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Citations martiales vérifiées — et les mythes
Chaque citation ci-dessous a été retrouvée dans la source à laquelle on l’attribue. Nous donnons l’original, notre traduction (ou une traduction du domaine public, signalée) et le contexte. Viennent ensuite les phrases qui circulent sous un nom célèbre mais ne sont pas de lui.
Vérifiées
知彼知己,百戰不殆Si tu connais l’ennemi et te connais toi-même, tu n’as pas à craindre le résultat de cent batailles.
La traduction de Giles (1910) poursuit : qui se connaît sans connaître l’ennemi paie chaque victoire d’une défaite ; qui ne connaît ni l’un ni l’autre perd toutes les batailles. Traduit par nous à partir de la version anglaise de Lionel Giles (1910, domaine public) et de l’original chinois.
不戰而屈人之兵,善之善者也L’excellence suprême consiste à briser la résistance de l’ennemi sans combattre.
Souvent citée comme « l’art suprême de la guerre est de soumettre l’ennemi sans combattre » : la formulation varie selon les traductions, mais l’idée est bien dans le texte. Traduit par nous à partir de la version anglaise de Lionel Giles (1910, domaine public) et de l’original chinois.
兵形象水La tactique militaire est comme l’eau : l’eau, dans son cours naturel, fuit les hauteurs et se hâte vers le bas. Ainsi, à la guerre, la voie est d’éviter ce qui est fort et de frapper ce qui est faible.
L’eau comme modèle de combat traverse la pensée chinoise, du Daodejing à Bruce Lee (voir plus bas). Traduit par nous à partir de la version anglaise de Lionel Giles (1910, domaine public) et de l’original chinois.
天下莫柔弱於水,而攻堅強者莫之能勝Rien sous le ciel n’est plus souple et plus faible que l’eau ; pourtant, pour attaquer ce qui est dur et fort, rien ne la surpasse.
Notre traduction du chinois. Le texte est traditionnellement attribué à Laozi ; les historiens y voient une compilation des environs du IVe siècle av. J.-C.
君子無所爭。必也射乎!揖讓而升,下而飲。其爭也君子。L’homme de bien ne rivalise pas — sauf, peut-être, au tir à l’arc. Il salue et cède le pas en montant, puis redescend pour boire. Même quand il rivalise, il reste un homme de bien.
Notre traduction. Dans le rituel confucéen, le tir à l’arc éprouvait le caractère autant que l’adresse — une idée qui marque encore le kyūdō.
千日の稽古を鍛とし、万日の稽古を錬とすMille jours d’entraînement pour forger ; dix mille jours pour affiner.
Notre traduction. 鍛 et 錬 sont les deux moitiés de 鍛錬, le mot du forgeron pour forger et tremper l’acier, que Musashi emploie dans tout le livre pour l’entraînement.
今日は昨日の我に勝り、明日は下手に勝ち、後は上手に勝つAujourd’hui, dépasser celui que tu étais hier ; demain, vaincre les moins habiles ; plus tard, vaincre les plus habiles.
Notre traduction. Dans le même passage, Musashi dit qu’un chemin de mille ri se fait pas à pas et demande au lecteur d’avancer lentement, sans s’égarer sur des « chemins de traverse ».
第九に役に立たぬ事をばせざる事Neuvième : ne rien faire qui ne serve à rien.
Notre traduction. La première règle est « ne penser à rien de malhonnête » ; les autres incluent s’exercer dans la Voie, toucher à d’autres arts, connaître d’autres métiers et percevoir ce que l’œil ne voit pas.
心を広く直にして、きつくひつぱらず、少しもたるまずGarder l’esprit large et droit, sans le tendre et sans le relâcher le moins du monde.
Notre traduction. Musashi insiste : l’esprit au combat doit être celui de tous les jours, calme quand le corps est rapide, jamais pressé quand il est immobile.
武士道と云ふは死ぬ事と見付けたりJ’ai découvert que la voie du guerrier, c’est mourir.
Notre traduction. Le contexte compte : Tsunetomo, vassal du domaine de Saga, écrit un siècle après la fin des guerres et parle d’accepter la mort à l’avance pour agir sans hésiter. Le livre était peu connu à son époque et fut popularisé au XXe siècle, y compris par la propagande militariste.
精力善用・自他共栄Meilleur emploi de l’énergie ; prospérité mutuelle.
Deux expressions de quatre caractères. Pour Kanō, elles dépassaient la technique : la même efficacité et la même coopération devaient guider la vie en société.
Dar auff dich fasse / Alle kunst haben leng vnd masseTiens-toi à ceci : tout art a longueur et mesure.
Notre traduction de la transcription en haut-allemand précoce publiée sur Wiktenauer (CC BY-SA 4.0). Le prologue commence par « Jeune chevalier, apprends à aimer Dieu et à honorer les dames » ; « longueur et mesure » se lit en général comme distance et proportion dans chaque technique.
Sois l’eau, mon ami.
Une réplique de la série, écrite par Stirling Silliphant, que Lee a reprise dans son entretien de 1971 avec Pierre Berton. Elle n’est pas dans le domaine public : nous ne citons que la courte phrase. L’image de l’eau remonte au Daodejing et à Sun Tzu, cités plus haut.
Attribution non confirmée
« Je ne crains pas l’homme qui a pratiqué 10 000 coups de pied une fois, mais celui qui a pratiqué un coup de pied 10 000 fois. »
Attribuée à Bruce Lee
Non confirmée. La Bruce Lee Foundation a déclaré à Snopes en 2022 qu’elle est authentique et provient des archives familiales, mais aucun document daté, film, entretien ou livre contenant ces mots n’a été publié. L’idée — maîtriser peu de choses en profondeur — correspond aux écrits connus de Lee. Nous la présentons comme une attribution, non comme une citation vérifiée.
Mythes et fausses attributions
« Garde tes amis près de toi, et tes ennemis encore plus près. »
Souvent attribuée à Sun Tzu
Elle n’est pas dans L’Art de la guerre. C’est une réplique de Michael Corleone dans Le Parrain, 2e partie (1974), écrit par Mario Puzo et Francis Ford Coppola.
« Toute bataille est gagnée avant d’être livrée. »
Citée comme de Sun Tzu
Une paraphrase moderne, pas une citation. Ce que dit le texte (chapitre IV, Giles 1910) : « le stratège victorieux ne cherche la bataille qu’après avoir remporté la victoire, tandis que celui qui est voué à la défaite combat d’abord et cherche ensuite la victoire ».
« Bodhidharma a appris aux moines de Shaolin à combattre et a créé le kung-fu. »
Une légende très répandue
L’histoire vient d’une préface du Yijin Jing qui prétend dater de 628 mais contient des anachronismes évidents. Les historiens (Tang Hao, Matsuda Ryūchi, Meir Shahar) datent le texte des environs de 1624 et n’ont trouvé aucun lien entre Bodhidharma et le combat de Shaolin dans les sources antérieures au XIXe siècle. Les moines combattants du monastère sont documentés — la légende fondatrice ne l’est pas.
« Les ceintures de couleur sont une tradition ancienne — et la ceinture noire signifie maître. »
Une croyance courante
Les grades avec ceinture noire pour les dan viennent du judo de Kanō, à la fin du XIXe siècle. Les ceintures de couleur des grades inférieurs ont été introduites par Gunji Koizumi au Budokwai de Londres en 1926, et Mikinosuke Kawaishi a diffusé un système complet de couleurs en France après son arrivée en 1935. Le karaté et d’autres arts ont adopté le modèle plus tard. En judo, la première ceinture noire (shodan) signifie « premier pas » : un début, pas la maîtrise.
« Le bushidō était le code écrit que tous les samouraïs ont suivi pendant mille ans. »
Une idée moderne
Il n’y a jamais eu de code unique. Le mot bushidō est rare avant le XVIIe siècle, quand les samouraïs vivaient déjà en paix. L’image d’une éthique samouraï unique doit beaucoup à Bushido: The Soul of Japan de Nitobe Inazō (1900, écrit en anglais pour des lecteurs occidentaux) et au nationalisme d’État du début du XXe siècle.
Sources
- Sun Tzu, The Art of War, tr. Lionel Giles (1910) — Project Gutenberg — www.gutenberg.org
- Daodejing, chapter 78 — Chinese Text Project — ctext.org
- Analects, book III (Ba Yi), 7 — Chinese Text Project — ctext.org
- Miyamoto Musashi, Gorin no sho — original text — www.miyamoto-musashi.org
- Hagakure — Wikipedia — en.wikipedia.org
- Bushido — Wikipedia — en.wikipedia.org
- Kodokan Judo Institute — Jita-kyoei — kodokanjudoinstitute.org
- Judo — Wikipedia — en.wikipedia.org
- Johannes Liechtenauer — Wiktenauer (transcription by Dierk Hagedorn, CC BY-SA 4.0) — wiktenauer.com
- Longstreet (TV series) — Wikipedia — en.wikipedia.org
- Snopes, “Did Bruce Lee Say This About the Value of Practice?” (2022) — www.snopes.com
- The Godfather Part II — Wikiquote — en.wikiquote.org
- Yijin Jing — Wikipedia (Tang Hao; Matsuda; Shahar 2008) — en.wikipedia.org
- IJF, “The belt: myth and reality of an essential symbol” — www.ijf.org
- FFJudo, “À la découverte de la méthode Kawaishi” — www.ffjudo.com
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WABUKAN 和武館, «Citations martiales vérifiées — et les mythes», https://wabukan.com/fr/citacoes-historicas (consulté le 2026-10-30).
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