui, l’an dernier, nous gratifia d’un assaut resté célèbre dans les fastes du Cercle d’Escrime de notre ville. A ce moment, la grande querelle, élevée entre les partisans du chausson marseillais et les amateurs de boxe française, traversait une phase aiguë de sa crise à l’occasion des assauts récents offerts aux premiers par un tireur de grand talent, M. L. Allard, élève de Charlemont, et alors à peine connu dans notre ville. Dans les milieux sportifs où s’agitaient ces questions d’écoles, l’antagonisme allait jusqu’à la violence, et les défis nombreux adressés à M. Allard, qui les provoquait d’ailleurs par la crânerie de son attitude, exigèrent du vaillant boxeur de multiples rencontres, d’où son art sortit constamment vainqueur, Ce fut la période laborieuse d’incubation. Le disciple préparait la voie au Maître en abattant les obstacles d’ordre inférieur, mais toujours renaissants, qui tentaient de s’opposer à la marche triomphale du progrès. Ce fut aussi la période intéressante des discussions doctrinales, des controverses passionnées, des épreuves redoutables, des tentatives désespérées de l’antique corporation menacée dans ses prérogatives, dépouillée de ses privilèges et qui allait à la bataille avec le courage et l’obstination des bastilles assiégées par une stratégie nouvelle, par un adversaire supérieur. Ce fut la phase la plus brillante du sport. Et il ne fallut pas moins de l’énergie indomptable de Louis Allard, de sa science profonde et de sa foi juvénile pour venir about de tant d’ennemis ou plutôt, de tant d’adversaires, car comment garder rancune honnêtement à un rival heureux, dont la bonne grâce et la courtoisie faisaient au vaincu une retraite toujours honorable, dont l’élégance parfaite séduisait ses contradicteurs, dont la sympathie désarmait les plus farouches parmi les sincères. Il en est, certes, qui ne pardonneraient pas leur défaite et qui employaient les petits moyens et ceux-là, il fallut bien les mener durement quand même, mais ils furent le petit nombre, et bientôt le jeune champion vit l’espace s’élargir devant lui, et les sympathies accourir en foule subjuguées, par la vigueur de son talent et la loyauté de son attitude. C’est alors que Charlemont vint consacrer par une victoire défi- nitive la renommée de son Ecole et les vifs succès d’un élève qui était resté son ami. Cet assaut du tireur parisien est demeuré légendaire dans le clan des anciens. Il est trop récent pour qu’il soit utile d'y insister. Nous disons, seulement, que Charlemont se révéla le professionnel impeccable, l’artiste consommé qu’il est, et que, dans cette rencontre, il déploya toutes les ressources d’un enseignement, qui devait forcément le classer hors de pair parmi les boxeurs de notre époque. L’une des premières sociétés sportives deMarseille La Boxe Française placée, par ses dévoués fondateurs, sous le patronage du maître, a pris l’initiative d’une fête qui sera donnée au profit des pauvres. Le concours de Charlemont était tout indiqué dans cette circonstance. On nous annonce que le tireur parisien sera accompagné en notre ville par son émule Castérès, l’un des professionnels les plus brillants de sa pléïade. Si cette nouvelle est exacte, la salle du gymnase Saint-Jacques sera certainement trop étroite pour les amateurs d’émotions viriles et il faudra trouver un local aux vastes dimensions, pour recevoir tous ceux qui se laisseront séduire, par l’attrait d’un spectacle sans précédent, sous l’égide duquel nos jeunes concitoyens ont intelligemment placé leur entreprise charitable. Nous reparlerons de cet assaut. ÀMATAR. Tout Marseille 29 mars 1898. BOXE A la Boxe Française. — Le deuxième assaut intime, donné par la Société la Boxe Française, a été très réussi. Noté dans l’assistance MM. Cridler, commissaire général des Etats-Unis pour l’Exposition de 1900; le lieutenant de vaisseau Baker et Hamburger,commissaires spéciaux. Ce dernier s’occupera tout particulièrement de la section sportive américaine de 1900. MM. Moovey, Seligman, Marius Dubonnet, Charlemont père, Castérès, Toussaint, Reichel, Miriart, etc. Nous avons vu débuter hier une nouvelle fournée de Joinvillais, qui a fait de son mieux, ce qui n’est pas encore la perfection. C’est ainsique MM. Loriot, Dandieu, Landowski et Green, amateurs, ont joué avec MM. Olive, Baillen, Baïssas et David, tous quatre de Joinville. Nous avons eu encore un gentil assaut de boxe française entre MM. Dubonnet et Roseau, deux juniors qui promettent le premier nommé a eule meilleur. c< Deux assauts de canne, le premier entre MM. Foréau et Mainguet, le second entre Charlemont et son prévôt Chabrier ont été fort intéressants Mainguet a eu le meilleur et Charlemont, toujours aussi brillant, a donné une leçon à Chabrier. J’ai gardé pour la fin les deux rencontres intéressantes de la soirée. D’abord Chabrier contre Antoine. Ce dernier aurait dû mieux faire dans un assaut, il faut avant tout chercher à toucher et il s’est contenté de dessiner agréablement les coups peutêtre manque-t-il encore un peu d’aplomb en public? Chabrier, qui fait très bien, a eu un avantage marqué et a réussi de jolis revers de figure et des chassés bas, sans compter de bons coups de poing. L’assaut entre Dunet et Mainguet promettait d’être fort intéressant. Dunet s’améliore à chaque exhibition et débutait fort bien quand un coup de poing reçu sur le nez détermina une hémorragie qui le fit interrompre l’assaut. M. Dandieu le remplaça au pied levé, c’est le cas de le dire, et Mainguet, fort à l’aise dès lors, n’eut plus qu’à exécuter la gamme de ses coups, fort bien venus, au demeurant, et remporta un succès facile. Un peu de boxe anglaise eût été la bienvenue à vous MM. les amateurs qui paressez ! Journal des Sports 1 mars 1898. BOXE L’assaut intime de la Société la Boxe Française a été ce qu'il promettait superbe. Et la salle de la rue des Martyrs était bien petite pour contenir les amateurs qui s'y écrasaient. Reconnu çà et là Castérès, Millard, Gustave Sabartbès, Edmond Rocher, Emile de Pringy, Adrien Petit, Janvier, de l’Odéon, etc. Sous la présidence de M. Gharlemont père, c’est d’abord un assaut bien pâle; ne nous arrêtons qu’à celui de Paillet, professeur à l’Ecole de Joinville, contre Dandieu, amateur. Pas heureux le professeur de l’Ecole, avec son jeu irraisonné, rudimentaire, sa sempiternelle feinte de coup de pied bas et coup de pied tournant. M. Bayssas, de l’Ecole de Joinville également, a tiré contre Landowski, tireur de sang-froid et souple et vif, doué de jambes extraordinaires. Pile formidable au professeur! Les militaires devraient décidément sortir de la routine s’ils ne veulent voir sombrer dans le ridicule ce qui fut l’Ecole de Joinville. a Signalons un courtois assaut de canne entre Mainguet, professeur, et Foréau, amateur. Arrêtons-nous sur le jeu de Dubonnet et Roseau, deux tout jeunes amateurs. De jolies phases de chausson de part et d'autre, des coups annoncées gentiment quand tout à coup — Ça manque de coups de poing! crie Charlemont. El Roseau — un nom de souplesse — de bondir et de porter quelques fiers coups droits à son jeune adversaire. Antoine, professeur, a opposé une belle défense à Cbabrier dont nous avons admiré les jolies esquives, les coups de reversées coups de pied tournants et brisés. Joli et redoutable boxeur que ce Cbabrier ! Grimm, amateur a joué avec David, comme chat avec souris. M. David, paraît-il, enseigne à l’Ecole de Joinville la boxe dont il ignore les premiers principes. Pauvres élèves! «Dunet tirait contre Mainguet, Dandieu contre Mainguet et Gharlemont nous a tenu en haleine dans un admirable assaut de canne contre Cbabrier. Cela nous aura dédommagé de l’assaut de boxe que le maître n’a pu nous donner, souffrant d’une foulure au pied. Nos remerciements aux organisateurs de cette belle soirée. A la prochaine soirée intime, dans un mois. Georges Wernert. Salle H. Dupont, 39, rue des Petits-Carmes. ASSAUT INTERNATIONAL Yerhesen (Union Yéloce-Club, et G. Lufï (Boxing-Club de Bruxelles). J. Antoine (Ixelloise), R. Kuhling (Boxing-Club de Bruxelles). Birdemer (Flori), professeur à Paris, et V. Castérès, professeur à Paris. Kœnig (Salle Simonis) et J. Dupont (Boxing-Club de Bruxelles). Fiévet (Boxing-Club de Bruxelles), F. Tilbury (Boxing-Club de Bruxelles). 20 Round Contest Entre Patsey Walsh (Londres) et Arthur Lamb (Londres). Entre la première et deuxième partie, Assaut de lutte romaine par MM. L. Van Dyck et Er, Dornberger, de Bruxelles. Juges pour le Contest MM. O. Grégoire, H. Dupont. Referee H. Pleuser, Timekeeper A. Prier de Saône. CHARLEMONT ET CASTÉRÈS A MARSEILLE Dans le courant du mois d’avril, Charlemont, le célèbre boxeur parisien, viendra prêter l’appui de sa haute personnalité sportive à une fête de charité organisée par la Société la Boxe Française de notre ville, dirigée par notre ami Louis Allard qui fut, on le sait, l’un des plus brillants prévôts du maître. Ce concours précieux, dû aux relations d’amitié qui unissent Charlemont à son remarquable élève, est une bonne fortune pour la Société la Boxe Française, dont les jeunes débuts, annoncés, sous les plus favorables auspices, ont tenu tout ce que promettait l’enthousiasme ardent de ses courageux fondateurs. La participation de l’illustre professionnel est en outre un élément certain de succès pour l'entreprise généreuse de nos concitoyens. On se souvient des incidents qui marquèrent la première visite de Charlemontdans notre ville. A cette époque, les opinions soulevées par les rivalités d’écoles étaient violemment défendues par les partisans de l’ancienne méthode du chausson ou de la savate, et les adeptes convaincus de la théorie nouvelle exposée par Les hostilités commencèrent avec les premiers assauts organisés par M. L Allard, qui fut le vulgarisateur de cette méthode à Marseille. Ces rencontres firent grand bruit dans le public des initiés, qui, fanatiques de la savate, opposèrent à notre vaillant concitoyen une résistance désespérée sinon invariablement courtoise. Il y eut, comme toujours, des cabales, des manifestations d’une loyauté douteuse, des conjurations obscures, des complots de coteries, mais la victoire resta fidèle à l’infatigable boxeur dont chaque assaut marqua une étape nouvelle dans la voie brillante du succès. Néanmoins, les oppositions persistèrent, et la supériorité de la théorie nouvelle qu’on attribuait aux moyens personnels du tireur distingué qu’est M. L. Allard exigeait une consécration éclatante et définitive. Charlemont vint, sollicité par la nécessité d’une démonstration décisive, et son assaut, donné au Cercle d’Escrime de notre ville, fut un événement sportif sans précédent. Ce que le tireur parisien révéla de talent incomparable et de virtuosité folle, au cours de cette rencontre homérique, les spectateurs privilégiés qui y furent admis ne l’ont certes pas oublié. De tous les fougueux opposants, annoncés à grand fracas, par les trompettes ennemies, un seul osa se présenter, et ce fut de sa part un acte de grand courage dont il put se prévaloir sans vanité. Charlemont fut prodigieux. La science qu’il déploya, l’art consommé qu’il étala aux yeux éblouis des professionnels fut bien la révélation surprenante qu’on pressentait. Et son triomphe fut de ceux qui déconcertent le commentaire, qui stérilisent dans le germe l’idée même d’une discussion parce qu’ils sont l’éclat fulgurant et meurtrier qui pulvérise, parce qu'ils consomment dans une apothéose cruelle l’anéantissement d’un passé. Il est vrai que CharJemont est un incomparable artiste et que, seul, il pouvait démontrer d’aussi magistrale façon la supériorité incontestable de sa méthode. Mais son école a été féconde elle a produit des disciples nombreux qui suivent pas à pas les traces du maître. Gastérès est de ceux-là, Louis Allard aussi et plusieurs autres que nous aurons peutêtre la bonne fortune d’applaudir dans le tournoi qui se prépare. Castérès, un instant le rival du maître, joint à des qualités naturelles très développées une connaissance profonde des ressources qu’on peut tirer de la théorie nouvelle. Familier des assauts classiques, partenaire habituel des premiers tireurs de la capitale, Gastérès est un adversaire digne du premier champion de France. Dans un duel de cette envergure, nous pouvons apprécier à loisir tout ce que peut donner la jeune Ecole, tout ce qu’elle contient d’efficace, ce qui fait vraiment sa supériorité. Les amateurs d’esthétique pure y trouveront des jouissances inédites, et la pratique usuelle, qui, en somme, est le but de la plupart de nos Sociétés sportives, pourra y glaner largement. Nous y reviendrons sous peu. Amator. Midi- Sport, 6 avril 1898. GASTÉRÈS ET CHARLEMONT A MARSEILLE Lettre de notre correspondant. — Marseille 5 avril. Aussi, et plus heureux que les Parisiens, les sportsmen marseillais verront bientôt aux prises lesdeux plusfameux boxeurs de France, Gastérès et Charlemont. C’est le 15 avril, en effet, que Castérès, l’illustre boxeur parisien, viendra prêter l’appui de sa haute personnalité sportive à la grande fête de charité organisée par la société la Boxe française de notre ville, dirigée par M. L. Allard. Cet événement, qui défraie la chronique de nos cercles, a été salué avec joie par les nombreux amateurs de ce sport^ que son utilité et son élégance ont réussi à introduire dans les milieux les plus mondains, d’où l’obscurité de ses origines semblait devoir l’exclure. Ainsi que nous l’avons annoncé, Castérès sera accompagné par Charlemont. Familier des assauts classiques, adversaire habituel des premiers tireurs de la capitale, dur aux coups, merveilleux d’endurance, Castérès joint à des qualités naturelles très développées, une connaissance profonde des ressources qu’on peut tirer de la théorie dont les principes ont été fixés par Charlemont père. A cet assaut qui sera une réédition de Y Assaut des Diæorganisé à Paris il y a quelques semaines, seront conviées les meilleures lames de notre ville et les sujets les plus distingués dans tous les ordres des sports athlétiques. Maurin. On nous communique, avec prière de l’insérer, la lettre suivante adressée au directeur du Vélo Marseille, le 15 avril 1898. Monsieur le directeur du Vélo Je Iis, dans le numéro du 6 avril de votre honorable journal, une communication émanée d’un correspondant de Marseille et relative au grand assaut organisé par notre Société locale La Cet entrefilet, qui n’est que la reproduction tronquée d’un article du Midi-Sport et du Petit -Marseillais, a été comme à dessein dénaturé dans le but apparent de diminuer la haute notoriété de Charlemont au profit de Castérès, son frère d’armes. On y voit, en effet,figurer le nom de Charlemont en sous-ordre dans tous les points saillants où celui-ci dominait dans l’article travesti on y sent l’effort de Y auteur tendant à renverser les rôles, comme si celui du maître était de graviter dans l’éclat d’une autre personnalité quelque brillante qu’elle soit. J’éprouve, pour le grand talent de Castérès, une admiration sincère, et pour ses qualités privées une profonde estime, mais je croirais faire injure à la loyauté de son caractère en affectant de le placer au-dessus de Charlemont qui fut son maître et qui est resté jusqu’ici le premier tireur du monde. J’en appelle de cette opinion à Gastérès lui-même, dont la modestie très grande a dû être singulièrement offensée par le zèle intempestif et maladroit du rédacteur de votre note. Aussi bien, le parti pris de ce dernier se révèle d’une façon à ce point calculée, qu’elle semble vouloir blesser l’amour-propre de Gharlemont et créer entre les deux professionnels un levain d’animosité dont peut-être notre assaut se ressentirait, mais qui apparaît à tous comme un calcul indigne d’un véritable admirateur des deux champions du monde. Au surplus, cette petite manœuvre n’aura aucun résultat. La réputation de Gharlemont ne saurait être amoindrie par aucune comparaison, et c’est le grandir, à mon avis, que lui opposer le haut mérite de Castérès qui se glorifie d’avoir été son élève et d’être encore son ami. Ainsi, Monsieur le Directeur, vous pouvez annoncer exactement que Gharlemont et Gastérès viendront tirer, de compagnie, à l’assaut organisé en leur honneur par la Société La Boxe française de Marseille et qu’ils seront, l’un et l’autre, reçus aveclaplus grande considération et la sympathie la plus vive, par tout un public d’initiés et d’amateurs, de qui cette fête est attendue comme un régal de dilettante. Je sollicite de votre impartialité et de votre haute courtoisie l’insertion de celte lettre et je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, l’assurance de mes sentiments très distingués. L. Allard, Professeur Directeur de la Société La Boxe Française BOXE FRANÇAISE OU BOXE ANGLAISE? L’enquête que nous avons ouverte, à ce sujet, nous a valu un grand nombre de lettres, que nous regrettons de ne pouvoir donner toutes, ni très rapidement. En voici une des plus intéressantes. — Corcoran. l’opinion de m. charlemont fils Pour répondre à la première question, celle qui a trait à un match entre un professionnel anglais et u n professeur français, je vous demande la permission de rappeler que j’ai eu la bonne fortune de lui donner un commencement de solution à Londres, au mois de juin 1887, au Pélican Club. Après une démonstration de la boxe française et un assaut avec Castérès, je fus prié de me mesurer avec un boxeur anglais. Je l’envoyai trois fois de suite rouler àterre, en mettant en pratique le même coup, un chassé-croisé en pleine poitrine. L’Anglais s’effaça alors le plus possible, je lui portai un nouveau chassé-croisé, cette fois au genou, à la suite duquel il pirouetta sur lui-même et tomba encore sur le tapis. Il revint en garde; j’exécutai un quatrième chassé-croisé à la poitrine, il l’esquiva en partie l’élan m’avait rapproché de lui, j’allais être engagé, je lui passai aussitôt un tour de hanche en tête qui mit fin à la cérémonie. Je m’empresse d’ajouter qu’un résultat contraire m’aurait fort surpris il suffit, en effet, de raisonner un peu pour s’en rendre compte quand le boxeur anglais est à distance pour ses bras, il est trop près pour nos jambes plus longues et plus fortes ajoutez à cela qu’ayant généralement le poids du corps sur la jambe de devant, ilesquiverait bien difficilement un coup bas et serait ainsi rapidement démoli par la base. Quanta nos parades, les Anglais n’y sont pas habitués il nous est difficile, à nous autres professeurs, de parer les coups de nos élèves quand ils tirent en boxe française contre nousenboxe anglaise. J’ai entendu, néanmoins, bien des Anglais et des Américains se faire fort de nous prendre la jambe et de nous mettre ainsi hors de combat je leur ai toujours répondu de la même fa- çon par une démonstration dont la finale les trouvait sur le dos. Notez que je livrais ma jambe, qu'ils n’avaient par conséquent pas eu à la prendre, ce qui simplifiait singulièrement la question en leur faveur, sans toutefois les sauver de la chute. Je tiens, d’autre part, à dire que nous faisons suffisamment de boxe anglaise pour pouvoir, le cas échéant, nous défendre à coups de poing. Nous ne sommes pas manchots. Ce qui nous manque, à la vérité, c’est l’entraînement à recevoir les coups, qui ne nous est pas utile, d’ailleurs, étant donné notre façon d’enseigner toute contraire, et dont le but est d’apprendre à nosélèves à porter des coups, non à en recevoir. Nous sommes des professeurs, nous ne sommes pas, par métier, des boxeurs de combat. 11 y a 10 ou 11 ans, Donnelly est venu à Paris, a assisté à nos assauts, et a convenu lui-même qu’il ne ferait rien contre nous. Le marquis de Quensberry, qui avait été témoin d’une réunion au Grand Orient, demanda à tirer contre moi. J’étais chaussé de bottines de salle. Il alla trois fois sur le dos aux trois chassés que je lui portai. J’ajouterai, — cette digression ne peut manquer d’intéresser les lecteurs du Journal des Sports — queje fis assaut ensuite en boxe anglaise avec le marquis de Quensberry je me mis en garde à droite, ce qui ne laissa pas de le gêner beaucoup et il me dit en terminant qu’il allait essayer de répandre en Angleterre l’usage des deux gardes. Corbett, enfin, qui assista dans ma salle au travail de mes élèves et à mon propre travail, s’est prononcé ainsi cc Si je pouvais me loger j'aurais peut-être Charlemont, mais il faudraitpour cela qu’il me laissât faire et il confirma ce propos quelque temps plus tard à un de mes élèves qu’il rencontra à New-York. Je dois dire en terminant que bien des essais ont été faits d’organiser un combat entre les Anglais et moi. Cela n’apasabouli dès qu’ils se sont rendus compte de ce qu’était notre méthode qui ne se servirait évidemment pas contre eux de coups à la figure, mais bien de coups portés à la ceinture et aux jambes. J’ajoute que contre des adversaires combattant à poings nus, je ne me mesurerais que les pieds chaussés de bottines de ville. Ce que je viens de dire en réponse à la première partie de votre enquête vous fait présumer ma réponse àla seconde question assurément, et sans qu’il soit possible un seul instant d’en douter, la boxe française, avec les' multiples ressources dont elle dispose, aura toujours pour le combat dans la rue une immense supériorité sur le jeu unique des poings. Elle seule peut permettre à un poids extra léger d’avoir raison d’un cent kilos. Et ce titre est suffisant, je pense, pour établir nettement sa supériorité. Journal des Sports 20 avril 1898. L’ASSAUT DE CHARLEMONT A MARSEILLE La grande fête sportive organisée par la Société La Boxe Française» de notre ville a obtenu un plein et légitime succès. En dépit d’une ondée persistante, une foule très élégante avait, de bonne heure, envahi la coquette salle du Gymnase. Le programme tracé a été suivi sans aucune défection. L’escrime était représentée à cette fête par les plus fines lames de la garnison et les meilleurs tireurs de la ville et de notre grand Cercle. Ces assauts étaient dirigés par M. Dubois dont la haute compétence a eu l’occasion de s’affirmer à diverses reprises. On a fort goûté les qualités diverses des tireurs et l’on a applaudi sans réserve aux passes brillantes de MM. Simon, Ragot, David, Giraud, Ranc, Farjon, Pouzergue, Chambal et Delas. Très remarqué l’assaut de sabre entre Daniel et Granier. Le succès de tous ces tireurs réellement distingués eût élé plus grand encore si l’effet des lames n’eût été contrarié par l’éloignement des spectateurs et par le jeu des lumières. La boxe a débuté par un assaut de chausson entre MM. Gauthier, professeur, et Olive, professeur. Un assaut très attendu était celui entre MM. Balagué, adjudant au 55e à Aix etM. Michel, professeur-adjoint à la Société «La Boxe Française M. Balagué, supérieurement bâti, avait pour lui les avantages sérieux de la taille et de la force musculaire. M. A. Michel lui a opposé les seuls moyens tirés d’une méthode supérieure et d’une science très avancée, il a eu raison de son vigoureux adversaire après une série d’attaques où son mérite a pu nettement s’affirmer. A noter spécialement un coup de poing de figure sur une esquive bien dessinée et très classique chassé-croisé au corps. M. Vincent, médaillé de Joinville, a eu ensuite la difficile mission de boxer avec Gastérès de Paris. Il s’en est tiré aussi bien qu’il était possible de l’espéreravec un adversaire aussi redoutable. Son énergie, son endurance, sa ténacité lui ont valu de sincères applaudissements. L’assaut suivant, annoncé entre Gharlemont, le 1er champion du monde, et L. Allard, directeur de La RoxeFrançaise est accueilli par de longues acclamations. On est avide de voir aux prises le Maître et son brillant élève le continuateur de sa méthode. Cet assaut, particulièrement intéressant pour les initiés, a été comme une exposition pratique des ressources étonnantes de cet Ecole. Rudement mené par son concurrent qui ne l’a pas ménagé un instant, M. Allard a démontré d’une façon saisissante ce que peut donner de résultats surprenants une science profonde au service d’une très grande énergie. Dans le public sélect, on commentait beaucoup la tenue élégante et la grâce charmeuse dudistingué directeur de La Boxe Française M. P. Franceschi, professeur-adjoint à la même Société, s’est ensuite mesuré avec M. Gauthier, professeur aux Amis des Arts. M. Gauthier, qui semble avoir gagné de ses contacts fréquents avec les tireurs de la nouvelle Ecole a réussi quelques coups empruntés à cette dernière dont la supériorité s’affirme ainsi de toutes façons. Mais M. Franceschi, très en progrès, a conquis facilement l’avantage sur son adversaire plein de bonne volonté et dont la défaite honorable a été atténuée par de courtois bravos. Deux tournois de lu tte romaine ont apporté une intéressante diversion au spectacle. Le premier, entre M. Pierre Boyer, le savant professeur, et M. Rubat, un amateur de talent, a permis d’apprécier l’habileté et la vigueur peu commune des deux champions. Le deuxième assaut a mis aux prises M. Robinet, le talentueux professionnel bien connu, et M. G., notre sympathique ami du Gymnast-Glub. Cette rencontre était rendue particulièrement intéressante par la vigueur peu commune et les qualités extraordinaires des deux lutteurs qui se sont véritablement surpassés Des applaudissements chaleureux ont salué l’incertitude de la victoire également et vainement disputée par ces redoutables tireurs. Les membres distingués du Gymnast-Glub ont ensuite tenu l’assistance sous le charme de leurs étonnants exercices. On neleur a pas ménagé les applaudissements. Le clou de la soirée était le grand assaut de boxe entre Charlemont et Castérès,les deux célèbres tireurs parisiens. Dire ce qu’a été cette rencontre homérique, ce qu’ont déployé de science profonde, de qualités personnelles, de puissance incomparable les deux champions en présence, exigerait des développements que ne comporte pas le cadre restreint d’un simple compte rendu. Durant vingt longues minutes, les deux tireurs se sont dépensés en des phases d’une technique impeccable, d’un brio étourdissant, d’un effet réellement empoignant. Le public, tout entier suspendu à l’imprévu émouvant des attaques audacieuses, des ripostes d’une sûreté et d’une violence inouïes, des coups d’arrêt foudroyants, des problèmes, des combinaisons dont la profonde clarté se révélait aux yeux les moins exercés, le public se tenait haletant, hypnotisé dans l’attente de quelque tragique dénouement. Et ce fut, devant la supériorité incontestable de Gharlemont, une explosion de bravos enthousiastes, de frénétiques applaudissements de toute une salle en délire, une véritable ovation faite aux deux incomparables tireurs, bien dignes du titre de premiers champions du monde. Nous devons une mention toute spéciale à M. Louis Allard, pour sa démonstration pratique de la méthode, dialoguée, avec un art parfait à l’aide de son brillan t élève M. A. Michel. Cette partie, très goûtée de l’assistance, a obtenu d’unanimes bravos. Nous n’aurions garde d’oublier les disciples de Saint-Hubert de Provence dans leurs carillons intéressants au plus haut point, ainsi que l’admirable musique du 1 41e et spécialement M. Thomas, son très habile directeur. En résumé, soirée parfaite, tentative heureuse de décentralisation sportive dont le principal mérite appartient à ses dévoués organisateurs, MM. Gavallier, président Samat, Viannay, Vin* cent, Adnot, Saunier et F. Capon, à qui doivent être adressées des félicitations bien sincères. Remarqué dans la salle Phocas, Lombard, des Nalles de Brétigny, Vagliano, Vuccina, Maison, général Canonge accompagné de son Etat-Major, Alzial, Muller, de la Fresnaye Cadenel, comte Castelras, de Mercys, cap. de vaisseau, Bazin, lieutenant de vaisseau, Bardac, de Paris, Drs Pantaloni, Ménécier, Bastide, Rabattu et Michel, Chabran,de Roux, Bertrand, Maurin de Tervisse, Lop, Bourrageas, Samat, Desnoyes d’Arcourt, L. de Montréal, R. Silhol, etc., etc. H. Amator. Midi- Sport, 4 mai 1898. TRIBUNE LIBRE UNE LETTRE DE CASTERES Nous recevons la lettre suivante Cher Monsieur Lafitte, Je Iis dans votre estimé journal, à la date du 4, dans la Vie Sportive un articleintitulé Charlemont et Castérès à Marseille.» J’y relève la phrase suivante L’assaut Charlemont-Cas-térès, attendu avec impatience, a émerveillélesassistants. Charlemont esttoujours Je maître incomparable que l’on connaît; Castérès, avec la grâce qui le caractérise, a fait bonne contenance. Sans avoir à vous plaider ma propre cause, ce qui n’est guère dans mes habitudes, je ne puis m’empêcher de relever cette dernière phrase. Cette appréciation inexacte paraissant six jours après l’assaut, — ce qui me fait douter qu’il soit de l’information, et je relève que la signature n’est pas celle d'un de vos collaborateurs sportifs, ce qui memeten éveil, car Ton me fait jouer le rôled’un trop complaisant comparse, — est de nature à nuire à mes intérêts, car je suis, comme M. Charlemont, professeur de boxe et directeur d’une salle à Paris. Je n’ai pas à discuter si j’ai eu ou non l’avantage dans un assaut, mais j’ai l’habitude de faire mieux que bonne contenance devant mes adversaires. Confiant en votre loyauté et bonne foi, j’espère que vous voudrez bien insérer cette petite protestation. Veuillez agréer mes salutations les plus empressées. Castérès. La Presse, 7 mai 1898. Nous recevons de M. Castérès la lettre suivante Monsieur le directeur du Midi-Sport, Je lis dans le Midi-Sport un article Charlemontà Marseille. Jusqu’à ce jour, il m’a toujours répugné de répondre aux petites insinuations malveillantes me concernant; mais, devant le parti-pris je proteste énergiquement sur la supériorité incontestable dont aurait fait preuve M. Charlemont dans notre assaut, supériorité que j’aurais été le premier à constater si elle eût existé. A Paris, les journaux sportifs ont l’habitude de nous traiter sur le même pied d’égalité, tout en laissant les préférences de chacun et ne donnant pas la supériorité surtout à celui qui ne l’a pas. Cette question de boutique pouvant être de nature à nuire considérablement à ma salle et à mes intérêts, voilà, Monsieur le Directeur, pourquoi je me permets de vous demander de vouloir bien insérer ma protestation. Ayant confiance dans votre bonne foi et votre loyauté, j’espère que vous voudrez bien me donner cette petite satisfaction. Veuillez agréer, Monsieur, mes sincères salutations. V. Castérès. La courtoisie nous faisait un devoir d’insérer cette lettre la vérité nous oblige à dire qu’elle est faite pour nous surprendre. Nous n’aurions jamais pensé qu’après les termes élogieux dé notre compte-rendu on pût découvrir la moindre intention de nuire dans une appréciation qui nous a paru exacte et qui, d’ailleurs, était exempte de tout parti pris. M. Gastérès se pique de la supériorité incontestable de Charlemont; nous n’en voyons pas Futilité. Il s’agissait, en l’espèee, non pas d’établir la suprématie de l’un des deux champions sur l’autre, mais d’analyser simplement l’assaut auquel nous avons assisté. Or, il nous a paru que, dans cet assaut, l’avantage réel devait être attribué à Charlemont. Cela n’enlève rien du talent de son adversaire, talent sur lequel nous nous sommes étendus à plusieurs reprises. En ce qui concerne le mérite de notre appréciation qui n’aurait que la valeur d’une opinion personnelle si, dans la circonstance, elle n’avait été l’opinion de tout le public des initiés, nous l’avons édifiée sur le jugement des moyens mis en œuvre par les deux tireurs dans cet assaut particulier, sur les péripéties de la lutte engagée et sur les résultats qui nous ont paru acquis. C’est ainsi qu’on a constaté, par exemple, que M. Castérès ne s’arrêtait pas toujours sur un coup touché, ce qui semblait de nature à dissimuler les avantages de son adversaire. C’est ainsi, encore, que l’on a remarqué avec attention, entre autres coups heureux de Charlemont, trois prises de tête très réussies (collier de force) qui ont paru classer ce dernier en vainqueur du tournoi. Mais cela, c’est la fortune des armes qui sert ou trahit les plus distingués et qui ne saurait amoindrir la valeur totale de chaque tireur. Nous n’avons jamais voulu dire autre chose, même à certains officieux trop zélés qui bourdonnent aux oreilles complaisantes du jeune maître, et semblent prendre plaisir à fomenter une stérile et sotte rivalité entre les deux premiers champions du monde, tireurs de même école dont l’un devra toujours se réclamer du mérite incontestable de l’autre. Il est regrettable que des questions de boutique ainsi que dit M. Castérès, viennent fatalement se glisser dans les spéculations théoriques de l’art et porter atteinte à son prestige, au grand détriment du progrès que l’on s’efforce d’atteindre en des élans prodigieux et que, inconsidérément, l’on éloigne et repousse en des accè& de puérile humeur. Midi-Sport, 11 mai 1898. H. Amator. Il nous semble que voilà une réponse qui, pour être juste, logique, n’en est pas moins une leçon de savoir-vivre donnée à l’auteur de la protestation ci-dessus. Nous avons eu pour maître le célèbre Louis Vigneron, et quoique au vu et au su des amateurs de cette époque (beaucoup existent encore), nous eussions pu le toucher plus souvent qu’il n’eût pu le faire vis-à-vis de nous, nous n’avons jamais eu la naïveté, l’outrecuidance de protester contre les comptesrendus qui lui donnaient la supériorité sur nous. C’est une question de tact. On peut voir, dans le cours de cet ouvrage, un compte-rendu du 17 décembre 1867, dans lequel la supériorité est donnée à Louis Vigneron, et, où il n’y a pas trace de protestation de notre part. Nous avons toujours eu pour règle de conduite de laisser dire et faire, ne cherchant à convaincre que par notre travail c’est la meilleure preuve. Au bénéfice de ses prévôts MM. Mainguet et Chabrier, A l’Académie de boxe, 24, Rue des Martyrs. MM. Dandieu, professeur, Vidal, moniteur, école de Joinville. Goldschmidt, amateur, Roseaux, amateur. Taine, lieut. instruct. Ecole de Joinville, Foréau, amateur (canne). Blau, amateur, Gros, moniteur, Ecole de Joinville. Randon, amateur, Stockdale, régiment d’Essey (boxe anglaise). Dunet, amateur, Chabrier, professeur, académie de boxe. INTERMÈDE M. Bonnes, exercices de force. MM. Landowski, amateur, Vidal, professeur. Fonst, amateur, Goldschmidt, amateur. Charlemont fils, Vignes, moniteur. Ecole de Joinville. Foréau, amateur, Loriot, amateur. Mainguet, professeur, Académie de boxe, Antoine, professeur. Taine, lieut. instruct. Ecole de Joinville, Charlemont fils (canne). LA BOXE FBANÇAISE BOXE l’assaut des prévôts Les prévôts Chabrier et Mainguet nous ont conviés hier soir à une attrayante soirée de boxe, donnée à l’Académie de boxe, rue des Martyrs. Le programme, dont certains numéros ont été parfaitement intéressants, était quelque peu chargé; il aurait gagné à être allégé de jeux sans grande valeur. c< Dans la première partie Charbonnel (moniteur à Joinville) a, plus lourd et plus actif, décontenancé en boxe française Dandieu, amateur, qui a réussi à prendre la belle par un arrêt. Le lieutenant Taine, très souple, a fait, en un assaut de canne, jeu égal avec Foréau, amateur; Blau, un amateur de poids, a, malgré sa corpulence allègrement portée, mis à l’ouvrage le brave sergent Nos, de l'Ecole de Joinville. Je passe sur l’assaut de boxe française entre les jeunes amateurs Goldschmidt et Roseaux, Goldschmit et Fonst laissés bien trop longtemps sur la planche, pour en arriver à la partie de boxe anglaise entre Randon, amateur, et Stockdale, du régiment d’Essex. Trois reprises de deux minutes. Dès le début les adversaires tirent dur, et Randon, plus lourd, semble le premier se fatiguer, contraint qu’ilest, pourdéjouer le jeu long de Stockdale, d’engager de rudes corps à corps. Dans la seconde reprise, Randon, très énergique et très résistant, prend l’avantage, et dans la reprise finale domine tout à faitson adversaire complètement désemparé. Cet assaut a été plus violent que scientifique. Deuxième partie Dunet, amateur, a tiré en boxe française contre l’excellent professeur Chabrier. La rencontre n’a pas donné ce qu’on en attendait. Il a paru que les deux adversaires redoutaient de se livrer et Chabrier, d’ordinaire si brillant, n’a pas osé le beau grand jeu dont il a fait preuve en tant d’autres circonstances. Chabrier a, malgré tout, gardé Davantage. Dunet a pris la belle. Charbonnel, moniteur à Joinville, aété,dansun second assaut de boxe française, avec M. Landowski, bien inférieur à lui-même. Il a été tout baba devant la jambe sans cesse levée de Landowski qui d’ailleurs a bien mieux tiré que de coutume. Cet amateur, dont les dispositions sont excellentes, s'est enfin décidé à tenter l’exécution de ses coups au lieu de les dessiner. Quel avantage pour Landowski. Charlemont a fait la vie dure à son adversaire Vignes, moniteur à Joinville, qui n’â rien essayé et s’est contenté de chercher à esquiver les touches. Charlemont a exécuté tous les coups possibles, de la cheville à la tête, avec aisance et précision. Assaut insignifiant entre les amateurs Loriot et Foréau dont le jeu a manqué de précision dans le coup de passe et dans le coup de pied. La partie vraiment sensationnelle a été l’assaut de boxe française entre Antoine, le jeune prévôt de Castérès et Mainguet, prévôt à l’Académie de boxe. Rarement les amateurs ont eu l’occasion d’assister aune aussi jolie lutte. Antoine, qui commence à s’habituer aux assauts publics, a fort bien tiré. Son adversaire Mainguet a eu l'avantage il a mis notamment à son actif trois revers splendides. Des deux côtés jeu précis, savant et exempt de cafouillages. L’assistance les a acclamés. C’était justice. La soirée s’ëst terminée par une partie de canne entre Charlemont et le lieutenant Taine, partie dans laquelle Charlemont a littéralement joué avec son adversaire. BOXE La fête de boxe donnée hier soir à la salle Castérès, rue Nouvelle, par le Boxing-Club de Paris, a été superbe. Les assauts ont été remarquables, tous sans distinction, et l’assistance très nombreuse — et dans laquelle nombre de jolies femmes — a, par ses applaudissements et ses acclamations, montré l’intérêt et le plaisir qu’elle a pris aux différentes luttes. D'une façon générale, la soirée a été un triomphe complët pour le professeur Gastérès. Ses élèves ont, par leur belle contenance, fait un éloge public de son merveilleux enseignement. Castérès a d’ailleurs, parla répétition théorique et pratique de boxe française faite avec le jeune Tampier, son élève, donné une démonstration éclatante de l’excellence de sa méthode. M. Lacour, dont le style est remarquable et qui fait parfaitement, a exécuté contre M. Collard, qui n’a pas trop l’habitude de l’assaut, une splendide série de coups de pied et de coups de poing. Tl a eu l’avantage et la belle. Partie très fine entre M. Joyeux et M. Lefebvre, dont c’était le début. M. Lefebvre promet un tireur d’avenir. Un léger avantage à M. Joyeux. Le Joinvi liais Vignes a tiré avec une belle ardeur et avec succès contre M. Du net dont le jeu a été moins précis que de coutume. Quelques engagements un peu confus. L’avantage à Vignes, et la belle à Dunet. Le jeuneTampier, déjà nommé, a reparu sur la planche contrele jeune Dubonnet. Les deux bambins ont fait comme des vétérans. Ils ont eu les honneurs du rappel. L’avantage à Tampier. Flori, moniteur à Joinville, et Antoine, prévôt de chez Castérès, ont conduit un magnifique assaut. Flori très élégant, très savant, et dans un de ses bons jours, a exécuté un jeu très varié, coups de pied et coups de poing. Antoine, un peu long à se mettre en action, lui a fait d’excellentes reparties sur la fin. L’avantage et la belle à Flori. Castérès, le maître de céans, a eu pour adversaire le vaillant et infatigable Gros, moniteur à Joinville. ((Les spectateurs, absolument emballés par les exploits du jeune Tampier, ont fait une ovation au professeur et à son élève. Au surplus les tireurs dans ces différents assauts ont été bissés. Sans contredit nous avons assisté hier à la plus belle soirée de boxe de l’année. Ceci dit, je passe au compte rendu de la fête. Un seul assaut de boxe anglaise qui a mis aux prises M. Levai lois, président du Boxing-Club, et notre collaborateur F. Rei- chel. Trois reprises, conduites durement et vite, et au cours desquelles les deux adversaires se sont décoché avec science et générosité de vigoureux coups de poing. Jeu sensiblement égal. Passons à la boxe française; M. Didier, un jeune amateur qui fait très bien, a eu l’avantage sur M. Boyard, adversaire un peu timide. M. Robert, un boxeur d’avenir, doué de moyens supérieurs et d’une vigueur peu commune, a pris le meilleur sur M. Harracca, au jeu un peu court, mais qui a réussi sur la fin, en se remuant un peu, à s’assurer la belle. Gros a eu le peu mince honneur de toucher à diverses reprises le merveilleux Castérès. Castérès a exécuté des chassés étonnants de vitesse et des coups de pied de revers prodigieux. L’avantage et la belle à Castérès, naturellement. Le dernier assaut de la soirée a été pour Loustalot, professeur à l’Ecole impériale de Saint-Pétersbourg, l’occasion d’un succès assez facile. Son adversaire Vidal, prévôt chez Rue, pourrait bien faire s’il ne se contentait pas de dessiner ses coups. Qu’il ose davantage et ses assauts y gagneront. La fête s’est terminée par une intéressante partie de canne entre Castérès, infatigable, et M. Monbiot amateur, qui, quoique amateur redoutable dans l’art de manier le gourdin, a reçu plus de coups qu’il n’en a donné. PONTCHARTRAIN. )) L’assaut intime que donnait hier le Boxing-Club chez l’excellent maître Castérès a obtenu un franc succès. La prémière partie comprenait les assauts suivants: M. Didier contre M. Boyard ces deux jeunes amateurs ont gentiment tiré, le premier a eu nettement l’avantage. M. Robert, un amateur qui promet, car il n’a que six mois de salle, a fort bien fait contre M. Harracca. Assaut assez bon entre M. Lacour, en belle forme et M. Collard qui a résisté de son mieux. Jeu très fin et très varié entre MM. Joyeux et Lefebvre. L’avantage est resté au premier, mais M. Lefebvre nous a plu infiniment et a réussi de fort jolis coups. Dur sans être brutal, sec sans être violent, animé sans être heurté, l’assaut de boxe anglaise entre MM. Levallois et F. Reichel a été des plus intéressants et les deux adversaires ont droit à d’égales félicitations. Gros succès, très gros succès pour le jeune Tampier et son maître M. Castérès, dans leur répétition théorique et pratique de la boxe française; la salle croulait sous les applaudissements et... c’était justice, comme on dit en robinisme a La dernière partie débutait par un assaut entre MM. Durot et Vignes le dernier a eu l’avantage, Durot ayant été moins bon qu’en ses derniers assauts. Le petit Tampier, très en progrès, a eu l’avantage sur son petit ami Dubonnet l’un et l’autre de ces deux comingmen ont d’excellents moyens et seront de fameux boxeurs. Flori et Antoine ont eu un bel assaut, très varié et très mouvementé le premier a eu un léger avantage et a pris la belle. a Castérès a joué avec le sergent Gros, plein de bonne humeur, comme (oujours. Le maître a été étourdissant. «Assaut faiblard, entre Loustalot, retour de Saint-Pétersbourg, et qui va passer quatre mois de congé parmi nous, et Vidal du Cercle de l’Escrime Française. Une longue série de coups d’arrêt bien réussis par Loustalot, la belle prise par un bon coup de poing de figure, et c’est tout. Avec un autre adversaire, Loustalot eût peut-être fait mieux. «Un assaut de canne terminait la séance Castérès a eu un gros avantage sur Monbiot. «Beaucoup de monde la petite salle débordait, et gros succès pour le Boxing-Club de France. Grandlouis. Journal des sports, 25 mai 4 898. GRAND ASSAUT INTERNATIONAL DE BOXE A GENÈVE C’est une chose à voir, ce match, où viendront se mesurer les plus redoutables champions de la boxe. Aussi la vaste salle du Bâtimentélectoral sera-t-elle vraisemblablement bien garnie, ce soirlà, à moins qu’à Genève et aux environs on ne reste absolument indifférent à ces tournois aussi passionnants pour tous, qu’instructifs pour la jeunesse qui apprend en assistant aux passes si rapides d’un Charlemont, ou aux bonds élégants d’A ttfield à admirer et à aimer ce sport, le premier peut-être entre tous, au point de vue de la santé. Car, il n’y a pas à s’en dédire, mieux que tout autre exercice, la boxe développe les jambes, les bras, la poitrine du malingre aussi bien que le fleuret ou l’épée de terrain, elle apprend la rapidité dans les mouvements et donne de l’élégance au maintien, de la virilité à l’allure. Enfin la boxe est le moins dangereux de tous les enseignements. Un œil au beurre noir pendant quatre ou cinq jours, voilà tout ce que peuvent risquer des élèves luttant entre eux et laissant la fougue de la jeunesse. Ces avantages réels, que nul ne contestera, expliqueraient peut-être le goût inné de la race anglo-saxonne, gens pratiques jusque dans leurs amusements, — pour la boxe, ainsi que la ferveur, toujours croissante, avec laquelle elle est pratiquée à Paris, grâce aux professeurs Charlemont père etfils, Castérès et Albert, et — on peut le dire carrément sans pour cela risquer d’être accusé de réclame puérile, par quelque esprit chagrin — à Genève, parM. Pierre Vigny. C’est, en effet, à cedernier qui fittriompher le fanion genevois dans maint grand assaut, soit à Paris, soit ailleurs, que revient l’honneur d’avoir relevé l’enseignement de la boxe à Genève et d’avoir su, en un espace de temps fort court, créer une phalange d’élèves redoutables qui ne feraient certes pas mauvaise figure en face des habitués des salles de Paris et de Nous devons également à son esprit d’initiative, à son optimisme brave, à la solidité de ses relations et à la considération qu’il a su inspirer aux professeurs les plus célèbres la satisfaction d’assister à un tournoi aussi sensationnel qu’exceptionnel et de pouvoir répéter, sans craindre d’être démenti, que Genève est la première ville, après Paris et Londres, qui aura vu, dans une seule soirée, en présence Charlemont, le premier boxeur de France, Castérès, son rival..... On nepeutrêver de programme plus complet, plusséduisanl. Et même pour le blasé, pour qui la mariée est toujours trop belle, il y a une source dejouissances rien qu’a suivre du regard la foule qui, le cou tendu, veut savoir quel sera le vainqueur, car on a beau être cuirassé contre les émotions de ce genre, une fois que l’assaut bat son plein, on regarde, on approuve, on blâme, on frissonne, on parie, tout comme le premier néophyte venu. Une dépêche annonce que M. Charlemont, le célèbre champion, arrivera ce matin. Le Genevois, 27 mai 1898. Samedi soir, au Bâtiment électoral, assemblée très nombreuse pourassisteràTassautinternational deboxe, organisépar M. Pierre Vigny, professeur d’escrime et de boxe de notre ville. — La salle était intelligemment arrangée pour la circonstance, une estrade aux couleurs genevoises élevée au centre de la salle, permettaitde bien voir les professionnels et amateurs convoqués pour cette solennité. — Les poings les plus solides et les« pieds les plus agiles, de même que de bonnes lames avaient été appelés de France, d’Angleterre et de Belgique par M. Vigny. Mentionnons pour la boxe MM. Charlemont (Paris), Castérès (Paris), Albert (Paris), Michel (Marseille), Attfied (Londres, Févet (Bruxelles); pour le fleuret et l’épée: MM. Delwarde (Lyon), Oudenot (Lyon), Desprez (Vevey). Rien n’avait été négligépour donner à cette fête, point banale chez nous, tout l’attrait désirable. De nombreuses dames en toilettes claires donnaient à la salle une note fraîche etgracieuse. L’Union instrumentale genevoise a ouvert la séance par ûn pas redoublé de Meuzel, En avant, et, durant toute la soirée, elle s’est fait entendre et applaudir chaudement dans plusieurs morceaux bien enlevés. M. Vigny présente plusieurs deses élèves MM. Ad. Perrelef, Albert, Merminod et Bizot. Ils ont tous fait honneur à leur professeur par leurs qualités de bonne tenue et de rapidité dans la riposte. L’attente se portait tout naturellement sur les champions annoncés et personne n’a été déçu. Le premier assaut de boxe française entre MM. Charlemont et Vigny a été en tous points très réussi. Souplesse, bonne forme, agilité, élégance, ont été déployées dans cet assaut remarquable qui a obtenu des applaudissements prolongés, et c’est justice. En second lieu, signalons la lutte très vive entre MM. Castérès et Vigny. Belles qualités de tenue, beaux coups également, mais toutefois cet engagement n’atteint pas la perfection du précédent. MM. Attfield (Anglais) et Fiévet (Belge) se mesurent dans la boxe anglaise. Lutte très serrée oii les coups de poing tombent comme grêle. Le public a pris grand plaisir à cet assaut. MM. Albert (de Paris) et Michel (de Marseille) nous donnent encore un assautdeboxefrançaisequi remporte aussi unvifsuccès. Pour terminer les assauts de boxe, MM. Vigny et Attfied échangent dans la boxe anglaise une pluie de horions. Engagement démontrant l’habileté, la rapidité d’exécution et l’endurance des deux partenaires. Très intéressante lutte. A côté de la boxe, nous avons également à mentionner les beaux assauts au fleuret et à l’épée de MM. Delwarde, Oudenotet Desprez. Ces tireurs se sont fait vivement applaudir pour leur style souple et élégant. Comme on le voit, M. Vigny s’est présenté dans deux assauts deboxe française et un de boxe anglaise en outre, dans une production de canne. Il a montré quelle résistance il était capable de montrer. Il a droit, pour sa belle soirée, àtous les éloges pour les émouvants instants qu’il a fait passer à son public, et nous le remercions de nous avoir présenté des boxeurs et tireurs d’élite. D. Le Journal de Genève, 30 mai 1898. Nous avons constaté dans notre numérode dimanche le succès de la soirée sportive donnée, au Bâtiment électoral, par M. Pierre Vigny. La soirée a été ouverte par un assaut de boxe française entre MM. Mermillod et Albert, tousles deux de Genève. Passes fort intéressantes; noté quelques jolis coups de pied et quelques vigoureux coups de poing. Cependant l’ardeur déployée par les deux adversaires a quelque peu nui à la correction de leur jeu et de fréquents corps à corps se sont produits. Un assaut au fleuret entre MM. Oudenot, de Lyon, et Delwarde, également de Lyon, a été très remarqué; mur irréprochable, tenue et jeu extra corrects. M". Pierre Vigny a paru ensuitedans une production de canne, avec sa virtuosité habituelle. La première partie du programme a été terminée par un assaut de boxe française entre MM. Charlemont, de Paris, et Pierre Vigny. L’arrivée des deux boxeurs sur l’estrade a été lrès applaudie. M. Charlemont, qui attaque avec une rapidité et une habileté extraordinaires, porte à M. Vigny deux coups de pied de figure que celui-ci ne peut parer. Mais le champion suisse, un moment décontenancé, reprend peu à peu son assurance et riposte avec beaucoup de vigueur et d’entrain. En résumé, très bel assaut, qui est le clou de la soirée et qui justifie la réputation du champion parisien. La deuxième partie est ouverte par un assaut de boxe anglaise entre MM. Attfield, champion anglais, et Fiévet, de Bruxelles les passes sont plutôt molles et ne présentent par beaucoup d’intérêt. MM. Albert, de Paris, et Michel, de Marseille, dans un assaut de boxe françaisé, sont vivement applaudis. MM. Desprez, de Vevey, et Delwarde, de Lyon, leur succèdent dans un assaut de fleuret. Pour terminer la deuxième partie: un assaut deboxe française entre MM. Castérès, de Paris, et Pierre Vigny. Le redoutable champion français a fort à faire pourparer les nombreux coupsde figure très adroitement portés par son adversaire. Les coups de pied de M. Castérès sont brillamment détachés. La troisième partie débute par un assaut de boxe française entre MM. Albert, de Genève, et Michel, de Marseille. L’épée de combat est fort bien maniée, et par M. Desprez, de Vevey, et par M. Oudenot, de Lyon; le premier, très vif, le second, très élégant et très correct. Avec MM. Bizot et Merminod, l’épée est remplacée parla boxe française. Ensuite, on applaudit M. Albert, de Paris, et Perrelet, de Genève (boxe française) quelques vifs engagements, beaucoup de vigueur de part et d’autre. (( Enfin, pour terminer MM. Attfield, champion anglais et M. Pierre Vigny. Cet assaut de boxe anglaise était impatiemment attendu. M. Vigny résiste avec énergie aux attaques de son adversaire. Les deux boxeurs s’échauffent et se portent de formidables coups de poing. Les passes vivement menées provoquent de longs applaudissements. Nous espérons que cet indiscutable succès encouragera M. Pierre Vigny à nous procurer encore quelques soirées semblables à celle de samedi. NOTE EXPLICATIVE PUBLIÉE PAR LE BOXING-CLUB DE BRUXELLES concernant le match Fiévet-Legrand Le Boxing-Glub de Bruxelles, ayant eu connaissance de comptes rendus inexacts d’une rencontre qui avait eu lieu au Cirque d’Eté entre un de ses membres, M. Fiévet, et M. Legrand de Paris, décida de défier immédiatement ce dernier, en un match amical, afin de trancher la question de suprématie entre les deux boxeurs. Cette question était d’autant plus importante à nos yeux que les comptes rendus avaient publié sur le poids de M. Fiévet et sur le poids de ses gants des données absolument inexactes. Le défi fut lancé par nous le 15 mars et immédiatement relevé par M. Legrand. Après un échange de correspondance assez long, nous décidâmes d’accepter toutes les conditions posées par M. Legrand, et voici résumées les conditions de la rencontre telles qu’elles sont fixées par notre lettre du 29 mars: 1° La rencontre aura lieu le 10 juillet à Paris, dans une salle avec ring établi suivant les règlements anglais (3m65 de côté). 2° Quatre reprises de 2 minutes avec 1 minute d’intervalle. — Points à compter comme dans les championnats anglais., — Deux juges à fournir par chaque partie. — Un arbitre suprême à nommer par les deux parties. 3° Enjeu L’honneur. Nous avions proposé, en même temps, que chaque partie dépose (en faveur des pauvres) un forfait de 500 francs entre les mains du Directeur du Vélo mais M. Legrand s’étant énergiquement refusé à donner cette garantie, malgré nos demandes réitérées du 29 mars, des 9, 18 et 26 avril, nous décidâmes de ne pas insister, et de nous en remettre à la déclaration de M. Legrand qu’il avait le plus vif désir de réaliser le match. Pour la question de l’arbitre suprême, par un sentiment de courtoisie vis-à-vis de M. Legrand, nous proposâmes à celui-ci dans notre lettre du 9 mai à M. F. Reichel, qui avait bien voulu être notre intermédiaire dans toute cette affaire, le choix entre les deux professeurs parisiens MM. Gastérès et Charlemont, déclarant nous rallier à ce choix. — M. Reichel ne répondit pas, mais nous apprîmes six semaines après, par le Vélo, que M. Legrand avait choisi M. Gastérès, choix auquel nous nous sommes naturellement ralliés. Tout était donc en ordre, et M. Fiévet s’entraînait pour ce match, qui avait soulevé beaucoup d’émotion dans le monde sportif belge, et pour lequel un grand nombre de membres du Boxing- Glub de Bruxelles se disposaient à faire le voyage deParis, quand, à notre grande stupéfaction, nous lûmes dans le Vélo et le Journal des Sports que M. Legrand s’était arrangé avec M. Desgranges, Directeur du Vélodrome d’Auteuil, pour que le match ait lieu au milieu de la pelouse. — Inutile de dire que M. Fiévet s’est refusé à cette exhibition, qui était absolument contraire aux stipulations convenues depuis trois mois. — En premier lieu une telle exhibition ne peutêtre du goût d’un amateur, et ensuite en cas de pluie, le combat est rendu difficile, sinon impossible. Nous en informâmes immédiatement, le 23 juin, M. Reichelet M. Legrand. — M. Reichel, dans un article paru le 26 juin dans le Vélo, admit la justesse de notre réclamation et déclara que M. Legrand avait fait cet arrangement sans le consulter. — Nous pensions donc que M. Legrand ne s’obstinerait pas dans une décision qu’il n’avait du reste pas le moindre droit d prendre, quand nous reçûmes,le 1er juillet, un télégramme nous laissant 14 heures pour nous décider et nous disant que si pour le lendemain matin nous n’avions pas accepté le Vélodrome comme lieu de la rencontre il considérait le match comme nul. Nous laissons au public le soin d’apprécier cette attitude. Nous eûmes beau déclarera M. Legrand qu’il n’avait pas le droit de changer le dispositif de la rencontre, que des salles à Paris, entr’autres celles de MM. Charlemont et Gastérès, étaient à titre gracieux entièrement à la disposition des matcheurs avec installation complète d’un ring réglementaire, que s’il persistait dans son étrange résolution nous considérions qu’il reculait rien n’y fit, etM. Legrand, à notre grand regret, se trouve avoir accepté la position que nous lui indiquions, c’est-à-dire, d’avoir de propos délibéré esquivé la rencontre projetée. Rien ne l’autorisait à changer une stipulation quelconque du match, et nous ajouterons que rien ne l’y forçait, puisque des salles étaient à notre disposition à Paris. Nous avons fait tout notre possible pour que le match ait lieu car cette rencontre était attendue avec un puissant intérêt par tous les vrais sportsmen de Belgique et de France nous avons accepté, lors de la conclusion du match, toutes les conditions de M. Legrand, mais nous ne pouvons admettre que celui-ci vienne de son chef seul changer une stipulation importante de la rencontre, d’autant plus, nous le répétons, qu’au milieu de la saison pluvieuse que l’on traversait, un match en plein air offrait des dangers. Nous ne regrettons qu’une chose, c’est de ne pas avoir insisté au début sur la clause du forfait de 500 fr. à déposer par chaque partie (en faveur des indigents), clause que M. Legrand a absolument refusé d’accepter. Nous avons cru utile de publier cet exposé par la raison que nos différentes lettres à M. Reichel n’ont pas paru dans le Vélo et nous tenons à ce que nos amis de Belgique et de France sachent exactement à qui revient la responsabilité d’avoir fait échouer le match. Au nom du Boxing-Club de Bruxelles Le Secrétaire, Le Président, Oscar Grégoire. Henri Pleuser. Bruxelles le 18 juillet 1898. BOXE a Le match Lambert-Vigny. — L’assaut-match entre Pierre- Vigny et Gorges Lambert s’est donné à Genève, devant une salle d’amateurs triés sur le volet. Gomme on le sait, cette rencontre avait ceci de sensationnel qu’un des deux adversaires devait rester à terre. «Les reprises, au nombre de dix-sept, étaient de trois minutes et séparées par un repos d’une minute. Le combat, terrible, acharné, violent, mais plein de correction, n’a pas duré moins de une heure dix minutes. Les deux adversaires se montrèrent, pendant ce laps de temps, dignes l’un de l’autre par leur science, leur force et leur admirable endurance des coups, frappés de toute la violence possible. Couverts de sueur et de sang, mais cependant en parfaite condition, les deux boxeurs auraient, sans doute, continué longtemps encore ce terrible combat si, à latin de la dix-septième reprise, M. Pierre Vigny, qui souffrait de la jambe, qu’il s’est luxée il y à quelque temps, n’avait posé le pied à faux son genou se démettant immédiatement, le docteur Zoppino le déclara dans un état notoire d’infériorité et arrêta le combat. M. Lambert s’est alors avancé vers M. Vigny, qui s’est soulevé sur sa chaise, et, lui donnant l’accolade plusieurs fois, lui dit tout haut, en lui serrant la main, que tout défi était tranché à jamais, car il ne pouvait exister qu’une solide amitié entre les deux hommes qui venaient de donner ensemble la preuve la plus magnifique de leur courage, de leur science et de leur force et que, désor- mais, ils se trouveraient partout en amis, mais plus jamais en adversaires comme ce soir (sic). Les applaudissements ont alors éclaté, enthousiastes, et chacun, vivement ému, a serré la main des deux champions, qui méritent à tous égards l’admiration et l’estime. «Ils sont, croyons-nous, les héros du premier match de cegenre qui ait eu lieu en Europe et ils laisseront loin derrière eux les légendaires combats des Américains, pas plus terribles, certes, que celui de Genève, mais beaucoup moins corrects, moins académiques et... dirai-je même, plus sauvages. G. Meyland. Le Matin 20 millet 1898. FÊTE DE GYMNASTIQUE DE LA PORTE-SAINT-MARTIN Cyrano lui-même, le grand et brillant Cyrano, n’a jamais attiré plus de monde au théâtre de la Porte-Saint-Martin, que la fête de gymnastique qui s’y est donnée hier, devant une salle comble. La matinée était organisée par l’Association des Sociétés de Gymnastique delà Seine, à l’occasion du XXVe anniversaire de la fondation de l’Union des Sociétés de Gymnastique de France. M. Léon Bourgeois, ministre de l’Instruction publique, devait la présider; les circonstances l’en ayant empêché, il avait délégué M. Gréard, de l’Institut, membre de l’Académie Française, vicerectéur de l’Académie de Paris. M. le Préfet de la Seine devait assisterà la fête les circonstances Ten ayant aussi empêché, il s’était fait remplacer par M. Desenne, chef de son secrétariat. MM. le Président et les membres du Conseil Municipal et du Conseil Général invités, mais n’ayant pu venir, toujours par la faute de ces circonstances vraiment fâcheuses, avaient adressé des lettres d’excuses. Malgréleur absence, lafête aparfaitement réussi. Des discours de remerciements aux autorités invisibles, à M Gréard, à l’assistance considérable, au Théâtre delà Porte-Saint-Martin, et en particulier à M. Goquelin, ont été lus ou improvisés par M. Turin, l'actif président de l’Association de la Seine, et par M. Ch. Cazelet, le dévoué président de l’Union des Sociétés de Gymnastique de