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Origines et liens

L’atlas des arts martiaux

Où chaque art est-il né et comment a-t-il voyagé ? Onze voyages réels racontés comme une bande dessinée d’ombres.

1. De la grue blanche à la main vide

  1. XIX — Okinawa, alors royaume de Ryukyu, avait son propre art de combat, le « te ». Des maîtres comme Higaonna Kanryō allèrent à Fuzhou, au Fujian, étudier la boxe chinoise et la ramenèrent à Naha.
  2. 1922 — Mai 1922 : Gichin Funakoshi présente le karaté lors d’une exposition à Tokyo et reste enseigner au Japon.
  3. 1936 — 25 octobre 1936 : lors d’une réunion de maîtres à Naha, l’écriture 空手, « main vide », est officiellement adoptée.
  4. 2021 — L’art de l’île arrive aux Jeux olympiques : le karaté débute à Tokyo 2020, disputés en 2021.

2. Du Kodokan à Copacabana

  1. 1882 — Tokyo : Kanō Jigorō fonde le Kodokan et crée le judo à partir d’anciennes écoles de jujutsu.
  2. 1914 — Le judoka du Kodokan Mitsuyo Maeda arrive au Brésil en novembre 1914 et s’installe à Belém. En 1917, le jeune Carlos Gracie le voit et devient son élève.
  3. 1925–30 — Les frères Gracie ouvrent une académie à Rio de Janeiro. La date officielle est 1925 ; les journaux de l’époque indiquent 1930.
  4. 1993 — 12 novembre 1993, Denver : à l’UFC 1, Royce Gracie remporte le tournoi et le monde découvre le jiu-jitsu brésilien.

3. De Tokyo à Moscou : la naissance du sambo

  1. 1910s — Vassili Ochtchepkov étudie le judo au Kodokan de Tokyo et obtient la ceinture noire.
  2. 1920–30 — En URSS, Ochtchepkov, Viktor Spiridonov puis Anatoli Kharlampiev créent un système de combat qui mêle le judo aux luttes traditionnelles des peuples soviétiques.
  3. 1938 — 16 novembre 1938 : le Comité des sports de l’URSS reconnaît le sambo, « autodéfense sans armes », comme sport officiel.
  4. 1966 — La fédération internationale de lutte (FILA, aujourd’hui UWW) reconnaît le sambo comme style international.

4. Corée : taekwondo et hapkido

  1. 1945 — La Corée est libérée. Les premiers « kwan » (écoles) ouvrent à Séoul ; beaucoup de fondateurs avaient appris le karaté au Japon. Choi Yong-sul rentre du Japon à Daegu et enseigne un jujutsu lié au Daitō-ryū.
  2. 1955 — Les chefs des kwan commencent à unir leurs écoles ; le nom taekwondo apparaît, lié au général Choi Hong-hi. En 1959, l’art de Choi Yong-sul prend le nom court de hapkido.
  3. 1973 — La World Taekwondo Federation (aujourd’hui World Taekwondo) est fondée à Séoul.
  4. 2000 — Sydney 2000 : le taekwondo devient sport olympique officiel.

5. De Foshan à Los Angeles : le voyage de Bruce Lee

  1. 1949–50 — Ip Man quitte Foshan pour Hong Kong et commence à y enseigner le wing chun.
  2. 1950s — À Hong Kong, le jeune Bruce Lee s’entraîne au wing chun dans l’école d’Ip Man.
  3. 1959 — Bruce Lee s’installe à Seattle. Il enseigne ensuite à Oakland et à Los Angeles.
  4. 1967 — Il nomme son approche jeet kune do, « la voie du poing qui intercepte » : des idées du wing chun, de la boxe et de l’escrime, sans style figé.

6. Du Lancashire à la cage : le catch wrestling

  1. XIX — Dans le nord de l’Angleterre, surtout dans le Lancashire, la lutte « catch-as-catch-can » devient populaire : saisir où l’on peut, gagner par tombé ou par soumission.
  2. 1904 — Le catch-as-catch-can entre aux Jeux olympiques de Saint-Louis ; ses règles amateurs ont donné l’actuelle lutte libre.
  3. 1970s — Karl Gotch enseigne le catch au Japon ; il façonne la lutte « shoot », puis le Pancrase (1993) et le MMA moderne.

7. De Bangkok à Amsterdam : le kickboxing

  1. 1966 — Japon : le promoteur Osamu Noguchi fonde la Kickboxing Association, mêlant muay-thaï et karaté. Le premier gala a lieu à Osaka le 11 avril 1966.
  2. 1978 — Le Néerlandais Jan Plas, élève de Kenji Kurosaki, fonde le Mejiro Gym à Amsterdam. Les Pays-Bas deviennent une puissance du kickboxing.
  3. 1993 — Kazuyoshi Ishii fonde le K-1 au Japon. Des combattants néerlandais comme Ernesto Hoost et Peter Aerts y remportent plusieurs titres mondiaux.

8. De l’Angola à Bahia : la roda de capoeira

  1. XVI–XIX — La traite transporte des millions d’Africains au Brésil, et avec eux des danses et des jeux de combat. Des chercheurs comme T. J. Desch-Obi relient la capoeira à l’engolo du sud de l’Angola ; l’hypothèse reste débattue.
  2. 1890 — Le code pénal de la nouvelle République brésilienne fait de la capoeira un délit.
  3. 1932–41 — Salvador : Mestre Bimba ouvre une école officielle en 1932 (capoeira regional) ; la capoeira est légalisée en 1937 ; en 1941, Mestre Pastinha fonde son école de capoeira Angola.
  4. 2014 — L’UNESCO inscrit la roda de capoeira au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

9. Douze tatamis dans un temple : la voie du judo

  1. 1882 — Mai 1882 : Kanō Jigorō ouvre le Kodokan dans l’Eishō-ji, un temple bouddhiste de Tokyo. Douze tatamis et neuf disciples. Ses racines : les écoles de jujutsu Tenjin Shin'yō-ryū et Kitō-ryū.
  2. 1926 — Les femmes commencent à s’entraîner au Kodokan, d’abord toujours séparées des hommes.
  3. 1964 — Octobre 1964 : le judo entre pour la première fois aux Jeux olympiques, à Tokyo, au Nippon Budokan, construit pour la compétition. Hommes seulement, quatre catégories.
  4. 1964 — La catégorie open, celle sans limite de poids, est remportée par un Néerlandais : Anton Geesink bat Akio Kaminaga. L’art du temple appartient désormais au monde.
  5. 2006 — Le Kodokan décerne à Keiko Fukuda le 9e dan : elle devient la première femme à détenir ce grade dans une organisation de judo reconnue.

10. Chaussons de marin, bottes de Paris : la savate

  1. XIX — Début du XIXe siècle. À Marseille, les marins se battent avec les pieds, car la loi punissait le poing fermé : le « jeu marseillais », appelé plus tard « chausson », d’après les chaussons portés à bord. À Paris, la savate de rue frappe bas, en grosses bottes, et gifle main ouverte.
  2. 1825 — Michel Casseux ouvre la première salle pour une version réglementée : ni coups de tête, ni doigts dans les yeux, ni saisies.
  3. 1838 — Charles Lecour assiste en France au combat de l’Anglais Owen Swift contre Jack Adams et fait un assaut avec Swift. Il s’entraîne à la boxe et unit poings et pieds : la boxe française est née.
  4. 1899 — Charles Charlemont, fils de Joseph Charlemont, élève de Lecour, affronte le boxeur anglais Jerry Driscoll et gagne au huitième round. Les Français parlent d’un coup de pied au corps ; les Anglais, d’un coup sous la ceinture.
  5. 1924 — Jeux olympiques de Paris : la savate figure comme sport de démonstration.

11. Des rizières à l’UNESCO : le pencak silat

  1. trad. — Dans les hautes terres Minangkabau, à Sumatra occidental, le « silek » se combat bas, avec des coups de pied : une garde qui, dit-on, convient au sol glissant des rizières. Dans cette société matrilinéaire, les femmes le pratiquaient aussi.
  2. ~1760 — Java occidental. Selon la tradition, Embah Kahir enseigne pour la première fois en public la penca Cimande, au village de Cimande : un art de courte distance, coudes serrés au corps.
  3. 1948 — « Pencak » (le mot de Java) et « silat » (le mot de Sumatra et du monde malais) sont réunis en un seul nom, et l’IPSI est fondée pour rassembler les styles de l’Indonésie.
  4. 1980 — 11 mars 1980, Jakarta : l’Indonésie, la Malaisie, Singapour et Brunei fondent la PERSILAT, la fédération internationale.
  5. 2018 — Le pencak silat fait ses débuts aux Jeux asiatiques, organisés à Jakarta et Palembang.
  6. 2019 — Décembre 2019 : l’UNESCO inscrit les « Traditions du pencak silat » au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

12. D’une auberge sous la neige à la voie de l’harmonie : l’aïkido

  1. 1915 — Mars, Hokkaido. Morihei Ueshiba, chef d’un village de pionniers, rencontre Takeda Sōkaku, du Daitō-ryū, à l’auberge Hisada d’Engaru. Il abandonne sa mission pour étudier un mois avec lui, puis construit chez lui un dojo pour son maître.
  2. 1920 — Ayabe, près de Kyoto. Ueshiba installe sa famille au siège de l’Ōmoto-kyō. Son chef, Onisaburo Deguchi, en fait l’instructeur d’arts martiaux : on bâtit un dojo, le premier de tous ceux qu’il dirigera.
  3. 1925 — Un officier de marine l’attaque au sabre de bois. À mains nues, Ueshiba déjoue les attaques sans le blesser. Puis, seul au jardin, il raconte avoir senti « un esprit doré » jaillir du sol. Dès lors, son art s’adoucit.
  4. 1927 — Octobre : la famille s’installe à Tokyo. Les dojos deviennent trop petits l’un après l’autre, jusqu’à une salle construite exprès à Shinjuku, le Kobukan, futur Hombu Dojo de l’Aikikai. Jigoro Kano, fondateur du judo, lui rend visite tout près pendant les travaux.
  5. 1942 — L’art prend le nom d’aïkido. Ueshiba quitte Tokyo pour une maison de paysan à Iwama, où il fonde un dojo et le sanctuaire Aiki. Après la guerre, quand les arts martiaux sont interdits, l’entraînement continue là en secret, entre les champs.
  6. 1948 — L’interdiction de l’aïkido est levée avec la création de la Fondation Aiki, approuvée par le ministère de l’Éducation. Le Hombu Dojo rouvre l’année suivante ; ses élèves portent ensuite l’aïkido à l’étranger.

13. Une canne, une veste et du jujutsu : le bartitsu

  1. 1898 — Edward William Barton-Wright, ingénieur anglais, rentre après trois ans au Japon, où il fut l’un des premiers Européens connus à étudier le jujutsu. Il annonce un « nouvel art de self-défense » et le baptise de son nom mêlé à jujitsu : le bartitsu.
  2. 1901 — 67b Shaftesbury Avenue, Soho. Une journaliste décrit le club comme une immense salle souterraine de carreaux blancs et de lumière électrique. Le jeune Yukio Tani enseigne le jujutsu, Pierre Vigny la canne ; la boxe et la savate tiennent la distance jusqu’à la projection.
  3. 1902 — À mi-année, le club a fermé ; les cotisations étaient sans doute trop chères. Tani et Sadakazu Uyenishi battent des hommes plus grands dans des défis de music-hall et lancent une mode du jujutsu. Leur élève Edith Garrud l’enseignera plus tard aux suffragettes.
  4. 1903 — Dans « La Maison vide », Sherlock Holmes explique qu’il a survécu à Moriarty aux chutes du Reichenbach grâce au « baritsu ». Conan Doyle a sans doute copié la coquille d’un article du Times de 1901 sur une démonstration de bartitsu.
  5. 2002 — Après un siècle de sommeil, la Bartitsu Society est fondée pour étudier et faire revivre l’art à partir des articles de magazine de Barton-Wright.